L’Encyclopédie/1re édition/HOTEL

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Briasson, David l’aîné, Le Breton, Durand (Tome 8p. 319-320).
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HOTEL, s. m. (Grammaire.) les habitations des particuliers prennent différens noms, selon les différens états de ceux qui les occupent. On dit la maison d’un bourgeois, l’hôtel d’un grand, le palais d’un prince ou d’un roi. L’hôtel est toujours un grand bâtiment annoncé par le faste de son extérieur, l’étendue qu’il embrasse, le nombre & la diversité de ses logemens, & la richesse de sa décoration intérieure. On en trouvera un modele dans nos Planches d’Architecture.

Hôtel de ville, ou Maison de ville, ou Maison commune de ville, (Jurisprud.) est le lieu public où se tient le conseil des officiers & bourgeois d’une ville pour délibérer sur les affaires communes.

L’établissement des premiers hôtels de ville remonte au tems de l’établissement des communes, & conséquemment vers le commencement du xij. siecle. Voyez Communes. (A)

Hôtel d’un ambassadeur, (Droit des gens.) c’est ainsi qu’on nomme toute maison que prend un ambassadeur ou ministre, dans le lieu où il va résider pour y exercer sa fonction.

On regarde par toute l’Europe les hôtels d’ambassadeurs comme des azyles pour eux & pour leurs domestiques. En effet, un ambassadeur & ses gens ne peuvent pas dépendre du souverain chez lequel il est envoyé, ni de ses tribunaux ; aucun obstacle ne doit l’empêcher d’aller, de venir, d’agir librement ; on pourroit lui imputer des crimes, dit fort bien M. de Montesquieu, s’il pouvoit être arrêté pour des crimes ; on pourroit lui supposer des dettes, s’il pouvoit être arrêté pour dettes ; sa maison est donc sacrée, & l’on ne peut l’accuser que devant son maître, qui est son juge ou son complice.

Mais on demande si leurs hôtels sont aussi des azyles pour les scélérats qui s’y réfugieroient. Quelques-uns distinguent la nature des crimes commis par ceux qui viennent à se retirer chez un ambassadeur ; mais une distinction arbitraire, & sur laquelle on peut contester, n’est pas propre à décider la question proposée. On écrivit en France plusieurs brochures dans le dernier siecle, en faveur de l’azyle sans exception ; mais c’est qu’alors il s’agissoit de la grande affaire arrivée à Rome pendant l’ambassade de M. de Créquy. On tiendroit aujourd’hui un tout autre langage, si la contestation s’élevoit à Paris, avec quelqu’un des ministres étrangers.

Grotius croit qu’il dépend du souverain auprès duquel l’ambassadeur réside, d’accorder ou de refuser le privilége, parce que le droit des gens ne demande rien de semblable.

Il est du moins certain que l’extension des prérogatives des ambassadeurs à cet égard, ne peut qu’être nuisible, en entretenant l’abus des azyles, qui est toujours un grand mal. Mais pour abreger, voyez sur cette matiere, Thomasius, de jure azyli legatorum ædibus competente, & Bynkershoëk du juge compétent des ambassadeurs, ch. xxj. Je ne nomme pas M. de Wicquefort, parce qu’il n’a point traité ce sujet sur des principes fixes. (D. J.)

Hôtel des Invalides, voyez Invalides.

Hôtel de la Monnoye, voyez Monnoye.

Hôtel-Dieu, (Hist. mod.) c’est le plus étendu, le plus nombreux, le plus riche, & le plus effrayant de tous nos hôpitaux.

Voici le tableau que les administrateurs eux-mêmes en ont tracé à la tête des comptes qu’ils rendoient au public dans le siecle passé.

Qu’on se représente une longue enfilade de salles contiguës, où l’on rassemble des malades de toute espece, & où l’on en entasse souvent trois, quatre, cinq & six dans un même lit ; les vivans à côté des moribonds & des morts ; l’air infecté des exhalaisons de cette multitude de corps mal sains, portant des uns aux autres les germes pestilentiels de leurs infirmités ; & le spectacle de la douleur & de l’agonie de tous côtés offert & reçû. Voilà l’hôtel-Dieu.

Aussi de ces misérables les uns sortent avec des maux qu’ils n’avoient point apportés dans cet hôpital, & que souvent ils vont communiquer au-dehors à ceux avec lesquels ils vivent. D’autres guéris imparfaitement, passent le reste de leurs jours dans une convalescence aussi cruelle que la maladie ; & le reste périt, à l’exception d’un petit nombre qu’un tempérament robuste soutient.

L’hôtel-Dieu est fort ancien. Il est situé dans la maison même d’Ercembalus, préfet ou gouverneur de Paris sous Clotaire III. en 665. Il s’est successivement accru & enrichi. On a proposé en différens tems des projets de réforme qui n’ont jamais pû s’exécuter, & il est resté comme un goufre toujours ouvert, où les vies des hommes avec les aumônes des particuliers vont se perdre.