L’Encyclopédie/1re édition/BOURSE

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Texte établi par D’Alembert, Diderot (Tome 2p. 372-374).
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BOURSE, en terme de Boursiers, dont ils tirent leur nom, est une espece de petit sac portatif, fermé par des cordons, & propre à recevoir tout ce qu’on veut y mettre. Il y a des bourses à cheveux, à jettons, &c. Voyez ces mots.

Bourse à cheveux, terme de Boursier & autres, c’est un petit sac de taffetas noir, environ de huit pouces en quarré au-haut & en-dessus duquel est attaché un ruban fort large, noir & plié en rose. Ce sac est fermé de deux côtés, & est ouvert par en-haut. Il y a un faux ourlet à chaque bord, dans lesquels passent des cordons qui le font ouvrir ou fermer. Les hommes s’en servent pour mettre leurs cheveux par derriere. Les Marchands de modes en font peu, mais ils les font faire par des ouvriers.

Bourse à jettons, les Boursiers appellent de ce nom un sac de cuir, de velours, &c. qui se ferme avec des cordons qui traversent les quarrés en sens contraires. Il y a des bourses à dix, douze quarrés plus ou moins, c’est-à-dire, à dix ou douze plis.

Bourse, en Anatomie, se dit de deux sacs formés par le darthos & le scrotum, qui enveloppent les testicules comme dans une bourse. Voyez Darthos & Scrotum. (L)

Bourse, (Commerce.) en terme de Négocians, est un endroit public dans la plûpart des grandes villes, où les Banquiers, Négocians, Agens, Courtiers, Interpretes, & autres personnes intéressées dans le commerce, s’assemblent en certains jours, & à une heure marquée, pour traiter ensemble d’affaires de commerce, de change, de remises, de payemens, d’assurances, de fret, & d’autres choses de cette nature, qui regardent les intérêts de leur commerce, tant sur terre que sur mer.

Bruges en Flandre a été la premiere ville où l’on se soit servi du mot de bourse, pour désigner le lieu où les Marchands tenoient leurs assemblées, à cause que les Marchands de cette ville s’assembloient dans une place vis-à-vis d’une maison qui appartenoit à la famille de Vander bourse.

En Flandre, en Hollande, & dans plusieurs villes de la France, on appelle ces endroits bourses ; à Paris & à Lion, places de change ; & dans les villes libres & anséatiques du Nord, colléges des Marchands.

Ces assemblées se tiennent avec tant d’exactitude, & il est si nécessaire aux négocians de s’y trouver, que la seule absence d’un homme le fait quelquefois soupçonner d’avoir manqué ou fait banqueroute. Voyez Banqueroute & Faillite.

Les bourses les plus célebres de l’Europe sont, celle d’Amsterdam, & celle de Londres, que la reine Elisabeth fit appeller le change royal, nom qu’elle a retenu depuis. V. en la description à l’article Change royal.

La bourse d’Anvers n’étoit guere inférieure à celles de Londres & d’Amsterdam, avant le déclin du commerce de cette ville.

Dans le tems même des anciens Romains, il y avoit des lieux où les commerçans s’assembloient dans les villes les plus considérables de l’empire. La bourse que quelques-uns prétendent avoir été bâtie à Rome, l’an 259 après la fondation de cette ville, c’est-à-dire 493 ans avant la naissance de Jesus-Christ, sous le consulat d’Appius Claudius, & de Publius Servilius, fut nommée Collegium mercatorum ; on prétend qu’il en reste encore quelque chose, que les Romains modernes appellent loggia, la loge, & qu’ils nomment aujourd’hui la place de S. George. Voyez Collége.

C’est sur l’autorité de Tite-Live qu’on fonde cette opinion d’une bourse dans l’ancienne Rome ; voici ce que dit cet auteur : {{lang|la|Certamen consulibus inciderat uter dedicaret Mercurü œdem. Senatus à se rem ad populum rejecit : utri corum dedicatio jussu populi data esset, eum prœesse annonœ, mercatorum collegium instituere jussit. lib. II. Mais il est à remarquer que dans la pureté de la langue Latine, collegium ne signifioit jamais un édifice fait pour une société de gens ; desorte que collegium mercatorum instituere, ne peut pas se rendre par bâtir une place de change ou un collége pour les négocians. Le sens de cette expression est que les négocians furent incorporés & formés en compagnie : & comme Mercure étoit le Dieu du commerce, cette œdes Mercurü semble avoir été le lieu destiné aux dévotions de cette compagnie de commerçans.

La bourse des marchands de Toulouse fut établie par Henri II. en 1549, à l’incitation des juges conservateurs des priviléges des foires de Lyon.

L’édit d’érection confirmé par lettres patentes du roi en 1551, permet aux marchands de cette ville d’élire & de faire chaque année un prieur & deux consuls d’entre eux pour connoître & décider en premiere instance de tous & chacuns les procès & différens qui pour raison de marchandises, assûrances, &c. seroient mûs & intentés entre marchands & trafiquans à Toulouse, & par appel au parlement de ladite ville ; leur permettant d’acheter ou construire un bâtiment pour y tenir la jurisdiction & les assemblées de ladite bourse commune.

Les marchands qu’il est permis aux prieur & consuls de choisir & de s’associer pour assister aux jugemens de la bourse, s’appellent juges-conseillers de la retenue, & sont au nombre de soixante. Voyez Juges de la retenue.

La bourse de Roüen, ou, comme on l’appelle, la convention de Roüen, est de quelques années plus moderne que celle de Toulouse, n’étant que de l’année 1566, sous le regne de Charles IX : pour le reste elle lui est à-peu-près semblable.

