L’Encyclopédie/1re édition/ORANGE

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ORANGE, (Diete, Médecine, &c.) c’est le fruit de l’oranger : voyez l’article Oranger. Les meilleures oranges, ou, pour parler avec les Poëtes, les pommes d’or du jardin des Hespérides, nous sont apportées des pays chauds, des îles d’Hières en Provence, de Nice, de la Cioutat, d’Italie, d’Espagne, de Portugal, de l’Amérique même, & de la Chine. On distingue deux especes générales de ce beau fruit : l’orange douce, & l’orange amere. Le suc, l’écorce, le sirop, l’essence, la teinture, la conserve, & l’eau distillée des fleurs, sont d’usage en Médecine.

Le suc d’orange humecte, rafraîchit, convient dans toutes sortes de fievres, sur-tout dans les fievres ardentes & putrides, dans toutes les maladies inflammatoires & bilieuses ; c’est un vrai spécifique dans le scorbut alkalin & muriatique. Les autres préparations d’orange comme l’écorce, la teinture, la conserve, la fleur confite, &c. sont recommandables à toutes sortes d’âges aux personnes d’un tempérament flegmatique, dans les maladies des visceres lâches, dans celles qui naissent d’un suc visqueux ou de l’inertie des fibres musculaires.

L’écorce d’orange contient beaucoup d’huile essentielle & grossiere, mêlée avec un sel essentiel, tartareux & austere. L’écorce d’orange aigre est préférable à l’écorce d’orange douce. On donne l’huile essentielle de cette écorce distillée avec du sucre, ou sous la forme d’eleosaccharum. On tire aussi de cette même écorce seche ou fraîche, une teinture avec l’esprit-de-vin tartarisé que l’on recommande pour diviser les humeurs épaisses, exciter les regles, & fortifier l’estomac. On confit avec le sucre ces mêmes écorces, & c’est une confiture des plus délicates.

Le suc exprimé d’orange, délayé dans de l’eau & adouci avec le sucre, fait une boisson que l’on appelle communément orangeade. Elle est très-agréable en santé, propre dans les grandes chaleurs, & très utile dans la fievre & le scorbut.

La fleur d’orange contient un sel essentiel ammoniacal, un peu austere, uni à beaucoup d’huile aromatique, soit subtile soit grossiere. Cette fleur à cause de son odeur agréable est fort en usage, soit dans les parfums, soit dans les assaisonnemens. C’est presque cette seule odeur qui a pris le dessus parmi nous, sur celle de l’ambre & du musc.

On tire des fleurs d’orange, par la distillation, une eau pénétrante, suave, & utile par sa douce & agréable amertume. Elle calme pour le moment les mouvemens spasmodiques de l’hystérisme ; si elle sent l’empyreume, elle perd cette odeur par la gelée & en prend une très-agréable. On fait encore avec ces fleurs des conserves différentes, soit solides soit molles, & des especes de tablettes qu’on peut mêler dans les médicamens, pour corriger leur goût desagréable.

On distille une eau des feuilles vertes d’orange qui est très-amere, & que quelques médecins recommandent aux personnes flegmatiques, & qui sont attaquées du scorbut acide.

L’huile essentielle de fleur d’orange est très-précieuse ; celle que l’on vend ordinairement n’est guere autre chose que de l’huile de ben ou d’amandes ameres, à qui l’on a fait prendre l’odeur de la fleur d’orange.

La gourmandise n’a pas manqué d’adopter toutes les préparations agréables qu’on tire de l’orange. Les Confiseurs, les Distillateurs, les maîtres-d’hôtel des gens riches, les couvens même de religieuses, se sont emparés du soin de les faire, pour ne laisser à la Pharmacie que les préparations des drogues rebutantes à l’odeur & au goût. (D. J.)

Orange, (Géog.) ancienne ville de France, capitale d’une province de même nom, qui est éteinte, de sorte que la ville est unie au Dauphiné, avec un évêché suffragant d’Arles ; elle a une espece d’université & plusieurs restes d’antiquité.

Elle a eu long-tems ses princes particuliers de la maison de Nassau ; mais étant passée à Fréderic, roi de Prusse, après la mort du prince Guillaume qui fut couronné roi d’Angleterre en 1689, son fils Fréderic-Guillaume la céda en 1713 à Louis XIV. avec tous ses droits sur la principauté : ce qui fut confirmé par le traité d’Utrecht.

Il s’y est tenu plusieurs conciles. Le plus fameux est celui de 527. Elle est dans une grande plaine, arrosée de petites rivieres, celle d’Argent & d’Eigues, à 5 lieues N. d’Avignon, 22 N. E. de Montpellier, 20 N. O. d’Aix, 41 S. de Lyon, 141 de Paris. Long. 22d. 25′. 53″. lat. 44. 9. 17.

