L’Encyclopédie/1re édition/JOUR

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Briasson, David l’aîné, Le Breton, Durand (Tome 8p. 889-895).
◄  JOUISSANCE
JOURA  ►

JOUR, s. m. (Chronol. Astron. & Hist.) division du tems, fondée sur l’apparition & la disparition successive du soleil.

Il y a deux sortes de jours, l’artificiel & le naturel.

Le jour artificiel qui est le premier qu’il semble qu’on ait appellé simplement jour, est le tems de la lumiere, qui est déterminé par le lever & le coucher du soleil.

On le définit proprement le séjour du soleil sur l’horison, pour le distinguer du tems de l’obscurité, ou du séjour du soleil sous l’horison, qui est appellé nuit. Voyez Nuit.

Le jour naturel, appellé aussi jour civil, est l’espace de tems que le soleil met à faire une révolution autour de la terre, ou pour parler plus juste, c’est le tems que la terre emploie à faire une révolution autour de son axe ; les Grecs l’appellent plus proprement nicthemeron, comme qui diroit nuit & jour.

Il faut cependant observer que par ces mots de révolution de la terre autour de son axe, on ne doit pas entendre ici le tems qu’un point ou un méridien de la terre emploie à parcourir 360 degrés, mais le tems qui s’écoule depuis le passage du soleil à un méridien, & le passage suivant du soleil par ce même méridien ; car comme la terre avance sur son orbite d’occident en orient, en même tems qu’elle tourne sur son axe, le soleil repasse par le méridien un peu avant que la terre ait fait une révolution entiere autour de son axe. Pour en sentir la raison, il n’y a qu’à imaginer que le soleil se meuve d’orient en occident autour de la terre pendant l’espace d’un an, comme il paroît le faire, & qu’en même tems la terre tourne sur son axe d’orient en occident, il est facile de voir qu’un point de la terre qui se sera trouvé sous le soleil, s’y retrouvera de nouveau un peu avant que d’avoir fait un tour entier.

L’époque ou le commencement du jour civil, est le terme où le jour commence, & où finit le jour précédent. Il est de quelque conséquence de fixer ce terme ; & il est certain que pour distinguer les jours plus commodément, il faut se fixer à un moment où le soleil occupe quelque partie facile à distinguer dans le ciel ; par conséquent le moment le plus propre à fixer le commencement du jour, est celui dans lequel le soleil passe par l’horison ou par le méridien. Or, comme de ces deux instans, le plus facile à déterminer par observation, est celui du passage par le méridien, il semble qu’on doit préférer de faire commencer le jour naturel à minuit ou à midi ; en effet l’horison est souvent chargé de vapeurs ; d’ailleurs le lever ou le coucher du soleil sont sujets aux réfractions : ainsi il est difficile de les observer exactement. Car les réfractions élevant le soleil, font qu’il paroît sur l’horison, dans le tems qu’il est encore au dessous, & par conséquent elles augmentent la durée du jour artificiel ; on ne peut donc savoir exactement la durée du jour par cette méthode, sans connoître bien les réfractions, & sans pouvoir observer facilement le soleil à l’horison : deux choses qui sont souvent susceptibles d’erreur. Cependant comme le lever & le coucher du soleil sont d’un autre côté le commencement & la fin du jour artificiel ; ils paroissent aussi être propres par cette raison à marquer le commencement & la fin du jour naturel ou civil.

Ceux qui commencent le jour au lever du soleil, ont l’avantage de savoir combien il y a de tems que le soleil est levé ; ceux qui commencent le jour au coucher, savent combien il leur reste de tems jusqu’à la fin du jour ; ce qui peut être utile dans les voyages & les différens travaux : mais les uns & les autres sont obligés de calculer pour avoir l’heure du midi & celle de minuit.

Il n’est donc pas étonnant que les différens peuples commencent différemment leur jour, puisque les raisons sont à peu-près égales de part & d’autre.

Ainsi 1°. les anciens Babyloniens, les Perses, les Syriens, & plusieurs autres peuples de l’Orient, ceux qui habitent aujourd’hui les îles Baléares, & les Grecs modernes, &c. commencent leur jour au lever du soleil.

2°. Les anciens Athéniens & les Juifs, les Autrichiens, les Bohémiens, les Marcommans, les Silésiens, les nations modernes & les Chinois, &c. le commencent au coucher du soleil.

3°. Les anciens Umbriens & les anciens Arabes, aussi-bien que les Astronomes modernes le commencent à midi.

4°. Les Egyptiens & les Romains, les François modernes, les Anglois, les Hollandois, les Allemans, les Espagnols & les Portugais, &c. à minuit.

C’étoit aussi à minuit que les anciens Egyptiens commençoient le jour, & même le fameux Hypparque avoit introduit dans l’Astronomie cette maniere de compter, en quoi il a été suivi par Copernic & par plusieurs autres astronomes ; mais la plus grande partie des astronomes modernes a trouvé plus commode de commencer à midi.

Le jour se divise en heures, comme le mois & la semaine en jours. Voyez Heure, Mois, Semaine, &c.

Sur les différentes longueurs des jours dans les différens climats, voyez Climat & Globe.

