L’Encyclopédie/1re édition/FLUX (médecine)

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Flux, s. m. (Medec.) ce terme a plusieurs significations, mais qui concourent toutes à exprimer un transport d’humeurs d’une partie dans une autre, soit pour y être déposées, soit pour y être évacuées ; ainsi dans le premier cas, le mot flux est synonyme à celui de fluxion. Voyez Fluxion. Dans le second cas, il est employé pour désigner tout écoulement contre nature, de quelque humeur que ce soit, par quelque partie qu’il se fasse. On ne distingue ordinairement les différentes especes de flux, que par des épithetes relatives à la source immédiate de la matiere de l’écoulement, c’est-à-dire à la partie qui la fournit, ou à cette matiere même, ou aux circonstances de l’écoulement.

De la premiere espece, sont le flux hépatique, les différens flux utérins, &c. dont la matiere coule du foie, de la matrice, &c. Voyez Hépatique (Flux), Utérin (Flux), &c.

De la seconde espece sont les différens flux hématiques, le flux céliaque, le flux salivaire, &c. dans lesquels la matiere de l’écoulement est du sang, du chyle, de la salive, &c. Voyez Hémorrhagie, Hémorrhoïde, Céliaque (Passion), Salivation, &c.

De la troisieme espece, sont le flux menstruel, le flux lochial, dans lesquels l’écoulement doit naturellement se faire dans des tems reglés ou dans des cas parriculiers ; le premier chaque mois, le second après chaque accouchement. Voyez Menstrues, Lochies.

Le mot flux n’est employé que rarement dans les écrits des Medecins, parce qu’on s’y sert le plus souvent de termes tirés du grec, propres à chaque sorte de flux ; ainsi on appelle diarrhée le flux, le cours de ventre, diabetes le flux d’urine, gonorrhée le flux de semence, &c. Voyez Diarrhée, Diabetes, Gonorrhée, &c.

La dyssenterie avec déjections sanglantes, est appellée vulgairement flux de sang, quoique cette derniere dénomination convienne à toute hémorrhagie, dans quelque partie qu’elle se fasse. Voyez Dyssenterie, Hémorrhagie. (d)

Flux dyssenterique, (Manége, Maréchall.) quelques medecins l’ont nommé diarrhée sanglante.

Cette maladie s’annonce par des excrémens glaireux, bilieux, sanieux, sanglans, féculens, mêlés à des matieres filamenteuses, &c.

Elle est le plus souvent une suite du flux de ventre dans lequel il y a douleur, inflammation, irritation, voyez Flux de ventre, & elle reconnoît les mêmes causes. Ici la bile est beaucoup plus acre & infiniment plus stimulante ; aussi les douleurs intestinales sont-elles extrèmement violentes & les spasmes très-cruels. L’animal est extrèmement fatigué, surtout lorsque les intestins grêles sont attaqués, ce dont on ne peut douter, quand on s’apperçoit d’un grand dégoût & d’un grand abattement dès les premiers jours de la maladie. Si les matieres chargées d’une grande quantité de mucosité sont legerement teintes de sang, ainsi que dans la dyssenterie blanche, l’érosion, les exulcérations des intestins ne sont point encore bien considérables : mais si le sang est abondant, comme dans la dyssenterie rouge, & que les déjections soient purulentes, on doit craindre la putréfaction sphacéleuse qui peut conduire incessamment le cheval à la mort.

La premiere intention & le premier soin du maréchal doit être d’appaiser les accidens. La saignée est un remede indispensable. Il la multipliera selon le besoin. L’animal sera mis au son, à l’eau blanche, à la décoction faite avec la rapure de corne de cerf, & dans laquelle on aura fait bouillir des têtes de pavot blanc ; son régime sera le même, en un mot, que celui qu’il doit observer dans le flux de ventre qui peut dégénérer en dyssenterie. On prescrira en même tems des lavemens anodyns, faits avec le bouillon de tripe ou le lait de vache, trois ou quatre jaunes d’œufs, & trois onces de sirop de pavot blanc. Dans le cas de la purulence des matieres, on feroit succéder à ceux-ci des lavemens, des bouillons de tripe dans lesquels on délayeroit des jaunes d’œufs & deux ou trois onces de térebenthine en résine. Le cérat de Galien ajoûté à ces lavemens, n’est pas moins efficace que la térebenthine.

