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L’Athéisme/Chapitre 2

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« Il y a un Dieu, puisque j’y crois. »
(Tout le monde.)



§ 5. — LA DÉFINITION DE L’ATHÉISME RÉSULTERA DE LA
DISCUSSION DES PREUVES DE L’EXISTENCE DE DIEU

Autant que j’ai pu le comprendre dans les livres, les croyants ne s’entendent pas tous sur ce qu’ils appellent Dieu ; mais ils s’entendent en revanche pour déclarer que l’athéisme est absurde. Je pense que les athées sont comme les croyants, et ont pour seul caractère commun de déclarer dépourvues de sens les affirmations de ceux qui croient. Cela est bien humain ; on s’entend plus facilement contre quelqu’un que pour quelque chose ; dès qu’une doctrine triomphe, des schismes naissent.

D’abord, une chose m’a toujours profondément étonné, c’est que les croyants de tous les temps ont cherché et donné des preuves de l’existence de Dieu. Et, naturellement, toutes ces preuves sont irréfutables pour ceux qui les utilisent ; malheureusement, elles ne le sont que pour eux ; elles prouvent qu’ils croient en Dieu, et voilà tout.

La démonstration d’un théorème de géométrie est à l’usage de tous ; elle entraîne chez tous une certitude indiscutable ; chez les croyants, la certitude de l’existence de Dieu préexiste à la démonstration ; la démonstration n’y ajoute rien. Il me semble que, si j’étais croyant, je n’aurais pas besoin de me demander pourquoi. Mais, me dira-t-on, il y a les athées comme vous qui niez l’existence de Dieu ; c’est à cause des athées qu’il faut des preuves, en vue de ceux que l’athéisme pourrait influencer. S’il y a des athées, cela prouve simplement que les preuves de l’existence de Dieu ne valent rien. Elles sont bonnes pour ceux qui croient, et qui, par conséquent, n’en ont pas besoin ; elles sont inefficaces pour ceux qui ne croient pas, et c’est même une grande imprudence que de donner de telles preuves, car un athée, les ayant jugées insuffisantes, se trouvera, par là même, plus autorisé à se proclamer athée. On ne saurait attaquer le croyant qui se contente d’affirmer sa foi ; on peut discuter les raisons qu’il en donne, s’il a la témérité d’en donner. Les Pensées de Pascal sont, à mon avis, le livre le plus capable de renforcer l’athéisme chez un athée. En déclarant, d’ailleurs, que « la foi est un don de Dieu », le catéchisme ne laisse aucun espoir à ceux qui voudraient l’acquérir ou la transmettre par le raisonnement.

On enseigne cependant les preuves de l’existence de Dieu aux élèves de philosophie. Je divise ces preuves, dites classiques, en deux catégories : celles que je comprends et celles que je ne comprends pas. Je discuterai les premières, car il ne suffit pas de comprendre un raisonnement pour l’admettre ; on peut énoncer, en termes fort clairs, un théorème faux ; j’ai donc le droit de chercher si, à des preuves énoncées en langage compréhensible, je ne puis trouver un défaut de logique.

Quant aux preuves de la seconde catégorie, je n’y puis voir qu’une expression de la mentalité de croyant ; elles ne sont pas accessibles à la mienne ; les comprendre serait les admettre ; elles résultent simplement, chez ceux qui les ont trouvées, de l’idée préconçue et indiscutée de l’existence de Dieu ; en d’autres termes, elles prouvent que leurs auteurs sont croyants et bien croyants.


§ 6. — LES PREUVES MÉTAPHYSIQUES

Dans cette seconde catégorie entrent presque toutes les preuves dites métaphysiques. Je n’en donnerai pour exemple que le raisonnement emprunté à Descartes : « Je sais que je suis, mais qui suis-je ? un être qui doute, c’est-à-dire imparfait. Or, je ne puis considérer mon imperfection sans concevoir l’être infiniment parfait. Et cette idée ne peut me venir, ni de moi-même puisque je suis imparfait, ni du monde extérieur qui est plus imparfait encore. Il faut donc qu’elle me soit donnée par l’être parfait lui-même. » Si vous voyez là autre chose que du fatras inintelligible et des affirmations gratuites, c’est que vous êtes croyant vous-même et que ce « raisonnement » eût pu naître en vous, comme en Descartes. Quand on est sûr d’une chose, on n’a pas besoin de se fatiguer le cerveau pour la démontrer.

Cependant, en comparant cette « preuve » de Descartes à celle qui est connue sous le nom de preuve de Saint-Anselme, il me semble possible de mettre en évidence la pétition de principe résultant de l’idée de « perfection ».

« Nous avons l’idée d’un être parfait, dit Saint-Anselme ; or la perfection absolue implique l’existence, donc l’être parfait existe. »

La « preuve » étant donnée sous cette forme, on voit que le point de départ du raisonnement est l’existence, chez celui qui l’émet, de l’idée innée de Dieu ; elle pourrait se traduire en langage clair : « Nous avons l’idée de Dieu, or nos idées ne nous trompent pas, donc Dieu existe. » Cela suppose deux choses : 1o que l’homme a l’idée de Dieu ; 2o que nos idées ne nous trompent pas.

À la première de ces deux propositions je ne puis rien dire, sinon que je n’ai pas et que je n’ai jamais eu cette idée considérée comme commune à tous les hommes ; mais c’est là une affirmation gratuite ; je ne pourrai pas la démontrer et les croyants ne voudront pas me croire. De même un daltonien vrai ne pourrait démontrer à des hommes normaux qu’il n’a pas l’idée de couleur. Je laisse donc de côté la première des deux propositions précédentes ; cependant la preuve de Saint-Anselme me permet de comprendre un peu mieux celle de Descartes, qui, si je ne me trompe, se ramène à ceci : « Nous avons l’idée de la gradation dans la perfection, donc il existe un être infiniment parfait. » Descartes, qui était mathématicien, savait pourtant que certaines grandeurs peuvent croître indéfiniment sans dépasser jamais une limite finie donnée, ou, si l’on préfère, que certaines courbes ont une asymptote horizontale.

Nous pourrions donc imaginer un être plus parfait que tout ce que nous connaissons sans être obligés pour cela d’admettre un être infiniment parfait ; je me demande d’ailleurs avec quel instrument on mesure la perfection, et comment Descartes a pu découvrir que le monde extérieur est plus imparfait que nous. Mais je laisse de côté ces considérations qui feront sourire les croyants ; j’aime mieux en venir tout de suite à ce qui me paraît vraiment susceptible d’être scientifiquement discuté, savoir que « nos idées ne nous trompent pas ». C’est là le vrai champ de bataille entre les croyants et les athées ; nous retrouverons la même affirmation dans les preuves dites morales, qui concluent, par exemple, de notre idée de justice, à l’existence d’un souverain juge.

