L’Encyclopédie/1re édition/ETRIVIERE

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ETRIVIERE, s. f. (Manége.) courroie de cuir par laquelle les étriers sont suspendus. Telle est la définition que nous trouvons dans le dictionnaire de Trévoux.

On pourroit accuser les auteurs de ce vocabulaire d’avoir ici mis très-mal-à-propos en usage une figure qu’ils connoissent sous le nom de pléonasme ; car si le terme de courroie présente toûjours l’idée d’un cuir coupé en bandes, il s’ensuit que cette maniere de s’exprimer, courroie de cuir, est évidemment redondante. Il est vrai que deux lignes plus bas on lit dans le même article cette observation très-importante, & très-digne d’être transmise à la postérité par la voie de leur ouvrage : A la poste aux ânes de Montreau, il n’y a que des étrivieres de corde. Mais cette distinction d’étriviere de corde & d’étriviere de cuir, suggérée par des notions acquises dans cette même poste, ne doit point autoriser celle de courroie de cuir & de courroie de corde ; ainsi la redondance n’en est pas moins certaine.

Quoi qu’il en soit, les courroies que nous employons communément à l’effet de suspendre & de fixer les étriers à une hauteur convenable, & qui varie selon la taille du cavalier, sont de la longueur d’environ quatre piés & demi, & leur largeur est d’environ un pouce.

Plusieurs personnes donnent au cuir d’Angleterre la préférence, & prétendent que les étrivieres faites de ce cuir résistent beaucoup plus, & sont moins sujettes à s’allonger. Je conviendrai de ce premier fait d’autant moins aisément, qu’il est démenti par l’expérience. Le cuir d’Angleterre n’est jamais à cet égard d’un aussi bon usage que le cuir d’Hongrie rasé, passé en alun, au sel & au suif ; & si quelques-unes des lanieres que l’on en tire, paroissent susceptibles d’allongement, ce n’est qu’aux Selliers que nous devons nous en prendre. La plûpart d’entr’eux se contentent en effet de couper une seule longueur de cuir dont ils forment une paire d’étrivieres. Celui qui a été enlevé du côté de la croupe, a une force plus considérable que celui qui a été pris du côté de la tête ; & de-là l’inégalité constante des étrivieres. Chacune d’elles doit donc être faite d’une seule laniere coupée dans le cuir du dos & de la croupe à côté l’une de l’autre, pour être placée ensuite dans le même sens ; & comme l’étriviere du montoir, chargée du poids entier du cavalier, soit qu’il monte à cheval, soit qu’il en descende, ne peut conséquemment à ce fardeau que subir une plus grande extension, il est bon de la porter de tems en tems au hors-montoir, & de lui substituer celle-ci : par ce moyen elles parviennent toutes les deux au période dernier & possible de leur allongement, & elles maintiennent dès-lors les étriers à une égale hauteur.

Du reste cette précaution n’est nécessaire qu’autant que nous persévererons dans l’idée que l’on doit toûjours & absolument monter à cheval & en descendre du côté gauche ; car si, la raison l’emportant sur le préjugé, on prenoit le parti d’y monter & d’en descendre indifféremment à gauche & à droite, elle deviendroit inutile, & l’attention de varier cette action de maniere à charger les étrivieres également & aussi souvent l’une que l’autre, suffiroit incontestablement. Voyez Exercices & Montoir.

A une de leurs extrémités, c’est-à-dire à celle qui naît du cuir pris dans la croupe, est une boucle à ardillon fortement bredie. On perce l’autre d’un nombre plus ou moins considérable de trous. Pour cet effet on marque avec le compas sur une de ces lanieres, la distance de ces trous que l’on pratique avec l’emporte-piece. Cette distance n’est point fixée, & l’ouvrier à cet égard ne suit que son caprice ; il doit néanmoins considérer que si tous les trous sont espacés d’un pouce dans toute la longueur du cuir percé, il sera bien plus difficile au cavalier de rencontrer le point juste qui lui convient, que s’ils étoient faits à un demi-pouce les uns des autres. La premiere laniere étant percée, on l’étend sur l’autre, de façon qu’elles se répondent exactement, soit dans leur largeur, soit dans leur longueur ; & l’on passe ensuite un poinçon dans chacun des trous que l’on a pratiqués, pour marquer le lieu précis sur lequel, relativement à la seconde, l’emporte-piece doit agir.

