L’Encyclopédie/1re édition/ARIENS

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Texte établi par D’Alembert, Diderot (Tome 1p. 650-651).
◄  ARIEGE
ARIES  ►

ARIENS, s. m. pl. (Théol. hist. eccles.) hérétiques sectateurs d’Arius, prêtre de l’église d’Alexandrie, qui vivoit dans le ive. siecle, & mourut en 336. Cet hérésiarque convenoit de la divinité de Jesus-Christ : mais il prétendoit que comme Dieu, il étoit inférieur à son pere ; que le pere & le fils différoient en essence : qu’il n’y avoit point entre eux d’égalité, & qu’ils n’étoient point coéternels ; mais que le fils avoit été créé de rien, & qu’il étoit du nombre des créatures : à quoi il ajoûtoit que le saint-Esprit n’étoit pas Dieu, mais un être créé par le fils, quoiqu’il n’enseignât pas ces deux dernieres erreurs d’une maniere aussi ouverte que les Macédoniens & les Sociniens. Voyez Macédoniens & Sociniens. Les Ariens furent d’abord condamnés par un concile tenu à Alexandrie, sous Alexandre évêque de cette ville, & ensuite par le concile général de Nicée, où assisterent trois cens dix-huit évêques. Depuis cette condamnation, la secte se divisa en différentes branches : les purs Ariens ou Anoméens suivoient l’hérésie d’Arius telle qu’elle étoit dans sa naissance ; on les nomma Acaciens & Eudoxiens, d’Acace évêque de Cesarée, & d’Eudoxe patriarche d’Antioche, deux de leurs principaux chefs : Anoméens, parce qu’ils soûtenoient que le fils de Dieu étoit dissemblable à son pere, ἀνόμοιος ; Ursaciens, d’Ursace évêque de Tyr, selon quelques-uns, & de Sigedun, selon d’autres ; & Aétiens & Eunomiens, d’Aétius & d’Eunomius.

Les semi-Ariens qui vouloient conserver une partie des dogmes d’Arius, & cependant rejetter les expressions consacrées par les orthodoxes pour exprimer la consubstantialité, au lieu d’ὁμοούσιος, consubstantiel, avoient imaginé le terme ὁμοιούσιος, semblable en substance. Ils avoient pour chefs Basile évêque d’Ancyre, George de Laodicée, Eustathius de Sebaste, &c. dont les uns tenoient que le verbe avoit commencé d’être, mais avant tous les siecles ; les autres qu’il avoit été de toute éternité ; quoiqu’ils soûtinssent opiniâtrément qu’il n’étoit pas de la même substance que le pere. Rien ne fut moins constant que les professions de foi des Ariens : ils changeoient, ajoûtoient, retranchoient, pour ainsi dire à chaque instant, des expressions. Au concile d’Antioche tenu en 341, ils en dresserent quatre, où condamnant Arius en apparence, ils combattoient réellement la foi du concile de Nicée : celle de Rimini n’étoit pas moins captieuse : celle de Sirmich approchoit assez du sens catholique ; mais ils en altérerent ces mots en toutes choses, qui emportoient implicitement l’unité de substance entre le pere & le fils, se réservant par-là la ressource de n’admettre qu’une similitude de nature : tant de variations ne devoient pas être prises pour des caracteres de vérité. (G)

* Ariens, s. m. pl. (hist. & Géog.) peuples d’Allemagne, dont Tacite fait mention, & que quelques-uns prennent pour les habitans de l’île d’Arren ou d’Arrée.