L’Encyclopédie/1re édition/HYGIÉE

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Briasson, David l’aîné, Le Breton, Durand (Tome 8p. 384-385).
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HYGIÉE, s. f. (Mythol.) c’est ainsi que les Grecs appellerent la déesse de la santé, car il étoit tout simple qu’ils missent au nombre des divinités, le bien le plus précieux que puissent posséder les mortels.

Comme tous les jours il se présentoit de nouvelles occasions de rendre un culte à cette déesse, il ne faut pas être surpris du grand nombre d’autels & de statues qu’on lui éleva, & si on la voit si souvent représentée sur le revers des médailles & sur les gravures antiques. Il y avoit peu de personnes riches, qui après avoir été guéries de grandes maladies, ne consacrassent quelque monument en mémoire de leur convalescence, à la fille d’Esculape & de Lampétie.

On la trouve presque toujours représentée avec un serpent qui étoit son symbole, ainsi qu’il l’étoit de son pere, dieu de la Medecine. Elle rendoit comme ce dieu, ou elle conservoit la santé aux hommes. Ceux qui se disent de nos jours les petits-fils d’Esculape, n’ont pas hérité de ce beau secret ; la déesse Hygée l’a gardé pour elle, car elle avoit dans un temple de son pere à Sycione, une belle statue couverte d’un voile ; Hippocrate leva le coin de ce voile, & le laissa retomber.

On voit sur les anciens monumens cette déesse en sa qualité de reine de la Medecine, portant la couronne de laurier, & tenant le sceptre de la main droite ; sur son sein est un serpent à plusieurs contours, qui avance sa tête pour aller boire dans une patere qu’elle tient de la main gauche ; quelquefois elle est assise, mais d’ordinaire elle est debout.

On la trouve souvent figurée sur le revers des médailles & dans les gravures antiques ; le roi de France possede dans son cabinet une pierre gravée qui représente cette déesse, & les connoisseurs prisent extrémement les beautés simples & naïves de sa figure.

Pline nous dit, liv. XXVII. chap. xxxvij. qu’on lui offroit un simple gâteau de fine farine, qu’on appella de son nom hygeia ; étoit-ce pour indiquer que la santé est la fille de la sobriété, comme elle est la mere des plaisirs du sage ? Quoi qu’il en soit, on voit sur une médaille que Tristan a fait graver, tom. I. pag. 628, une femme qui présente respectueusement un gâteau de cette espece à la déesse.

Remarquons ici que les Grecs donnerent aussi quelquefois le nom d’Hygiée à la fille de Jupiter, je veux dire à Minerve, & l’honorerent sous ce titre ; la déesse de la sagesse étoit très-digne de ce surnom.

Les Romains qui adopterent sagement toutes les divinités des nations étrangeres, ne manquerent pas de recevoir dans leur ville la déesse de la Santé, & de lui bâtir un temple sur le mont Quirinal, comme à celle de qui dépendoit le salut de l’empire. Voyez l’article de la déesse Salus.

Elle écarte les maux, la langueur, les foiblesses,
Sans elle la beauté n’est plus.
Les amours, Minerve, & Morphée,
La soutiennent sur un trophée
De myrthe & de roses paré,
Tandis qu’à ses piés abattue
Rampe l’inutile statue
Du dieu d’Epidaure enchaîné. (D. J.)