Le porte-étriviere est une boucle quarrée dépourvûe d’ardillon, qui doit être placée de chaque côté de la selle, le plus près qu’il est possible de la pointe de devant de l’arçon, & maintenue par une bonne chappe de fer qui embrasse la bande, & qui est elle-même arrêtée par un fil-de-fer rivé de part & d’autre. Ce fil-de-fer est infiniment plus stable qu’un simple clou, qui joue & badine après un certain tems dans l’ouverture qu’il s’est frayée, & qui peut d’un côté laisser échapper la chappe, & de l’autre occasionner la ruine de l’arçon. Quant à la position de la boucle contre la pointe de devant de ce même arçon, elle favorise l’assiette du cavalier, qui dès-lors n’est point rejetté trop en-arriere, & qui occupe toûjours le milieu de la selle ; & cette boucle que l’on a substituée aux anciens porte-étrivieres attachés fixement à l’arçon de devant & à la bande, & qui blessoient souvent & l’homme & l’animal, ne doit pas être moins mobile que toutes celles qui soûtiennent les contre-sanglots.

L’extrémité percée de l’étriviere qu’elle doit recevoir, sera introduite, 1° dans un bouton coulant que l’on fera glisser jusqu’à l’autre bout ; 2° dans l’œil de l’étrier ; 3° dans le même bouton, afin que les deux doubles de l’étriviere y soient insérés ; 4° dans cette boucle, de façon qu’elle revienne & sorte du côté du quartier. Cette opération faite, le sellier bouclera & fixera cette laniere, en insérant indifféremment l’ardillon de la boucle bredie dans un des trous percés, jusqu’à ce qu’un cavalier quelconque le mette à son point.

Je ne sai quel est le motif qui a pû déterminer à bannir depuis peu les boutons coulans : ils peuvent, j’en conviens, s’opposer à la facilité d’accourcir ou d’allonger l’étriviere ; mais cet obstacle est-il si considérable, qu’il doive en faire proscrire l’usage ?

Le moyen de reconnoître la juste hauteur à laquelle doit être placé l’étrier, est de le saisir avec une main, d’étendre l’autre bras le long de l’étriviere, & de l’allonger ou de la raccourcir jusqu’à ce que cette laniere & l’étrier soient ensemble de la longueur de ce même bras ; c’est-à-dire que l’extrémité des doigts portée d’une part jusque sous le quartier, le dessous de la grille atteigne l’aisselle même du cavalier. C’est ainsi que communément nous mettons les étriers à notre point ; & cette mesure est dans la justesse requise, relativement à des hommes bien proportionnés. Ensuite nous faisons remonter la boucle de l’étriviere très-près de celle qui forme le porte-étriviere, afin qu’elle n’endommage pas par un frotement continuel la pointe de l’arçon, le panneau, le quartier, & ne blesse point l’animal & le cavalier, dont elle pourroit, avec les trois doubles de cuir qui l’avoisinent, offenser le genou. Nous rapprochons enfin de la traverse supérieure de l’œil de l’étrier, le bouton coulant destiné à maintenir exactement l’union des deux doubles apparens qui résultent de l’étriviere ainsi ajustée.

Les étrivieres dont nous nous servons dans nos manéges, ont environ cinq piés & demi de longueur, & la même largeur que les autres ; elles sont passées dans un anneau de fer suspendu & attaché à une chappe de cuir que l’on place & que l’on accroche au pommeau de la selle. Ces étrivieres, les étriers, cet anneau & cette chappe forment ensemble ce que nous nommons précisément un chapelet. Chacun des éleves auxquels nous permettons l’usage des étriers, en a un qu’il transporte d’une selle à l’autre, à mesure qu’il change de cheval. Quelqu’ancienne que soit la pratique du chapelet dans les écoles, elle n’est pas sans inconvénient. En premier lieu, elle nous astraint à admettre toûjours un pommeau dans la construction des selles à piquer. 2°. L’anneau & les boucles des étrivieres, qui descendent, une de chaque côté, sur le siége & sur les quartiers, le long de la batte de devant, peuvent endommager & le siége & cette même batte. 3°. Il résulte de cette même boucle relevée le plus près qu’il est possible de l’anneau, ainsi que des trois doubles de cuir qui regnent à l’endroit où l’étriviere est bouclée, un volume très capable de blesser ou d’incommoder le cavalier. Enfin, avec quelque précision qu’il ait ajusté & fixé ses étriers à une hauteur convenable sur une selle, cette précision n’est plus la même, eu égard aux autres selles qu’il rencontre, parce que si la batte de devant se trouve plus basse, l’étriviere est trop longue ; comme si la batte se trouve trop élevée, l’étriviere est trop raccourcie.