Pour un évolutioniste convaincu de l’acquisition progressive de tous les caractères physiques ou psychologiques qui constituent aujourd’hui notre mécanisme, pour un philosophe qui croit à l’hérédité des caractères acquis, la forme absolue de nos idées n’a rien que de très naturel, et la genèse de ces idées se conçoit. J’ai longuement exposé cette question dans un autre volume[1] de cette collection de philosophie scientifique ; je me contente d’y renvoyer le lecteur. Mais il me semble que, même sans faire intervenir la notion d’évolution, nous constatons en nous l’idée de bien des choses qui n’existent pas. Nous avons l’idée de la ligne droite, nous avons l’idée de la couleur, nous avons l’idée du son ; or nous ne connaissons pas de ligne droite ; direz-vous que la couleur existe, que le son existe ? Je vous répondrai que la couleur résulte de la rencontre de certaines conditions ambiantes et d’un être vivant capable d’en être impressionné (car il y a des daltoniens, comme il y a des athées), mais qu’il faut deux facteurs pour que la couleur existe, savoir : un état particulier de ce que les physiciens appellent l’éther et un homme clairvoyant. Or nous avons (du moins ceux d’entre nous qui ne sont pas daltoniens) une idée si absolue de la couleur, que nous ne pouvons pas nous imaginer la couleur n’existant pas, même si tous les êtres vivants étaient détruits.

Cet exemple de la couleur me semble bon, mais il n’est pas irréfutable et permettra de discuter longtemps ; je reviens donc, quoique l’ayant déjà exploité ailleurs, et uniquement parce qu’il me paraît le meilleur de tous, à l’exemple tiré de la verticale absolue. J’ai l’idée innée de cette verticale. Si l’on doit me chercher querelle au sujet du mot inné, je dirai volontiers que cette idée, si elle n’est pas innée, c’est-à-dire si elle ne provient pas par hérédité d’une erreur ancestrale longuement accréditée, est née en moi naturellement, par la constatation erronée de la surface plane de la Terre. Qu’elle vienne de mon erreur personnelle ou d’une erreur identique longuement commise par mes ascendants pour les mêmes raisons, ce m’est tout un. En tous cas, j’ai cette idée de la verticale absolue ; il m’est impossible de m’imaginer un corps dans l’espace sans lui voir un haut et un bas ; autant que j’ai pu m’en rendre compte par des conversations, surtout par de naïves remarques d’enfants, cette idée de la verticale absolue est très répandue ; les Gaulois craignaient que le ciel leur tombât sur la tête, et mon petit neveu ne peut pas comprendre que la lune reste en l’air si elle n’est pas attachée. Cette idée est donc très répandue. Je n’oserais pas dire, néanmoins, que tous les hommes l’ont ; il y a peut-être des gens qui ne conçoivent pas de verticale absolue, comme il y a des athées ; je crois être dans le vrai en disant que l’idée de la verticale absolue est aussi répandue dans l’espèce humaine que l’idée de Dieu.

Or, l’idée de la verticale absolue est mathématiquement absurde ; il y a autant de verticales qu’il y a de points à la surface de la Terre ; celle de mon antipode est le contraire de la mienne ; c’est une oblique quelconque par rapport à ma verticale, pour un point quelconque autre que mon point antipode.

Cela, je le sais, j’en suis sûr.

Si j’avais en mes idées innées la confiance que professaient pour les leurs Saint-Anselme et Descartes, je dirais que les mathématiques ont tort, et que l’astronomie se trompe. Je préfère être plus modeste, et attribuer plus de valeur à l’expérience des hommes munis de tous les moyens d’investigation, qu’à celle que mes ancêtres ou moi-même avons pu acquérir à l’aide de notre « seule faiblesse ». Je déclare donc que la verticale absolue est une absurdité ; mais cela ne m’empêche pas d’y croire, d’en conserver la notion obsédante et nécessaire ; cette notion fait partie de mon mécanisme d’homme, et la certitude qu’elle est fausse me donne le vertige sans la détruire.

Une telle constatation me permet, à moi athée, de me rendre compte de l’état d’esprit d’un croyant par rapport à l’idée de Dieu. Cette idée existe en lui, indépendamment de tout raisonnement et de toute preuve, comme l’idée de la verticale absolue existe en moi. Que les preuves classiques de l’existence de Dieu soient insuffisantes, cela n’a donc aucune importance pour les croyants. J’irai plus loin. En admettant même qu’on pût démontrer qu’il n’y a pas de Dieu, comme on a démontré qu’il n’y a pas de verticale absolue, cela n’enlèverait rien à la solidité des convictions d’un croyant, de même que mes études de cosmographie ne m’ont pas empêché de conserver la notion indestructible de verticale absolue, et de m’en servir tous les jours, dans tous les actes de ma vie courante qui n’ont pas de rapport direct avec l’astronomie.

Ce qu’il y a d’intéressant dans cette histoire de la verticale absolue, c’est qu’elle a toujours été mêlée aux dogmes religieux ; pour tout croyant naïf, Dieu est en haut ; Jésus est descendu aux Enfers et monté au Ciel où il est assis à la droite de Dieu. Les croyants qu’une solide éducation scientifique a mis en garde contre ces erreurs grossières, n’y voient plus, je le sais, que des symboles vénérables à cause de leur ancienneté ; mais pour le troupeau des croyants illettrés, je crains bien que les symboles utilisés, par exemple, à chaque phrase du Credo, ne soient plus importants que les abstractions quintessenciées dans lesquelles se réfugie un dogme de jour en jour plus épuré. Quand on discute avec un théologien, il répudie naturellement tous ces symboles, mais cela ne l’empêche pas de déclarer ensuite « que le dernier enfant d’une école chrétienne en sait plus long que les plus grands philosophes ». Serait-ce que les théologiens ont une doctrine ésotérique, entièrement différente de celle qu’on enseigne à la foule ?


§ 7. — LES PREUVES MORALES

La croyance dans la valeur absolue de nos idées innées est encore la base des preuves morales de l’existence de Dieu que je copie, ainsi résumées, dans un dictionnaire récent : « Le fait caractéristique de la vie morale, c’est la responsabilité, c’est-à-dire, d’une part, la liberté qui fait le mérite et le démérite de l’agent ; de l’autre, le devoir, règle qui s’impose par sa propre autorité et sans conteste. La présence dans les consciences humaines de cette loi universelle, invariable, nécessaire, implique évidemment l’existence d’un législateur absolu et d’un juge éternel devant qui tous les êtres moraux sont responsables. »

Il suffit de lire ces lignes pour être convaincu que toutes ces preuves morales reposent, comme ce qui est compréhensible dans les preuves métaphysiques, sur la certitude que nos idées et nos sentiments ne nous égarent pas. J’ai signalé ici ces preuves morales, parce qu’on les place ordinairement ainsi, après les preuves métaphysiques, mais elles ont un rapport trop intime avec le rôle social de l’idée de Dieu pour que je ne renvoie pas leur étude au chapitre suivant.


§ 8. — LA PREUVE HISTORIQUE

Arrivons à la « preuve historique ». Elle se tire du fait que la foi religieuse semble avoir existé de tout temps chez tous les peuples, que cette foi religieuse se traduisît par la croyance en un seul ou en plusieurs dieux. Cette constatation n’ajoute rien aux preuves précédentes et se trouve annihilée par les mêmes arguments. L’idée de verticale absolue a existé d’une manière aussi générale, et cependant elle résulte d’une erreur que l’état peu avancé des sciences rendait nécessaire chez les peuples primitifs et rend encore nécessaire chez les enfants. En ce qui concerne l’idée de Dieu, les sciences ne sont pas encore assez avancées pour en montrer la vanité à celui qui en est imbu, mais elles le sont assez pour que cette idée ne s’impose pas nécessairement, par éducation, à celui qui n’en a pas la notion héréditaire.

