L’Encyclopédie/1re édition/ORIGINEL

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ORIGINEL, adj. qu’on a d’origine : péché originel, est le crime qui nous rend coupables dès le moment de notre naissance, par imputation de la désobéissance d’Adam. Voyez Péché & Imputation.

La nature du péché originel est aussi difficile à sonder que son existence est facile à établir, selon la remarque de S. Augustin : eo nihil ad prædicandum notius, nihil ad intelligendum secretius. Aussi est il peu de questions sur laquelle les Théologiens aient été plus partagés.

Illyricus, un des centuriateurs de Magdebourg, a prétendu que le péché originel est une substance produite par le démon, & qui est imprimée à l’ame de chaque homme, à cause de la désobéissance du premier homme : sentiment qui approche du Manichéisme, & que d’ailleurs Illyricus ne prouve nullement.

On lit dans la confession d’Ausbourg, que le péché originel n’est autre chose que la corruption de notre nature, répandue dans toutes les parties de notre ame ; & que cette corruption qui exclut toute justice intérieure, se réduit à la concupiscence habituelle, qui se révolte sans cesse contre l’esprit, & qui sollicite continuellement au mal. Mais cette concupiscence est l’effet du péché d’Adam, & non pas le péché même d’Adam. Quoique mauvaise en elle-même, elle n’est criminelle aux yeux de Dieu que quand on acquiesce aux mauvais desirs qu’elle suggere, & qu’on en suit les impressions déréglées. Mais où est ce consentement libre & cet acquiescement dans les enfans ?

Henri de Gand, & Grégoire de Rimini, regardent le péché originel comme une qualité maladive qui a infecté la chair d’Adam en mangeant du fruit défendu, & qu’il a communiquée à ses descendans par la voie de la génération. Ce sentiment péche par les mêmes raisons que le précédent, & n’a d’ailleurs aucun fondement dans l’écriture ou dans les peres.

Saint Anselme a avancé que le péché originel est la privation de la justice qu’Adam avoit reçue de Dieu en sortant de ses mains, ou au moins quelques momens avant sa chute ; mais cette privation est la peine de la désobéissance d’Adam, elle en est la suite, & par conséquent elle n’en peut former la nature ou l’essence.

Le sentiment le plus commun parmi les théologiens catholiques, est que le péché originel n’est autre chose que la prévarication même d’Adam, qui nous est imputée intrinséquement, c’est-à-dire dont nous sommes réellement coupables, parce que nous l’avons commis en lui, en ce que toutes nos volontés étoient renfermées dans la sienne.

On n’est guere moins partagé sur la maniere dont se communique le péché originel.

Le pere Mallebranche déduit le péché originel de causes naturelles, & prétend que les hommes conservent dans leur cerveau toutes les traces & impressions de leurs premiers parens. Comme les animaux produisent leur semblable avec les mêmes traces dans le cerveau, & que ceux de la même espece sont sujets aux mêmes sympathies & antipathies, & qu’ils font les mêmes choses dans les mêmes occasions, de même, dit ce pere, nos premiers parens, après avoir transgressé le commandement de Dieu, reçurent dans leur cerveau des traces profondes par l’impression des objets sensibles, de sorte qu’il y a beaucoup d’apparence qu’ils aient communiqué ces impressions à leurs enfans.

Or, comme suivant l’ordre établi par la nature, les pensées de l’ame sont nécessairement conformes aux traces du cerveau, on peut dire qu’aussitôt que nous sommes formés dans le sein de notre mere, nous devenons infectés de la corruption de nos parens, puisqu’ayant dans notre cerveau des traces semblables à celles des personnes qui nous donnent l’être, il faut nécessairement que nous ayons les mêmes pensées & les mêmes inclinations par rapport aux objets sensibles ; par conséquent nous devons naître avec la concupiscence & le péché originel. Avec la concupiscence, supposé qu’elle ne consiste que dans l’effort naturel que les traces du cerveau font sur l’ame de l’homme pour l’attacher aux choses sensibles ; & avec le péché originel, supposé que ce péché ne soit autre chose que l’efficacité de la concupiscence, comme en effet, ce n’est autre chose que les effets de la concupiscence, considerés comme victorieux & maîtres de l’esprit & du cœur des enfans. Et il y a grande apparence, ajoute cet auteur, que le regne de la concupiscence, ou la victoire de la concupiscence, est ce qu’on appelle péché originel dans les enfans, & péché actuel dans les hommes libres. Recherch. de la vérité, l. II. c. vij. n. v.

Ce sentiment paroît fondé sur ce qu’enseigne S. Augustin, l. I. de nupt. ch. xxiv. Ex hac concupiscentiâ carnis tanquam filia peccati, & quando illi ad turpia consentitur, etiam peccatorum matre multorum, quæcumque nascitur proles originali est obligata peccato.

Parmi les anciens, quelques-uns, comme Tertullien, Apollinaire & d’autres, au rapport de S. Augustin, epist. lxxxij à Marcellin. ont cru que dans la génération l’ame des enfans provenant de celle de leurs parens, comme le corps des enfans provient de celui de leurs peres & meres, ceux-ci communiquoient aux premiers une ame souillée du péché originel.

D’autres ont pensé que le péché originel se communique, parce que l’ame que Dieu crée est par sa destination unie à un corps infecté de ce péché, à-peu-près comme une liqueur se gâte quand on la verse dans un vase infecté. On trouve quelques traces de cette opinion dans S. Augustin, l. V. contr. Julian. c. iv. ut ergo, dit ce pere, & anima caro pariter utrumque puniatur, nisi quodnascitur, renascendo emendetur, profecto aut utrumque vitiatum ex homine trahitur, aut alterum in altero, tanquam in vitiato vase corrumpitur : ubi occulta justitia divinæ legis includitur. Mais il n’approuve ni ne désapprouve ce sentiment, & se contente de dire qu’il n’est pas contraire à la foi.

Enfin les théologiens catholiques qui font consister la nature du péché originel en ce que celui d’Adam est imputé à ses descendans, parce que toutes leurs volontés étoient contenues dans la sienne, en expliquent la propagation en disant que Dieu, par sa suprême volonté, a statué que toutes les volontés étant contenues dans celle d’Adam, elles se trouveroient toutes coupables du péché de ce premier homme, de même qu’elles auroient été justes, s’il n’eut point prévariqué.

Les effets du péché originel sont l’ignorance, la concupiscence ou l’inclination au mal, les miseres de cette vie, & la nécessité de mourir.