L’Encyclopédie/1re édition/CENDRÉE

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CENDRÉE, s. f. (Chimie & Docimasie.) c’est ainsi que l’on nomme la cendre que l’on employe pour la formation des coupelles. L’on en distingue deux especes ; la grande cendrée, cineritium majus, & la petite cendrée, cineritium minus : la premiere s’employe pour les essais en grand, lorsqu’il est question de passer une grande quantité de métal à la coupelle ; pour la faire, on se sert de cendres de bois, que l’on ne prend pas la peine de lessiver ou de préparer avec tant de soin que pour la petite cendrée ; l’on y joint un peu de briques réduites en poudre ; on lui donne ensuite la forme dans des moules de terre, ou avec un anneau de fer, ou l’on s’en sert pour garnir le fourneau à raffiner. Voyez Coupelle.

La petite cendrée demande beaucoup plus de préparation ; l’on prend pour cela des matieres qui puissent résister au feu le plus violent sans se vitrifier & sans entrer en fusion avec les matieres que le verre de plomb met dans cet état ; l’on n’a rien trouvé qui répondît mieux à ce dessein, que les os des animaux calcinés ; les meilleurs sont ceux de veau, de mouton, de bœuf, &c. aussi-bien que les arrêtes des poissons. Avant de les calciner, il est à propos de les faire bien bouillir, afin d’en séparer toute partie grasse & onctueuse ; on les calcine ensuite à un feu découvert très-violent, & l’on fait durer la calcination pendant plusieurs heures, en prenant garde qu’il n’entre ni cendres ni charbons dans le creuset où sont les os que l’on veut calciner. La marque que l’opération est bien faite, c’est lorsque en cassant les os, l’on n’y remarque rien de noir. Quand ils sont à ce point, on les pile dans un mortier, & l’on verse par-dessus de l’eau chaude ; on a soin de bien remuer le tout, afin que l’eau emporte toutes les parties salines qui pourroient s’y trouver ; l’on réitere plusieurs fois ces édulcorations ; l’on fait ensuite sécher la poudre qui reste ; on la réduit en une poudre très fine ; on la passe par un tamis serré ; on la rebroye de nouveau sur un porphyre, jusqu’à ce qu’elle devienne impalpable. M. Cramer préfere aux os & aux arrêtes calcinés une espece de spath particulier qui, lorsqu’on l’a calciné dans un creuset fermé, devient mou & friable, & ne demande point de préparation ultérieure ; mais toute sorte de spath n’est point propre à cet usage. Celui dont M. Cramer parle, est sans doute l’espece de spath que M. Pott appelle alkalin, pour le distinguer du spath fusible.

Lorsqu’on a besoin de beaucoup de coupelles, l’on a recours aux cendres des végétaux pour faire la cendrée : mais de peur que le sel dont ces cendres sont chargées ne fasse vitrifier les coupelles, l’on a soin de les préparer de la maniere suivante. On prend une cendre de bois, blanche, légere, & tendre ; on la passe par un tamis, en versant de l’eau par-dessus pour en séparer la poussiere de charbon qui pourroit y être mêlée ; sur la cendre qui a passé, l’on verse de l’eau chaude, on remue la cendre avec un bâton ; on lui donne un peu de tems pour retomber au fond, & l’on décante cette premiere eau, qui est toûjours trouble ; on reverse de nouvelle eau chaude sur la cendre, que l’on décante encore après avoir remué & laissé retomber la cendre ; on continue la même chose jusqu’à ce que l’eau ne contracte plus ni couleur ni goût. Quand les choses en sont à ce point, l’on verse de nouvelle eau sur les cendres, on la remue, & l’on décante l’eau toute trouble, en donnant cependant le tems au sable & aux parties terrestres qui y sont mêlées de retomber au fond : l’on fait la même chose tant qu’il reste des cendres dans le vaisseau où s’est faite l’édulcoration. Quand toute la cendre sera passée, on la laissera reposer & tomber au fond du nouveau vaisseau où on l’aura mise ; l’on en décante l’eau, & la cendre qui restera sera dégagée de tout sel & de toute partie grasse, & invariable au feu. Pour la rendre encore meilleure, l’on en formera des boules que l’on fera calciner au fourneau ; on la lave ensuite de nouveau, & pour lors elle devient d’une blancheur égale à celle des os calcinés. L’on mêle cette cendre, ainsi préparée, avec les os calcinés, pour en faire les coupelles. V. l’article Coupelle. (—)

Cendrée, en terme de Fondeur de petit plomb, est la plus petite espece de plomb qui se fasse, c’est pour cela qu’on n’en fait qu’à l’eau. Voyez a l’art. Plomb, fonte de petit plomb.