Les Astronomes ont été divisés entr’eux sur la question, si les jours naturels sont égaux tout le long de l’année, ou non. Un professeur de Mathématiques à Séville, prétend, dans un mémoire imprimé parmi ceux des Transactions philosophiques, qu’après des observations consécutives pendant trois années, il a trouvé tous les jours égaux. M. Flamsteed dans les mêmes Transactions, réfute cette opinion, & fait voir que quand le soleil est à l’équateur, le jour est plus court de quarante secondes, que quand il est aux tropiques ; & que quatorze jours tropiques sont plus longs que quatorze jours équinoctiaux de d’heure, ou de 10 minutes. Cette inégalité des jours vient de deux différentes causes ; l’une est l’excentricité de l’orbite de la terre, l’autre est l’obliquité de l’écliptique. La combinaison de ces deux causes fait varier la longueur du jour ; & c’est sur cette inégalité qu’est fondée ce qu’on appelle équation du tems. Voyez Excentricité, Ecliptique & Equation du Tems. Wolf & Chambers. (O)

Jour, (Hist. rom.) les Romains commençoient le jour à minuit ; ils partagerent l’espace d’un minuit à l’autre en plusieurs parties, auxquelles ils donnerent des noms pour les distinguer. Ils appellerent le minuit inclinatio ; le tems de la nuit où les coqs ont accoutumé de chanter, gallicinium ; le point du jour, diluculum ; le midi, meridies ; le coucher du soleil, suprema tempestas ; le soir, vespera ; la nuit, prima fax, parce que l’on allume des bougies, des lampes, des flambeaux, dès que la nuit commence ; & la durée de la nuit, concubium.

Par rapport aux jours dont chaque mois est composé, ils les diviserent en fastes, néfastes, jours de fêtes, jours ouvriers & féries. Les jours fastes étoient comme nous disons aujourd’hui les jours d’audience, les jours de palais. Les jours néfastes étoient ceux pendant lesquels le barreau étoit fermé. Les jours de fêtes, ceux où il n’étoit pas permis de travailler ; & tantôt c’étoit le jour entier, tantôt jusqu’à midi seulement ; & les féries qui souvent n’étoient point jours de fêtes. Voyez Faste, Néfaste, Féries, &c.

Enfin pour ce qui regarde la vie privée des Romains pendant le cours de la journée. Voyez Vie privée des Romains. (D. J.)

Jour civil des Romains, (Hist. rom.) le jour civil des Romains étoit divisé en plusieurs parties, auxquelles ils donnoient différens noms. La premiere partie étoit media nox, minuit : après cela venoient mediæ noctis inclinatio, gallicinium, le chant du coq ; conticinium, qui étoit le tems le plus calme de la nuit ; diluculum, la pointe du jour ; & mane, le matin qui duroit jusqu’à midi. Après midi, étoit meridici inclinatio, que nous appellons vulgairement la relevée ; solis occasus, le coucher du soleil ; après cela étoient suprema tempestas, vesper, crepusculum, concubium, le tems où l’on se couche, & nox intempestas qui duroit jusqu’à minuit. On divisoit aussi la nuit en quatre parties que les Romains appelloient veilles, excubiæ ou vigiliæ. Voyez Nuit.

Parmi ces jours, il y en avoit qu’on appelloit festi, & d’autres prosesti ; ceux-là étoient consacrés aux dieux, soit pour faire des sacrifices, soit pour célebrer des jeux en leur honneur. Ces jours de fêtes s’appelloient feriæ ; il y en avoit de publiques & de particulieres. Voyez Fetes des Romains.

Les jours qu’on nommoit profesti, étoient ceux dans lesquels il étoit permis de vaquer aux affaires publiques & particulieres ; on les partageoit en jours fastes & néfastes ; les fastes étoient ceux où le préteur pouvoit prononcer ces trois mots, do, dico, addico, c’est-à-dire, les jours où il étoit permis de rendre la justice. Les jours néfastes étoient ceux où ils ne pouvoient l’exercer, comme dans les féries, & dans les tems de la vendange & de la moisson. Il y avoit aussi des jours appellés intercisi & endocisi, dans lesquels on pouvoit rendre la justice à certaines heures seulement. On les trouve marqués dans les fastes par ces lettres FP & NP, qui signifient fastus prior, & nefastus prior. Quelques-uns confondent mal-à-propos les jours néfastes avec ces jours où l’on se faisoit un scrupule de travailler, à cause de quelque malheur arrivé à pareil jour, comme celui de la bataille d’Allia. Il est cependant vrai qu’on a donné le nom de néfastes à ces jour malheureux.

Les Romains avoient encore d’autres jours qui avoient différens noms, comme ceux qu’on appelloit comitiales, pendant lesquels on tenoit les comices, & les jours de marché appellés nundinæ ou novendinæ, parce qu’ils revenoient tous les neuf jours. Les habitans de la campagne venoient à la ville ces jours de marché, pour y porter des denrées, pour y recevoir des lois, & même pour y travailler à leurs procès, depuis la loi hortensia ; car jusques-là ces jours avoient été néfastes.

Les jours qu’on nommoit præliares, étoient ceux où il étoit permis de répeter son bien, & d’attaquer ses adversaires ; les jours qui leur étoient opposés, s’appelloient non præliares : c’étoit, par exemple, les jours noirs & funestes, dies atri, qui arrivoient tous les lendemains des kalendes, des ides & des nones de chaque mois ; car le peuple s’imaginoit ridiculement qu’il y avoit quelque chose de funeste dans le mot post qui servoit à exprimer ce que nous appellons le lendemain. Ainsi tous les jours malheureux se nommoient chez les Romains, comme chez les Grecs, des jours noirs. Les jours heureux au contraire étoient appellés blancs chez ces deux peuples.

