L’Encyclopédie/1re édition/EPHEMERE

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
◄  EPHELIDE

EPHEMERE, s. f. (Hist. nat. Insectolog.) musca ephemera, insecte qui meurt presqu’aussitôt qu’il est transformé en mouche ; la plûpart vivent à peine une demi-heure ou une heure dans cet état : celles qui y restent depuis le coucher du soleil jusqu’à l’aurore du lendemain, passent pour avoir vécu longtems. On en distingue grand nombre d’especes, elles ressemblent beaucoup à des papillons ; mais il n’y a point de poussiere sur leurs ailes, comme sur celles des papillons ; elles sont fort transparentes & très minces. Les éphémeres ont quatre ailes, deux en-dessus & deux en-dessous : les ailes supérieures sont de beaucoup plus grandes que les inférieures. Le corps est allongé, & composé de dix anneaux ; il sort du dernier une queue beaucoup plus longue que tout le reste de l’animal, & formée par deux ou trois filets extrèmement fragiles.

Ces insectes vivent dans l’eau pendant un, deux ou trois ans sous la forme de ver, & ensuite de nymphe, avant que de se transformer en mouche. En les considérant dans ces différens états, leur vie est longue relativement à celle des insectes ; & même on a donné le nom d’éphémere à des mouches qui vivent pendant quelques jours après leur métamorphose. Le ver ne differe de la nymphe qu’en ce que celle-ci a seulement de plus que le ver, des fourreaux d’aile sur le corcelet. L’un & l’autre ont six jambes écailleuses attachées au corcelet. La tête est triangulaire & un peu applatie ; il y a deux gros yeux ordinairement bruns, & un filet grainé au côté intérieur de chaque œil. La bouche est garnie de dents, & le corps composé de dix anneaux, dont les premiers sont plus gros que les derniers. La partie postérieure du corps est terminée par trois filets qui forment une longue queue : ces filets sont écartés les uns des autres, & bordés des deux côtés par une frange de poils. Ces insectes ont une teinte plus ou moins foncée de couleur brune, jaunâtre ou blanchâtre. Ils restent dans des trous creusés en terre au-dessous de la surface de l’eau d’une riviere, ou d’une autre eau moins courante ; les uns n’en sortent que très-rarement, d’autres plus souvent : ceux-ci nagent dans l’eau, & marchent sur les corps qu’ils y rencontrent, ou se tiennent cachés sous des pierres, &c. Lorsqu’on les observe de près, on voit le long du corps, de chaque côté, des sortes de petites houppes qui ont un mouvement fort rapide, & qui tiennent lieu d’oüies à ces animaux.

Comme les insectes qui doivent se transformer en mouches éphémeres, ne nagent que très-rarement dans l’eau, il faut, quand on les veut voir, les chercher dans une terre compacte, où ils font des trous : la consistence de cette terre approche de celle de la glaise. Lorsque les eaux de la Seine & de la Marne ne sont pas hautes, on voit sur les bords de ces rivieres, jusqu’à deux ou trois piés au-dessus du niveau de l’eau, la terre criblée de ces trous, dont les ouvertures ont deux ou trois lignes de diametre ; ils sont vuides, les insectes les ont abandonnés lorsqu’ils se sont trouvés à sec, & ont fait d’autres trous plus bas dans la terre que l’eau baigne ; il y en a jusqu’à plusieurs piés au-dessous de la surface de l’eau. Ces trous sont dirigés horisontalement ; ils ont deux ouvertures placées l’une à côté de l’autre, de sorte que la cavité du trou est semblable à celle d’un tuyau coudé. L’insecte entre par l’une des ouvertures, & sort par l’autre : la capacité du trou est proportionnée au volume de son corps dans ses différens degrés d’accroissement. La transformation de la nymphe en mouche est très-prompte ; celle-ci quitte son fourreau avec beaucoup de facilité : quelques-unes prennent leur essor avant que de s’en être entierement dégagées, & emportent leur dépouille qui tient encore à leur queue.