En supposant que les douleurs soient diminuées ou calmées, & que les symptomes les plus effrayans commencent à disparoître, on pourra donner à l’animal pendant quelques jours avec la corne, une décoction legere d’hypecacuana, cette racine ayant été mise en infusion sur de la cendre chaude l’espace de douze heures dans une pinte d’eau commune, à la dote d’une once. Insensiblement on substituera à l’eau commune une tisane astringente, composée de racines de grande consoude & de tormentille : mais le maréchal ne doit point oublier que les stiptiques & les astringens ne doivent être administrés qu’avec la plus grande circonspection, ainsi que les purgatifs, lors même que l’animal paroît sur le point de son rétablissement. (e)

Flux de ventre, (Manége, Maréchall.) diarrhée, dévoiement, termes synonymes par lesquels nous désignons en général une évacuation fréquente de matieres différentes, plus ou moins ténues, plus ou moins copieuses & plus ou moins acres, selon les causes qui y donnent lieu. Cette évacuation se fait par la route ordinaire des déjections ; les matieres se montrent quelquefois seules, & le plus souvent elles accompagnent la sortie des excrémens, qui sont dès lors plus liquides.

Tout ce qui peut déterminer abondamment le cours des humeurs sur les intestins, en occasionner le séjour & l’amas, former obstacle à la résorption des sucs digestifs, obstruer les orifices des vaisseaux lactés, affoiblir, augmenter le mouvement péristaltique ou l’action des fibres intestinales, & troubler les puissances digestives, doit nécessairement susciter un flux de ventre. La transpiration insensible interceptée d’une maniere quelconque, un exercice trop violent, un repos trop constant, la protrusion difficile & douloureuse des crochets, l’inflammation des intestins, leur irritation conséquemment à une bile acre & mordicante, des alimens pris en trop grande quantité, des fourrages corrompus, l’herbe gelée, l’avoine germée, la paille de seigle, des eaux trop crues, trop froides, des eaux de neige, une boisson qui succede immédiatement à une portion considérable d’avoine, des purgatifs trop forts, &c. sont donc autant de causes que l’on peut justement accuser dans cette circonstance.

Le traitement de cette maladie demande de la part du maréchal une attention exacte, eu égard à leurs différences.

Dans le cas où il est question de l’abondance des humeurs & de leur séjour, ainsi que de leur amas, ce dont il sera assûré par les borborygmes qui se feront entendre, & par la liquidité & la blancheur des excrémens, il purgera l’animal ; il s’attachera ensuite à fortifier les fibres de l’estomac & des intestins, dont la foiblesse & le relâchement favorisent l’abord & l’accumulation dont il s’agit. Pour cet effet il aura recours aux remedes corroborans, tels que la thériaque, le diascordium, la cannelle enfermée dans un noüet suspendu au mastigadour, &c. La rhubarbe seroit très-salutaire, mais elle jetteroit dans une trop grande dépense.

Lorsqu’il y aura inflammation, irritation, douleur, chaleur, tension des muscles du bas-ventre, & que les déjections seront jaunâtres, verdâtres & écumeuses, il employera les médicamens dont l’effet est de délayer, de détendre, de calmer & d’adoucir ; & quelque tems après que les symptomes seront dissipés, il terminera la cure par des purgatifs legers.

Les lavemens émolliens multipliés, les décoctions des plantes émollientes données en boisson, les têtes de pavot blanc dans les lavemens & dans ces mêmes décoctions, supposé que les douleurs soient vives, la saignée même, si l’on craint les progrés de l’inflammation, la décoction blanche de Sydenham, c’est-à-dire la corne de cerf rapée à la dose de quatre onces, que l’on fera bouillir dans environ trois pintes d’eau commune, pour jetter cette même eau dans les décoctions émollientes dont j’ai parlé, produiront de grands changemens. Les purgatifs convenables après l’administration de ces remedes, & ensuite de leur efficacité, pour évacuer entierement les humeurs vitiées qui entretiennent la cause du mal, seront une décoction de sené à la dose d’une once & demie, dans laquelle on délayera trois onces de casse ou trois onces d’électuaire de psillio, &c.

