L’Encyclopédie/1re édition/OBSTRUCTION

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
◄  OBSTRUANS

OBSTRUCTION, (Médecine.) L’obstruction est une obturation de canal qui empêche l’entrée du liquide vital, sain ou morbifique, qui doit y passer, & qui a pour cause la disproportion qui se trouve entre la masse du liquide, & le diametre du vaisseau.

Elle vient donc de l’étroite capacité du vaisseau, de la grandeur de la masse qui doit y passer, ou du concours des deux. Un vaisseau se rétrécit, quand il est extérieurement comprimé par sa propre contraction, ou par l’épaississement de ses membranes. La masse des molécules s’augmente par la viscosité du fluide, ou par le vice du lieu où il coule, & par ces deux causes à la fois, lorsque les causes de l’un & de l’autre mal concourent ensemble.

Les vaisseaux sont extérieurement comprimés, 1°. par une tumeur voisine, pléthorique, inflammatoire, purulente, skirrheuse, chancreuse, œdémateuse, empoulée, variqueuse, anévrismale, topheuse, pituiteuse, calculeuse, calleuse : 2°. par la fracture, la luxation, la distorsion, la distraction des parties dures qui compriment les vaisseaux qui sont des parties molles : 3°. par toute cause qui tiraille trop & alonge les vaisseaux, soit une tumeur, soit la pression d’une partie dérangée de sa place, soit l’action d’une force externe : 4°. par des vêtemens étroits, par des bandages, par le poids du corps tranquillement couché sur une partie, par le frottement, par le travail.

La cavité d’un vaisseau se retrécit, quand sa propre contraction, celle des fibres longitudinales, & principalement de ses fibres spirales, augmente. Cette contraction a pour cause 1°. tout ce qui augmente le ressort des fibres, des vaisseaux & des visceres ; 2°. la trop grande plénitude des petits vaisseaux qui forment les parois & la cavité des grands ; 3°. la diminution de la cause qui dilatoit les vaisseaux, soit que ce fût l’inaction ou l’inanition. C’est pourquoi les vaisseaux coupés retiennent bien-tôt leurs liquides.

L’augmentation de l’épaisseur des membranes mêmes du vaisseau, vient 1°. de toute tumeur qui se forme dans les vaisseaux qui composent ces membranes ; 2°. de callosités membraneuses, cartilagineuses, osseuses qui s’y forment.

La masse des parties fluides s’augmente jusqu’au point de devenir imméable, 1°. lorsque leur figure sphérique se change en une autre qui présente plus de surface à l’ouverture du vaisseau ; ou 2°. lorsque plusieurs particules qui étoient auparavant séparées se réunissent en une seule petite masse. Ce changement de figure arrive principalement lorsque les molécules fluides n’étant plus également ni en même tems pressées de toutes parts, sont abandonnées à leur propre ressort, c’est-à-dire, lorsque le mouvement languit, ou que le tissu du vaisseau est relâché, ou que la quantité du fluide est diminuée.

L’union des molécules vient du repos, du froid, de la gelée, du desséchement, de la chaleur, de la violence de la circulation, & de la forte pression du vaisseau, de coagulans acides, austeres, spiritueux, absorbans, de matieres visqueuses, huileuses.

Les parties d’un fluide deviennent imméables par le vice du lieu où il coule, lorsqu’elles ont été poussées avec force dans un vaisseau dilaté vers sa base & trop étroit vers son extrémité, dans laquelle elles ne peuvent finir leur circulation. La pléthore, l’augmentation du mouvement, la raréfaction des liqueurs, le relâchement du vaisseau, sont les principales causes de cette dilatation, sur-tout lorsqu’elles sont immédiatement suivies des causes contraires.

On connoît par-là les causes & la nature de toutes sortes d’obstructions.

Quand elles se trouvent formées dans un corps vivant, elles s’opposent au passage des humeurs qui y doivent couler, elles arrêtent tout ce qui vient heurter contre elles, elles en reçoivent l’effort, expriment les parties les plus subtiles, réunissent les plus épaisses, distendent les vaisseaux, les dilatent, les atténuent, les brisent, condensent le fluide dont elles causent la stagnation, suppriment les fonctions qui dépendent de l’intégrité de la circulation, désemplissent & desséchent les vaisseaux qui en doivent être arrosés, diminuent la capacité qui leur est nécessaire pour transmettre les liqueurs, augmentent la quantité & la vélocité des liqueurs dans les vaisseaux libres, & produisent enfin tous les maux qui en peuvent dépendre.

Ces effets se manifestent différemment selon la différente nature du vaisseau obstrué, & de la matiere de l’obstruction.

Elle produit une inflammation du premier genre dans les arteres sanguines, une autre du second genre dans les arteres lymphatiques, un œdeme dans les grands vaisseaux lymphatiques, des douleurs sans tumeur apparente dans les petits ; d’autres effets dans les conduits adipeux, osseux, médullaires, nerveux, biliaires.

