L’Encyclopédie/1re édition/CHANDELLE

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* CHANDELLE, s. f. (Art méchaniq.) petit cylindre de suif, dont une meche de fil de coton occupe le centre d’un bout à l’autre, qu’on allume, & qui sert à éclairer.

On fabrique deux sortes de chandelles ; les unes qu’on appelle chandelles plongées, les autres chandelles moulées. Nous en allons expliquer le travail séparément, après avoir fait précéder les opérations qui leur sont communes.

Quelle que soit la sorte de chandelle qu’on veuille fabriquer, on commence par préparer la quantité de meches dont on a besoin, relativement à la quantité de suif qu’on veut employer. Le Chandelier achete le coton en écheveaux ; il le dévide & le met en pelotons sur des tournettes. Voyez l’artic. Tournette. Il porte son coton en pelotons dans un panier, appellé panier aux pelotes, vers le couteau à meches ou le banc à couper les meches, car le même instrument a ces deux noms. Il est composé d’un dessus ab, monté sur deux piés cd ; ce dessus est divisé en deux parties dont l’une e porte une broche perpendiculaire de fer f, & se meut à coulisse dans l’entaille gh de l’autre partie, sur le bout de laquelle on a placé verticalement le couteau large, tranchant & arrondi par l’extrémité k. Le Chandelier s’assied devant ce banc ; il en prend la coulisse par le bouton qu’on appelle nœud l ; il éloigne la broche f du couteau k, de tel intervalle qu’il le desire ; cet intervalle doit être déterminé par la longueur des chandelles qu’il se propose de fabriquer. Il fixe la coulisse à cette distance du couteau, par le moyen d’une vis placés sous le banc. Cela fait, il prend ensemble les bouts de deux, trois, ou quatre pelotons, selon le nombre de brins dont il veut que ses meches soient formées ; & ce nombre dépend du poids & de la grosseur qu’il veut donner à sa meche & à sa chandelle. La meche ne doit être ni trop menue ni trop grosse : trop menue, la flamme ne consumant pas assez de suif, la meche pour ainsi dire étouffée ne donne pas assez de lumiere ; trop grosse, la flamme consumant le suif qui l’entoure avec trop de vîtesse, bientôt la meche n’est plus nourrie, & l’on est mal éclairé. Il est donc important à la qualité de la chandelle de bien proportionner la grosseur de la meche à la grosseur de la chandelle. On tire tous les brins des pelotons en même tems ; les pelotons se dévident ; on passe une des portions de la longueur dévidée d’un côté de la broche, & l’autre portion de l’autre côté, ensorte que la broche en soit embrassée ; on porte ces deux portions réunies au buteau ; on coupe celle qui est continue aux pelotes, précisément au ras de l’autre, sans lâcher les brins ; on prend les deux portions qui embrassent la broche par leurs extrémités ; on les place entre les paumes des deux mains, & en glissant ces paumes en sens contraire, on roule les deux portions de la meche l’une sur l’autre, & il se forme à son extrémité une boule qu’on appelle le collet, dans laquelle la broche est comprise. Voilà une meche faite ; on en fait de la même maniere tant que la broche en peut contenir, & elle en contient plus ou moins, selon qu’elles sont plus ou moins grosses : il est évident qu’elles sont toutes de la même grosseur & de la même longueur, puisqu’elles sont toutes du même nombre de brins, & coupées toutes sur la même distance de la broche au couteau. Quand la broche est pleine de meches, on prend une de ces baguettes minces qu’on appelle broches à chandelles, & on les passe de dessus la broche du banc sur la broche à chandelle. Il y a des couteaux à couper les meches sans piés ; on les pose sur les genoux, & on s’en sert comme nous venons de dire : il est clair que par la commodité qu’on a de fixer la piece à coulisse du banc à telle distance du couteau qu’on le souhaite, le même banc peut servir à faire des meches de telle grosseur & longueur qu’on voudra.