On ne pouvoit, dans ces jours malheureux, travailler publiquement à aucune affaire ; cependant on doit les distinguer des jours néfastes ; car les féries étoient des jours néfastes, & non des jours malheureux. Les jours appellés inominales, étoient tous les quatriemes jours avant les kalendes, les ides & les nones de chaque mois, & quelques féries.

On trouve dans le droit romain, des jours qu’on nomme comperendini, qui étoient ceux où l’on assignoit son adversaire à comparoître pour le surlendemain de la premiere audience ; d’autres appellés stati, qui étoient pour terminer ses affaires avec l’étranger, & d’autres enfin qui portoient le nom de justi, c’est-à-dire, trente jours complets, accordés par une loi des douze tables à celui qui avoit avoué son crime, ou à celui qui avoit été condamné, afin de lui donner la facilité de trouver la somme d’argent qu’il étoit obligé de payer, ou de satisfaire de quelqu’autre maniere à la sentence du juge. (D. J.)

Jour, (Iconolog.) les anciens qui représentoient en figure tout ce qu’ils croyoient pouvoir en être susceptible, donnerent une image au jour considéré en lui-même, & sans aucun rapport ni à l’année, ni au mois, ni à la semaine, dont il fait partie. Athénée, dans sa description d’une magnifique pompe d’Anthiochus Epiphane, dit qu’on y voyoit des statues de toutes les sortes, jusqu’à celles du jour & de la nuit, de l’aurore & du midi.

Comme le nom grec du jour est féminin, le jour étoit peint en femme, & non-seulement le jour, mais aussi ses parties étoient aussi personnifiées suivant leur genre.

Le crépuscule,

Tempus,
Quod tu, nec tenebras nec possis dicere lucem,
Sed cum luce tamen, dubiæ confinia noctis,

le crépuscule, dis-je, étoit peint en jeune garçon, qui tenoit une torche, & qui avoit un grand voile étendu sur la tête, mais un peu reculé en arriere ; voilà ce qui désignoit que le crépuscule participoit à la lumiere & aux ténebres, au jour & à la nuit ; & c’est aussi ce que signifie la torche qu’il tenoit à la main ; car au point du jour, il fait un peu clair, mais si peu, qu’on a encore besoin d’un flambeau qui éclaire.

L’aurore aux doigts de rose, & croceo velamine fulgens, se peignoit en femme ayant un grand voile, & étant traînée dans un char à deux chevaux ; le voile qu’elle portoit sur sa tête, étoit fort reculé en arriere, ce qui marque que la clarté du jour est déja assez grande, & que l’obscurité de la nuit se dissipe.

Le midi, quùm medio sol aureus splendet olympo, étoit aussi peint en femme, à cause qu’il est du genre féminin dans la langue grecque.

Le soir ou le vesper, infuscans terras jam croceo noctis amictu, étoit peint en homme qui tenoit le voile sur sa tête, mais un peu en arriere, parce que l’obscurité de la nuit ne se répand qu’insensiblement, & laisse assez long-tems de la clarté pour se conduire encore.

Enfin le crépuscule du soir étoit représenté comme celui du matin, par un petit garçon qui porte un voile sur la tête ; mais il n’a point de flambeau ; il lui seroit inutile, puisqu’il va se perdre dans les ténebres de la nuit ; il tient de ses deux petites mains les rênes d’un des chevaux du char de Diane, prise pour la lune, & qui court se précipiter aussi dans les on les de l’Océan, hesperias abiturus in undas. Dict. Mythol. (D. J.)

Jour heureux & malheureux, (Litt. anc. & mod.) quelque ridicule que soit l’idée qu’il y ait dans la nature des jours plus heureux ou plus malheureux les uns que les autres, il n’en est pas moins vrai que de tems immémorial, les plus célebres nations du monde, les Chaldéens, les Egyptiens, les Grecs & les Romains, ont également donné dans cette opinion superstitieuse, dont tout l’Orient est encore convaincu.

Les rois d’Egypte, selon Plutarque, n’expédioient aucune affaire le troisieme jour de la semaine, & s’abstenoient ce jour-là de manger jusqu’à la nuit, parce que c’étoit le jour funeste de la naissance de Typhon. Ils tenoient aussi le dix-septieme jour pour infortuné, parce qu’Osiris étoit mort ce jour-là. Les Juifs pousserent si loin leur extravagance à cet égard, que Moyse mit leurs recherches au rang des divinations, dont Dieu leur défendoit la pratique.

Si je passe aux Grecs, je trouve chez eux la liste de leurs jours apophrades ou malheureux, ce qui a fait dire plaisamment à Lucien, en parlant d’un fâcheux de mauvaise rencontre, qu’il ressembloit à un apophrade. Le jeudi passoit tellement pour apophrade chez les Athéniens, que cette superstition seule fit long-tems différer les assemblées du peuple qui tomboient ce jour-là. Le poëme d’Hésiode sur les travaux rustiques, écrit dans le onzieme siecle avant J. C. fait un espece de calendrier des jours heureux, où il importe de former certaines entreprises, & de ceux où il convient de s’en abstenir ; il met sur tout dans ce nombre le cinquieme jour de chaque mois, parce qu’ajoute-t-il, ce jour-là les furies infernales se promenent sur la terre. Virgile a saisi cette fiction d’Hésiode, pour en parer ses géorgiques. « N’entreprenez rien, dit-il, le cinquieme jour du mois, c’est celui de la naissance de Pluton & des Euménides ; en ce jour la terre enfanta Japet, le géant Cée, le cruel Thiphée, en un mot, toute la race impie de ces mortels qui conspirerent contre les dieux ». Mais Hésiode, pour consoler son pays, mit au rang des jours heureux le septieme, le huitieme, le neuvieme, le onzieme & le douzieme de chaque mois.

