L’Encyclopédie/1re édition/BRACHYGRAPHIE

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Texte établi par D’Alembert, Diderot (Tome 2p. 391).

BRACHYGRAPHIE, s. f. (Gram.) c’est-à-dire, l’art d’écrire par abréviations : ce mot est composé de βραχὺς, brevis, & de γράφω, scribo. Ces abréviations étoient appellées notæ ; & ceux qui en faisoient profession, notarii. Gruter nous en a conservé un recueil qu’il a fait graver à la fin du second tome de ses inscriptions, notæ Tironis ac Senecæ. Ce Tiron étoit un affranchi de Ciceron, dont il écrivit l’histoire ; il étoit très-habile à écrire en abregé.

Cet art est très-ancien : ces scribes écrivoient plus vîte que l’orateur ne parloit ; & c’est ce qui a fait dire à David, Lingua mea calamus scribæ velociter scribentis. Ps. 44. « Ma langue est comme la plume d’un écrivain qui écrit vîte ». Quelque vîte que les paroles soient prononcées, dit Martial, la main de ces scribes sera encore plus prompte : à peine votre langue finit-elle de parler, que leur main a déjà tout écrit.

Currant verba licet, manus est velocior illis :
Vix dum lingua tuum, dextra peregit opus.

Mart. épig.

Manilius parlant des enfans qui viennent au monde sous le signe de la vierge, dit :


Hic est scriptor erit velox, cui littera verbum est,
Quique notis linguam superet, cursimque loquentis
Excipiat longas, nova per compendia voces.

Manil. Aston. lib. IV. v. 197.

C’est par de semblables expédiens, que certains scribes que nous avons eus à Paris, suivoient en écrivant nos plus habiles prédicateurs ; & ce fut par ce moyen, que parut, il y a environ trente ans, une édition des sermons du P. Massillon. (F)