Lorsqu’on a des baguettes chargées de meches convenablement, je dis convenablement, car on en met plus ou moins sur une baguette, selon le nombre de chandelles qu’on veut à la livre : il y a sur une baguette seize meches des huit à la livre, dix-huit meches des douze à la livre, & ainsi du reste ; alors on met fondre le suif. Le Chandelier reçoit le suif du boucher en gros pains qu’on nomme jatte. (Voyez à l’article Suif comment le suif se met en jatte.) Il suffit de remarquer ici qu’il y en a de deux sortes, l’un de brebis & de mouton, & l’autre de bœuf & de vache ; qu’il n’est pas permis au chandelier d’en employer d’autres, & que la proportion prescrite par les réglemens & exigée pour la bonne qualité de la chandelle, entre ces deux suifs, est de moitié par moitié. Comme la masse d’une jatte est trop considérable pour fondre facilement, & que le suif en restant trop sur le feu pourroit se noircir & se brûler, la premiere opération du Chandelier est de dépecer son suif, ce qu’il exécute sur la table qu’on voit fig. 1. du Chandelier ; elle est montée à l’ordinaire sur des piés 1, 2, 3, 4. Ces piés soûtiennent le dessus 5 ; ce dessus est bordé de tout côté par des planches assemblées entr’elles & avec le dessus, & hautes de sept à huit pouces, 6, 7, 8, 9 ; ces planches servent à contenir les morceaux de suif quand on dépece. La planche ou le rebord de devant est coupé dans le milieu pour la commodité de celui qui travaille. Au fond de la table, sur le dessus, en-dedans, contre le rebord du fond, est cloué un petit linteau de bois 11, 12, sur le milieu duquel il y a un crochet 13 qui s’insere dans un anneau pratiqué à l’extrémité de la branche d’un grand couteau, qu’on appelle couteau à dépecer ou dépeçoir ; l’ouvrier prend ce couteau par son manche & hache le suif en morceaux. Quand il est haché, il le jette dans une grande chaudiere de cuivre posée sur un trepier ; il met le feu sous cette chaudiere ; le suif fond ; il l’écume ; & quand il est fondu, pour le clarifier, il y lâche une petite quantité d’eau qu’on appelle le filet. Il survuide le suif de cette chaudiere à-travers un tamis dans une cuve ; cette cuve a une canelle à trois ou quatre doigts du fond ; le suif peut s’y tenir chaud de lui-même pendant vingt-quatre heures en été, & pendant seize en hyver. Il faut l’entretenir fluide par le moyen du feu, quand on ne peut l’employer tout dans cet intervalle. On l’y laisse reposer trois heures avant que de s’en servir, mais au bout de ce tems on en tire par la canelle dans l’abysme pour les chandelles plongées, dans la burette pour les chandelles moulées.

Travail des chandelles plongées. L’abysme, qu’on appelle aussi moule, est un prisme triangulaire creux, fixé, comme on voit fig. 3. par un de ses côtés, sur une table ghei, de maniere qu’une des faces de ce prisme est parallele à cette table ; cette face parallele, qui a son couvercle mobile, sert d’ouverture à l’abysme dont le côté ab, est d’environ dix pouces, & le côté as d’environ quinze : il y a à chaque bout une anse. La table sur laquelle l’abysme est fixé a des rebords qui forment tout autour, excepté au côté gh, une rigole qui reçoit le suif fluide qui découle des chandelles tandis qu’on les fabrique, & le renvoye dans un vaisseau placé sous gh. L’ouvrier peut s’asseoir devant ce vaisseau.

Lorsque l’abysme est presque rempli de suif, l’ouvrier prend entre ses doigts deux baguettes chargées de meches ; il tient l’une entre l’index & le doigt du milieu des deux mains, & l’autre entre l’annulaire & le petit doigt. Il en couche les meches sur le suif deux ou trois fois ; les relevant à chaque fois, & les tenant un instant verticales sur l’abysme pour leur donner le tems de prendre suif & d’égoutter. Cette premiere façon s’appelle plingure ; & la maniere de la donner, plinger. Il porte les meches plingées sur son établi, qu’on voit fig. 4. Ce n’est autre chose qu’une grande & forte table sans dessus, de dix à douze piés de long, de cinq à six de haut, & de deux à deux & demi de large ; les quatre piliers des coins 1, 2, 3, 4, en sont entaillés à la partie supérieure ; les entailles 1, 2, 3, 4, sont toutes quatre dans la même direction, & selon la longueur de la table : elles sont destinées à recevoir les bouts des deux barres qu’on y voit placées, & qu’elles contiennent. C’est sur ces barres que l’ouvrier pose ses brochées de chandelles pour s’essuyer. Il y a sous cette table une espece d’auge de la grandeur de la table même, mais dont la profondeur est à peine de trois ou quatre pouces ; il reçoit les gouttes de suif qui tombent du bout des chandelles qui viennent d’être plingées. Le Chandelier plinge tout de suite toutes ses brochées ; observant à mesure qu’il travaille de rafraîchir son abysme avec du suif tiré de la cuve, de l’entretenir à-peu-près plein, de remuer le fond de son abysme avec un bâton qu’on appelle un mouvoir, & d’enlever de ses bords supérieurs, mais sur-tout de celui de devant où il frotte sans cesse l’extrémité de ses chandelles à mesure qu’il travaille, le suif qui s’y fige en assez grande quantité : ce qu’il exécute avec sa truelle.