Somme toute, la preuve historique montre seulement que l’homme est un animal religieux. Les croyants prétendent gratuitement qu’il est le seul ; j’avoue ne pas saisir la nécessité de cette affirmation ; la conscience morale est plus développée chez les abeilles ou les fourmis que chez les hommes, si l’on en juge du moins par l’ordre parfait de leur vie sociale ; pourquoi ces remarquables insectes n’attribueraient-ils pas, comme nous, à un Dieu, la surveillance de lois sociales plus anciennes que les nôtres ? Rien n’est plus commode que cette croyance en un souverain juge ; elle diminue la nécessité d’une police, et pourrait même la remplacer complètement si elle était véritablement ancrée dans l’esprit des animaux ; je ne comprends pas, dans ma logique d’athée, qu’un croyant vraiment croyant puisse ne pas être infiniment vertueux. Quand les enfants organisent un jeu et en posent les règles, ils seraient bien aises qu’un surveillant, visible ou non, en imposât l’observance à tous, et empêchât les camarades de tricher ; mais les enfants savent qu’ils ont posé eux-mêmes les règles de leur jeu et ne leur attribuent pas une valeur absolue.

L’homme est donc un animal religieux ; il l’est même depuis si longtemps que les athées doivent être une exception, un cas tératologique analogue à celui des daltoniens. Et il est vraisemblable que, malgré les athées, l’idée de Dieu, si ancienne dans la nature de l’homme, s’y conservera très longtemps dans les générations futures. Mais cela ne prouve pas que Dieu existe, pas plus que la verticale absolue dont les hommes ont également une idée indéracinable.


§ 9. — PREUVES PHYSIQUES TIRÉES DE L’EXISTENCE DU MONDE

Les preuves les plus célèbres sont les preuves dites physiques ; elles se rapportent à l’existence du monde et à l’harmonie universelle, et se résument dans deux vers de Voltaire :


L’Univers m’embarrasse, et je ne puis songer
Que cette horloge existe et n’ait point d’horloger.


Ces preuves sont donc tirées d’une autre propriété de l’homme, le besoin d’explication. Ce besoin est réel, on ne saurait le nier, quoiqu’il ne soit pas également développé chez tous.

Les sciences se bornent à des constatations ; les choses étant comme elles sont, allant comme elles vont, l’homme a, peu à peu, connu, par une expérience répétée au cours de toutes les générations, comment elles sont et comment elles vont ; du moins est-il arrivé à découvrir une partie des faits qui intéressent la conservation de sa vie ; c’est là, à proprement parler, ce qui constitue la Science ; c’est un ensemble de conquêtes impersonnelles, utilisables pour tous ; exprimées en langage humain, on les appelle « les lois naturelles[2] ».

La découverte de celles qui sont connues aujourd’hui a été la chose la plus importante de l’histoire de l’homme, et lui a assuré une suprématie indiscutable sur les autres animaux qui en connaissent beaucoup moins que lui ; grâce à la science, l’homme a, en effet, acquis des armes très puissantes dans la lutte qui constitue la vie ; il est devenu le roi du monde vivant.

Mais, plus il avance dans cet ordre de conquêtes, plus il pénètre dans la constatation des faits, plus se développe son besoin d’explication. Ce besoin, je l’ai comme tous mes congénères, je suis donc loin d’en nier l’existence ; il ne me conduit pas à croire en Dieu. L’homme est un animal épris de métaphysique, comme il est un animal religieux ; je crois même qu’il est religieux parce qu’il est épris de métaphysique, et que l’idée de Dieu a été la première conséquence du besoin d’explication de nos ancêtres.

Je n’ai pas la prétention de deviner ce qui s’est passé chez nos ancêtres d’avant l’histoire, mais, convaincu que je suis de l’origine évolutive de tous nos caractères actuels, je n’ai pas peur de me tromper beaucoup en prêtant à nos ascendants les plus anciens les idées et les sentiments qui font aujourd’hui partie de notre patrimoine héréditaire.

Parmi les événements qui se déroulaient autour des hommes, les plus familiers pour eux étaient certainement ceux dans lesquels un homme était acteur. Devant la constatation d’une déprédation, d’un meurtre, etc., la question qui se posait le plus naturellement à l’esprit de nos ancêtres (comme elle est encore la plus naturelle qui se pose à nous) était évidemment : « Qui a fait cela ? » Et la réponse : « C’est Joseph, c’est Abraham, etc. » donnait à la curiosité du questionneur une satisfaction parfaite. De là vient probablement, dans notre hérédité actuelle, le caractère qui fait que nous n’attribuons la valeur d’une explication qu’à une réponse de cette forme : « Qui a fait le monde ? Dieu. » Voilà qui est considéré par la plupart des hommes comme donnant une parfaite satisfaction à la curiosité la plus exigeante.

J’avoue que je suis plus difficile, et c’est précisément ce que j’exprime en disant que je suis athée ; mais, en toute sincérité, je ne trouve aucune satisfaction dans l’affirmation que « Dieu a créé le monde ». Je n’en trouvais déjà aucune étant enfant, peut-être simplement parce que, plus curieux que les autres, je me posais immédiatement la question suivante : « Qui a créé Dieu ? » question à laquelle on ne donnait pas de réponse. Au mystère de l’existence du monde on substituait un autre mystère équivalent, celui de l’existence de Dieu ; la difficulté n’était reculée que d’un cran.

Aujourd’hui que j’ai étudié la vie, je trouve d’autres raisons de n’être pas satisfait par la théorie théologique ; ces raisons je vais les dire brièvement, mais je ne me dissimule pas leur vanité. Je suis assez sage pour me dire, avec M. de La Palisse que, si je ne crois pas en Dieu, c’est parce que je suis athée ; c’est là la seule bonne raison que je puisse donner de mon incrédulité. Mais puisqu’après tout je suis un homme comme les autres, j’ai bien le droit, moi aussi, d’avoir des besoins d’explication et d’y satisfaire de mon mieux.

D’abord, la question « Qui a créé le monde ? » me paraît mal posée ; elle contient d’avance sa réponse, puisqu’elle suppose que quelqu’un a créé le monde : que, ce quelqu’un, on l’appelle Dieu, ou qu’on lui donne tout autre nom, cela ne m’avancera en rien, car je ne vois pas du tout la nécessité que quelqu’un ait créé le monde. Si on me demande, au contraire « quelle a été l’origine du monde ? », je répondrai humblement : « Je ne sais pas ; je ne vois même pas de raison pour que le monde ait eu une origine, un commencement. » Il paraît que cette nécessité s’impose à tous les esprits, par la comparaison avec tout ce que nous savons par ailleurs. Elle ne s’impose pas à moi, ce qui étonnera peut-être les hommes à qui elle s’impose, de même que les croyants seront étonnés de mon athéisme. Et j’avoue que, même si elle s’imposait à moi, je ne considérerais pas cela comme une preuve définitive ; je me défie de mes idées innées depuis l’aventure de la verticale absolue.