Celui qui connoîtra bien le siege, la nature, la matiere, les causes, les effets des différentes obstructions, ne se trompera point aux signes qui manifestent l’obstruction, à ceux qui font prévoir celle qui doit arriver, & ses effets. Toutes les especes de ce mal étant connues, il ne sera pas difficile de trouver la cure propre à chacune.

En effet, celle qui vient d’une compression externe, indique la nécessité d’ôter la cause de cette compression ; &, si la chose est possible, on emploiera la maniere d’y parvenir qui sera indiquée dans la suite.

L’obstruction qui vient de l’augmentation de la contraction des fibres se connoît non-seulement par les signes de la rigidité des fibres des vaisseaux, des visceres, mais encore par les signes clairs de sa cause.

Cette obstruction se dissipe 1°. par les remedes propres à corriger la trop grande rigidité des fibres, des vaisseaux : 2°. principalement, si on peut les appliquer à la partie même affectée sous la forme de vapeurs, de fomentations, de bains, de linimens, de clysteres : 3°. en désemplissant les vaisseaux trop pleins par des évacuans en général, mais sur-tout par des laxatifs, des délayans, des dissolvans, des atténuans, des détersifs, des purgatifs : 4°. par des médicamens qui ont la vertu de fondre les callosités. Mais il est bien rare que l’on guérisse, si on le fait jamais, l’obstruction qui naît de cette cause dans la vieillesse. Les meilleurs remedes sont les émolliens & les relâchans. Tant il est vrai que la mort est inévitable, & qu’il est très-difficile de se procurer une vie longue par le secours de la Médecine.

La difficulté qu’ont les fluides à passer par les vaisseaux, laquelle vient de ce qu’ils ont perdu leur figure sphérique, se fait aisément connoître par l’examen de ses causes ; car elles sont ordinairement sensibles. L’on y remédie en rétablissant cette figure, c’est-à-dire, en augmentant le mouvement des liqueurs dans les vaisseaux & dans les visceres par les irritans, les fortifians, l’exercice.

Quant aux concrétions du sang, elles se forment par tant de causes différentes qu’elles exigent divers remedes, ou diverses méthodes selon la circonstance. C’est cette variété soigneusement recherchée en chaque maladie, qui indique les secours nécessaires & la maniere de s’en servir. Cependant on les guérit en général par le mouvement réciproque du vaisseau ; 2°. par les délavans ; 3°. en y portant une liqueur fluide qui atténue la matiere par son mélange & son mouvement ; 4°. en faisant cesser la cause coagulante.

On donne du ressort aux vaisseaux 1°. en diminuant leur tension par la saignée ; 2°. par les fortifians ; 3°. par le frottement & l’action des muscles ; 4°. par les irritans.

L’eau délaye sur-tout si on la prend chaude en boisson, en injection, sous la forme de fomentations ou de vapeurs déterminées vers le siege de la concrétion ; les attractifs, dérivatifs, propulsifs sont bons aussi à cet usage.

Les atténuans sont 1°. l’eau ; 2°. le sel marin, le sel gemme, le sel ammoniac, le sel de nitre, le borax, le sel fixe alkali, volatil ; 3°. les savons faits d’alkali & d’huile, naturels, composés, fuligineux, volatils, fixes, labiles ; 4°. les préparations mercurielles qu’on détermine vers la partie affectée par des dérivatifs, des attractifs, des propulsifs. On détruit la cause coagulante en la faisant passer dans une autre qui l’attire. C’est ainsi que les alkalis absorbent les acides, les huiles, &c. & c’est principalement par des expériences chimiques qu’on fait ces découvertes.

Lorsqu’un fluide qui a été poussé dans des lieux étrangers y devient impénétrable, & forme par-là des obstructions, plusieurs maladies malignes s’ensuivent ; c’est pourquoi ce genre de mal mérite d’être examiné attentivement.

On le connoît, lorsqu’on sait 1°. qu’il a été précédé de ses causes qu’il est ordinairement assez aisé d’observer ; 2°. que des causes contraires leur ont ensuite succédé ; 3°. enfin, quand on voit clairement ses effets, il est assez facile d’en prévoir les suites.

La cure consiste 1°. à faire rétrograder la matiere de l’obstruction dans de plus grands vaisseaux ; 2°. à la résoudre ; 3°. à relâcher les vaisseaux ; 4°. à la faire suppurer.

Ce mouvement de rétrogradation se procure 1°. en évacuant par de grandes & subites saignées les liqueurs qui, par leurs mouvemens, forçoient la matiere de s’engager davantage, &, par ce moyen, le vaisseau à force de se contracter, la fait rétrograder ; 2°. par des frictions faites de l’extrémité du vaisseau vers sa base.

Tel est le système de Boerhaave sur l’obstruction ; il est le premier médecin qui ait donné des idées claires & de vrais principes sur cette maladie. (D. J.)