L’Encyclopédie/1re édition/FIN

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* FIN, s. f. (Grammaire.) terme relatif à commencement ; le commencement est des parties d’une chose celle qui est ou qu’on regarde comme la premiere ; & la fin, celle qui est ou qu’on regarde comme la derniere. Ainsi on dit la fin d’un voyage, la fin d’un ouvrage, la fin de la vie, la fin d’une passion : cette passion tire à sa fin, cet ouvrage tire à sa fin. Une ouvriere diroit en devidant un peloton de fil, ou en travaillant, je touche à la fin de mon fil ; si elle en séparoit une petite portion, voilà un bout de fil ; si elle considéroit ce fil comme un continu, je le tiens par le bout ; si elle n’avoit égard qu’au bout qu’elle tient, & qu’il fût sur le point de lui échapper des doigts, tant la partie qu’elle en tiendroit encore seroit petite, je n’en tiens plus que l’extrémité.

* Fin, (Morale.) c’est la derniere des raisons que nous avons d’agir, ou celle que nous regardons comme telle ; ainsi l’on demande à un homme, à quelle fin avez-vous fait cette démarche ? quelle fin vous proposiez-vous dans cette occasion ? Pressez un homme de motifs en motifs, & vous trouverez que son bonheur particulier est toûjours la fin derniere de toutes ses actions refléchies.

Fin, (Jurispr.) dans le style judiciaire, signifie en genéral but & objet.

Fin civile, est lorsque la procédure est dirigée au civil ; on se sert de ce terme lorsque dans un procès criminel on demande que les parties soient reçûes en procès ordinaire : on dit communément que les parties seront renvoyées à fins civiles.

Fins et conclusions, sont termes synonymes qui signifient l’objet d’une demande.

Fin de nullité, c’est la demande tendante à faire déclarer nulle quelque procédure ou autre acte.

Fins de non payer ; on se sert au palais de cette expression pour signifier des moyens par lesquels un débiteur cherche à éluder le payement de ce qu’il doit.

Fins de non procéder, sont des moyens de forme à la faveur desquels on soûtient que l’on doit être dispensé d’aller en avant sur une demande, jusqu’à ce qu’il ait été statué sur ces fins ou conclusions ; telles sont les exceptions dilatoires, les exceptions déclinatoires, les moyens de nullité, & autres exceptions péremptoires qui se tirent de la forme & non du fond de la contestation. Les fins de non procéder doivent être proposées avant d’avoir contesté au fond, autrement on n’y est plus recevable, excepté lorsqu’il s’agit d’un déclinatoire fondé sur l’incompétence du juge, ratione materiæ : comme quand une matiere temporelle est portée devant un juge d’église ; car une incompétence de cette espece, qui est une fin de non procéder, peut être proposée en tout état de cause. L’ordonnance de 1667, tit. vj. des fins de non procéder, art. 3. veut que ces sortes de causes soient jugées sommairement à l’audience, sans pouvoir les appointer : il y a néanmoins quelquefois des cas où les juges sont obligés de le faire, comme lorsque la décision d’un déclinatoire dépend de faits, & qu’il y a des enquêtes & des titres à examiner. Voyez Bornier, sur l’article 3 que l’on a cité.

Fins de non-recevoir, est toute exception péremptoire au moyen de laquelle on est dispensé d’entrer dans la discussion du fond.

Les fins de non-recevoir se tirent 1°. de la forme ; par exemple, lorsqu’une femme forme une demande sans être autorisée de son mari, ou un mineur sans être assisté de son tuteur ou curateur.

2°. Il y en a qui se tirent du défaut de qualité, comme quand on oppose au demandeur qu’il n’est point héritier de celui dont il reclame les droits.

3°. Du laps de tems, savoir quand il y a quelque prescription acquise.