Au contraire, la constatation et l’étude consciencieuse des phénomènes ont amené les savants à croire à la conservation de la matière et à la conservation de l’énergie. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. (Gustave Le Bon lui-même a trahi sa pensée en disant : « Rien ne se crée, tout se perd », puisque dans cet aphorisme erroné il a voulu résumer un livre où il montrait la transformation de la matière, quantité mesurable, en énergie, quantité également mesurable.)

Tout se transforme ! Voilà la seule constatation vraiment scientifique. De cette constatation ne résulte pas la nécessité d’un commencement ; du moins cette nécessité ne s’impose pas à mon esprit, mais je ne nie pas qu’elle s’impose à d’autres. Ceux-là auraient le droit néanmoins d’exiger qu’on posât la question sous la forme « Quelle a été l’origine du monde ? » et non sous cette autre : « Qui a créé le monde ? » puisque, je le répète, cette seconde manière de parler entraîne nécessairement que quelqu’un a créé le monde.

En disant quelqu’un, j’entends seulement qu’on peut en parler comme on parle d’un homme ; et, à vrai dire, les attributs dont les croyants gratifient leur Dieu sont calqués naturellement sur ceux de l’homme ; cela est nécessaire, car l’homme n’invente rien et ne sait qu’imiter ; il a donc donné à son Dieu ses propres attributs, en les amplifiant et leur accordant une perfection absolue ; il exprime cela, en disant que « Dieu a créé l’homme à son image ». Si Dieu était autrement qu’à l’image de l’homme, il n’expliquerait rien, car la seule explication dont l’homme soit satisfait est celle qui rapporte les choses à des interventions humaines. Et c’est pour cela que, malgré les théologiens, les croyants les plus humbles se complaisent toujours dans la représentation du Père Éternel sous les traits d’un bon vieillard.

Je ne vois donc pas de nécessité que le monde ait commencé, ni, s’il a commencé, qu’il ait été créé par quelqu’un dont on puisse parler comme on parle d’un homme. Je dirai même que le fait qu’on peut en parler comme on parle d’un homme suffirait à m’empêcher d’y croire, car je suis convaincu que la manière dont nous parlons des hommes est fautive, résulte d’une erreur. Voilà le point le plus intéressant pour le biologiste que je suis ; je ne m’y attarderai pas maintenant, l’ayant longuement développé dans d’autres ouvrages. J’y reviendrai d’ailleurs dans la troisième partie de celui-ci. Il peut se résumer ainsi : Dieu est calqué sur l’âme humaine que l’on dit d’ailleurs procéder de lui ; or la croyance à l’âme humaine résulte d’une conception erronée. La négation de l’âme m’entraîne une fois de plus à la négation de Dieu.

La vieille théorie animiste qui s’est conservée jusqu’à nous à travers divers avatars, se résumait à ceci : le corps est inerte, l’âme est un principe capable de produire et de diriger ses mouvements. Ceux qui ont imaginé cette théorie ignoraient, naturellement, toutes les découvertes ultérieures des physiologistes ; ils croyaient à la spontanéité de l’activité humaine (ou animale), c’est-à-dire qu’ils localisaient dans l’animal mécanisme un principe producteur et directeur de mouvement ; l’homme muni de son corps et de son âme était un tout complet qui introduisait dans le monde des commencements absolus. Nous savons aujourd’hui que cela est faux ; il y a bien deux facteurs indispensables à l’activité animale, savoir le corps de l’animal et le milieu ambiant. Aucun des phénomènes manifestés par un homme ne se manifesterait sans la coactivité du milieu ; l’homme ne possède pas en lui tout ce qu’il faut pour produire ce qu’il produit. Quand un homme A, dans un milieu B, est le siège d’une manifestation quelconque, on n’a jamais le droit de dire rigoureusement : A a fait telle chose. Si l’on veut parler correctement, il faut représenter l’activité observée par la formule symbolique (A Math car interaction.svg B), puisque A et B sont indispensables à sa réalisation[3].

C’est ce que je voulais dire en affirmant que le langage dans lequel nous racontons l’activité humaine est fautif ; or, ce langage est la seule raison que nous ayons d’imaginer un Dieu dont nous puissions parler de la même manière. Au lieu d’envisager, dans l’animal ou l’homme, un corps et une âme, nous considérons donc désormais le corps et le milieu ; nous devons considérer que rien ne se détermine dans l’homme sans l’intervention du milieu, que tout, au contraire, est déterminé si l’on connaît entièrement l’homme et le milieu. C’est la négation de la liberté absolue ; je renvoie le lecteur à la troisième partie de cet ouvrage pour l’étude des discussions auxquelles a donné lieu cette question de la liberté. Je voulais seulement rappeler ici que les attributs de Dieu ayant été calqués évidemment sur les attributs de l’homme, la théorie théologique reçoit une sérieuse infirmation du fait que l’on a reconnu une erreur fondamentale dans la narration des gestes humains. La négation de l’âme conduit à la négation de Dieu.


§ 10. — PREUVES PHYSIQUES TIRÉES DU MOUVEMENT

Parmi les preuves physiques, il y en a une autre que l’on rapproche ordinairement de celle de l’existence du monde, c’est celle de l’existence du mouvement. Une observation superficielle ayant fait croire à l’homme qu’il pouvait créer du mouvement, mettre en mouvement un corps primitivement immobile, on a prêté à Dieu la production du mouvement dans un monde primitivement immobile. Les progrès de la science ne permettent plus de tenir compte de cette manière de voir ; il n’y a pas de corps dépourvu de mouvement ; l’homme n’a jamais vu un mouvement commencer ; il a seulement assisté à des transformations et des transmissions de mouvement.

Là encore, c’est une interprétation erronée des choses humaines qui a fait imaginer un attribut de Dieu. En résumé, l’existence du monde et l’existence du mouvement ne me paraissent pas plus intelligibles, du fait qu’on en attribue la création à quelqu’un dont on peut parler comme on parle d’un homme ; voilà, une fois de plus, ce que je veux dire en me déclarant athée.


§ 11. — PREUVES PHYSIQUES TIRÉES DE L’ORDRE DU MONDE

Les preuves tirées de l’ordre du monde, de l’harmonie universelle, ont fait couler des flots d’encre ; elles prêtent aux développements poétiques et déclamatoires ; personne n’y est insensible. La théorie évolutioniste a déplacé la question quant à l’harmonie que nous constatons dans les choses ; ce ne sont pas les choses qui sont harmonieuses (qu’est-ce que cela voudrait dire ?), ce sont les êtres qui se sont adaptés aux choses, de manière à être habitués à leur manière d’être, et à se trouver à l’aise au milieu d’elles. La loi d’habitude a remplacé l’admiration stérile des harmonies providentielles. Mais, même en laissant de côté cette question de l’harmonie préétablie, et celle des causes finales qui en est un dérivé, la constatation de l’existence des lois naturelles immuables doit suffire à plonger l’homme dans un profond étonnement. L’homme étant lui-même un produit de la nature, un résultat de l’évolution adaptative de substances soumises aux lois naturelles, dans des milieux soumis aux lois naturelles, doit se garder de toute prétention métaphysique au sujet de l’existence de ces lois ; il en est un résultat, et il en peut étudier les résultats ; voilà tout. L’admiration est la forme la moins antiscientifique que puisse prendre chez l’homme actuel le vieux sentiment métaphysique héréditaire. Pour moi, déterministe convaincu, il ne reste plus rien de vraiment admirable en dehors du déterminisme lui-même.

