L’Encyclopédie/1re édition/BÉZOARD

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Texte établi par D’Alembert, Diderot (Tome 2p. 220-221).
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BÉZOARD, s. m. (Hist. nat.) pierre qui se trouve dans le corps de certains animaux. Les premieres pierres connues sous le nom de bézoard, furent apportées de l’Orient. Il en vint ensuite d’autres de l’Amérique, auxquelles on donna le même nom : mais comme elles n’étoient pas absolument semblables aux premieres, on les nomma bézoards occidentaux, pour les distinguer des bézoards orientaux. Les uns & les autres sont polis à l’extérieur ; cependant il y en a qui sont inégaux & rudes. Les bézoards sont assez tendres, & ils teignent en couleur jaune, verdâtre, ou olivâtre le papier frotté de craie, de céruse ou de chaux, lorsqu’on les frotte dessus : ils s’imbibent d’eau & d’esprit-de-vin, & troublent ces liqueurs. Leur substance est pierreuse & composée de couches concentriques. Ils sont de grosseur & de figure différentes. Il y en a qui ressemblent à un rein ou à une féve ; d’autres sont ronds, oblongs, ou ovoides, &c. Les lames formées par les couches concentriques des bézoards, sont de couleur verdâtre ou olivâtre, tachetée de blanc dans leur épaisseur. On les écrase facilement sous la dent ; elles sont glutineuses, & teignent légerement la salive. Toutes les lames n’ont pas la même couleur, ni la même épaisseur. Lorsqu’on casse un bézoard, ou lorsqu’on lui donne un certain degré de chaleur, il se trouve des lames qui s’écartent & se séparent les unes des autres. Il y a au centre de la plûpart des bézoards, une masse dure, graveleuse & assez unie : on y trouve des pailles, du poil, des marcassites, des caillous, des matieres graveleuses unies ensemble, & aussi dures que la pierre ; du talc, du bois, des noyaux, presque semblables à ceux des cerises, des noyaux de myrobolans, &c. des féves revêtues d’une sorte de membrane formée par la matiere du bézoard, sous laquelle l’écorce de la féve se trouve séchée après avoir été gonflée. Quelques bézoards sonnent comme des pierres d’aigle, parce que la premiere enveloppe de la féve ayant été desséchée, le noyau devient mobile. Les fruits qui servent de noyau se pourrissent quelquefois, & se réduisent en poussiere. Il y a des auteurs qui ont vanté, je ne sai pourquoi, l’efficacité de cette poussiere. On a cru que les noyaux de matiere étrangere devoient indiquer que les bézoards avoient été apprêtés, & qu’ils étoient factices : mais cette opinion n’est pas fondée. Il seroit aussi aisé de faire un noyau de matiere semblable à celle du reste du bézoard, que d’employer pour noyau des corps étrangers, qui pourroient décéler l’art : il est même très-naturel que des noyaux de fruits ou d’autres corps qui se trouvent dans l’estomac des animaux qui produisent les bézoards, y occasionnent leur formation. On prétend que pour reconnoître les bézoards factices, il faut les éprouver avec une aiguille rougie au feu ; si elle entre aisément dans la substance du bézoard, c’est une marque qu’il est faux : au contraire si elle brunit seulement l’endroit où elle est appliquée sans pénétrer, c’est une preuve que le bézoard est bon. On croit que les bons sont de médiocre grosseur, de couleur brune, qu’ils jaunissent la chaux vive, qu’ils verdissent la craie, qu’ils ne se dissolvent point dans l’eau, qu’ils sont composés de lames fines & disposées par couches, &c. mais toutes ces marques sont fort équivoques ; il est très-possible de donner les mêmes qualités à des bézoards falsifiés avec du plâtre ou d’autres matieres semblables : cependant on peut distinguer les bézoards naturels des factices. Les premiers sont très-reconnoissables pour les gens qui en ont vû beaucoup ; leur couleur n’est ni trop pâle, ni trop foncée : ils ont le grain fin, leur surface est polie, & leur tissu serré ; de sorte que les lames dont ils sont composés, ne se séparent pas trop aisément les unes des autres. On juge par le poids du bézoard, s’il a pour noyau un caillou ou une matiere légere, telle que du poil ou des substances végétales. Le bézoard occidental est d’une couleur pâle, & quelquefois gris-blanc : il s’en trouve dont les lames sont épaisses & striées dans leur épaisseur.

On ne sait pas précisément quels sont les animaux qui portent les bézoards d’Orient & d’Occident. Il paroît que ceux qui viennent d’Egypte, de Perse, des Indes & de la Chine, sont produits par une espece de bouc, que les Persans nomment pazan ; ou par une chevre sauvage plus grande que la nôtre, que Clusius nomme capricerva, parce qu’elle a autant d’agilité que le cerf. Le bézoard d’Amérique vient aussi d’une chevre.

Comme on a donné le nom de bézoard à plusieurs choses très-différentes les unes des autres, on pourroit en faire plusieurs classes. La premiere comprendroit les bézoards d’Orient & d’Occident. On mettroit dans la seconde toutes les pierres qui sont tirées des animaux, & qui approchent des bézoards par leur structure & leur vertu : tels sont les bézoards de singe, de cayman, &c. les yeux d’écrevisses, & toutes les différentes sortes de perles. La troisieme classe comprendroit les matieres qui sont figurées comme le bézoard, sans en avoir les vertus : telles sont la pierre tirée de la vessie de l’homme, celles des reins, de la vésicule du fiel, & celles qui se trouvent dans la vésicule du fiel des bœufs & des autres animaux. Les égagropiles seroient dans la quatrieme classe. Voyez Egagropile. Et dans la cinquieme, les bézoards fossiles. Voyez Bézoard fossile. Mém. de l’Acad. royale des Sciences, ann. 1710. page 235. par M. Geoffroy le jeune. (I)

Bézoard minéral, pierre de couleur blanche ou cendrée, de figure irréguliere, & le plus souvent arrondie : elle est composée de différentes couches friables, placées successivement les unes sur les autres. Il y a quelquefois au centre de la pierre un petit noyau pierreux, un grain de sable, une petite coquille, ou un morceau de charbon de terre. Ces pierres sont de la grosseur d’une aveline, d’une noix, ou même d’un œuf d’oie. On en trouve en plusieurs endroits : en France, auprès de Montpellier ; en Sicile, autour du mont Madon ; en Italie, dans le territoire de Tivoli ; en Amérique, dans la nouvelle Espagne, dans le fleuve de Detzhuatland ; d’où on en tire de fort grosses ; & en bien d’autres endroits : car le bézoard fossile ne doit pas être plus rare que la pierre Ammite. (I)