Le tems de l’apparition des mouches éphémeres n’est pas toûjours le même pour toutes les especes de ces mouches. C’est vers la fête de la saint Jean qu’elles paroissent, dans des pays plus froids que le nôtre. A Paris on les voit vers la mi-Août, quelquefois plûtôt, & d’autres fois plûtard. Sur le Rhin, la Meuse, &c. les éphémeres commencent à voler environ deux heures avant le coucher du soleil. Sur la Seine & la Marne on n’en voit que dans le tems où le soleil est prêt à se coucher ; elles ne viennent en grand nombre que lorsqu’il a disparu : alors il s’éleve en l’air une prodigieuse multitude de ces insectes ; ils volent si près les uns des autres, que l’on ne voit que des éphémeres autour de soi, sur-tout si l’on tient une lumiere. Elles s’y portent de toutes parts ; elles décrivent des cercles tout-autour & en tout sens ; elles se répandent par-tout en un instant ; elles tombent comme les flocons de la neige la plus abondante, la surface de l’eau en est couverte ; la terre en est jonchée sur les bords de la riviere, où elles s’amoncelent, & forment une couche d’une épaisseur considérable.

En 1738, le 19 Août, cette grande affluence d’éphémeres ne dura sur la Marne à Charenton, que depuis neuf heures jusqu’à neuf heures & demie ; leur nombre diminua peu-à-peu, & sur les dix heures on n’en appercevoit plus que quelques-unes qui voloient sur la riviere : on en avoit déjà vû le jour précédent. Le 20, ces insectes parurent en aussi grand nombre que le 19 ; le 21 il y en eut à peine le tiers ; le 22 on en vit moins : mais quoiqu’il fît moins chaud que les jours précédens, & qu’il tombât de la pluie, elles parurent à la même heure. Les quatre ou cinq jours suivans il en vint encore, mais leur nombre diminuoit de jour en jour : les premieres s’étoient montrées chaque jour entre huit heures & un quart & huit heures & demie. En 1739, les éphémeres vinrent dès le 6 Août ; mais elles ne parurent que vers les neuf heures & demie, ou les neuf heures trois quarts. Il y en eut beaucoup moins cette année que la précédente. Les Pêcheurs regardent les éphémeres comme une manne qui sert de nourriture aux poissons, & ils prétendent que cette manne ne tombe que pendant trois jours. En effet, ces insectes ne paroissent que pendant trois jours en grande abondance. La plûpart se noyerent dans la riviere, & les autres resterent sur les bords presque sans mouvement, entassées les unes sur les autres, & moururent bientôt ; à peine s’en trouva-t-il qui vécussent jusqu’au lever du soleil. Elles avoient plus de deux pouces de longueur, en y comprenant les filets de la queue. Les ailes étoient blanches lorsqu’elles ne se touchoient pas, & d’un blanc-sale ou rougeâtre lorsqu’elles étoient appliquées l’une sur l’autre. Les mâles ont un des filets de la queue plus court que les deux autres.

Dès que les femelles ont quitté leur dépouille, elles sont prêtes à pondre ; après avoir pris leur vol, elles déposent leurs œufs dans le premier endroit où elles se trouvent en tombant, ou en se posant soit sur la surface de l’eau, soit sur la terre. La ponte est faite en un moment, quoique le nombre des œufs soit très-grand. Ils étoient arrangés dans chaque femelle de façon qu’ils formoient deux grappes composées de grains qui se touchoient ; la longueur de chacune étoit de trois lignes & demie ou quatre lignes, & le diametre d’environ une demi-ligne ou une ligne : il y avoit sept ou huit cents œufs dans les deux grappes. L’éphémere vole à fleur d’eau, & s’appuie sur l’eau par le moyen des filets de la queue ; lorsqu’elle pond, les grappes sortent de l’insecte toutes les deux à-la-fois, & tombent au fond de l’eau qui les dissout, de façon que les œufs se séparent & se dispersent sur le fond de la riviere. On ne sait pas combien de tems ils y restent avant que les vers en sortent : on ne sait pas bien non plus si les éphémeres s’accouplent, ou si le mâle féconde les œufs après la ponte. Mém. pour servir à l’histoire des Insectes, tome VI. Voy. Insecte. (I)