Les Romains nous font assez voir par leur calendrier la ferme créance qu’ils avoient de la distinction des jours. Ils marquerent de blanc les jours heureux. & de noir ceux qu’ils réputoient malheureux ; tous les lendemains des kalendes, des nones & des ides, étoient de cette derniere classe. L’histoire nous en a conservé l’époque & la raison.

L’an de Rome 363, les tribuns militaires, voyant que la république recevoit toujours quelque échec, requirent qu’on en recherchât la cause. Le sénat ayant mandé le devin L. Aquinius, il répondit que lorsque les Romains avoient combattu contre les Gaulois, près du fleuve Allia, avec un succès si funeste, on avoit fait aux dieux des sacrifices le lendemain des ides de Juillet ; & qu’à Crémere les Fabiens furent tous tués, pour avoir combattu le même jour ; sur cette réponse, le sénat, de l’avis du collége des pontifs, défendit de rien entreprendre à l’avenir contre les ennemis le lendemain des kalendes, des nones & des ides ; chacun de ces jours fut nommé jour funeste, dies atra, nefandus, inauspicatus, inominalis, ægyptiacus dies.

Vitellius ayant pris possession du souverain pontificat le quinzieme des kalendes d’Août, & ayant ce même jour fait publier de nouvelles ordonnances, elles furent mal reçues du peuple, disent Suétone & Tacite, parce que tel jour étoient arrivés les desastres de Crémere & d’Allia.

Il y avoit quelques autres jours estimés malheureux par les Romains ; tels étoient le jour du sacrifice aux mânes, celui des lémuries, des féries latines & des saturnales, le lendemain des volcanales, le quatrieme avant les nones d’Octobre, le sixieme des ides de Novembre, les nones de Juillet, appellées caprotines, le quatrieme avant les nones d’Août, à cause de la défaite de Cannes, & les ides de Mars, par les créatures de Jules-César.

On juge bien qu’outre ces jours-là il y en avoit d’autres que chacun estimoit malheureux par rapport à soi même. Auguste n’entreprenoit rien d’important le jour des nones ; & quantité de particuliers avoient une folie pareille sur le quatrieme des calendes, des nones & des ides.

Plusieurs observations historiques, superstitieusement recueillies, ont contribué à favoriser, avec tant d’autres erreurs, celle des jours heureux & malheureux. Joseph remarque que le temple de Salomon avoit été brûlé par les Babyloniens le 8 Septembre, & qu’il le fut une seconde fois au même jour & au même mois par Titus. Æmilius Probus débite que Timoléon le corinthien gagna toutes ses victoires le jour de sa naissance.

Aux exemples tirés de l’antiquité, on en joint d’autres puisés dans l’histoire moderne. On prétend que Charles-Quint fut comblé de toutes ses prospérités le jour de S. Mathias. Henri III, nous dit-on, fut élu roi de Pologne, ensuite roi de France, le jour de la pentecôte, qui étoit aussi celui de sa naissance. Le pape Sixte V. aimoit le mercredi sur tous les jours de la semaine, parce qu’il prétendoit que c’étoit le jour de sa naissance, de sa promotion au cardinalat, de son élection à la papauté, & de son couronnement. Louis XIII. assuroit que tout lui réussissoit le vendredi. Henri VII, roi d’Angleterre, étoit attaché au samedi, comme au jour de tous les bonheurs qu’il avoit éprouvés.

Mais rien ne seroit si facile que d’apporter encore un plus grand nombre de faits, qui prouveroient l’indifférence des jours pour la bonne ou mauvaise fortune, s’il s’agissoit de combattre par des exemples des préventions superstitieuses, contraires au bon sens & à la raison. On remarqua, dit Dion Cassius, l. XLII. que Pompée fut assassiné en Egypte le même jour qu’il avoit autrefois triomphé des Pirates & de Mithridate, & l’on ajoutoit encore que c’étoit celui de sa naissance. Le même jour, dit Guichardin, que Léon X. fut sacré avec une pompe merveilleuse, il avoit été fait misérablement prisonnier un an auparavant. Reconnoissons donc avec un ancien, qu’une même journée nous peut être également mere & marâtre, & que ceux conséquemment qui se sont moqués du choix superstitieux de certains jours, ont eu par-là un grand avantage pour le succès de leurs entreprises, sur ceux qui ont été assez crédules pour s’y assujettir.

Alexandre le grand, bien instruit sur ce point par Aristote son précepteur, se moqua spirituellement de quelques uns de ses capitaines qui lui représentoient sur le bord du Granique, que jamais les rois de Macédoine ne mettoient leurs armées en campagne au mois de Juin, & qu’il devoit craindre le mauvais augure qu’on pouvoit tirer s’il négligeoit de suivre l’ancien usage. « Il faut bien y remédier, répondit-il en souriant ; & j’ordonne aussi pour cela que ce Juin, que l’on craint tant, soit nommé le second mois de Mai. » Il sçut encore insister si adroitement auprès de la Sybille du temple de Delphes, qui lui refusoit de consulter le dieu un jour réputé malheureux, qu’elle lui dit enfin, en cédant à ses instances, qu’il vouloit faire paroître jusques sur le seuil du temple de Delphes qu’il étoit invincible. « Cet oracle me suffit, répartit joliment Alexandre ; je n’en peux recevoir de plus clair ni de plus favorable »,

C’est sur le même ton que Luculle répondit à ceux qui tâchoient de le dissuader de combattre contre Tigranes aux nones d’Octobre, parce qu’à pareil jour l’armée de Cépion fut taillée en pieces par les Cimbies ; « & moi, dit il, je vais le rendre de bon augure pour les Romains ». Il attaqua le roi d’Arménie & le vainquit.

