L’Encyclopédie/1re édition/BACCHANTES

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Texte établi par D’Alembert, Diderot (Tome 2p. 5-6).
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BACCHANTES, prêtresses de Bacchus, nom que l’on donna d’abord à des femmes guerrieres qui suivirent Bacchus à la conquête des Indes, portant des thyrses ou bâtons entortillés de pampres de lierre & de raisins, & faisant des acclamations pour publier les victoires de ce conquérant. Après l’apothéose de ce prince, elles célébrerent en son honneur les bacchanales. De-là les mysteres de Bacchus furent principalement confiés aux femmes ; & dans les anciennes bacchanales de l’Attique, ces prêtresses étoient au nombre de quatorze. Il est pourtant fait mention dans l’antiquité d’un grand-prêtre de Bacchus, si respecté de tout le peuple, qu’on lui donnoit la premiere place dans les spectacles. Platon bannit de sa république la danse des bacchantes, & leur cortege composé de nymphes, d’égipans, de silenes, & de satyres, qui tous ensemble imitoient les ivrognes, & presque toûjours d’après nature, sous prétexte d’accomplir certaines expiations ou purifications religieuses. Ce philosophe pense que ce genre de danse n’étant convenable ni à la guerre, ni à la paix ; & ne pouvant servir qu’à la corruption des mœurs, il doit être exclus d’un état bien policé. Tacite racontant les débauches de Messaline & de ses femmes, en fait ce portrait tout semblable aux extravagances des bacchantes. Femina pellibus accinctæ assultabant, ut sacrificantes vel insanientes bacchæ. Ipsa crine fluxo, thyrsum quatiens, juxtaque Silius hedera cinctus, gerere cothurnos, jacere caput, strepente circum procaci choro. « Les femmes de Messaline revêtues de peaux bondissoient & folâtroient comme les bacchantes dans leurs sacrifices ; elle-même les cheveux épars agitoit un thyrse ; Silius (son amant) étoit à ses côtés, couronné de lierre, chaussé d’un cothurne, jettant la tête deçà & delà, tandis que cette troupe lascive dansoit autour de lui. » (G)