Ce déterminisme me conduit à la négation raisonnée de l’âme humaine, de la liberté, de la personnalité, et, d’une manière générale de toutes les entités qu’a fournies à l’homme la narration synthétique de son activité individuelle. En d’autres termes, le déterminisme me conduit à la négation de l’existence de tous les attributs au moyen desquels l’homme a construit Dieu ; je serais vraiment illogique si j’inventais un Dieu pour expliquer ce même déterminisme qui m’a conduit à nier Dieu ! Ceux qui ont les mêmes raisons que moi de répondre, comme je l’ai fait dans les pages précédentes, à toutes les preuves déjà passées en revue, doivent prendre devant la constatation du déterminisme, la position d’agnostiques.

Pourquoi ces lois existent-elles ? Je ne sais pas. Je constate qu’elles existent, je les étudie et je m’en sers dans la lutte pour l’existence ; voilà tout. L’admiration que j’ai pour ces lois est un reste héréditaire du caractère imprimé dans le cerveau de mes ancêtres par leurs croyances théologiques explicatives. Le fait que le pourquoi se pose en moi, n’implique pas l’existence d’un parce que qui me soit accessible. Voilà encore une particularité innée de mon cerveau, dont je dois me défier comme de la verticale absolue ; elle n’est pas la seule ! D’autres hommes, faits autrement que moi, croient volontiers à l’âme, à la liberté, etc., et sont satisfaits lorsqu’ils expliquent le déterminisme (c’est à quoi se réduit aujourd’hui l’harmonie universelle) en disant qu’il existe un Dieu, dont on peut parler comme d’un homme, et qui a voulu qu’il en fût ainsi. Je ne tirerais pour ma part aucun soulagement d’une telle explication, même si les autres considérations que j’ai exposées tout à l’heure me permettaient d’admettre l’existence d’un Dieu dont on puisse parler comme on parle d’un homme. Au mystère du déterminisme, ce serait substituer seulement un autre mystère équivalent, celui de l’existence de Dieu. Mystère pour mystère, j’aime mieux m’en tenir à celui qui s’impose à moi sans que je sois obligé de recourir à une hypothèse indémontrable.

L’ordre et l’harmonie de l’Univers ne m’empêchent donc pas de rester athée ; leur constatation me rend seulement agnostique, mais je suis un agnostique plein d’admiration pour les choses que je ne sais pas, et que, étant donnée ma nature, je ne puis pas savoir.


§ 12. — LE HASARD ET LA PROBABILITÉ

Fénelon et bien d’autres, ont, à propos de l’ordre de la nature, combattu ceux qui font jouer au Hasard un rôle prépondérant dans l’explication des faits ; ils ont eu raison, mais cela ne démontre pas l’existence de Dieu. Le hasard est d’invention humaine comme Dieu ; pour beaucoup, au moins dans le langage, il a une personnalité comme Dieu ; les anciens figuraient la Fortune en peinture et en sculpture. Le danger de cette personnification devient évident dès que nous nous demandons ce que nous appelons le hasard : faisons-le en quelques mots.

Notre expérience tant personnelle qu’ancestrale, fait naître chez nous (je parle pour moi) la croyance au déterminisme absolu ; nous avons pu formuler en langage humain, un certain nombre des lois qui régissent les phénomènes connus de l’homme. Si, dans une expérience de laboratoire, nous pouvions mettre en présence uniquement des agents entièrement connus, dont les relations soient entièrement connues et réglées par des lois connues, nous serions à même de prévoir rigoureusement le résultat de l’expérience.

Pratiquement, cela n’a jamais lieu ; il y a toujours des éléments inconnus en présence des éléments connus. Si ces éléments inconnus jouent, dans l’espèce, un rôle minime par rapport aux éléments connus, la prévision du résultat de l’expérience reste possible à quelque petite chose près. Si, au contraire, les éléments inconnus l’emportent sur les éléments connus, on ne peut rien prévoir que de très grossier. Le hasard, dans chaque expérience ou observation humaine, c’est l’ensemble des éléments inconnus. Vouloir tout expliquer par le hasard, ce serait tirer une explication de son ignorance, ce qui est philosophiquement absurde. Les phénomènes extérieurs se passent de la même manière, que l’homme en connaisse ou en ignore les éléments.

On trouvera peut-être étrange que je veuille nier la valeur du hasard après avoir nié celle des causes finales qu’on lui oppose généralement. J’ai précisément essayé de montrer dans un autre ouvrage que les raisonnements finalistes sont la conséquence directe de notre connaissance du déterminisme humain. Nous connaissons, chacun pour notre compte, les mouvements de notre mécanisme qui, sauf empêchement extérieur, suivront fatalement tel état de notre cerveau que nous appelons une volition en langue psychologique ; c’est pour cela que nous raisonnons par les causes finales, et que nous sommes amenés à prêter à un homme plus parfait que nous et appelé providence, une prévision universelle.

Il y a cependant toute une partie de la physique dans laquelle on arrive à prévoir des résultats avec une rigueur satisfaisante au moyen du calcul des probabilités en se fondant uniquement sur les lois du hasard. Cette contradiction apparente mérite quelques mots d’explication.