Dion de Syracuse se conduisit de même vis-à-vis de Denis de Syracuse ; il lui livra la bataille le jour d’une éclipse de lune, qui étoit réputé un jour funeste, & remporta la victoire. C’en est assez sur les anciens.

Quoique la distinction des jours heureux & malheureux paroisse présentement aussi absurde qu’elle l’est en effet, je doute fort que tous les hommes en soient également desabusés : quand je considere d’un côté tant de choses propres à nourrir cette erreur, qui sont toujours en usage, & que je vois régner dans la cour des monarques, chez ces grands qui tonnent sur nos têtes, comme parmi le petit peuple qu’ils vexent, des opinions aussi puériles, aussi superstitieuses que celle-ci, & qui même y ont un très-grand rapport : je crois alors fermement que dans tous les siecles & dans tous les lieux la superstition a des droits qui peuvent bien changer de forme, mais qui ne seront jamais entierement détruits.

Il y a dans le mercure de Juin 1688 un discours contre la superstition populaire des jours heureux & malheureux : cela n’est pas étonnant ; mais le singulier, c’est que ce discours est de François Malaval, fameux écrivain mystique, qui donna dans toutes les extravagances du mysticisme. L’esprit humain, tantôt sage, tantôt fou, adopte également l’erreur & la vérité pêle-mêle. Ce Malaval devint aveugle à neuf mois, & mourut en 1719 à 82 ans. (D. J.)

Jours de férie, (Hist. ecclésiastiq.) dies feriales ou feriæ, signifioient chez les anciens des jours consacrés à quelque fête, & pendant lesquels on ne travailloit point, du verbe latin feriari, être oisif, chommer, fêter.

Ce mot a totalement changé d’acception, & signifie présentement les jours de travail, par opposition au dimanche & aux fêtes chommées, comme on voit dans le statut 27 d’Henri VI, chap. v. & dans Fortesme de laudibus leg. Angliæ.

Le pape S. Sylvestre ordonna que sabbati & dominici die retento, reliquos hebdomadæ dies feriarum nomine distinctos, ut jam ante in ecclesia vocari coeperant, appellari. De-là vient que dans les brefs ou calendriers ecclésiastiques, le lundi, mardi, mercredi, jeudi & vendredi sont désignés par les noms de feria prima, secunda, tertia, quarta, quinta & sexta.

Jours maigres, (Théolog.) jours où par un précepte de l’Eglise on ne doit point manger de viande. Voyez Abstinence.

Jours critiques, (Hist. mod.) dies critici. Voyez Critiques.

Jours, (Medecine.) pairs, impairs, principaux, radicaux ou critiques, indices ou indicateurs, intercalaires, vuides, &c. Voyez la doctrine medecinale sur les jours à l’article Crise.

Jour de l’An, (Hist. anc.) ou premier jour de l’année, a fort varié chez différens peuples par rapport au tems de sa célébration, mais il a toujours été en grande vénération.

Chez les Romains le premier & le dernier jour de l’an étoient consacrés à Janus ; ce qui a été cause qu’on le représente avec deux visages.

C’est des Romains que nous tenons cette coutume si ancienne des complimens du nouvel an. Avant que ce jour fût écoulé ils se faisoient visite les uns les autres, & se donnoient des présens accompagnés de vœux réciproques. Lucien parle de cette coutume comme très-ancienne, & la rapporte au tems de Numa. Voyez Etrennes, Vœux, &c.

Ovide a cette même cérémonie en vûe dans le commencement de ses fastes :

Postera lux oritur, linguisque anin sque favete :
Nunc dicenda bono sunt bona verba die.

Et Pline plus expressément liv. XXVIII, chap. j. Primum anni incipientis diem lætis precationibus invicem faustum ominantur.

Jours Alcyoniens, (Hist. anc.) phrase que l’on trouve souvent dans les auteurs pour exprimer un tems de paix & de tranquillité.

Cette expression tire son origine d’un oiseau de mer, que les Naturalistes appellent alcyon, & qui, selon eux, fait son nid vers le solstice d’hiver, pendant lequel le tems est ordinairement calme & tranquille.

Les jours alcyoniens, suivant l’ancienne tradition, arrivent sept jours avant & sept jours après le solstice d’hiver ; quelques-uns appellent ce tems-là l’été de S. Martin ; & le calme qui regne dans cette saison engage les alcyons à faire leur nid & à couver leurs œufs dans les rochers qui sont au bord de la mer.

Columella appelle aussi jours alcyoniens le tems qui commence au 8 des calendes de Mars, parce qu’on observe qu’il regne pour lors un grand calme sur l’océan atlantique.

Jours, Grands-Jours, (Jurisp.) ou Hauts-Jours, étoient une espece d’assise extraordinaire, ou plûtôt une commission pour tenir les plaids généraux du roi dans les provinces les plus éloignées.

Il ne faut pas s’imaginer que ces sortes d’assises ayent été ainsi nommées parce qu’on les tenoit dans les plus longs jours de l’année, car on les tenoit plusieurs fois l’année & en différens tems ; on les appella grands jours, pour dire que c’étoit une assise extraordinaire où se traitoient les grandes affaires.