La plus nouvelle de toutes les bourses consulaires est celle de Montpellier, érigée en 1691 par Louis XIV. pour les marchands de cette ville, & dont la jurisdiction s’étend dans les dioceses de Montpellier, Nîmes, Usès, Viviers, le Puy, Mende, Lodève, Agde, Besiers, Narbonne, & Saint-Pons. Ses officiers sont un prieur, deux juges-consuls, un syndic, & un certain nombre de bourgeois pour assister avec eux aux jugemens.

A Bourdeaux, les consuls sont appellés juges-consuls de la bourse commune des marchands. Voyez Consuls.

Jusqu’en 1724, le lieu d’assemblée où les marchands, banquiers, négocians, & agens de change de Paris s’assembloient pour traiter de leur commerce, étoit situé dans la grande cour du Palais, au-dessous de la gallerie Dauphine, du côté de la Conciergerie ; & on l’appelloit la place du Change. Mais alors on choisit l’hôtel de Nevers, rue Vivienne ; & aux bâtimens qui y étoient déjà, on en ajoûta de nouveaux pour la commodité des négocians, banquiers, &c. & c’est ce qu’on nomme aujourd’hui à Paris la bourse. On peut en voir les principaux reglemens dans l’arrêt du conseil du 24 Septembre 1724, & dans le dictionnaire du Commerce de Savary, tom. I. pag. 1080. & suiv.

La bourse d’Amsterdam est un grand bâtiment de brique & de pierres de taille, qui a 230 piés de long sur 130 de large, & autour duquel regne un peristyle, au-dessus duquel est une galerie de vingt piés de largeur. Les piliers du peristyle sont au nombre de quarante-six, tous numerotés depuis un jusqu’à quarante-six, pour distinguer les places où se tiennent les marchands, & aider à les trouver aux personnes qui ont affaire avec eux ; ce qui sans cela seroit fort difficile, puisque ce bâtiment peut contenir jusqu’à 4500 personnes. La bourse est ouverte tous les jours ouvrables depuis midi jusqu’à une heure & demie ou deux heures ; on en annonce l’ouverture par le son d’une cloche. A midi & demi on en ferme les portes ; on y peut néanmoins entrer jusqu’à une heure en payant un certain droit à un commis établi pour le recevoir.

Outre cette bourse, il y en a encore une dans la même ville, qu’on appelle la bourse aux grains. C’est une halle spatieuse où les marchands de grains, facteurs, &c. s’assemblent tous les lundis, mercredis, & vendredis, depuis dix heures du matin jusqu’à midi, & vendent ou achetent des grains sous montre. Il y a aussi à Rotterdam une bourse très-belle, & qui fait un des principaux ornemens de cette ville, quoique moins grande & moins spatieuse que celle d’Amsterdam.

Bourse a encore, dans le Commerce, plusieurs significations, dont voici les principales.

Il se dit de ceux qui ont beaucoup d’argent comptant, qu’ils font valoir sur la place en escomptant des lettres & billets de change : ainsi on dit, ce marchand est une des meilleures bourses de Paris.

Bourse commune est proprement une société qui se fait entre deux ou plusieurs personnes de même profession, pour partager par égale portion les profits, ou supporter les pertes qui peuvent arriver dans leur trafic. On dit quelquefois tenir la bourse, pour tenir la caisse. Voyez Caisse.

Bourse commune s’entend aussi de ce qui provient des droits de réception, soit à l’apprentissage, soit à la maîtrise, dans les corps des marchands & les communautés des Arts & Métiers ; ce qui compose un fonds qui ne peut être employé que pour les besoins & affaires communes. Ce sont ordinairement les maîtres & gardes & jurés quî sont chargés de la perception de ces deniers, dont ils rendent compte au sortir de leur charge.

Bourse se dit encore de l’argent ou bien de quelqu’un. Avoir la bourse, manier la bourse ; c’est faire la dépense. Mettre la main à la bourse, c’est dépenser. Faire une affaire sans bourse délier, c’est faire un troc de marchandises, un accommodement but à but, & sans être obligé de donner de l’argent de part ni d’autre. (G)

Bourse, (Hist. mod.) maniere de compter, ou espece de monnoie de compte fort usitée dans le Levant, singulierement à Constantinople. Voyez Monnoie de compte.

La bourse est une somme de cent vingt livres sterlins, ou de cinq cents écus. Ce terme vient de ce que le thresor du grand-seigneur est gardé dans le serrail dans des bourses de cuir, qui contiennent chacune cette somme.

Cette maniere de compter des Turcs leur vient des Grecs, qui l’avoient prise des Romains, dont les empereurs la firent passer à Constantinople ; comme il paroît par la lettre de Constantin à Cécilien, évêque de Carthage, citée par Eusebe & Nicéphore, où on lit ce qui suit : « Ayant résolu de donner quelques secours en argent aux ministres de la religion Catholique en Afrique, dans les provinces de Numidie & de Mauritanie ; j’ai écrit à Vesus, notre thresorier général en Afrique, & lui ai donné ordre de vous délivrer trois mille folles », c’est-à-dire bourses : car, comme le remarque M. de Fleury, ce que nous appellons bourse, les Latins l’appellent follis, par où ils entendent une somme de deux cents cinquante deniers d’argent, ce qui revient à cinq cents livres de notre monnoie.

La bourse d’or chez les Turcs est de quinze mille sequins, ou de trois mille écus ; & ce sont celles que les sultans généreux distribuent à leurs favoris & aux sultanes.