Lorsque ses brochées sont suffisamment essorées, il les remet ; remettre, c’est donner la seconde façon qui s’appelle remise ; à la remise, les chandelles ne se plongent que deux fois : toutes les autres trempées ou couches suivantes se donnent à trois ; mais il n’y a que les dernieres qui ayent des noms. Lorsqu’on les a multipliées au point que les chandelles ont presque la grosseur qu’on leur desire, & qu’il n’en reste plus que trois à donner, on dit de l’antépénultieme qu’elle les met prêtes, de la pénultieme qu’elle les racheve, & de la derniere qu’elle les collete. Colleter, c’est enfoncer la chandelle dans l’abysme jusqu’à ce que le suif soit monté entre les deux portions de la boucle appellée collet, que la meche forme à l’extrémité de la chandelle, & tienne ces deux portions séparées en s’y figeant.

Lorsque les chandelles sont colletées & froides, on les coupe. Cette opération se fait sur une plaque de cuivre qu’on tient élevée sur un feu modéré, & contre laquelle on applique, quand elle est chaude, le cul d’un grand nombre de chandelles à la fois. Cette partie se fond, s’applatit, & les chandelles sont coupées. Il ne reste plus après cela qu’à les mettre en livres, si on les veut vendre en détail ; ou en caisse, si on veut les envoyer ou les garder.

Il y a des chandelles plongées de quatre, de six, de huit, de dix, de douze, de seize, de vingt, & même de vingt-quatre à la livre.

Travail des chandelles moulées. Les moules dans lesquels se font ces chandelles sont ou d’étain, ou de plomb, ou de cuivre, ou de fer-blanc. Ceux d’étain sont les meilleurs & les moins communs, Ceux de plomb, les plus ordinaires & les plus mauvais. On n’y distingue que trois parties ; ab, le collet, fig. 5. bc, la tige ; cd, le culot. On donne le nom de collet à l’extrémité percée du moule : ce n’est point une partie qui en soit séparée ; elle est arrondie en-dehors, & concave en-dedans, & ne forme qu’un tout avec la tige, qu’on peut considérer comme un cylindre creux, dont le diametre est d’autant plus grand que les chandelles qu’on veut jetter en moule sont plus grosses. On en moule depuis les quatre jusqu’aux douze à la livre. Le culot est un véritable entonnoir qui s’ajuste à la partie supérieure de la tige, & dirige le suif dans sa cavité. Il a encore un autre usage ; c’est de tendre & tenir la meche droite par le moyen de son crochet, sur le milieu de la tige. On donne le nom de crochet à la petite piece ef soudée au-dedans du culot, & s’avançant jusqu’au milieu de son ouverture.

La premiere opération du Chandelier, c’est de garnir tous les moules de meches : pour cet effet, il prend une longue aiguille qu’on appelle aiguille à meches ; son extrémité est en crochet ; il fait passer ce crochet par l’ouverture du collet, ensorte que l’aiguille traverse toute la tige, & sort de dedans en-dehors par le trou du collet. Il y attache la meche par le moyen d’un fil qu’on appelle fil à meches ; il tire l’aiguille, & la meche suit. Quand elle est arrivée au culot, il ôte le fil à meche du crochet de l’aiguille, & le passe sur le crochet du culot ; il tire un peu la meche par en-bas, afin de la rendre bien dans la longueur de la tige, & place le moule dans la table à moules, qu’on voit fig. 6. Il y faut distinguer trois parties ; 1 2, les semelles qui la soûtiennent ; 2 3, deux grandes planches assemblées à tenons avec les semelles, inclinées l’une vers l’autre en gouttiere, & formant une grande auge ; 4 5, le dessus assemblé pareillement avec les semelles, & percé d’un grand nombre de rangées de trous paralleles : ce dessus est épais de deux à trois pouces, large & long à volonté ; c’est dans ces trous qu’on place les moules le plus verticalement qu’on peut : ils y sont retenus par le cordon qu’on a pratiqué à la tige du moule.

