L’Encyclopédie/1re édition/HEURE

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Briasson, David l’aîné, Le Breton, Durand (Tome 8p. 193-194).

HEURE, s. f. (Astr. & Hist.) c’est la vingt-quatrieme & quelquefois la douzieme partie du jour naturel. Voyez Jour.

Le mot heure, hora, vient du Grec ὥρα, qui signifie la même chose, & dont l’étymologie n’est pas trop connue, les savans étant fort partagés sur ce sujet.

L’heure chez nous est une mesure ou quantité de tems égale à la vingt-quatrieme partie du jour naturel, ou de la durée du mouvement journalier que paroît faire le soleil au-tour de la terre. Quinze degrés de l’équateur répondent à une heure, puisque trois cens soixante degrés répondent à vingt-quatre. On divise l’heure en soixante minutes, la minute en soixante secondes, &c. Voyez Minute.

La division du jour en heure est très-ancienne, comme le prouve le P. Kirker dans son Œdip ægypt. tom. II. les heures qui sont la vingt-quatrieme partie du jour, s’appellent heures simples ; les heures qui en sont la douzieme partie, s’appellent heures composées.

Les plus anciens peuples faisoient leurs heures égales à la douzieme partie du jour. Hérodote lib. II. observe que les Grecs avoient appris des Egyptiens entre autres choses, à diviser le jour en douze parties.

Les Astronomes de Cathay conservent encore aujourd’hui cette division. Ils appellent l’heure chag, & donnent à chaque chag un nom particulier pris de quelque animal. Le premier est appellé zeth, souris ; le second chio, taureau ; le troisieme zem, léopard ; le quatrieme mau, lievre ; le cinquieme chiu, crocodile ; le sixieme six, serpent ; le septieme vou, cheval ; le huitieme vi, brebis ; le neuvieme schim, singe ; le dixieme you, poule ; l’onzieme sou, chien, le douzieme cai, porc.

Les heures qui partagent le jour en vingt-quatre parties égales étoient inconnues aux Romains avant la premiere guerre punique. Ils ne régloient leurs jours auparavant que par le lever & le coucher du soleil.

Ils divisoient les douze heures du jour en quatre : prime ou la premiere, qui commençoit à six heures du matin ; tierce ou la troisieme, à neuf ; sexte ou la sixieme, à douze ou midi ; & none ou la neuvieme, à trois heures après midi. Ils divisoient aussi les heures de la nuit en quatre veilles, dont chacune contenoit trois heures.

Il y a diverses sortes d’heures chez les Chronologistes, les Astronomes, les faiseurs de cadrans solaires. On divise quelquefois les heures en égales & inégales. Les heures égales sont celles qui sont la vingt-quatrieme partie du jour naturel ; c’est-à-dire le tems que la terre emploie à parcourir dans son mouvement diurne de rotation quinze degrés de l’équateur.

On les appelle encore équinoxiales, parce qu’on les mesure sur l’équateur ; & astronomiques, parce que les Astronomes s’en servent. Elles changent de nom suivant la maniere dont les différentes nations les comptent. Les heures astronomiques sont des heures égales que l’on compte depuis midi dans la suite continue des vingt-quatre heures. Ainsi quand un astronome dit qu’il a fait telle observation tel jour à dix-neuf heures, cela signifie tel jour à sept heures du soir.

Heures babyloniennes sont des heures égales, que l’on commence à compter depuis le lever du soleil.

Heures européennes sont des heures égales que l’on compte depuis minuit jusqu’à midi, & depuis midi jusqu’à minuit.

Heures judaïques, planétaires ou antiques, sont la douzieme partie du jour & de la nuit. Comme ce n’est qu’au tems des équinoxes que le jour artificiel est égal à la nuit, ce n’est aussi que dans ce tems que les heures du jour & de la nuit sont égales entre elles. Elles augmentent ou diminuent dans tous les autres tems de l’année. On les appelle heures antiques ou judaïques, parce que les anciens & les Juifs s’en sont servis, & que ces derniers s’en servent encore, aussi-bien que les Turcs. On les appelle aussi heures planétaires, à cause que les Astrologues prétendent que chaque heure est dominée par une nouvelle planette ; & que le jour reçoit son nom de celle qui domine à la premiere heure, comme la lune au lundi, Mars au mardi, &c. Par exemple, le jour du soleil, c’est-à-dire le dimanche, la premiere heure que l’on compte au lever du soleil, est attribuée au soleil lui-même, & en prend le nom ; la suivante prend celui de Venus, la suivante de Mercure, ensuite de la lune, de Jupiter, de Saturne & de Mars, d’où il arrive que le jour suivant la premiere heure au lever du soleil tombe sur l’heure de la lune ; la premiere du jour d’après tombe sur l’heure de Mars, & ainsi de suite jusqu’à la fin de la semaine.

Les heures italiques sont des heures égales, que l’on commence à compter depuis le coucher du soleil.

Heures inégales, c’est la douzieme partie du jour, & aussi la douzieme partie de la nuit. L’obliquité de la sphere les rend plus ou moins inégales en différens tems ; & elles ne conviennent avec les heures égales comme les heures judaïques, qu’au tems des équinoxes.