Aux termes de l’article 5 du tit. v. de l’ordonnance de 1667, les fins de non-recevoir doivent être employées dans les défenses, pour y être préalablement fait droit. (A)

Fin de voiles, (Marine.) Un vaisseau est fin de voiles, lorsqu’il est leger, qu’il porte bien la voile, & qu’il marche très-bien. (Z)

Fin, (Chimie, Métallurgie.) se dit substantivement de l’or & de l’argent, qui sont des métaux parfaits, par opposition au cuivre, à l’étain, au plomb, & au fer, qui sont des métaux imparfaits. On essaie le cuivre pour savoir si le fin (c’est-à-dire l’or & l’argent) qu’il contient peut dédommager des frais du rafraîchissement, de la liquation, du ressuage, & de l’affinage, voyez ces articles, & donner encore quelque bénéfice. Un bon essayeur doit retirer tout le fin qui peut être contenu dans un alliage, sans y laisser la moindre matiere hétérogene. On fait des essais des scories, pour savoir si elles ne contiennent point encore quelque peu de fin. Le mélange d’argent & de plomb qu’on laisse refroidir sans le remuer, ne contient pas une égale quantité de fin dans toutes les différentes parties de sa masse. Voyez Lotissage. Ainsi on leve les essais du plomb encore en bain, pour savoir s’il peut être affiné avec bénéfice, ou si le fin qu’il contient payera les frais de l’affinage : mais il ne faut pas confondre le fin qu’on retire ainsi d’un plomb sortant du catin de réception dans les travaux en grand, pour savoir s’il peut être affiné avec bénéfice, avec le grain de fin qu’on retire d’un plomb granulé en masse, affiné ou non, pour le défalquer ensuite de l’essai auquel on l’employe. Voyez Grain de fin. Fin se dit aussi adjectivement d’un métal imparfait, mais pur, par opposition à son état d’impureté. Un quintal de cuivre maté peut donner vingt livres de cuivre fin : l’étain d’Angleterre passe pour le plus fin que l’on connoisse : le fer de Berry est plus fin que celui de Champagne, ou il a le grain plus fin ; mais cette épithete ne s’est pas encore donnée, que je sache, au plomb, sans doute parce que quand il est dépouillé de toute matiere étrangere, il est par-tout le même dans la nature : on dit aussi dans le même sens, cet or & cet argent sont plus fins que tel autre, soit qu’il y ait vraiment de l’or & de l’argent d’un meilleur aloi que les autres, ou, ce qui est plus vraissemblable, parce qu’ils sont mieux dégagés de toute matiere étrangere ; conditions qui exigent des travaux pénibles, & un grand exercice de la part de l’essayeur ou de l’affineur. Voyez Denier, Karat, Affinage, Raffinage, Départ, Inquart, & Essai. V. Cramer, & le Schluter de M. Hellot. Art. de M. de Villiers.

Fin, (Manége, Maréchall.) Le cheval fin est proprement un cheval de legere taille, tel qu’il doit être choisi dans le nombre des différens chevaux résultans du produit du mélange des diverses races, lorsqu’on le destine au manége, ou à servir en qualité de cheval de maître, en voyage, à la guerre, à la chasse, &c.

Nous demandons que le cheval de manége ait de la beauté, qu’il soit nerveux, leger, vif, & brillant ; que les mouvemens en soient lians & trides ; que la bouche en soit belle ; & principalement que les reins & les jarrets en soient bons, &c.

Dans le cheval de voyage, nous exigeons une taille raisonnable, un âge fait, tel que celui de six à sept années, des jambes sûres, des piés parfaitement conformés, un ongle solide, une grande legereté de bouche, beaucoup d’allure, une action souple & douce, de la tranquillité, de la franchise ; & nous rejettons avec soin celui qui seroit ardent, paresseux, & délicat en ce qui concerne la nourriture.

Le cheval de guerre doit avoir une belle bouche, la tête assûrée, une force liante & souple, de la sensibilité, de l’adresse, du courage, de la legereté ; il ne doit craindre aucun des objets qui peuvent frapper ses sens : il importe encore extrèmement qu’il ne soit point vicieux envers les autres chevaux ; qu’il n’ait point d’ardeur, & qu’il soit d’un bon & facile entretien.

A l’égard du cheval de chasse, nous desirons qu’il soit doüé de legereté, de vîtesse, qu’il ait du fond & de l’haleine, que les épaules en soient plates & très libres ; qu’il ne soit point trop raccourci de corps ; que la bouche en soit bonne, qu’elle ne soit point trop sensible, & qu’il soit plûtôt froid qu’ardent à s’animer.

