L’Encyclopédie/1re édition/FLECHISSEUR

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FLECHISSEUR, adj pris subst. (Anatom.) est le nom d’un muscle qui produit la flexion des os. Je ne ferai ici la description que des muscles auxquels M. Albinus n’a pas donné d’autres noms que ceux de fléchisseurs.

Le court fléchisseur du pouce de la main vient par plusieurs portions tendineuses de divers os du poignet, du tégument interne du carpe, des têtes voisines des os du métacarpe. Son principe large se porte transversalement dans le creux de la main ; il en part des queues, qui s’attachent aux os sésamoïdes qu’on trouve à l’articulation du pouce avec le métacarpe, & à la tête supérieure de la premiere phalange On peut très-bien distinguer dans ce muscle, le thénar, l’hypothénar ou mesothénar, ou l’antithénar. Il fléchit le premier os du pouce ; il fléchit aussi postérieurement l’os du métacarpe qui répond au pouce, & en même tems il l’approche, l’éloigne ou le meut parallelement à la paume de la main. Il étend le dernier os du pouce, lorsqu’on le retire vers son principe.

Le long fléchisseur du pouce de la main vient du ligament interjetté entre le rayon & le coude, & de la partie interne du rayon qui s’étend depuis l’insertion du biceps jusqu’au pronateur quarré. Il produit vers son milieu un tendon qui, à mesure qu’il grossit, se détourne de la partie inférieure vers le côté postérieur du muscle, qui passe sous le ligament interne du carpe & dans le sinus intérieur du carpe, conjointement avec les tendons du profond, à l’exemple desquels il se divise comme en deux. Il passe ensuite entre les os sésamoïdes qui sont à l’articulalation du pouce avec le métacarpe ; il adhere à la capsule de cette articulation, & s’attache enfin à la partie postérieure & presque moyenne de la derniere phalange. Le long fléchisseur fléchit les deux phalanges du pouce vers la paume de la main.

Le fléchisseur du doigt auriculaire prend son origine de la partie moyenne de l’extrémité du processus recourbé de l’os cunéiforme du carpe, & de la partie externe du ligament du carpe. Il se confond dans son extrémité avec l’abducteur du doigt auriculaire, & a la même insertion à la tête supérieure de la premiere phalange de ce doigt. Je l’ai vû pourtant bien séparé de cet abducteur. Ce muscle manque souvent. Il fléchit la premiere phalange, & par conséquent tout le doigt, en le tournant un peu vers le pouce.

Le long fléchisseur des doigts du pié vient de la partie postérieure du tibia, & de la partie voisine du, ligament qui est entre le tibia & le péroné. Son tendon commence intérieurement presqu’au haut du muscle. Il se porte obliquement vers le bord interne de l’extrémité du tibia, & le long de la malléole interne, ensuite sous cette éminence du calcanéum qui soûtient l’astragale. Il est retenu dans ces endroits par un ligament ; il se fléchit vers la plante du pié, & parvient au milieu de sa longueur. Là il s’élargit un peu, & se divise en quatre tendons qui aboutissent aux quatre petits orteils, étant assujettis par des ligamens orbiculaires à leurs trois phalanges, après avoir passé par les fissures des tendons du court fléchisseur. Ce muscle a une autre tête, qui fait sa différence la plus marquée du profond de la main, auquel il se rapporte. Cette tête (qui est l’accessoire du long fléchisseur de M. Winslow) vient du calcanéum ; elle se porte en-avant dans la moyenne largeur de la plante du pié, jusqu’à ce qu’elle rencontre le tendon précédent, auquel elle s’unit dans sa division. Quelquefois, après cette union, elle se divise en quatre portions tendineuses qui s’inserent diversement dans différens sujets.