Voici un phénomène dont nous ignorons totalement la loi ; il nous est, en conséquence, impossible de prévoir le résultat du phénomène avant de l’avoir constaté par nous-mêmes ; nous dirons que ce phénomène s’est produit au hasard. Je place dans une certaine quantité d’eau, sur le porte-objet du microscope, un anthérozoïde de fougère ; cet anthérozoïde décrit des courbes capricieuses dans le liquide ; nous ne connaissons pas, dans le détail, les agents tant chimiques que physiques, qui interviennent dans la détermination de ce mouvement ; mais si le liquide est aussi homogène que possible, l’éclairement aussi diffus que possible[4], il n’y aura aucune raison pour que le mobile ne traverse pas tout le liquide dans sa course sinueuse. Si nous constations après une longue observation qu’une région bien délimitée du liquide a été respectée par le mouvement de l’anthérozoïde, nous en conclurions qu’il y a une raison à cela, et nous serions sur la trace de la découverte d’une loi particulière du phénomène observé. Supposons que cela n’ait pas lieu, et introduisons dans le liquide, non plus un seul, mais quelques centaines d’anthérozoïdes tous semblables ; puis nous regarderons le centre de la préparation au moyen d’un microscope dans le champ duquel un réticule dessinera de petits carrés égaux. Si, par hasard (c’est-à-dire pour une cause inconnue), l’un des petits carrés est toujours respecté par le mouvement des anthérozoïdes, nous en conclurons qu’il y a une raison à cela ; nous ne serons plus dans le cas d’ignorance totale où nous avons voulu nous placer. Si, cas moins extrême mais également instructif, nous constatons que l’un des carrés a, au bout d’un temps assez long, reçu deux fois moins d’anthérozoïdes qu’un autre carré, nous en tirerons une présomption de loi ; nous déclarerons que les contenus de ces deux carrés sont différents. Ce sera seulement quand tous les carrés auront reçu, dans le même temps, assez prolongé, des nombres équivalents[5] d’anthérozoïdes que nous pourrons déclarer qu’il n’y a aucune loi d’exception à tirer de l’observation, c’est-à-dire que les conditions réalisées aux divers points du liquide sont identiques quant aux causes déterminantes du mouvement des anthérozoïdes. Mais alors, ce ne sera plus l’ignorance absolue, au contraire ; nous aurons acquis, par notre observation, la démonstration de l’homogénéité du liquide considéré par rapport aux anthérozoïdes, et de l’identité des anthérozoïdes par rapport au liquide. Nous connaîtrons une loi. Si, par moments, nous voyons des agglomérations plus abondantes d’anthérozoïdes dans tel ou tel carré, ce sera là le phénomène inconnu, dû à une cause ignorée et momentanée, que nous devons appeler le hasard jusqu’au moment où nous l’aurons analysée. Si, par exemple, nous introduisons en un point de la préparation un petit tube capillaire ouvert et rempli d’une solution d’acide malique[6], nous verrons que, malgré la continuation de leurs mouvements désordonnés dans le liquide, tous les anthérozoïdes se rapprocheront insensiblement de l’orifice du tube et finiront par y pénétrer ; nous aurons réalisé un piège à anthérozoïdes, parce que la diffusion de l’acide malique dans notre préparation fera naître en chaque point une hétérogénéité dont la conséquence sera, pour un anthérozoïde quelconque, une composante dirigée vers l’orifice du tube. Nous aurons détruit l’homogénéité de la goutte liquide, mais nous l’aurons détruite sciemment, et au lieu d’attribuer au hasard l’agglomération d’anthérozoïdes produite à l’orifice du tube, nous dirons que nous avons découvert la loi de l’attraction chimiotactique des anthérozoïdes de fougère par l’acide malique.

Ainsi donc, si nous constatons une distribution homogène des anthérozoïdes dans le liquide, nous ne devons pas dire que ces anthérozoïdes sont distribués au hasard. Nous ne savons rien, il est vrai, de la marche de chaque anthérozoïde considéré isolément ; les raisons de son mouvement ne sont pas analysables pour nous ; mais nous aurons conclu de l’homogénéité de leur distribution à l’homogénéité du liquide qui les contient ; nous aurons découvert une loi parfaitement définie. Nous ne devons parler de hasard que pour les hétérogénéités successives dont nous ignorons les causes et qui se compensent par addition, au bout d’un certain temps, dans l’homogénéité d’ensemble des résultats de l’observation. Si une agglomération persistante se fait en un endroit (comme dans le cas de l’acide malique), nous concluons à une autre loi, celle de la présence locale d’un agent capable de créer une composante dans le mouvement des anthérozoïdes. Si l’on a fait l’attraction par le tube de Pfeffer avant d’avoir constaté l’homogénéité préexistante du liquide, l’attraction par l’acide malique de tous les anthérozoïdes prouve seulement que la composante introduite par le tube est plus forte que toutes les composantes résultant des autres hétérogénéités du liquide. En d’autres termes, le tube d’acide malique a fait une sélection dans les mouvements des anthérozoïdes ; il n’y a là rien de fortuit ; nous verrons tout à l’heure qu’il en est de même pour le prétendu rôle attribué par Darwin au hasard dans la formation des espèces.

En passant, je fais remarquer que les jeux inventés par les hommes et appelés jeux de hasard, exploitent toujours une loi soigneusement établie à l’avance. On s’ingénie à construire un appareil dans lequel une loi d’homogénéité, aussi rigoureuse que possible, soit établie ; chaque coup, séparément, ne peut donner lieu à aucune prévision ; mais si, au bout d’un très grand nombre de coups, les chances des partenaires ne s’égalisaient pas, cela prouverait qu’il existe une loi d’hétérogénéité au lieu de la loi d’homogénéité qu’on a voulu réaliser ; l’appareil serait mauvais, il faudrait en fabriquer un autre. Si, à la roulette, le même numéro sortait plus souvent qu’un autre, cela indiquerait un vice de construction. Voilà ce qu’on entend par la loi des grands nombres ; l’homogénéité des résultats obtenus, après beaucoup de coups, prouve la bonne construction de l’appareil et voilà tout. Chaque coup a, en lui-même, des raisons particulières qui nous échappent ; chaque coup, inconnu dans son résultat, est un coup de hasard[7] ; mais la prévision de l’ensemble d’un grand nombre de coups résulte de la loi de l’appareil employé.

Les calculs établis par les Compagnies d’assurances résultent aussi de lois obtenues après coup par la comparaison d’un grand nombre de vies humaines, et par l’application de l’hypothèse, d’ailleurs justifiée en général, que les conditions de la vie ne changent guère d’une année à l’autre dans un même pays.

Dans la théorie cinétique des gaz, on tire aussi des conclusions mathématiques vraiment intéressantes de la considération des probabilités ; mais on s’était placé d’avance dans des conditions bien déterminées, dans des conditions de loi, en prêtant aux corpuscules mobiles des caractères entraînant l’homogénéité.

J’arrive enfin au Dieu Hasard des darwinistes. Il suffit de réfléchir un instant pour voir que la sélection naturelle agit comme le tube à acide malique de l’expérience de Pfeffer, avec cette différence que c’est une propriété de la vie elle-même qui est la cause de la sélection des êtres vivants. Cette propriété, cette loi, c’est la loi de la continuité nécessaire des lignées[8] ou élimination définitive de ceux qui sont morts sans postérité : il faut d’ailleurs, quoique pensent certains néo-darwiniens, ajouter à cette loi celle de l’hérédité des caractères acquis pour expliquer la formation des espèces. Quand on dit que c’est le hasard qui agit dans l’évolution progressive des animaux et des végétaux, on entend seulement que les causes de variation inconnues répandues dans le monde sont impuissantes contre les nécessités tirées des deux lois biologiques précédentes ; de même, dans l’expérience de Pfeffer, le passage de tous les anthérozoïdes dans le tube à acide malique prouve qu’aucune des causes d’attraction inconnues, existant aux autres points de la goutte d’eau, ne peut l’emporter sur l’attraction par le produit chimique employé.

En d’autres termes, il y a des lois, et les lois se manifestent toutes les fois que le hasard (ensemble des causes inconnues) ne contient pas de facteur capable de s’opposer à la manifestation des lois. Je crois à l’existence de ces lois que la science découvre, et dont quelques-unes nous paraissent immuables ; j’en admire l’ordonnance, par un reste atavique de sentiment religieux ; mais j’admire surtout que l’homme, qui est lui-même un produit des mouvements dirigés par ces lois, les ait découvertes.

Et lorsque je me déclare athée, j’entends seulement dire que je ne suis nullement satisfait par l’hypothèse dans laquelle ces lois de la nature tireraient leur origine d’un Dieu dont on pourrait parler comme on parle d’un homme. Comme, d’autre part, cette hypothèse peu satisfaisante, heurte ma logique à cause des comparaisons fautives sur lesquelles elle est basée, je la rejette définitivement, et je demeure agnostique.