Éphemere, adj. (Medecine.) ce terme est grec, ἐφήμερος, composé de la préposition ἐπί, dans, & ἡμέρα, jour ; ainsi il est employé pour signifier ce qui se passe dans un jour, dans l’espace de 24 heures ; c’est aussi l’étymologie du mot éphémeride, qui a la même signification, & qui est quelquefois employé en Medecine au lieu de calendrier. Voyez Ephémérides.

Éphémere est une épithete que les Medecins donnent à une sorte de fievre, qui fait son cours dans l’espace d’un jour ; c’est celle que Galien appelle ἐφήμερος πυρετὸς, & les Latins febris diaria : quelques-uns ont improprement étendu la signification de fievre éphemere à celle dont le cours est prolongé jusqu’au troisieme jour inclusivement, qu’il est plus convenable de ranger simplement parmi les fievres continues non putrides. Voyez Fievre putride.

La fievre éphemere doit aussi être regardée comme continue, puisqu’il est de son caractere que l’agitation fébrile qui la constitue, étant commencée, ne cesse pas que la maladie ne soit terminée ; ensorte que dans l’espace de tems qu’elle dure, elle parcourt les quatre degrés que l’on observe dans toute sorte de fievre ; savoir, le principe, l’accroissement, l’état, la déclinaison : mais celle-ci n’est pas une maladie aiguë, parce qu’elle n’est pas accompagnée d’un grand changement, soit dans les parties solides, soit dans les fluides, & qu’elle ne produit pas par conséquent un grand dérangement dans les fonctions ; ainsi la fievre éphemere proprement dite est distinguée de la suete ou sueur angloise, qui est le nom que l’on donne à une sorte de fievre qui a regné en Angleterre à différentes reprises, pendant les deux derniers siecles, dont le principal symptome étoit une sueur si abondante, qu’elle faisoit périr la plûpart de ceux qui en étoient attaqués en moins d’un jour, & quelquefois en peu d’heures ; celle-ci est de l’espece des fievres malignes très-aiguës : si on lui donne le nom d’éphémere, on doit lui joindre l’épithete de pestilentielle (voyez Suete ou Sueur angloise, Fievre maligne, Peste). La fievre éphémere differe de toute autre fievre continue, par le peu de trouble qu’elle cause dans l’économie animale, & par sa courte durée : le défaut de retour la distingue des fievres intermittentes.

Elle est le plus souvent causée par quelqu’abus des choses qu’on appelle dans les écoles non-naturelles, comme lorsque la personne qui en est affectée s’est exposée à l’ardeur du soleil, ou a fait un exercice violent, ou a trop bû ou trop mangé, ou qu’elle a fait des veilles excessives, ou s’est livrée à un trop grand travail d’esprit, à quelqu’accès de colere, &c. Quelqu’une de ces causes étant récentes & n’ayant pas vicié notablement la masse des humeurs, & n’y ayant produit qu’un épaississement, ou une raréfaction, ou une constriction des vaisseaux peu considérables ; le sang trouvant conséquemment un peu de résistance à parcourir les extrémités artérielles, il s’excite par la cause générale, qui détermine toutes les fievres de quelqu’espece qu’elles soient, un mouvement fébrile, qui tend à faire cesser l’obstacle, à détruire le vice dominant ; & attendu qu’il n’est pas de nature à résister beaucoup, il cede bien-tôt, & la fievre se termine.