Les grands-jours royaux furent établis pour juger en dernier ressort les affaires des provinces les plus éloignées, & principalement pour informer des délits de ceux que l’éloignement rendoient plus hardis & plus entreprenans ; on les tenoit ordinairement de deux en deux ans.

Ils étoient composés de personnes choisies & députées par le roi à cet effet, tels que les commissaires appellés missi dominici, que nos rois de la premiere & de la seconde race envoyoient dans les provinces pour informer de la conduite des ducs & des comtes, & des abus qui pouvoient se glisser dans l’administration de la justice & des finances contre l’ordre public & général.

Les grands-jours les plus anciens qui ayent porté ce nom, sont ceux que les comtes de Champagne tenoient à Troyes ; & ce fut à l’instar de ceux-ci que les assemblées pareilles qui se tenoient au nom du roi furent aussi nommées grands-jours.

La séance même du parlement, lorsqu’il étoit encore ambulatoire, étoit nommé grands-jours. Les parlemens de Toulouse, Bordeaux, Bretagne, & quelques autres tenoient aussi leurs grands-jours.

Depuis que les parlemens ont été rendus sédentaires, les grands-jours n’ont plus été qu’une commission d’un certain nombre de juges tirés du parlement pour juger en dernier ressort toutes affaires civiles & criminelles par appel des juges ordinaires des lieux, mêmes les affaires criminelles en premiere instance.

Les derniers grands-jours royaux sont ceux qui furent tenus en 1666 à Clermont en Auvergne, & au Puy en Velai pour le Languedoc.

Nos rois accorderent aux princes de leur sang le droit de faire tenir des grands-jours dans leurs appanages & pairies ; mais l’appel de ces grands-jours ressortissoit au Parlement, à moins que le roi ne leur eût octroyé spécialement le droit de juger en dernier ressort.

Plusieurs seigneurs avoient aussi droit de grands-jours, où l’on jugeoit les appellations interjettées des juges ordinaires, des crimes qui se commettoient par les baillifs & sénéchaux & autres juges dépendans du seigneur. Ces grands jours seigneuriaux ont été abolis par l’ordonnance de Roussillon, qui défend à tout seigneur d’avoir deux degrés de jurisdiction en un même lieu : quelques pairs en font cependant encore assembler, mais ils ne jugent pas en dernier ressort.

Nous allons donner quelques notions sommaires des grands-jours dont il est le plus souvent mention dans les ordonnances & dans les histoires particulieres.

Grands-jours d’Angers ou du duc d’Anjou, étoient pour l’appanage du duc d’Anjou ; ils furent accordés par Charles V. à Louis son frere, duc de Tours & d’Anjou, avec faculté de les tenir, soit à Paris ou dans telle ville de ses duchés qu’il voudroit. Louise de Savoye, mere du roi François I, fit en 1516 ériger des grands-jours en la ville d’Angers ; on en tint aussi pour le roi dans cette ville en 1539.

Grands jours d’Angoulême étoient ceux des comtes d’Angoulême. Voyez le recueil de Blanchard à la table.

Grands-jours de l’archevêque de Rouen, ou hauts-jours, étoient une assise majeure qui se tenoit en son nom. Un Arrêt du parlement de Rouen du 2 Juillet 1515 ordonna qu’ils se serviroient du terme de hauts-jours, & non d’échiquier. Voyez le recueil d’arrêts de M. Froland, pag. 34.

Grands-jours d’Auvergne, sont ceux qui se tinrent dans cette province, tant à Clermont & Montferrand, qu’à Riom. Il y en eut à Montferrand en 1454, & sous Louis XI. en 1481, tant pour l’Auvergne que pour le Bourbonnois, Nivernois, Lyonnois, Forez, Beaujolois & la Marche ; ils s’ouvrirent à Montferrand : on les y tint encore en 1520, & à Riom en 1542 & 1546. Voyez Grands-jours de Berry.

Grands-jours de Beaumont ; il est parlé des grands-jours de ce comté dans des lettres de Charles VI. du 6 Mai 1403.

Grands-jours de Beaune ou de Bourgogne, étoient ceux qui se tenoient pour la province de Bourgogne avant l’érection du parlement de Dijon : il jugeoient sans appel.

Grands-jours de Berry ou du duc de Berry. Jean I, duc de Berry, eut le droit de faire tenir les grands-jours pour juger les appellations que l’on interjettoit du sénéchal de Poitou & d’Auvergne, du bailli de Berry & de ses autres juges inférieurs dont il est parlé dans Joannes Galli, quest. 250, & dans les anciennes ordonnances.

Grands-jours de Bourbonnois, voyez Grands-jours d’Auvergne & Grands-jours de Moulins.

Grands-jours de Bourgogne, voyez Grands-jours de Beaune.

Grands-jours du duc de Bretagne ; on donnoit quelquefois ce nom au parlement de cette province avant qu’il fût sédentaire, comme on peut voir par l’ordonnance de Charles VIII. de l’an 1495.

Grands-jours de Champagne, voyez Grands-jours de Troyes.

Grands-jours de Brie ; le duc d’Orléans, frere de Charles VI, y en faisoit tenir. Voyez les lettres de 1403.

Grands-jours de Châtelleraut, voyez le recueil de Blanchard.

Grands-jours de Clermont en Auvergne, voyez Grands-jours d’Auvergne.

Grands-jours de Clermont en Beauvoisis, voyez le recueil de Blanchard.