§ 13. — HUMILITÉ DE L’ATHÉISME

Je ne puis m’empêcher, d’ailleurs, de demeurer effrayé devant l’outrecuidance de ceux de mes congénères qui croient en un Dieu dont on peut parler comme d’un homme. Quand je regarde les astres, et que je pense à l’humilité de notre globe terrestre, sur lequel l’homme est lui-même si petit, je me sens plein d’une modestie douloureuse ; et je n’ai pas la prétention, quoique cela soit commode pour le langage, de penser que quelqu’un ayant les mêmes attributs que moi ait fait tout cela. Je vois d’ailleurs avec plaisir que mes frères croyants sont de mon avis à un certain point de vue ; ils refusent aux fourmis[9], qui sont trop petites (!), l’idée même de Dieu ; elles n’ont pas d’âme faite à l’image de Dieu, malgré l’admirable ordonnance de leurs sociétés ; mais pour l’homme, rien n’est trop bon !

On me répondra que je suis moi-même infiniment orgueilleux en me refusant à admettre l’évidence dont les mystères de la nature éblouissent les plus incrédules. Ce n’est pas de ma faute si cette évidence ne me crève pas les yeux ; et j’affirme que je suis au contraire très humble et très modeste, dans ma certitude du néant ; mais on ne me croira pas.

Quant aux mystères, le monde en est plein ; je pourrais en citer un grand nombre vis-à-vis desquels la croyance en un Dieu humain ne me serait d’aucune utilité. On me dit par exemple que la chaleur est due à un mouvement de corpuscules très petits. Je suis tout disposé à le croire, mais je me demande avec angoisse comment peuvent être ces corpuscules dont le mouvement produit la chaleur ; ils ne sont ni chauds ni froids. Essayez de vous imaginer un corps qui n’ait pas de température ; je vous en défie. Je me tire de difficulté en me disant que je connais seulement les choses de ma taille[10] ; je ne puis pas connaître ce qui est trop petit ; je me console donc de ne pas connaître ce qui est trop grand, comme serait le Dieu auquel vous croyez.


§ 14. — L’AMOUR DE DIEU

En admettant même que je pusse croire, contre ma nature et contre mon raisonnement, à l’existence d’un Dieu dont on pourrait parler comme d’un homme tout puissant (mais il est vrai que je ne puis rien dire de scientifique en me plaçant dans une hypothèse aussi éloignée de mon état réel ; je ne crois pas en Dieu et, si j’y croyais, je serais différent de ce que je suis), en admettant, dis-je, que je puisse croire à un Dieu personnel, il ne me semble pas que j’aurais pour lui les sentiments d’adoration et de reconnaissance que l’on demande aux vrais croyants ; je me dirais qu’il m’a créé pour son propre plaisir, qu’il m’a imposé un service que je n’avais pas demandé, et dont, en toute sincérité, je me serais bien passé, quoique ma vie ait été plutôt heureuse jusqu’à présent. Quand j’entends conter aux enfants les histoires de ma mère Loye, je me dis souvent que je n’aurais pas hésité si une bonne fée m’avait offert de réaliser un de mes vœux ; j’aurais souhaité « n’avoir jamais existé ». C’est d’ailleurs, si j’ai bien compris, ce que demanda Job sur son fumier[11]. Mais un croyant qui attend la vie éternelle ne raisonne pas comme un athée qui compte seulement sur quelques années d’une vie médiocre ; un athée ne peut donc savoir ce qu’il ferait s’il était croyant. Je m’imagine seulement que si, étant croyant, je continuais à penser comme je pense maintenant, je serais probablement de l’avis d’une vieille dame que j’ai connue dans mon enfance, et qui disait tout bas, comme en se cachant : « Moi, je n’aime pas le bon Dieu mais j’en ai peur ! » N’est-ce pas ce sentiment de peur, que voulut faire naître chez ses auditeurs, après l’incendie du bazar de la Charité, le célèbre dominicain Ollivier ? Or, la peur, me semble-t-il, se concilie bien mal avec l’amour.

Je ne suis pas héroïque de nature ; si j’avais cru qu’un maître absolu peut m’accorder un bonheur éternel ou me condamner à des supplices sans fin, j’aurais probablement fui, dans un cloître, les dangers du siècle ; j’aurais passé ma misérable existence sublunaire à chanter la gloire du despote dont aurait dépendu mon avenir. C’est encore une conséquence de mon athéisme inné que de ne pas partager l’admiration des croyants pour ceux qui ont résolu ainsi le problème de la vie. Les prêtres eux-mêmes déclarent, paraît-il, que l’état monastique est l’état le plus parfait. Pour ma part, je n’admire pas les moines ; je ne les méprise pas non plus, car je suis sûr que j’aurais fait comme eux si j’avais cru ; je ne puis pas mépriser un homme, quoi qu’il ait fait ; je me sens trop semblable à lui et trop capable de l’imiter.


§ 15. — LA PRIÈRE

La prière est la plus importante occupation des croyants ; évidemment, un athée ne peut pas se rendre compte de l’état d’esprit d’un homme qui prie ; il ne peut discuter cet état d’esprit qu’avec sa logique d’athée ; il a, par conséquent, bien des chances de raisonner faux et de méconnaître l’un des éléments du problème ; mais les croyants sont exposés à la même erreur en condamnant les athées, et ils ne s’en privent pas. Je ne parlerai donc de la prière qu’à propos de ses rapports avec le déterminisme ; j’ai lu, en effet, qu’il y a des croyants déterministes, et cela me paraît incompréhensible, mais ce sont les seuls dont je puisse parler ; les autres sont trop loin de moi.

Un homme qui prie remercie Dieu de ses bienfaits et lui en demande d’autres. J’ai dit, au paragraphe précédent, ce que je pense des remerciements ; voyons maintenant ce que peut demander un déterministe. Un miracle, évidemment ! Dieu a créé le monde, et lui a imposé des lois par lesquelles tout est réglé. Si un enfant est malade, les conditions de sa lutte contre l’agent pathogène sont déterminées ; l’issue en est fatale si les lois naturelles sont appliquées ; la mère ne prévoit pas cette issue, mais elle pense que Dieu la connaît et elle lui demande d’écarter la mort du chevet de son fils, c’est-à-dire, de faire un miracle, de donner un accroc aux lois qu’il a lui-même édictées. Si l’enfant meurt tout de même, la mère se dit qu’elle n’avait pas mérité le miracle demandé, et elle bénit le Seigneur dans son inflexibilité. Si l’enfant ne meurt pas, elle ne se dit pas que la maladie pouvait n’être pas mortelle ; le miracle a eu lieu, et la mère est pleine de reconnaissance ; cela n’a d’ailleurs d’inconvénient pour personne, et le pis qui puisse arriver à l’enfant guéri, c’est de se voir habiller de bleu ou de vert pomme pendant trois ans.