Il importe au surplus que le maréchal soit très-circonspect & ne se hâte point d’arrêter trop tôt le flux de ventre, qui souvent n’est qu’une suite des efforts de la nature, qui se décharge elle-même des matieres qui lui sont nuisibles, & qui dès lors est très-salutaire à l’animal. (e)

Flux d’urine, (Manége, Maréchal.) évacuation excessive & fréquente de cette sérosite saline, qui séparée de la masse du sang dans les reins & conduite à la vessie par la voie des ureteres, s’échappe au-dehors par celle du canal de l’urethre. Cette évacuation n’a lieu que conséquemment à la volonté de l’animal, & le flux n’est en aucune façon involontaire, comme dans l’incontinence d’urine.

Dans le nombre infini de chevaux que j’ai traités, je n’en ai vû qu’un seul attaqué de cette maladie. Elle me paroît d’autant plus rare dans l’animal qui fait mon objet, que très-peu de nos écrivains en font mention. Je ne m’arrêterai point à ce qu’ils nous en ont dit ; car je ne m’occupe que du soin de me préserver des erreurs répandues dans leurs ouvrages, & je me contenterai d’insérer simplement ici l’observation que le cas dont j’ai été témoin, m’a suggérée.

Un cheval ayant été tourmenté par des tranchées violentes, accompagnées de rétention d’urine, fut mis à un très-long usage de diurétiques les plus puissans. Les remedes les plus salutaires & les plus efficaces ne sont dans les mains ignorantes qui ont la témérité & l’audace de les administrer, que des sources de nouveaux desordres & de nouveaux maux. L’animal fut atteint d’un flux tel que celui qui, relativement au corps humain, constitue la seconde espece de diabetes. Ses urines auparavant troubles, épaisses & semblables à celles que rendent les chevaux sains, étoient crues, limpides, aqueuses, & si abondantes qu’elles surpassoient en quantité l’eau dont on l’abreuvoit ; & il ne se saisissoit du fourrage que dans le moment où il avoit bû. Cette derniere circonstance fut la seule qui étonna le maréchal auquel il étoit confié ; il se félicitoit d’ailleurs d’avoir sollicité la forte évacuation dont il ne prévoyoit pas le danger, & vantoit ingénument ses succès. Le propriétaire du cheval, alarmé de l’éloignement que le cheval témoignoit pour tous les alimens qui lui étoient offerts, eut recours à moi. Après quelques questions faites de ma part au maréchal, je crus pouvoir décider que le défaut apparent d’appétit n’avoit pour cause qu’une grande soif, & que l’écoulement excessif de l’urine n’étoit occasionné que par la dilatation & le relâchement des canaux secrétoires des reins, ensuite de la force impulsive qui avoit déterminé les humeurs en abondance dans ces conduits. La maladie étoit récente, je ne la jugeai point invincible. Je prescrivis d’abord un régime rafraîchissant, car j’imaginai qu’il étoit important de calmer l’agitation que des diurétiques chauds, & du genre des lithontriptiques, devoient avoir suscitée. J’ordonnai qu’on tînt l’animal au son, & qu’on lui en donnât quatre fois par jour, arrosé d’une décoction forte de racines de nenuphar, de guimauve & de grande consoude. Je prohibai une boisson copieuse, & je fis bouillir dans l’eau dont on l’abreuvoit, une suffisante quantité d’orge. Ces remedes incrassans opérerent les effets que je m’en étois promis ; l’animal fut moins altéré, il ne dédaignoit plus le fourrage, & ses urines commençoient à diminuer & à se charger. Alors je le mis à l’usage des astringens. J’humectai le son avec une décoction de racines de bistorte, de tormentille & de quinte-feuille ; enfin les accidens s’évanoüissant toûjours, & le cheval reprenant tans cesse ses forces, on exigea de lui un exercice, qui excitant de legeres sueurs, le rappella entierement à son état naturel. (e)