Grands-jours de Dombes ; le parlement de cette principauté, qui tenoit anciennement ses séances à Lyon par emprunt de territoire, devoit aller tenir ses grands-jours en Dombes deux fois l’année, suivant un édit de Louis III, prince souverain de Dombes, du mois de Septembre 1571.

Grands-jours de Limoges, voyez le recueil de Blanchard.

Grands-jours de Lyon furent tenus en 1596.

Grands-jours du comté du Maine, étoient ceux qu’y faisoit tenir le duc d’Anjou, comte du Maine, auquel ils avoient été accordés par des lettres de 1371.

Jours (grands.) La cour des grands-jours de la ville de S. Michel en Lorraine, étoit déja établie en 1380. Il y a sur ce tribunal une ordonnance de René d’Anjou, duc de Lorraine, du 4 Mars 1449. Le duc Charles III. en confirma l’établissement sous le titre de cour de parlement & grands-jours de saint Michel, le 8 Octobre 1571. Le 3 Décembre 1573 il en régla les fonctions. Il y a une ordonnance du même prince touchant l’appel des sentences de la cour des grands jours de S. Michel, du 8 Octobre 1607. Louis XIII. supprima ces grands-jours en 1635, tems auquel il occupoit la Lorraine par ses armes.

Grands-jours de Montferrand, voyez Grands-jours d’Auvergne.

Grands-jours du duché de Montmorency, c’étoient ceux que les seigneurs de Montmorency faisoient tenir dans leur pairie. Voyez les lettres-patentes citées par Blanchard à la table.

Grands-jours de Moulins furent tenus en 1534, 1540 & 1550.

Grands-jours de Normandie ; les ducs de cette province en faisoient tenir, soit à Rouen, ou même quelquefois à Paris ; on les appelloit les hauts-jours. Voyez le recueil d’arrêts de M. Froland, pag. 74.

Grands jours d’Orléans, c’étoit le duc d’Orléans qui les faisoit tenir dans son appanage : il en est parlé dans des lettres de Charles VI. du 6 Mai 1403.

Grands-jours de Paris ; Charles le Bel ordonna que l’on en tînt dans cette ville, & que l’on y fit la recherche des criminels.

Grands-jours de Poitiers ou des comtes de Poitou, furent tenus en 1454, 1531, 1541, 1567, 1579 & 1634.

Grands-jours des reines, étoient ceux qui leur étoient accordés dans les terres qu’on leur donnoit pour leur douaire : il en est fait mention dans l’ancien style du parlement, chap. 23.

Grands-jours de Riom, voyez Grands-jours d’Auvergne.

Grands-jours de Soissons, étoient ceux du comte de Soissons. Voyez le recueil de Blanchard à la table.

Grands-jours de Tours ; le parlement de Paris en tint dans cette ville en 1519, 1533, 1547.

Grands jours de Troyes, appellés aussi la cour de Champagne, étoient des assises publiques & générales que les comtes de Champagne tenoient à Troyes, pour juger en dernier ressort les affaires majeures & celles qui étoient dévolues par appel des assises des bailliages, & principalement les causes des barons de Champagne, lesquels relevoient immédiatement du comté. Cette prérogative fut accordée aux comtes de Champagne à cause de leur dignité de palatins. Leurs grands jours se tenoient trois ou quatre fois l’année ; ils étoient composés d’un certain nombre de juges choisis dans l’ordre de la noblesse ; on y appelloit les causes selon le rang des bailliages ; on y observoit les formes judiciaires, c’est-à-dire qu’on les jugeoit par enquêtes ou par plaids, selon la nature de l’affaire. Quand ces jugemens pouvoient servir de reglemens, on les inséroit dans le recueil des coutumes de Champagne. Depuis que Philippe le Bel eut réuni cette province à la couronne, les grands-jours de Troyes se tenoient en son nom, comme comte de Champagne ; il ordonna en 1302 que ces grands-jours se tiendroient deux fois l’année : le roi y envoyoit huit députés du parlement, entre lesquels étoient plusieurs prélats ; ils renvoyoient au parlement de Paris les affaires dont la connoissance pouvoit l’intéresser. Voyez les mémoires de Pithou.

Grands-jours de Valois ; le duc d’Orléans y en faisoit tenir, suivant ce qui est dit dans des lettres de Charles VI. du 6 Mai 1403.

Grands-jours de Vertus ; Charles VI, par des lettres du 6 Mai 1403, accorda au duc d’Orléans son frere le droit d’y faire tenir des grands-jours.

Grands-jours d’Yvetot, ou hauts-jours d’Yvetot ; ce droit fut confirmé aux seigneurs d’Yvetot par des lettres de Louis XI. de 1464. Voyez la dissertation de l’abbé de Vertot sur le royaume d’Yvetot.

Voyez le glossaire de Ducange au mot dies ; celui de Lauriere au mot jours. Fontanon, tom. I, liv. I. tit. 17. (A)

Jour dans le commerce de lettres de change, marque le tems auquel une lettre doit être acquittée.

On dit qu’une lettre de change est payable à jour préfix, à jour nommé, lorsque le jour qu’elle doit être payée est exprimé & fixé dans la lettre de change. Les lettres à jour préfix ne jouissent point du bénéfice des dix jours de faveur ou de grace. Voyez Faveur & Jours de grace.

Une lettre de change à deux, à quatre, à six jours de vûe préfixe, est celle qui doit être payée deux, quatre ou six jours après celui de son acceptation. Voyez Lettre de change & Acceptation. Diction. de commerce.