Orange nommée en latin arausio Cavarum, & par Pline colonia Secundanorum, est très-ancienne, car, au rapport de Ptolomée, c’étoit l’une des quatre villes des peuples Cavares. Elle a toûjours reconnu Arles pour sa métropole ecclésiastique. Elle a essuyé les mêmes révolutions que les autres villes qui en sont voisines, puisqu’après la chûte de l’empire romain en occident, elle tomba sous la domination des Bourguignons & des Goths, d’où elle vint au pouvoir des Francs Mérovingiens & Carlovingiens. Enfin elle obéit depuis le neuvieme siecle au roi de Bourgogne & d’Arles, dont le dernier fut Rodolphe le Lâche, qui mourut l’an 1032, & après lui ce royaume fut soumis aux empereurs allemands.

Elle a éprouvé sous Charles IX. par les mains de Serbellon, général des troupes du pape, toutes les cruautés des saccagemens les plus horribles ; voyez ce qu’en rapporte Varillas, tom. I. p. 202. de Thou, l. XXXI. Beze, Hist. ecclésiastiq. l. XII. & vous frémirez d’horreur.

Il faut parler à-présent de l’arc de triomphe d’Orange, parce que de tous les monumens élevés par les Romains dans les Gaules, c’est un des plus dignes de l’attention des curieux, quoiqu’il soit impossible d’en donner une explication qui s’accorde bien avec l’Histoire. Nous n’avons point même de bon dessein de ce monument.

On en connoît trois dont l’un est très-peu exact & fort imparfait, c’est celui que Joseph de la Pise en a donné dans son histoire d’Orange ; l’autre que nous avons dans le voyage de Spon, est encore plus imparfait, car ce n’en est qu’une très-légere esquisse ; le troisieme est beaucoup meilleur & plus exact. On le trouve, dans la collection de dom Bernard de Montfaucon, gravé d’après celui qui avoit été fait sur les lieux par le sieur Mignard, parent du célebre peintre de ce nom ; mais ce n’est qu’une partie du monument, car il n’en représente que la façade méridionale.

Ce monument, qui étoit autrefois renfermé dans l’ancienne enceinte d’Orange, se trouve aujourd’hui à cinq cens pas des murs de la ville, sur le grand chemin qui conduit à Saint-Paul-trois-Châteaux. Il forme trois arcs ou passages dont celui du milieu est le plus grand, & les deux des côtés sont égaux entre eux. L’édifice est d’ordre corinthien, & bâti de gros quartiers de pierre de taille. On y voit des colonnes très élevées, dont les chapiteaux sont d’un bon goût. La sculpture des archivoltes, des piédroits & des voûtes, est aussi très bien travaillée ; il a dix toises d’élévation, & soixante piés dans sa longueur. Il forme quatre faces, sur chacune desquelles sont sculptées diverses figures en bas-reliefs ; mais on n’y voit nulle part aucune inscription qui puisse nous en apprendre la dédicace.

Sur la façade septentrionale qui est la plus ancienne & la plus riche, on voit au-dessus des deux petits arcs des monceaux d’armes des anciens, tels que des épées, des boucliers dont quelques-uns sont de forme ovale, & les autres de forme hexagone, & sur plusieurs desquels on voit gravés en lettres capitales quelques noms romains ; des enseignes militaires, les unes surmontées d’un dragon, & les autres d’un pourceau ou sanglier. Au-dessus de ces mêmes arcs, après les frises & les corniches, sont représentés des navires brisés, des ancres, des proues, des mâts, des cordages, des rames, des tridents, des bannieres ou ornemens de vaisseaux, connus sous le nom d’aplustra ou aplustria. Plus haut encore on voit au-dessus d’un de ces petits arcs, sculptés dans un quarré ou tableau, un aspergile, un préféricule ou vase de sacrifice, une patere, & enfin un lituus ou bâton augural. Au-dessus de l’autre petit arc paroît la figure d’un homme à cheval, armé de toutes pieces, sculptée de même dans un grand quarré. Entre ces deux tableaux est représentée une bataille, où sont très-bien marquées des figures de combattans à cheval, dont les uns combattent avec l’épée, & les autres avec la lance, de soldats morts ou mourans étendus sur le champ de bataille, des chevaux échappés ou abattus.

La façade méridionale est à-peu-près chargée des mêmes figures & ornemens qui sont placés dans les mêmes endroits ; mais toute cette partie est aujourd’hui extrèmement dégradée.