La tranquillité, la docilité, l’exacte obéissance, la bonté de la bouche, des allures sûres & douces, une taille médiocre, une franchise à l’épreuve de tous les objets capables d’effrayer & d’émouvoir, sont les qualités que l’on doit rechercher dans les chevaux d’arquebuse, dans les chevaux de promenade, & dans les chevaux de femme.

Le cheval de domestique ou de suite, le cheval de cavalier & de dragon, le cheval de piqueur, sont dans le genre des chevaux de selle que nous envisageons comme des chevaux communs & qui peuvent être mis en opposition avec ceux dans lesquels nous trouvons de la finesse.

Le premier doit être bien traversé, bien membré, bien gigoté ; la bouche en doit être bonne, sans être absolument belle ; & l’on ne doit pas s’attacher à l’examen de la douceur ou de la dureté de ses allures.

Il en est de même du second, c’est-à-dire du cheval de troupe, dans lequel il seroit essentiel d’exiger plus d’obéissance, plus de souplesse, plus de legereté, & qui, relativement aux manœuvres qu’il doit exécuter, auroit besoin des secours de l’art, ainsi que le cavalier & le dragon, dont l’ignorance n’est pas moins préjudiciable au bien du service, que la sienne.

Enfin le cheval de piqueur doit être vigoureux, étoffé, doüé d’une grande haleine, & propre à résister au travail pénible auquel il est assujetti.

Quant aux bidets de poste, on doit plûtôt considérer la bonté de leurs jambes & de leurs piés que leur figure & que les qualités de leur bouche. Il faut nécessairement qu’ils galoppent avec aisance, & de maniere que la force de leurs reins n’incommode point le cavalier. Trop de sensibilité seroit en eux un défaut d’autant plus considérable que l’inquiétude qui résulteroit des mouvemens desordonnés des jambes de différens couriers qui les montent, & de l’approche indiscrete & continuelle des éperons, les rendroient inévitablement rétifs ou ramingues.

Il est encore dans le genre des chevaux qui tirent & qui portent, des chevaux plus ou moins fins, plus ou moins communs, & plus ou moins grossiers.

Des chevaux bien tournés & bien proportionnés, d’une taille de onze pouces ; jusqu’à cinq piés trois ou quatre ; qui seront parfaitement relevés du devant, exactement traversés & pleins ; dont les épaules ne seront point trop chargées ; dont le poitrail ne pêchera point par un excès de largeur ; dont les jambes belles, plates, & larges, ne seront point garnies d’une quantité infinie de poils ; dont les jarrets seront nets, bien évuidés, & bien conformés ; dont les piés seront excellens ; qui auront dans leurs mouvemens beaucoup de grace & de liberté, & qui seront justement appareillés de poil, de taille, de marque, & de figure, d’inclination, d’allure, & de vigueur, formeront des chevaux de carrosse qui auront de la finesse & qui seront préférables à tous ceux sur lesquels on pourroit jetter les yeux, lorsqu’on souhaitera des chevaux beaux, brillans, & néanmoins d’un très-bon service.

Certains chevaux de chaise comparés aux chevaux peu déliés que l’on employe communément à tirer cette sorte de voiture, seront dans leur espece envisagés comme des chevaux fins. Le cheval de brancard sera bien étoffé, d’une taille raisonnable, & non trop élevé ; il trotera librement & diligemment, tandis que le bricolier qui sera bien traversé, mais qui aura moins de dessous que lui, & qui sera plus voisin du genre des chevaux de selle, sera tenu à un galop raccourci auquel il fournira avec facilité.

Les autres chevaux de tirage seront plus communs ou moins grossiers selon leur structure, leur épaisseur, la largeur de leur poitrail, la grosseur de leurs épaules plus ou moins charnues, leur pesanteur, l’abondance & la longueur des poils de leurs jambes, &c.

Il en sera ainsi des différens chevaux de bât & de somme qui doivent avoir de la force & beaucoup de reins, &c. (e)

Fin, en Musique, est un mot qui se place quelquefois sur la finale de la premiere reprise d’un rondeau, pour marquer que c’est sur cette finale qu’il faut terminer tout l’air. Voyez Rondeau. (S)