Jours de grace, en terme de Commerce, c’est un nombre de jours accordé par la coutume pour le payement d’une lettre de change lorsqu’elle est dûe, c’est-à-dire lorsque le tems pour lequel elle a été acceptée est expiré. Voyez Lettre de change, Change & Faveur.

En Angleterre on accorde trois jours de grace, ensorte qu’une lettre de change acceptée pour être payée, par exemple, dans dix jours à vûe, peut n’être payée que dans treize jours. Par toute la France l’on accorde dix jours de grace, autant à Dantzick ; huit à Naples ; six à Venise, à Amsterdam, à Rotterdam, à Anvers ; quatre à Francfort ; cinq à Leipsic ; douze à Hambourg ; six en Portugal, quatorze en Espagne, trente à Genes, &c. Remarquez que les dimanches & les fêtes sont compris dans le nombre des jours de grace. Voyez Acceptation.

Jour nommé, (Commerce.) bateau de diligence, dont le maître s’est obligé d’arriver à certain jour préfix dans le port de sa destination, à peine de diminution de la moitié du prix porté par la lettre de Voiture. Dictionnaire de Commerce.

Jour de Planche, (Commerce.) on nomme ainsi à Amsterdam & dans les autres villes maritimes des Provinces-Unies, le séjour que le maître ou batellier d’un bâtiment freté par des marchands, est obligé de faire dans le lieu de son arrivée, sans qu’il lui soit rien dû au-delà du fret On convient ordinairement de ces jours de planche par la charte partie, à-moins qu’ils ne soient fixés ou par l’usage ou par des reglemens. A Rotterdam, par exemple & aux environs, les bateliers sont obligés de donner trois jours de planche ; ceux de Brabant, Flandres, Zélande, & des autres villes également distantes d’Amsterdam, en donnent cinq ou six, suivant la grandeur du bâtiment ; mais si après ces jours de planche ou reglés ou convenus, le bâtiment reste encore chargé, le marchand paye tant par jour par proportion à sa grandeur, ou au prix accordé pour le fret. Dictionnaire de Commerce.

Jour, Journal, (Arpentage.) grande mesure des héritages : cette dénomination est fort en usage en Lorraine ; on y dit pour les terres labourables jours, journaux ; pour les prés fauchés, & pour les forêts arpent : ce n’est cependant qu’une même mesure ; elle est communément dans ce pays de 250 toises de Lorraine. Cette toise a de longueur 10 piés de Lorraine, le pié 10 pouces, le pouce 10 lignes ; ce qui fait environ huit piés neuf pouces dix lignes, mesure de roi.

Jour, terme d’Architecture ; ce mot s’entend de toute ouverture faite dans les murs par où l’on reçoit de la lumiere, & qu’on nomme aussi baye ou bée.

Jour droit, celui d’une fenêtre à hauteur d’appui.

Faux-jour, celui qui éclaire quelque petit lieu, comme une garde-robe, un retranchement, un petit escalier.

Jour d’en-haut, celui qui est communiqué par un abajour qui ne reçoit le jour que par le dôme, un soûpirail, une lucarne faitiere de grenier, généralement tout jour qui est pris à six ou sept piés de haut ou plus.

Jour-à-plomb, celui qui vient directement par-en-haut, comme au Panthéon à Rome.

Jour de coûtume, voyez Vue de Coutume.

Jour d’escalier, c’est le vuide ou l’espace quarré ou rond qui reste entre les limons droits ou rampans de bois ou de pierre, sur lesquels est porté la rampe de fer.

Jour, terme d’Horlogerie ; c’est un espace qu’on laisse entre deux roues qui passent l’une sur l’autre, ou entre les platines & ces roues, pour empêcher qu’elles ne se touchent. Les jours de la grande roue moyenne avec la platine des piliers & la grande roue, & du barrillet avec la platine du dessus & la grande roue, ne doivent pas être trop considérables, ou, pour parler comme les Horlogers, doivent être bien ménagés ; afin de conserver au barrillet, & par conséquent au grand ressort, le plus de hauteur qu’il est possible.

Jour, (Peinture.) on dit qu’un tableau est dans son jour, lorsque la lumiere qui fait qu’on le voit, vient du même côté que celle qui éclaire les objets peints dans ce tableau.

Il y a des auteurs qui prétendent qu’on appelle jour, les endroits les plus éclairés d’un tableau ; mais on ne se sert point de cette expression : on dit la lumiere, les lumieres d’un tableau, & non les jours d’un tableau.

Jours, (Rubannier.) ouvrage à jour, terme plus propre au galon qu’à tout autre ouvrage, puisqu’il n’y a presque que le galon qui soit susceptible de pareil travail ; rarement on en ménage sur les rubans figurés ; les jours sont des ornemens pratiqués dans les desseins, qui laissent effectivement à jour les espaces qu’ils doivent représenter ; ces jours son appellés corps séparés, parce qu’ils sont travaillés chacun séparément & l’un après l’autre par autant de navettes différentes ; ce qui fait qu’il y a des ouvrages à 10 ou 12 & même 25 ou 26 navettes, quand les jours sont pratiqués l’un à côté de l’autre ; il faut avoir soin de ne travailler que quelques coups de navette sur chacun de ces corps séparés tant qu’il y en a, afin que le battant puisse frapper le plus également qu’il est possible ces coups de navette ; autrement si on rachevoit entierement le jour, qui est quelquefois de beaucoup de ces coups, & que l’on passât ensuite à un autre, l’épaisseur de ce premier qui vient d’être fait, empêcheroit que le battant ne frappât régulierement les autres coups qui restent à faire.