Le court fléchisseur des doigts du pié vient d’auprès de la racine de la grosse tubérosité du calcanéum. Il a des adhérences avec les abducteurs du pouce & du plus petit des orteils, & avec l’aponévrose plantaire. Il se divise vers le milieu de la plante du pié en quatre portions charnues, dont les tendons s’attachent aux quatre orteils après le pouce, conservant une grosseur qui est dans la même proportion que celle de ces doigts. Ces tendons ont une parfaite ressemblance avec ceux du sublime de la main. Ce muscle fléchit en-bas les premieres & les secondes phalanges : il paroît aussi pouvoir courber un peu la plante du pié vers la terre : il contribue un peu avec le long fléchisseur, en arcboutant les orteils contre le sol, à affermir un homme qui se tient debout.

Le long fléchisseur du pouce du pié vient de la surface plane & postérieure du péroné. Il occupe les deux tiers de la longueur de cet os, & atteint presque la malléole. Son tendon descend obliquement vers l’extrémité du tibia ; il passe par un sinus qui est dans la partie postérieure de l’astragale, & par une autre qui est au côté interne du calcanéum, un peu au-dessous de la rainure qui reçoit le tendon du long fléchisseur des orteils. Ce tendon s’insere à la partie inférieure de la premiere tête du second os du pouce, après s’être enveloppé d’une gaîne tendineuse, sous le premier os. Quand ce tendon est parvenu à la plante du pié, il laisse échapper une portion grêle, qui s’unit diversement avec les tendons du long fléchisseur des orteils, ou de son accessoire, ou même avec le premier des lombricaux. J’ai vû ce tendon grêle avoir à-la-fois toutes ces adhérences. On observe ici beaucoup de variétés. Le long fléchisseur du pouce plie vers la terre les articulations de la premiere phalange avec la seconde, & avec le métatarse.

Le court fléchisseur du pouce du pié vient du troisieme os cunéïforme, auprès de l’os naviculaire, & des ligamens qui vont de l’os cuboïde au calcanéum, & au troisieme cunéïforme : il s’insere aux os sésamoïdes qui sont à l’articulation du pouce avec le métatarse, par ses extrémités tendineuses, qui sont fortement liées à la capsule de cette articulation, & qui adherent à l’adducteur & à l’abducteur du pouce. Ce muscle, en tirant les os sésamoïdes, entraîne & fléchit le pouce auquel ils sont attachés : il semble pouvoir aussi un peu écarter les articulations qui sont entre son principe & sa fin.

Le fléchisseur du plus petit des orteils vient de la partie inférieure du cinquieme os du métatarse & du calcanéum, quelquefois de l’aponévrose qui enveloppe l’abducteur du même doigt. On peut le diviser souvent en deux parties, dont l’une adhérente à la capsule de l’articulation de ce doigt avec le métatarse, s’attache à la premiere phalange ; l’autre ayant la largeur d’un travers de doigt, s’insere tout auprès, au bord extérieur inférieur du cinquieme os du métatarse.

Borelli, de motu animalium, part. I. prop. cxxjx. a très-bien remarqué que la situation naturelle des articulations est d’être un peu fléchies ; Boerhaave & plusieurs autres ont fait la même remarque après lui. Borelli ajoûte, prop. cxxx. contre l’opinion de ceux qui l’avoient précédé, que les fléchisseurs, dans chaque articulation, sont plus courts que les extenseurs, mais qu’ils se contractent au même degré.

Il paroît certain que la force tonique des extenseurs est beaucoup plus grande que celle des fléchisseurs, puisqu’on observe que la flexion naturelle des articulations est beaucoup plus voisine de la parfaite extension, que de la plus grande flexion.

On n’a pas encore des expériences qui donnent la comparaison des forces musculaires des extenseurs & fléchisseurs en général. Il résulte seulement des calculs de Borelli, lib. cit. cap. x & xj. & des observations de Desaguliers, annotations sur la quatrieme lecture de son cours de philosophie expérimentale, que les fléchisseurs des jambes sont plus foibles que les extenseurs, n’étant pas obligés de transporter le corps dans ses mouvemens ordinaires. (g)