L’Encyclopédie/1re édition/BACCHANALES

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Texte établi par D’Alembert, Diderot (Tome 2p. 5).
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BACCHANALES, adj. pris subst. (Hist. anc.) fêtes religieuses en l’honneur de Bacchus, qu’on célébroit avec beaucoup de solennité chez les Athéniens, où l’on en distinguoit de diverses sortes ; d’anciennes, de nouvelles, de grandes, de petites, de printanieres, d’automnales, de nocturnes, &c. Avant les olympiades, les Athéniens marquoient le nombre des années par celui des bacchanales, autrement nommées orgies, du mot Grec ὀργὴ, fureur, à cause de l’enthousiasme ou de l’ivresse qui en accompagnoit la célébration : elles tiroient leur origine d’Egypte, & furent introduites en Grece par Melampe.

A Athenes l’Archonte régloit la forme & l’ordonnance des bacchanales, qui dans les premiers tems se passoient fort simplement : mais peu à peu on les accompagna de cérémonies ou ridicules ou infames. Les prêtresses ou bacchantes couroient de nuit, à demi-nues, couvertes seulement de peaux de tigres ou de pantheres passées en écharpe, avec une ceinture de pampre ou de lierre ; les unes échevelées & tenant en main des flambeaux allumés, les autres portant des thyrses ou bâtons entourés de lierre & de feuilles de vigne, criant & poussant des hurlemens affreux. Elles prononçoient sur-tout ces mots, Εὐοῖ Σαβοῖ, εὐοῖ Βάκχε, ou ὦ Ἴακχε, ou ἰὼ Βάκχε. A leurs cris se mêloit le son des cymbales, des tambours, & des clairons. Les hommes en habits de satyres suivoient les bacchantes, les uns à pié, d’autres montés sur des ânes, traînant après eux des boucs ornés de guirlandes pour les immoler. On pouvoit appeller ces fêtes du Paganisme le triomphe du libertinage & de la dissolution ; mais sur-tout les bacchanales nocturnes où il se passoit des choses si infames, que l’an 568 de Rome, le sénat informé qu’elles s’étoient introduites dans cette ville, défendit sous les peines les plus grieves de les célébrer. C’est avec raison que les peres de l’église ont reproché aux payens ces desordres & ces abominations. (G)