L’Encyclopédie/1re édition/CABESTAN

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Texte établi par D’Alembert, Diderot (Tome 2p. 487-488).

CABESTAN, s. m. (Mar.) c’est une machine de bois reliée de fer, faite en forme de cylindre, posée perpendiculairement sur le pont du vaisseau, que des barres passées en travers par le haut de l’essieu font tourner en rond. Ces barres étant conduites à force de bras, font tourner autour du cylindre un cable, au bout duquel sont attachés les gros fardeaux qu’on veut enlever. Voyez Cable.

C’est encore en virant le cabestan qu’on remonte les bateaux, & qu’on tire sur terre les vaisseaux pour les calfater, qu’on les décharge des plus grosses marchandises, qu’on leve les vergues & les voiles, aussi bien que les ancres. Voyez Ancre.

Il y a deux cabestans sur les vaisseaux, qu’on distingue par grand & petit cabestan : le grand cabestan est placé derriere le grand mât sur le premier pont, & s’éleve jusqu’à quatre ou cinq piés de hauteur au-dessus du deuxieme. Voyez Pl. IV. fig. 1. n° 102. On l’appelle aussi cabestan double, à cause qu’il sert à deux étages pour lever les ancres, & qu’on peut doubler sa force en mettant des gens sur les deux ponts pour le faire tourner.

Le petit cabestan est posé sur le second pont, entre le grand mât & le mât de misene. Voyez Plan. IV. fig. 1. n°. 103. il sert principalement à isser les mâts de hune & les grandes voiles, & dans les occasions où il faut moins de force que pour lever les ancres.

Les François appellent cabestan Anglois, celui où l’on n’employe que des demi-barres, & qui à cause de cela n’est percé qu’à demi ; il est plus renflé que les cabestans ordinaires.

Il y a encore un cabestan volant que l’on peut transporter d’un lieu à un autre. Voyez Vindas.

Virer au cabestan, pousser au cabestan, faire joüer au cabestan, c’est-à-dire, faire tourner le cabestan.

Aller au cabestan, envoyer au cabestan : quand les garçons de l’équipage ou les mousses ont commis quelque faute, le maitre les fait aller au cabestan pour les y châtier : on y envoye aussi les matelots. Tous les châtimens qu’on fait au cabestan chez les François, se font au pié du grand mât chez les Hollandois. (Z)

Le cabestan n’a pas la forme exactement cylindrique ; mais est à peu près comme un cone tronqué qui va en diminuant de bas en haut, afin que le cordage qu’on y roule soit plus ferme, & moins sujet à couler ou glisser de haut en bas.

Il est visible par la description de cette machine, que le cabestan n’est autre chose qu’un treuil, dont l’axe au lieu d’être horisontal, est vertical. Voyez à l’article Axe les lois par lesquelles on détermine la force du treuil, appellé en Latin axis in peritrochio, axe dans le tambour, ou essieu dans le tour. Dans le cabestan le tambour, peritrochium, est le cylindre, & l’axe ou l’essieu sont les leviers qu’on adapte aux cylindres, & par le moyen desquels on fait tourner le cabestan.

Le cabestan n’est donc proprement qu’un levier, ou un assemblage de leviers auxquels plusieurs puissances sont appliquées. Donc suivant les lois du levier, & abstraction faite du frottement, la puissance est au poids, comme le rayon du cylindre est à la longueur du levier auquel la puissance est attachée ; & le chemin de la puissance est à celui du poids, comme le levier est au rayon du cylindre. Moins il faut de force pour élever le poids, plus il faut faire de chemin : il ne faut donc point faire les leviers trop longs, afin que la puissance ne fasse pas trop de chemin ; ni trop courts, afin qu’elle ne soit pas obligée de faire trop d’effort ; car dans l’un & l’autre cas elle seroit trop fatiguée.

On appelle encore en général du nom de cabestan, tout treuil dont l’axe est posé verticalement : tels sont ceux dont on se sert sur les ports à Paris, pour attirer à terre les fardeaux qui se trouvent sur les gros bateaux, comme pierres, &c.

Un des grands inconvéniens du cabestan, c’est que la corde qui se roule dessus descendant de sa grosseur à chaque tour, il arrive que quand elle est parvenue tout-à-fait au bas du cylindre, le cabestan ne peut plus virer, & l’on est obligé de choquer, c’est-à-dire, de prendre des bosses, de devirer le cabestan, de hausser le cordage, &c. manœuvre qui fait perdre un tems considérable. C’est pour y remédier que l’Académie des Sciences de Paris proposa pour le sujet du prix de 1739, de trouver un cabestan qui fût exempt de ces inconvéniens. Elle remit ce prix à 1741 ; & l’on a imprimé en 1745 les quatre pieces qu’elle crut devoir couronner, avec trois accessit. L’Académie dit dans son avertissement, qu’elle n’a trouvé aucun des cabestans proposés exempt d’inconvéniens. Cela n’empêche pas néanmoins, comme l’Académie l’observe, que ces pieces, sur-tout les quatre pieces couronnées, & parmi les accessit, celle de M. l’abbé Fenel, aujourd’hui de l’Académie des belles lettres, ne contiennent d’excellentes choses, principalement par rapport à la théorie. Nous y renvoyons nos lecteurs. (O)