L’Encyclopédie/1re édition/ELEVE

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ELEVE, s. m. (Philosoph. & Arts.) celui qui est instruit & élevé par quelqu’un, qui est formé de la main d’un autre dans quelqu’art ou dans quelque science. On donna ce titre à Paris, lors de la fondation des académies des Sciences & des Inscriptions, aux sujets qui y étoient aggrégés, & qui travailloient de concert avec les pensionnaires. Mais ce mot d’éleve signifioit seulement moins d’ancienneté, & une espece de survivance ; cependant on lui a substitué depuis celui d’adjoint, qui est en effet beaucoup plus convenable.

On peut voir au mot Académie, par quelle raison ce titre mal sonnant d’éleve fut supprimé. On a mieux fait encore dans l’académie des Inscriptions que dans celle des Sciences ; on n’y a point fait de classe d’adjoints, & en général l’on a conservé beaucoup plus d’égalité dans la premiere de ces académies, que dans la seconde ; cependant cette égalité si précieuse & si essentielle dans les compagnies littéraires, n’est parfaite que dans l’académie françoise ; les grands seigneurs se trouvent honorés de n’y être admis qu’à titre de gens de Lettres, & de s’y voir placés à côté des Voltaire, des Montesquieu, des Fontenelle, &c. Il n’y a dans cette compagnie ni éleves, ni adjoints, ni associés, ni pensionnaires, ni honoraires ; on y est persuadé que les vrais honoraires d’une académie, sont ceux qui lui font honneur par leurs talens & par leurs ouvrages ; que tout le monde y est éleve, ou que personne ne l’est, parce qu’il n’y a personne, ou du moins qu’il ne doit y avoir personne qui n’y reçoive & qui n’y mette tout-à-la-fois ; que les pensions attachées à certains grades, & que les différens grades eux-mêmes ont de très-grands inconvéniens, sont nuisibles à l’égalité, à la liberté, à l’émulation, à l’union, & aux égards réciproques.

Le nom d’éleve est demeuré particulierement consacré à la Peinture & à la Sculpture ; il signifie un disciple qui a été instruit & élevé dans l’école d’un célebre artiste : c’est pourquoi on se sert du mot d’école pour désigner les éleves d’un grand peintre ; & on dit dans ce sens, l’école de Raphael, du Titien, de Rubens. Voyez Ecole, & l’article suivant. (O)

ELEVE, s. m. terme de Peinture. Eleve & disciple sont synonymes ; mais le dernier de ces termes est ordinairement d’usage pour les Sciences, & le premier pour les Arts. On dit, Platon fut disciple de Socrate, & Apelle fut éleve de Pamphile. Il seroit à souhaiter que les Philosophes ne fussent disciples que de la sagesse & de la raison, & que les Peintres ne fussent éleves que de la nature, il y auroit moins d’artistes & de philosophes ; peut-être la Philosophie & les Arts n’y perdroient-ils pas : cependant il faut avoüer qu’un maître habile & intelligent qui abrege la route épineuse des connoissances qu’il possede, & qui forme de bonne-foi un disciple ou un éleve, sans craindre de se créer un rival ou un supérieur, procure un avantage inestimable. Le bien qu’il fait seroit au-dessus de tout éloge, s’il y ajoûtoit celui de séparer des lumieres qu’il communique, les préjugés qui lui sont propres, & qui n’appartiennent pas au fond de la science qu’il enseigne ; mais il est rare de trouver un maître assez éclairé & assez généreux pour cela.

L’éleve qui se destine à la Peinture, ne sauroit commencer trop tôt à apprendre les élémens d’un art dont l’étendue est immense. Les progrès doivent être fort rapides pour échapper au tems, qui les rallentit & les arrête. C’est le feu de la jeunesse qui doit mûrir des fruits pour lesquels l’automne est souvent trop froid & dangereux. Raphaël mort à trente-six ans, n’avoit plus rien à faire pour être le premier des artistes.

Cette vérité doit engager les éleves à employer avec vivacité aux études nécessaires à la pratique de leurt art, le tems précieux de la premiere jeunesse, puisque c’est alors que les organes dociles se soûmettent aisément au joug de l’habitude. L’ordre qu’il faut mettre à ces études, est l’objet intéressant du maître : l’éleve, fait pour se laisser conduire, est une plante dont celui qui la cultive doit répondre. Au reste, j’ai tracé au mot Dessein une partie de la route qu’on doit faire tenir au jeune éleve : l’obéissance & la docilité sont les devoirs qu’il doit pratiquer ; & l’on peut tirer des présages plus justes & plus favorables de son exactitude à les remplir, que de ces desirs superficiels ou de ces succès prématurés qui font concevoir des espérances qu’on voit si souvent trompées. Cet article est de M. Watelet.