Toutes ces considérations m’ont déterminé à rechercher les moyens d’obvier à ces points divers. Au lieu de faire du pommeau un porte-étriviere, je suspends les étrivieres à la bande, comme dans les selles ordinaires ; mais je substitue à la boucle sans ardillon, c’est-à-dire au porte-étriviere connu & usité, une platine A de fer d’environ une ligne d’épaisseur ; sa longueur est de quatre pouces & demi : à son extrémité supérieure est un œil demi-circulaire, & inférieurement elle est entr’ouverte par une châsse longue d’un pouce & demi, & large d’environ huit ou neuf lignes. Les montans de cette châsse doivent avoir au moins deux lignes de largeur. Cette platine est engagée par son œil dans une chappe semblable à celle dont j’ai fait mention, & qui est également rivée dans la bande qu’elle embrasse : aussi la traverse droite de cet œil doit-elle être arrondie, ainsi que la traverse inférieure de la platine ; sans cette précaution, la premiere détruiroit inévitablement & avec le tems la chappe dans laquelle ce nouveau porte-étriviere est reçû, tandis que la seconde porteroit une véritable atteinte au crochet auquel elle donne un appui. Ce crochet B peut être aussi large que la châsse a d’ouverture. Il est composé d’une platine de fer aussi mince que l’autre, & il est inférieurement terminé par un œil demi-circulaire, dont la partie la plus basse doit être formée en jonc droit, au moins de deux lignes & demie de diametre ; & tellement allongée, qu’entre les deux angles intérieurs il y ait un intervalle de quatorze ou quinze lignes. Ces pieces doivent être forgées sans soudure. Une courroie d’environ deux piés & demi de longueur est ici suffisante. On la passe d’abord dans l’œil du crochet ; on en plie l’extrémité sur la traverse droite & ronde qui en forme la partie inférieure, & on la bredit immédiatement au-dessous. On insere ensuite son autre extrémité dans l’œil de l’étrier, & dans une boucle à ardillon près de laquelle elle est ourdie, & qui sert à fixer l’étriviere à un certain point, au moyen de l’introduction de cet ardillon dans un des trous percés à l’extrémité inférieure de la laniere, qui dans la plus grande portion de son étendue est simple, & non à deux doubles. Dans cet état on accroche les étrivieres aux porte-étriers, avec d’autant plus de facilité qu’ils sont très-mobiles, & qu’en soûlevant les quartiers de la selle on les apperçoit sur le champ ; & pour que le crochet ne se dégage point de la châsse qui le contient, il est muni d’un petit ressort fixement attaché par deux rivets près de la partie supérieure de son œil, & qui s’éleve en s’éloignant du montant, pour s’appliquer à la pointe.

Par cette méthode on remédie à tous les inconvéniens qui résultent des chapelets suspendus au pommeau, ainsi que de ceux dont on se servoit autrefois, & qui embrassoient toute la batte. Si l’on a attention dans la construction de ces nouveaux porte-étrivieres, de les forger exactement d’une même longueur, & de les adapter à toutes les selles du manége, il est certain que les étrivieres décrochées aisément en appliquant un doigt contre le ressort, qui dès-lors est rapproché du montant, seront transportées d’une selle à l’autre, sans que leur longueur puisse jamais en être augmentée ou diminuée, pourvû néanmoins qu’elles ayent subi l’extension dont elles sont d’abord susceptibles, & que les platines des crochets soient toutes égales. Ici nous supprimons totalement les boutons coulans, puisqu’ils ne seroient d’aucune utilité, vû la simplicité de chaque étriviere. On comprend sans doute que cette invention peut avoir lieu indistinctement sur toutes sortes de selles ; elle a été adoptée par une foule d’étrangers que l’usage & l’habitude ne tyrannisent point, & qui ont fait sans peine céder d’un & l’autre à l’avantage d’avoir toûjours la même paire d’étrivieres, sur quelque selle qu’ils montent.

Dans les manéges où les éleves ne peuvent monter à cheval que par le secours d’un étrier (voyez Etriers), on place le chapelet au pommeau : les étrivieres & les deux étriers sont ensemble du côté gauche. Le palefrenier pese sur la batte, pour obvier à ce que la selle ne tourne ; & lorsque le cavalier est en selle, on enleve le chapelet. Quelquefois aussi ce même chapelet est inutile, en ce qu’il ne lui reste qu’un seul étrier & qu’une seule étriviere passée dans l’anneau suspendu à la chappe de cuir. Cette maniere de présenter aux disciples un appui pour qu’ils puissent s’élever jusque sur l’animal, ne seroit nullement condamnable, si l’on étoit attentif à mesurer la hauteur de l’etrier à la taille de chaque disciple ; mais le tems qu’exigeroit cette précaution, engage à passer très-legerement sur ce point d’autant plus important, qu’il est impossible qu’un cavalier monte à cheval avec grace, si l’étrier n’est point à une hauteur proportionnée, le préférerai donc toûjours à cet égard une simple courroie d’environ cinq piés, non repliée, & bredie à son extrémité insérée dans l’œil de l’étrier. Cette courroie est présentée de façon que cette même extrémité touche du côté du montoir en-arriere de la batte, tandis que le palefrenier placé au hors-montoir, maintient le reste de la laniere sur le pommeau & en-avant de cette même batte ; & peut par la simple action d’élever ou d’abaisser la main, élever ou abaisser l’étrier au gré & selon la volonté & le desir du disciple.

Les étrivieres ne sont point placées dans les selles de poste, comme dans les autres. Voyez Porte-étrivieres. Voyez aussi Selle. (e)