L’Astrée/première partie/Au Roy

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Simon Rigaud (Première partiep. 7-8).


Au Roy[1]


Sire,

Ces Bergers oyans raconter tant de merveilles de vostre grandeur n’eussent jamais eu la hardiesse de se presenter devant Vostre Majesté, si je ne les eusse asseurez que ces grands Roys, dont l’antiquité se vante le plus, ont esté Pasteurs, qui ont porté la houlette et le Sceptre d'une mesme main. Ceste consideration, et la connoissance que depuis ils ont euë, que les plus grandes gloires de ces bons Roys ont esté celles de la paix et de la justice, avec lesquelles ils ont heureusement conservé leurs peuples, leur a fait esperer que comme vous les imitiez et les surpassiez en ce soing paternel, vous ne mespriseriez non plus ces houlettes, et ces troupeaux qu'ils vous viennent presenter comme à leur Roy, et Pasteur souverain.

Et moy (Sire) voyant que nos Peres, pour nommer leur Roy avec plus d’honneur et de respect, ont emprunté des Perses le mot de SIRE, qui signifie Dieu, pour faire entendre aux autres nations combien naturellement le François ayme, honore, et revere son Prince: j’ay pensé que ne leur cedant point e point ceste naturelle devotion, puis que les Anciens offroient à leurs Dieux en action de graces, les choses que les mesmes Dieux avoient inventées ou produittes pour la conservation de l’estre ou du bien-estre des hommes, j’estois obligé pour les imiter, d’offrir ASTRÉE à ce grand Roy, la valeur et la prudence duquel l’a rappellé du Ciel en terre pour le bon-heur des hommes. Recevez la donc (Sire) non pas comme une simple Bergere, mais comme une œuvre de vos mains : car veritablement on vous en peut dire l’Autheur, puis que c’est à V.M. à qui toute l’Europe doit son repos, et sa tranquillité. Puissiez vous à longues années jouir du bien que vous donnés à chacun. Vostre regne soit à jamais aussi heureux, que vous l’avez rendu admirable: Et Dieu vous remplisse d’autant de contentemens et de gloire, que par vostre bonté vous obligez tous les peuples qui sont à vous, de vous benir, aimer et servir. Ce sont (Sire) les souhaits que je fais pour V.M. attendant que par l’honneur de vos commandemens je vous puisse rendre quelque meilleur service, au prix de mon sang et de ma vie, ainsi que la nature et la volonté m’y obligent, et le tiltre qu’en toute humilité je prends,

SIRE,

De tres-humble, tres affectionné, et tres-fidelle sujet et serviteur de V.M.

Honoré d’Urfé

  1. Dédicace publiée pour la première fois dans la deuxième partie de l’Astrée en l6l0.