Sur la façade orientale sont représentés des captifs, les mains attachées derriere le dos, placés deux à deux entre les colonnes & surmontés de trophées ; au-dessus desquels est la figure d’un pourceau, ou d’un sanglier avec le labarum des Romains, élevé sur une haste & garni de franges autour. Sur la frise sont sculptés divers gladiateurs qui combattent ; au-dessus de cette frise est un buste dont la tête est rayonnante, environnée d’étoiles ; & de plus accompagnée d’une corne d’abondance de chaque côté. Les deux extrémités du timpan sous lequel est ce buste, soutiennent chacune une sirène.

La façade occidentale n’est chargée que de semblables figures de captifs & de trophées.

Quant à l’intérieur de ce monument, qui est surmonté d’une haute tour, ce qui l’a fait vulgairement appeller dans le pays la tour de l’arc, il est composé jusqu’au sommet de voûtes de pierre de taille les unes sur les autres, ornées de sculpture d’un travail admirable ; on voit dans toutes des roses, & plusieurs autres fleurs en compartiment. Les murs sont ornés de colonnes. Tel est cet édifice, sur l’explication duquel on n’a formé que des conjectures ; mais il faut voir dans le Recueil des Belles-Lettres le mémoire de M. Menard, tome XXVI. dont j’ai tiré cette description, qui est la seule exacte qu’on ait encore donnée de ce monument de l’antiquité. Tous les savans ont tâché de l’entendre, & croient y être parvenus. Les uns ont rapporté l’arc de triomphe dont nous parlons à C. Marius & à Lutatius Catulus, consuls romains ; mais il regne une élégance dans la sculpture de cet édifice, qui n’étoit pas encore connue sous le siecle de C. Marius.

Gronovius (Jaq.) Vadiatus, Isaac Pontanus, Jean Fréderic Guib & M. de Mandajors, rapportent ce monument à Cn. Domitius Ænobarbus & à Q. Fabius Maximus ; mais ce sentiment peche contre la Chronologie & les notions géographiques.

M. le baron de la Bastie l’attribue à l’empereur Auguste, Journ. de Trévoux, Août 1730 ; mais il n’est point dit dans l’Histoire que ce prince ait fondé la colonie d’Orange ; & l’on ne voit rien dans les figures & les ornemens de cet arc qui caractérise Auguste d’une maniere particuliere.

Le marquis Maffée croit que l’arc & les antiquités d’Orange ressentent la maniere du tems d’Adrien ; mais en tout cas on ne connoît dans la vie de cet empereur aucune bataille navale ni par lui, ni par ses généraux, à laquelle on puisse rapporter ces figures de sirènes, de tridents, de navires.

M. Menard a fait enfin revivre l’ancienne opinion de ceux qui ont pensé que l’arc d’Orange avoit été érigé en l’honneur de Jules-César ; mais cette opinion ne concilie point toutes les figures & tous les ornemens, elle ne s’y rapporte qu’en partie. Les noms de Marius, de Jugurtha & de Sacrovir, n’ont point de relation à Jules-César ; & si l’on suppose que cet arc fût élevé sous sa dictature, il faut en même tems ajouter que ce fut à la gloire de la nation romaine en général qu’on l’érigea.

Les lecteurs curieux de s’instruire de l’histoire & des antiquités d’Orange, peuvent consulter les trois ouvrages suivans : Tableau de l’histoire des princes & principauté d’Orange, par Joseph de la Pise : Description des antiquités d’Orange, par Charles Escoffier ; cette description a paru en 1700 : Histoire nouvelle de la ville & principauté d’Orange, par le pere Bonaventure, de Sisteron, capucin ; Paris, 1741.

Cette ville, abondante autrefois en monumens antiques, n’a jamais été féconde en hommes de lettres ; mais du-moins il ne faut pas oublier de dire à sa gloire qu’elle a été la patrie de la mere de Cicéron. (D. J.)

Orange, le cap d’, (Géog.) cap de l’Amérique méridionale dans la mer du nerd, assez près de Cayenne, & environ à cinq lieues de Comaribo. Les vaisseaux qui vont d’Europe à Cayenne, sont obligés d’aller reconnoître ce cap pour redresser leur route, sans quoi ils courent risque de s’en écarter. (D. J.)

Orange, le fort d’, (Géog.) fort que les Hollandois ont élevé dans l’Amérique septentrionale, au pays qu’ils ont nommé les nouveaux-Pays-Bas. Les Anglois qui possedent aujourd’hui ce pays-là, l’ont nommé la nouvelle-Yorck, & le sort s’appelle Albanie. Il est avant dans les terres sur le bord occidental de l’Ile-Longue. (D. J.)

Orange, en termes de Blason, se dit de toute piece ronde qui est jaune ou tannée.

Orange, couleur d’, est une couleur ou teinture qui tient le milieu entre le rouge & le jaune. Voyez Couleur & Teinture.