Après les définitions que nous venons de donner des différentes heures, il est très-facile de les réduire les unes aux autres, & nous ne croyons pas qu’un plus grand détail soit nécessaire sur ce sujet. Voyez la Chronologie de Wolf, chap. j. d’où cet article est extrait en partie. Harris & Chambers. (G)

On connoît l’heure sur la terre ferme par le moyen des pendules & des montres. On peut se servir en mer pour le même objet, du second de ces instrumens, le premier étant sujet à trop de dérangemens par le mouvement du vaisseau. Mais faute de montres, on peut trouver aisément l’heure par un calcul fort simple. Connoissant la latitude du lieu où l’on est (Voy. Latitude.), & la déclinaison du soleil (Voyez Déclinaison), on observe la hauteur du soleil à l’heure qu’on cherche, & par la trigonométrie sphérique, on conclut aisément l’heure qu’il est. Voyez le traité de Navigation de M. Bouguer, p. 262 & suiv. où vous trouverez un plus grand détail sur ce sujet. (O)

Heures, (Théologie.) signifie certaines prieres que l’on fait dans l’église dans des tems réglés, comme matines, laudes, vêpres, &c. Voyez Matines.

Les petites heures sont prime, tierce, sexte & none. On les appelle ainsi à cause qu’elles doivent être récitées à certaines heures, suivant les regles & canons prescrits par l’Église, en l’honneur des mysteres qui ont été accomplis à ces heures-là. Ces heures s’appelloient autrefois le cours, cursus. Le P. Mabillon a fait une dissertation sur ces heures, qu’il a intitulée de Cursu Gallicano.

La premiere constitution qui se trouve touchant l’obligation des heures, est le vingt-quatrieme article du capitulaire qu’Heiton ou Aiton, évêque de Basle au commencement du ix. siecle, fit pour ses cures. Il porte que les prêtres ne manqueront jamais aux heures canoniales, ni du jour ni de la nuit.

Les prieres des quarante heures sont des prieres publiques & continuelles que l’on fait pendant trois jours devant le saint Sacrement, pour implorer le secours du ciel dans des occasions importantes. On a soin pendant ces trois jours que le saint Sacrement soit exposé quarante heures, c’est-à-dire treize ou quatorze heures chaque jour.

Heures, (Mythol.) en grec Ὧραι, filles de Jupiter & de Thémis, selon Hesiode, qui en compte trois, Eunomie, Dicé, & Irene, c’est-à-dire, le bon ordre, la justice, & la paix. Apparemment que cette fiction signifioit que l’usage bien fait des heures reglées, entretient les lois, la justice, & la concorde.

Homere nomme les heures les portieres du ciel, & nous décrit ainsi leurs fonctions : « Le soin des portes du ciel est commis aux heures ; elles veillent depuis le commencement des tems à la garde du palais de Jupiter ; & lorsqu’il faut ouvrir ou fermer ces portes d’éternelle durée, elles écartent ou rapprochent sans peine le nuage épais qui leur sert de barriere ».

Le poëte entend par le ciel, cette grande région de l’espace éthéré, que les saisons semblent gouverner ; elles ouvrent le ciel, quand elles dissipent les nuages ; & elles le ferment, lorsque les exhalaisons de la terre se condensent en nuées, & nous cachent la vûe du soleil & des astres.

La Mythologie greque ne reconnut d’abord que les trois heures, dont nous avons donné les noms, parce qu’il n’y avoit que trois saisons, le printems, l’été, & l’hiver ; ensuite quand on leur ajoûta l’autonne & le solstice d’hiver, ou sa partie la plus froide, la Mythologie créa deux nouvelles heures, qu’elle appella Carpo, & Thalatte, & elle les établit pour veiller aux fruits & aux fleurs ; enfin, quand les Grecs partagerent le jour en douze parties égales, les Poëtes multiplierent le nombre des heures jusqu’à douze, toutes au service de Jupiter, & les nommerent les douze sœurs, nées gardiennes des barrieres du ciel, pour les ouvrir & les fermer à leur gré ; ils leur commirent aussi le soin de ramener Adonis de l’Achéron, & le rendre à Vénus.

Les mêmes poëtes donnerent encore aux heures, l’intendance de l’éducation de Junon ; & dans quelques statues de cette déesse, on représente les heures au-dessous de sa tête.

Elles étoient reconnues pour des divinités dans la ville d’Athènes, où elles avoient un temple bâti en leur honneur par Amphiction. Les Athéniens, selon Athénée, leur offroient des sacrifices, dans lesquels ils faisoient bouillir la viande au lieu de la rotir ; ils adressoient des vœux à ces déesses, & les prioient de leur donner une chaleur moderée, afin qu’avec le secours des pluies, les fruits de la terre vinssent plus doucement à maturité.

Les modernes représentent ordinairement les heures accompagnées de Thémis soûtenant des cadrans ou des horloges.

Le mot ὧραι, designoit anciennement chez les Grecs les saisons ; ensuite, après l’invention des cadrans solaires, le même terme se prit aussi pour signifier la mesure du tems que nous nommons heure. Voyez Heure. (D. J.)