Cette fievre éphémere n’est point précédée par le dégoût des alimens, ni par la lassitude spontanée, ni par aucun frisson ou tout autre avant-coureur des fievres de toute espece ; elle survient presque subitement sans aucun fâcheux symptome, &c. il ne se fait aucun changement dans les urines, & elle finit souvent sans aucune évacuation sensible, & quelquefois par de fortes moiteurs ou des sueurs legeres sans mauvaise odeur, ou par quelque douce évacuation, par le vomissement ou par la voie des selles ; tel est le caractere constant de cette fievre : cependant il n’est pas facile de la connoître dans son principe, & de s’assûrer qu’elle n’est qu’éphémere, parce qu’il arrive souvent que les fievres continues simples de plusieurs jours, & même les putrides, commencent de la même maniere & ne se montrent qu’imparfaitement, attendu que la matiere morbifique est d’abord trop tenace, ne se développe dans les premieres voies ou dans le sang que peu-à-peu, & n’occasionne quelquefois, qu’après quelques jours, les symptomes qui caractérisent la maladie ; par conséquent les fievres de cette espece en imposent souvent dans leur commencement, & paroissent être ou une fievre éphémere, ou une fievre continue simple. On est cependant fondé à regarder une fievre commençante, comme étant de l’espece de ces dernieres, lorsqu’elle est produite dans une personne qui étoit bien saine auparavant, par une cause legere ; lorsque les symptomes n’ont rien de violent, & que les évacuations critiques, s’il s’en fait de sensibles, suivent de près ; & enfin lorsque le pouls redevient naturel & absolument tranquille d’abord après la fin de la fievre : toutes ces conditions étant réunies, on ne risque guere de se tromper dans le jugement que l’on porte sur la nature de la maladie.

La fievre éphémere, telle qu’elle vient d’être décrite, n’est jamais accompagnée d’aucun danger : cependant le medecin doit prudemment attendre que la fievre tende à sa fin, avant de dire son sentiment sur la nature de l’évenement, puisqu’il peut être trompé dans la connoissance de la maladie, comme il a été dit ci-dessus ; & s’il y a le moindre soupçon de fievre intermittente, il faut encore plus suspendre son jugement, pour ne pas compromettre sa réputation & l’honneur de l’art. M. Wanswietem dit qu’il a vû des personnes qui étoient sujetes à avoir deux ou trois fois dans l’année un accès de fievre éphémere, sans y donner occasion, mais vraissemblablement par un amas de bile, dont l’évacuation étant faite par un doux vomissement, tout mouvement & tout symptome fébrile cessoient, ils recouvroient la santé.

Il suit de ce qui a été dit jusqu’ici de la fievre éphémere, qu’elle peut être regardée comme salutaire, & que la curation en est facile : elle se dissipe même souvent sans aucun secours, & elle se termine promptement de sa nature, pourvû qu’elle n’en change pas par un mauvais traitement, & qu’on ne la fasse pas dégénerer en une autre espece de fievre de mauvaise qualité.

Il suffit donc, pour la cure de cette fievre, que le malade s’abstienne absolument de manger, qu’il ne prenne, pour toute nourriture pendant vingt-quatre heures, que du bouillon de viande, très-leger, en petite quantité, & même qu’il se borne à boire beaucoup de tisanne d’orge ou de petit-lait, pour délayer & détremper la masse des humeurs ; qu’il observe de se livrer au repos du corps & de l’esprit. La saignée est très-rarement employée dans cette espece de fievre, & ce n’est que dans le cas où les symptomes sont violens, où le malade se plaint beaucoup de douleur de tête ; mais alors il y a lieu de craindre que la fievre ne devienne aiguë, & ne se termine pas aussi-tôt que la nature de l’éphémere le comporte : c’est ce dont on ne tarde pas à être instruit par la continuation de la fievre & les nouveaux symptomes qui surviennent, ou par une sorte de cessation, qui annonce d’avance le retour de la fievre par un accès prochain. Voyez Fievre continue, intermittente. (d)