Lorsque la table est garnie d’autant de moules qu’elle en peut contenir, on tire du suif de la cuve dans la burette. La burette est un vaisseau tel que celui qu’on voit fig. 7. il est de fer-blanc ; il a une anse par laquelle on le porte ; un goulot qui prend d’en-bas, & s’éleve obliquement jusqu’à la hauteur de ce vaisseau, par lequel on verse ; & une espece de couvercle qui le ferme à moitié, qui empêche que le suif ne se refroidisse si promptement par l’action de l’air, & ne se renverse par-dessus les bords de ce vaisseau, quand on remplit les moules.

On les remplit donc avec ce vaisseau ; on laisse refroidir les moules : quand ils sont bien froids, on tire le culot, & en même tems la chandelle qui y tient, par le moyen du fil à meche. On panche le culot ; & quand le suif est bon, & qu’il n’a été versé ni trop chaud ni trop froid, ce que l’on reconnoît à la facilité avec laquelle les chandelles se tirent, la chandelle se rompt si net au ras du culot, qu’on ne la coupe point comme la chandelle plongée.

Ces chandelles se font fort vîte, & sont beaucoup plus belles en apparence que les plongées. On acheve de les embellir en les blanchissant : pour cet effet on les expose pendant huit à dix jours, enfilées sur des baguettes & suspendues sur des tretaux, dans des jardins à la rosée & au soleil levant. Il faut avoir le soin, lorsque la chaleur du jour commence à devenir grande, lorsque le tems est mauvais & menace de pluie, quand il fait un vent poudreux, de les tenir couvertes avec des toiles. Puisque c’est la rosée qui donne la blancheur à la chandelle, il s’ensuit que le printems est la saison la plus propre pour en mouler.

On distingue encore les chandelles par quelques noms particuliers. On appelle chandelle de Cordonniers, l’assemblage de deux grosses chandelles des quatre à la livre, qu’on fait prendre selon toute leur longueur en les approchant l’une de l’autre, lorsqu’elles viennent d’être plongées & mises prêtes, & que le suif qui les enduit n’est pas encore figé, & en les replongeant, pour qu’elles tiennent mieux, une fois ou deux, après qu’elles sont prises. On appelle chandelle à Carrier, de petites chandelles des vingt ou vingt-quatre à la livre, dont les Carriers se servent dans leurs soûterrains : chandelle des rois, des chandelles cannelées en relief que les Chandeliers travaillent dans des moules cannelés en creux & dont ils font présent en étrennes à leurs pratiques ; elles sont dites des rois du tems où elles se donnent. Des chandelles de noix, c’est une espece de chandelles qui se font au Mirebalais avec le marc de la noix pressurée. Des chandelles de rousine, c’est une autre espece qui est d’usage en Anjou, & qu’on fabrique avec de mauvais suif & de la poix-résine.

Les chandelles étoient d’usage chez les anciens : la meche en étoit de fil, de papier, ou de jonc ; elle étoit revêtue de poix, de suif, ou de cire. Il n’y avoit que les personnes d’un rang distingué qui brûlassent de ces dernieres. On portoit aux funérailles des gens du peuple de petites chandelles de poix ou de suif.

Des couronnes & des iris des chandelles. Quelques personnes apperçoivent autour de la lumiere des chandelles des iris & des couronnes : on attribue ces phénomenes à des irrégularités constantes du crystallin & de la cornée, dans ceux qui les voyent toûjours ; & dans ceux qui ne les voyent qu’en certain tems, à quelque changement instantané des mêmes parties (comme lorsqu’on s’est comprimé long-tems avec la main la partie supérieure de l’œil).

Lorsque les superficies des humeurs sont irrégulieres, il arrive qu’à certaine distance les deux foyers font qu’il se peint sur la rétine un cercle lumineux & foible autour du point où il se ramasse plus de rayons ; & c’est ce cercle qui produit l’apparence des couronnes autour des objets lumineux pendant la nuit. Si l’irrégularité des superficies des humeurs n’est pas fort considérable, on appercevra seulement un cercle clair sans couleurs ; mais si elle est fort grande, il y aura une réfraction considérable qui donnera des couleurs.

