L’Encyclopédie/1re édition/NOTION

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NOTION, s. f. est un terme de Logique, qui signifie l’idée que nous nous formons d’une chose. Ce nom ne convient qu’aux idées complexes. Voyez Idée & Prénotion.

M. Leibnitz a distingué fort exactement toutes les especes de notions dans les actes de Leipsick, 1684.

Notion claire, selon lui, est celle qui suffit pour se rappeller un objet ; par exemple, celle d’une figure.

Notion obscure, c’est celle qui ne suffit pas pour se rappeller un objet ; par exemple, celle d’une plante qu’on doute, en la voyant, si on ne l’a pas vûe déja ailleurs, & si on doit lui donner tel ou tel nom.

Notion distincte, c’est celle qui nous rend capables de marquer les différens caracteres auxquels nous reconnoissons une chose ; par exemple, celle-ci : le cercle est une figure terminée par une ligne courbe qui revient sur elle-même, & dont tous les points sont également éloignés d’un point milieu. Voyez Distinct.

Notion confuse, est celle avec laquelle on n’est pas en état de marquer les différens caracteres auxquels on peut reconnoitre un objet, quoi qu’il soit. Telle est la notion de la couleur rouge.

Notion adéquate, c’est celle où l’on a des notions distinctes des marques ou caracteres qui font reconnoître un objet ; par exemple, c’est la notion du cercle dont nous venons de parler, lorsqu’elle est accompagnée de la notion distincte d’une courbe qui revient sur elle-même, & dont tous les points sont également éloignés d’un autre point qui est au milieu. Voyez Adéquat.

Notion inadéquate, c’est celle où l’on n’a que des notions confuses des caracteres qui entrent dans la notion distincte.

On admet dans les Mathématiques quelques notions confuses, lorsque leur explication n’est pas de grande conséquence pour la démonstration.

Ainsi Euclide n’explique point la notion d’égalité, quoiqu’elle entre dans les notions de triangle équilatéral, de rhombes, &c. parce que les propositions, dont la démonstration est appuyée sur la notion d’égalité, sont aisément accordées sans entrer dans un si grand détail ; par exemple, que deux choses égales à une même troisieme sont égales entr’elles. Mais, dans les définitions mathématiques, on n’admet jamais d’autres notions que celles qui sont distinctes, & en même tems aussi adéquates qu’il est possible, & que le sujet le demande. Voyez Définition.

On distingue dans l’école les notions en formelles & objectives, & chacune se subdivise en premiere formelle & seconde formelle, premiere objective & seconde objective.

Premiere formelle notion, est la connoissance que nous avons d’une chose selon ce qu’elle est, ou ce qu’elle a en elle-même ; par exemple, la notion du feu en tant que feu, celle d’un corps lumineux en tant que lumineux, &c.

Premiere notion objective, est la chose elle-même connue selon ce qu’elle est, ou ce qu’elle a en elle-même, comme le feu connu en tant que feu.

Seconde notion formelle, c’est la connoissance d’une chose selon ce qu’elle reçoit de l’entendement, comme celle du feu en tant que sujet & non attribut.

Seconde notion objective, est ce qui s’applique à une chose par le moyen de l’opération de l’entendement, ou ce qu’elle reçoit de l’entendement.

Notions communes, appellées aussi prénotions, προληψεις & κοιναι ἐννοιαι, sont certains principes que l’on regarde comme innés & comme évidens par eux-mêmes, c’est-à-dire, qui frappent l’esprit par une lumiere qui leur est propre, sans le secours d’aucune preuve, comme si Dieu lui même les avoit gravés dans notre ame : ces principes sont les fondemens de toutes les Sciences, & les moyens par lesquels on les démontre. Voyez Idée innée, Connoissance, &c.

Ces notions communes, qu’on regarde comme le fondement des Sciences, sont appellées axiomes. Voyez Axiome.

On les appelle communes, non qu’elles soient si nécessairement apperçues par tout le monde qu’aucun homme ne les puisse ignorer ou nier, mais parce qu’elles sont regardées comme vraies & certaines par toutes les personnes qui ont une droite raison. C’est ainsi qu’on dit qu’une nourriture est saine, quoiqu’elle ne soit pas telle généralement pour tous les hommes, mais seulement pour ceux qui sont en bonne santé. Aristot. topic. c. iv.

Il y a de deux sortes de notions communes ; savoir, 1°. de théoriques, qui ne menent qu’à des choses de pure spéculation, par exemple, celles-ci : chaque chose est ou n’est pas ; rien ne peut se faire de lui même ; le tout est plus grand que sa partie ; si des grandeurs égales sont ajoutées à des grandeurs égales, les sommes seront égales : 2°. des notions communes pratiques, qui servent de fondement aux principes de la vertu & de la saine morale ; par exemple, Dieu doit être aimé & adoré ; nous devons honorer nos parens ; nous devons rendre à chacun ce qui lui est dû, comme nous voudrions qu’on nous le rendît à nous-mêmes.

Il y a cependant des philosophes (& on peut dire que ce sont les plus habiles), qui rejettent absolument ces notions prétendues innées ; la raison qu’ils en apportent est que notre esprit n’a pas besoin d’être préparé à penser par de certaines notions actuelles, mais que la seule faculté de penser lui suffit, ce qui se manifeste par les perceptions qu’un enfant reçoit du pain, du goût, des couleurs, &c. Ces philosophes ajoutent que les organes de nos sens, affectés par les objets qui se présentent à eux, & joints avec la faculté que nous avons de réfléchir sur ces objets & de combiner les idées qu’ils font naître en nous, sont plus que suffisans pour produire dans notre ame toutes les connoissances que nous avons. Voyez Connoissance.