L’Encyclopédie/1re édition/ISPAHAN

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Briasson, David l’aîné, Le Breton, Durand (Tome 8p. 928).
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ISPAHAN, (Géog.) ou HISPAHAN, en persan Sephaon, & par les Arabes Esfahan, capitale de la Perse, la plus grande, la plus belle ville de l’orient, & celle où les Sciences, si je puis user ici de ce terme, étoient le plus cultivées du tems de Chardin, qui a employé un volume entier à décrire cette superbe ville.

Il nous la peint aussi peuplée que Londres ou Paris le sont actuellement, dans un air sec & pur ; un terroir fertile, où les vivres se vendent pour rien, & où abordent pour le commerce une foule incroyable de négotians de toute la terre, & de toutes les sectes, Banians, Bramins, Chrétiens, Juifs, Mahométans, Gentils, Guèbres, &c. Les Banians vont du cap de Comorin jusqu’à la mer Caspienne trafiquer avec vingt nations sans s’être jamais mêlés à aucune.

Les mémoires représentent Ispahan ayant au moins 7 lieues de tour, & possédant dans l’enceinte de ses murailles 162 mosquées, 1802 caravansérais, 273 bains, 48 colléges, des ponts superbes, 100 palais plus beaux les uns que les autres, quantité de rues ornées de canaux, dont les côtés sont couverts de platanes, pour y donner de l’ombre, des bazards magnifiques placés dans tous les quartiers & dans les fauxbourgs, un nombre prodigieux de salles immenses qu’on appelle maisons à caffé, où les uns prenoient de cette liqueur devenue à la mode parmi nous sur la fin du xvij. siecle ; les autres jouoient, lisoient ou écoutoient des faiseurs de contes, tandis qu’à un bout de la salle, un ecclésiastique prêchoit pour quelque argent, & qu’à un autre bout, ces especes d’hommes qui se sont fait un art de l’amusement des autres, déployoient tous leurs talens ; tout son détail montre un peuple sociable dans une ville très-opulente.

Mais quand on parcourt la description que Chardin fait du Maydan ou marché royal, celle du palais de l’empereur qui a plus d’une lieue de circuit, la magnificence de sa cour, de ses serrails, de ses écuries, du nombre de ses chevaux, couverts de riches brocards, de leurs harnois brillans de pierreries, de ces quatre mille vases d’or qui servoient pour sa table, on croit lire un roman, un conte de fées, ou du moins une relation du tems de Xerxès.

Telle étoit toutefois la magnificence de Sha-Abas II, dans le tems de notre voyageur ; telle étoit alors Ispahan. Dans notre siecle la Perse entiere a été désolée & boulversée pendant trente années de suite par tous ses voisins ; la célebre, la riche & superbe ville d’Ispahan a été pillée, saccagée, ruinée de fond en comble ; son commerce a été anéanti ; enfin ses habitans ont presque tous péri par la famine ou par le fer dans les deux étranges révolutions survenues depuis 1722, & qui ont jetté le royaume de l’état le plus florissant dans le plus grand abysme de malheurs. Voyez Perse.

Ispahan est très-ancienne, quoique ce ne soit pas l’Hécatompolis des Grecs. Il est vraissemblable qu’elle a succédé à l’Aspadana de Ptolomée, l’Aspachan de Cédrene, & l’Aspada de l’anonime de Ravenne ; Sha-Abas I. qu’on a surnommé le Grand, parce qu’il fit de très-grandes choses, la choisit pour la capitale de son empire, & ne négligea ni soins ni dépenses pour l’embellir, jusqu’à percer une montagne pour amener une riviere dans le Zendérond, sur lequel elle est située, à 108 lieues S. E. de Casbin, & 106 N. E. de Bassora. Long. selon Cassini, Desplaces, & Lieutaud, 70d 21′ 30″. Latit. 32. 25. (D. J.)