On confirmera cette explication, en faisant passer un objet noir au-devant de la prunelle & proche de l’œil. Lorsque la moitié de la prunelle en sera couverte, la moitié du cercle lumineux disparoîtra d’un côté ou de l’autre, suivant la disposition & la nature de l’œil ; & cet effet arrivera toûjours, si l’on met l’objet noir fort proche de l’œil, quand le corps lumineux est fort grand. Si le corps lumineux est petit, l’objet noir pourra s’interposer à quelque distance ; mais le cercle paroîtra moins lumineux, quand la lumiere sera petite.

Descartes attribuoit les mêmes apparences à des plis ou rides circulaires sur les surfaces des humeurs ; mais il ne paroît pas qu’on ait jamais rien observé de pareil dans aucun œil. Cependant Descartes expliquant très-bien les iris & couronnes en conséquence des rides circulaires, il ne seroit pas mal fondé à prétendre que ces rides ne sont pas assez considérables pour être observées.

Chandelle éteinte. (Jurispr.) Les adjudications à l’extinction de la chandelle, qui se pratiquent en certains cas, sont un usage fort ancien. Il en est parlé dans des priviléges accordés à la ville de Caylus-de-Bonnette en Languedoc par Louis duc d’Anjou, lieutenant général pour le roi en ladite province, au mois de Mars 1368, & confirmés par Charles V. par des lettres du mois d’Avril 1370. Ces lettres donnent aux consuls de cette ville les droits d’encan & de ban, qui n’étoient pas affermés ad extinctum candela, plus de cent sous tournois par an.

Quelques coûtumes ont adopté cet usage pour les adjudications qui se font en justice. La plus ancienne est celle de Ponthieu, article 169. laquelle fut rédigée en 1495. Il en est aussi parlé dans l’article 15. de l’ancien style de la sénéchaussée de Boulenois, qui est à-peu-près du même tems, & dans plusieurs autres coûtumes du seizieme siecle, qui sont les coûtumes de Mons, chap. xij. Lille, art. 160. 164. Cambrai, tit. xxv. art. 16. & 43. Bretagne, 579. 728. la coûtume locale de Seclin sous Lille & celle de Lannoy. Il en est aussi fait mention dans plusieurs ordonnances, savoir dans celle de Louis XII. de l’an 1508. art. 20. dans l’édit de 1516, pour les encheres des ventes de forêts du roi ; dans celle d’Henri II. du mois de Décembre 1553, & autres ; & dans les ordonnances du duc de Bouillon, art. 531.

Cette ancienne forme de faire les adjudications en justice à l’extinction de la chandelle, est encore observée dans l’adjudication des fermes du roi & des choses publiques ; mais elle a été défendue pour les ventes & baux des biens des particuliers. Les adjudications doivent en être faites publiquement à l’audience, les plaids tenant, de vive voix. Il y en a un arrêt de reglement rendu aux grands jours de Poitiers le 28 Septembre 1579.

Le motif de ce changement est que l’adjudication à l’extinction de la chandelle est sujette à deux fraudes.

L’une, est que les enchérisseurs affectent de faire languir les encheres jusqu’à ce que la chandelle soit beaucoup diminuée ; au moyen dequoi les héritages ne sont jamais vendus ou affermés leur juste valeur.

L’autre fraude est que quand la chandelle est à l’extrémité, & que la flamme en est chancelante, il se trouve quelquefois des gens qui l’éteignent par une toux affectée.

C’est pour éviter ces inconvéniens, que dans le Cambrésis l’adjudication des héritages ne se fait plus à l’extinction de la chandelle, mais à trois coups de bâton, suivant la remarque de M. Desjaunaux. Voyez Hering, de fide juss. cap. vj. n°. 18. & 19. pag. 97. Le gloss. de Lauriere, au mot Chandelle allumée & Chandelle éteinte ; Boucheul sur Poitou, article 444. n°. 16.

A Rome & dans quelques autres endroits, les excommunications se prononcent en éteignant une chandelle ou un cierge. Voy. Excommunication.

Chandelles des rois. (Jurisprud.) Une sentence de police du 29 Décembre 1745, en ordonnant l’exécution de l’article 9 des statuts des Chandeliers de Paris, a défendu aux maîtres Chandeliers d’en faire ou faire fabriquer à peine de vingt livres d’amende, & aux garçons & autres de les porter, à peine de prison. Ce reglement fut réaffiché au mois de Janvier 1748. (A)

Chandelle, (Pharmacie.) voyez Oiselet de Chypre.

Chandelle, c’est ainsi qu’on appelle en Charpenterie, un poteau qu’on place debout à-plomb, sous une poutre ou sous une autre piece, pour la soûtenir horisontale.