Si j’étais croyant, je serais humilié de voir rapetisser mon Dieu au point de croire qu’il peut être sensible à la couleur du vêtement d’un gamin, mais, si j’étais croyant, je comprendrais peut-être aussi que toute marque d’obéissance, à propos de la chose la plus insignifiante, prend une valeur en tant qu’acte de soumission. Il est bien difficile à un athée de raisonner les gestes de ceux qui croient ! En tout cas, l’athée le plus convaincu ne pourra pas s’empêcher d’être ému en voyant prier une mère auprès du lit de son fils ; sûrement il ne la raillera pas, pas plus qu’il ne la raillerait s’il lui voyait préparer pour le malade une potion sûrement inefficace. Ce qu’il y a de plus douloureux devant le mystère de la maladie, c’est de rester inactif ; avoir l’illusion de faire quelque chose est un grand soulagement ; la prière procure ce soulagement à ceux qui croient ; ne leur retirons pas cette consolation, parce que nous n’y pouvons prétendre.

Il ne faudrait pas cependant que la croyance à l’utilité de la prière empêchât d’employer les remèdes connus et utiles ; ce n’est plus guère à craindre de nos jours, du moins dans les pays civilisés ; je crois que la mère la plus fanatique ne refuserait pas d’employer le sérum de Roux conjointement avec les patenôtres, si son enfant avait le croup ; mais cela tient à ce que la foi n’est plus bien vive ; elle est moins vive, le plus souvent, que l’amour maternel. Une foi absolue ferait sombrer ses adeptes dans le fatalisme le plus dangereux ; il me semble du moins que je serais fataliste si j’étais croyant ; en tout cas je ne serais pas dangereux pour les mécréants que je me contenterais de plaindre de toutes mes forces. Comment, après avoir dit : « Je crois en Dieu, le père tout-puissant », peut-on se permettre d’imposer à d’autres hommes la volonté de Dieu ? Les croisés croyants sont invraisemblables. Comment peut-on dire en invoquant le père tout-puissant : « que votre règne arrive, que votre volonté soit faite ! » Cela dépasse ma logique d’athée. « Dieu fit bien ce qu’il fit », a dit le bon La Fontaine et, l’homme qui s’imagine, dans ses guerres religieuses, faire les affaires de Dieu, est comparable à la « mouche du coche » du même fabuliste. Encore la mouche est-elle plus importante pour le coche que l’homme pour Dieu ; elle peut faire cabrer les chevaux. La posture logique pour un croyant est de laisser faire, de prier, et d’avoir peur.

Je me demande d’ailleurs si les fanatiques des guerres religieuses avaient la prétention de faire œuvre pie et s’imaginaient gagner le ciel ; cela était peut-être vrai de quelques-uns d’entre eux ; pour la plupart, il me semble, laissant de côté les intérêts matériels des combattants, que le principal mobile de leur ardeur belliqueuse était le désir d’avoir raison, d’avoir plus raison que les autres et de leur imposer leur manière de voir en les soumettant ou en les exterminant. Cela est très humain.


§ 16. — DÉTERMINISME ET FATALISME

Ceux qui croient aux miracles sont évidemment déterministes ; il ne pourrait pas y avoir d’infraction aux lois naturelles si ces lois ne réglaient pas d’avance tout ce qui se passe ; en dehors du miracle, tout est donc déterminé ; je ne crois pas inutile de revenir une fois encore sur la différence qui existe entre le déterminisme et le fatalisme ; je le ferai en quelques mots quoique l’ayant déjà fait ailleurs, car la confusion entre ces deux manières de voir continue d’être très fréquente. Les déterministes croient que tout est déterminé, c’est-à-dire que l’état du monde à un moment donné est entièrement déterminé par l’état du monde, au moment précédent, et par l’application des lois naturelles dans l’intervalle de ces deux moments. Bien entendu, les animaux, les hommes en particulier, sont compris dans le monde, et leur état, les modifications qui se produisent en eux jouent leur rôle dans le concert universel. Un fataliste raisonne de la même manière, mais il se met à part et se considère comme un rouage inutile de la grande machine ; nos idées étant pour nous des facteurs d’actions, le fataliste est annihilé par son fatalisme même. Un homme qui prie est forcément fataliste ; c’est pour lutter contre cette tendance dangereuse que la sagesse des nations a imaginé le proverbe : « Aide-toi, le ciel t’aidera. »

Dans notre état de connaissance imparfaite des lois naturelles, la question positive du miracle est difficile à trancher ; pour un croyant, la constatation du miracle est aisée ; il en voit partout et n’essaie pas de discuter la valeur miraculeuse du phénomène observé. Pour un athée au contraire, il y a toujours une attitude possible, même devant le fait le plus extraordinaire : « Je ne sais pas tout, doit-il dire ; ce que vous me montrez ne s’explique peut-être pas par les lois que je connais ; mais il y a tant de lois que je ne connais pas ! » On croit donc au miracle par nature, comme on est athée ou croyant par nature.

Mais il peut y avoir une attitude intermédiaire, et elle existe en effet. Quelques-uns croient que Dieu a créé le monde et lui a imposé des lois définitives en se défendant à lui-même d’y toucher ; ils n’admettent pas le miracle et sont déterministes parfaits. Ceux-là n’ont aucune raison de craindre Dieu ou de l’adorer ; leur ligne de conduite doit être la même que celle des athées qui ne diffèrent d’eux que parce qu’ils ne tirent aucune satisfaction du dogme de la création ; et, en fait, on doit déclarer athées comme les autres ceux qui, logiques jusqu’au bout, seraient obligés de souscrire à cette formule, infiniment absurde pour un croyant et dans la forme et dans le fond : « Si Dieu mourait (??), il n’y aurait dans le monde rien de changé ! »

  1. Les Influences ancestrales.
  2. J’ai publié il y a quelques années un ouvrage portant ce nom, et où j’ai essayé de me borner à l’étude des constatations qui forment la science.
  3. J’ai développé longuement cette manière de voir dans un livre « Éléments de Philosophie biologique », qui paraîtra sous peu chez Félix Alcan.
  4. Je dis : « aussi homogène que possible, aussi diffus que possible », mais cela ne veut pas dire absolument homogène, sans cela, il n’y aurait pas de mouvement, puisque le mouvement est dû à l’hétérogénéité ; seulement, les hétérogénéités varient sans cesse, dans tous les points, sans loi manifestée par la prépondérance d’une région sur une autre. (Voy. mon Traité de Biologie, chap. ier.)
  5. Ces nombres ne seront pas rigoureusement égaux, à cause des hétérogénéités successives dont il est question à la note précédente, mais ils ne pourront pas accuser de différence persistante dans un même sens, sans qu’il y ait présomption de loi d’hétérogénéité particulière.
  6. C’est l’expérience célèbre de Pfeffer sur la chimiotaxie. (Voy. mon Traité de Biologie, chap. ier.)
  7. Comme, dans notre exemple de tout à l’heure, le mouvement d’un anthérozoïde dans un milieu homogène ; une série de coups identiques est comparable à l’agglomération passagère des anthérozoïdes dans un milieu dont l’ensemble est homogène ; une telle agglomération doit se produire en des endroits divers ; si elle se fait toujours au même endroit, il y a une loi, la présence d’acide malique, par exemple.
  8. Voy. Les Influences ancestrales : la canalisation du hasard.
  9. Et même à l’éléphant, qui est plus grand que nous.
  10. Voy. Les Lois naturelles. Paris, Alcan.
  11. Périsse le jour où je suis né !