L’Encyclopédie/1re édition/COURTILIERE

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
◄  COURTIGE
COURTINE  ►

COURTILIERE, s. f. grillotalpa, (Hist. nat. Insectolog.) grillon, taupe, ou taupe-grillon, insecte qui a été ainsi appellé, parce qu’il fait un bruit comme celui du grillon, & qu’il reste sous terre comme la taupe. Il est de la longueur & de la grosseur du petit doigt, & il ressemble en quelque façon à une sauterelle ; il a auprès de l’anus deux filets garnis de poils ; le corps est formé par huit anneaux écailleux, un peu velus, & de couleur de châtaigne ; le ventre est mou, & moins foncé en couleur ; le dos est recouvert par deux ailes terminées en pointe, le long desquelles il y a une ligne noirâtre ; ces ailes sont plissées, & deux autres ailes déployées & marquetées par des stries noires, s’étendent jusqu’à la moitié des premieres : mais celles-ci se prolongent jusqu’à la moitié de la longueur de la queue. Cet insecte a quatre jambes, les deux dernieres sont les plus longues ; elles sont attachées au premier anneau du corps, & composées de quatre parties jointes par des articulations. La premiere partie est une sorte de fémur ; la seconde, un tibia dentelé ; la troisieme correspond au tarse ; & la quatrieme est terminée par un filet fourchu, au lieu de doigts. Les autres jambes ressemblent à celles-ci, quoique plus petites. La poitrine est revêtue d’un corcelet fort & velu, de couleur noirâtre en-dessus, & moins foncé en-dessous. Il y a de chaque côté de la tête, au lieu de bras, deux prolongemens durs comme les serres des crustacées : chacun est composé de quatre pieces ; la premiere forme, pour ainsi dire, l’aisselle ; la seconde est plus longue, plus large, & appliquée contre la poitrine. Cette partie a une sorte d’appendice, dans laquelle s’engage la troisieme, que l’on peut comparer à une main ; elle a cinq pointes noirâtres qui tiennent la place des doigts, & deux autres au lieu de pouces : cette sorte de main se fléchit en-dehors, comme celle de la taupe. La tête est enfoncée en partie dans le corcelet ; elle est velue ; elle a deux antennes placées, comme celles des écrévisses, derriere le nez & au-dessous des yeux : il y a aussi des papilles blanchâtres, & une sorte de barbe. La queue de cet insecte est fourchue ; les yeux sont durs, brillans & noirâtres. Ce qu’il y a de plus singulier dans les parties de l’intérieur, c’est qu’il s’y trouve plusieurs estomacs, comme dans les animaux ruminans. Descript. anat. grillotalp. D. J. de Muralto eph. nat. cur. dec. 2. ann. 1 & 2.

La courtiliere creuse en terre, comme la taupe, avec les deux sortes de mains dont il a été fait mention ; elle se soûtient sur les jambes de devant, & saute à l’aide de celles de derriere ; elle marche fort lentement, & son vol ne differe guere d’un saut. Cet insecte se loge dans la terre humide ; mais il en sort pendant la nuit, & même au coucher du soleil : le bruit qu’il fait est assez fort pour être entendu de loin. La courtiliere ramasse des grains de froment, d’orge & d’avoine ; elle les porte dans ses soûterreins ; elle coupe la racine des plantes, & porte beaucoup de dommage aux jardins. Aldrovande lui donne le nom de vermis cucurbitarius, parce qu’on la trouve souvent en Italie sur une sorte de courge ou citrouille. On dit qu’elle enferme ses œufs dans une petite motte de terre, jusqu’au nombre de cent cinquante, & qu’elle approche ce groupe de la surface du terrein lorsque l’air est doux, & que dans le froid elle descend jusqu’au-dessous de la profondeur à laquelle pénetre la gelée. Mouff. theat. ins. Aldr. de ins. Voyez Insecte. (I)