L’Encyclopédie/1re édition/PIQUE

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PIQUE, s. f. (Art milit.) arme offensive qui est composée d’une hampe ou d’un manche de bois long de douze ou quatorze piés, ferré par un bout d’un fer plat & pointu, que l’on appelle lance.

Celles qu’on voit dans les monumens faits du tems des empereurs romains sont d’environ six piés & demi de longueur en y comprenant le fer. Celles des Macédoniens étoient infiniment plus longues, puisque tous les auteurs s’accordent à leur donner quatorze coudées, c’est-à-dire vingt-un piés de longueur. On conçoit difficilement comment ils pouvoient manier avec dextérité & avantage une arme de cette portée.

On dit que ce nom vient de pic, oiseau dont le bec est si pointu qu’il perce les arbres ou le bois comme une tarriere. Ducange le dérive de pice, qu’on a dit dans la basse latinité, & que Turnebe croit avoir été dit quasi spica, à cause qu’il ressemble à une espece d’épi de blé. Octavio Ferrari le dérive de spicula. Fauchet dit que la pique a donné le nom aux Picards & à la Picardie, qu’il prétend être moderne & être venu de ce que les Picards ont renouvellé l’usage de la pique, dont le nom est dérivé de piquer, selon cet auteur.

La pique a été long-tems en usage dans l’infanterie pour soutenir l’effort ou l’attaque de la cavalerie : mais à présent on l’a supprimée, & on y a substitué la bayonnette que l’on met ou que l’on visse au bout de la carabine ou du mousquet. Voyez Bayonnette.

Cependant la pique est encore l’arme des officiers d’infanterie. Ils combattent la pique en main, ils saluent avec la pique, &c. Pline dit que les Lacédémoniens ont été les inventeurs de la pique. La phalange macédonienne étoit un bataillon de piquiers. Voyez Phalange.

Ce n’est que sous Louis XI. que l’infanterie françoise commença à être armée de piques, halebardes, pertuisanes & autres armes de longueur ; on entremêla ensuite des fusiliers dans les bataillons, & ce n’est qu’au commencement du regne de Louis XIV. que l’infanterie a quitté absolument l’usage de la pique pour les armes à feu.

Pique, (Commerce.) on dit traiter à la pique avec les sauvages, pour dire faire commerce avec ces nations en se tenant sur ses gardes, &, pour ainsi parler, la pique à la main. On traite particulierement de la sorte avec quelques sauvages voisins du Canada & avec quelques negres des côtes d’Afrique sur la bonne foi & la modération apparente desquels il y a peu à compter.

Traiter à la pique s’entend aussi du commerce de contrebande que font les Anglois & les Hollandois dans plusieurs endroits de l’Amérique espagnole voisins des colonies, que ces deux nations ont dans les îles Antilles. Peut-être faudroit-il dire traiter à pic, c’est-à-dire le vaisseau sur les ancres, parce que ce commerce qui est défendu sur peine de la vie, ne se fait que dans les rades où les vaisseaux restent à l’ancre, & attendent les marchands espagnols qui quelquefois en cachete, mais le plus souvent d’intelligence avec les gouverneurs & officiers du roi d’Espagne, viennent échanger leur or, leurs piastres, leur cochenille & autres riches productions du pays contre des marchandises d’Europe.

Ceux qui veulent qu’on dise en cette occasion traiter à la pique, entendent que c’est traiter à la longueur de la pique à cause d’une certaine distance à laquelle les étrangers sont obligés de se tenir pour faire ce commerce, ne leur étant jamais permis d’entrer dans les ports, & n’étant même soufferts dans les rades que par une espece de collusion ; car il y a des armadilles ou vaisseaux de guerre qui veillent ou doivent veiller sans cesse, pour empêcher ce negoce visiblement préjudiciable à celui que les Espagnols d’Europe font en Amérique par leur flotte & leurs gallions. Dict. de commerce.

Pique, s. m. terme de Cartier, gros point noir qu’on met sur les cartes à jouer, & qui a été appellé pique, parce qu’il a quelque ressemblance avec le fer d’une pique ; ainsi on dit jouer de pique, tourner de pique, &c.

Pique de Montvalier, (Géog. mod.) ou la pique en un seul mot ; c’est la plus haute montagne des Pyrénées, & qui paroît s’elever en forme de pique d’où lui vient son nom. On la voit de 15 lieues sur les confins du diocese de Couserans. Longit. 17d. 12′. 53″. latit. 42d. 50′. 45″. (D. J.)