L’Encyclopédie/1re édition/PORTER

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PORTER, APPORTER, TRANSPORTER, EMPORTER, (Gramm.) Porter n’a précisément rapport qu’à la charge du fardeau ; apporter renferme l’idée du fardeau, & celle du lieu où l’on le porte ; transporter a non-seulement rapport au fardeau & au lieu où l’on doit le porter, mais encore à l’endroit d’où on le prend ; emporter enchérit par-dessus toutes ces idées, en y ajoutant une attribution de propriété à l’égard de la chose dont on se charge.

Nous faisons porter ce que, par foiblesse, ou par bienséance, nous ne pouvons porter nous-mêmes ; nous ordonnons qu’on nous apporte ce que nous souhaitons avoir ; nous faisons transporter ce que nous voulons changer de place ; nous permettons d’emporter ce que nous laissons aux autres, ou ce que nous leur donnons.

Les crocheteurs portent les fardeaux dont on les charge ; les domestiques apportent ce que leurs maîtres les envoyent chercher ; les voituriers transportent les marchandises que les commerçans envoyent d’une ville dans une autre ; les voleurs emportent ce qu’ils ont pris.

Virgile a loué le pieux Enée d’avoir porté son pere Anchise sur ses épaules, pour le sauver du sac de Troie. Saint Luc nous apprend, que les premiers fideles apportoient aux apôtres le prix des biens qu’ils vendoient. L’histoire nous montre que la Providence punit l’abus de l’autorité, en la transportant en d’autres mains. Si un de nos traducteurs avoit bien fait attention aux idées accessoires qui caractérisent les synonymes, il n’auroit pas dit que le malin esprit emporta, au lieu de dire transporta Jesus-Christ.

Porter, transporter, emporter, se disent figurément en choses morales & spirituelles ; ainsi on dit porter son jugement sur quelque chose, porter impatiemment un affront. Saint Paul fut transporté au troisieme ciel, où il vit des choses ineffables ; Cyrus transporta l’empire des Medes aux Perses, & Alexandre l’empire des Perses aux Grecs ; les Stoïciens l’emportent sur tous les autres Philosophes ; la perte d’une bataille emporte la désolation du pays ; le sublime & le pathétique entraînent & emportent toute notre admiration. (D. J.)

Le verbe porter a un grand nombre d’acceptions différentes. Voyez les articles suivans, & le mot Portée.

Porter, (Critiq. sacrée.) ce terme pris au figuré dans l’Ecriture, signifie mener, conduire, protéger, se charger ; portasti eum in fortitudine tuâ, Exod. xv. 13. « Dieu a conduit son peuple avec les marques de sa puissance divine, dans la terre qu’il lui avoit promise » : porter l’iniquité des autres, Exod. xij. 38. c’est se charger de leurs fautes, ou en supporter la peine.

Porter, v. n. terme de teneur de livres, c’est la même chose qu’écrire, ou mettre un article, une partie, une dette, un payement à l’endroit d’un registre ou d’un compte qui leur convient, suivant leur différente nature. On dit porter sur le grand livre, porter sur le journal, porter à compte, porter en débit, porter en crédit, porter en recette, en dépense, en reprise, &c. Ricard. (D. J.)

Porter parole, Porter la parole, (Commerce.) porter parole, c’est faire des offres ; on m’a porté parole de cent mille livres pour ma part dans le retour du vaisseau l’Amphitrite : porter la parole, c’est parler au nom d’une assemblée, d’un corps. Dans chacun des six corps des marchands de la ville de Paris, c’est le grand garde qui porte la parole : les syndics & les jurés dans les communautés des arts & métiers, portent la parole chacun pour leur corps.

Porter, (Marine.) toutes les voiles portent, le vent est dans les voiles ; porter peu de voiles, c’est n’en déployer qu’une petite partie : porter, c’est-à-dire, gouverner, faire route, courir ou faire voiles ; ainsi l’on dit d’un vaisseau, qu’il porte au sud, qu’il porte le cap au sud, pour dire qu’il fait route au sud. On dit qu’il est porté d’un vent de sud, qu’il est porté d’un vent d’est, pour dire qu’il est conduit par l’un ou l’autre de ces vents : on dit aussi qu’il est porté d’un vent frais.

Porter sur l’ennemi, porter sur l’escadre rouge. Voyez Capporter le cap, Gouverner

Porter à route, c’est aller en droiture sans louvoyer, au lieu où l’on doit aller.

Porter, se dit quelquefois de la charge dont un vaisseau marchand est capable, & des équipages & canons dont il est monté. Ce vaisseau porte vingt pieces de canons, cent soldats, à proportion de matelots & d’officiers, & plus de deux mille tonneaux de marchandises.

Porter, terme de Blason, l’on dit de quiconque a des armes, qu’il porte les différentes pieces dont est chargé son écusson : si, par exemple, il y a trois lions rampans, on dit qu’il les porte. Voyez Piece, &c.

Porter, v. act. (Archit.) ce terme a plusieurs significations dans l’art de bâtir. On dit qu’une piece de bois ou qu’une pierre porte tant de long & de gros, pour dire qu’elle a tant de longueur & de grosseur. Par exemple, les deux pierres servant de cimaise au fronton du portail du Louvre, portent chacun 52 piés de long, sur 8 piés de large, & sur 18 pouces d’épaisseur.

Porter de fond, c’est porter à plomb, & par empattement dès le rez-de-chaussée.

Porter à cru ; on dit qu’un corps porte à crû, lorsqu’il est sans empattement ou retraite. Telle étoit anciennement la colonne dorique.

Porter à faux, c’est porter en saillie, & par encorbellement, comme un balcon en saillie, & le retour d’angle d’un entablement ; tel est celui, par exemple, de l’ordre toscan de la grotte de Meudon. On dit qu’une colonne ou qu’un pilastre porte à faux, quand il est hors de son aplomb. Dict. d’Archit.

Porter, (Jardinage.) on dit que les arbres qui sont chargés de beaucoup de fruits, portent beaucoup cette année.

Porter, en terme de Manége, signifie pousser un cheval, le faire marcher en avant d’un côté & d’autre, d’un talon sur l’autre ; le porter de côté, c’est le faire marcher sur deux pistes dont l’une est marquée par les épaules & l’autre par les hanches. Porter un cheval d’un côté & d’autre sur deux lignes paralleles, le porter d’un talon sur l’autre. Porter, chasser un cheval en avant.

On dit aussi qu’un cheval porte beau, ou en beau lieu, lorsqu’il a une encolure belle, haute, tournée en arc à la façon des cignes ; & qu’il tient la tête haute sans contrainte, ferme & bien placée. On dit qu’il porte bas, quand il a l’encolure molle, mal tournée, & qu’il baisse la tête. Tout cheval qui s’arme, porte bas ; mais il peut porter bas sans s’armer. Voyez s’Armer.

Lorsqu’il s’arme, il a l’encolure trop souple, & veut fuir la sujétion de la bride ; & quand il porte bas, il a l’encolure mal placée & mal tournée.

On dit qu’il porte au vent, quand il leve le nez aussi haut que les oreilles, & ne porte pas en beau lieu : la différence de porter au vent & de battre à la main, est que le cheval qui bat à la main, secoue la tête, & résiste à la bride ; & celui qui porte au vent, leve la tête sans la secouer, & quelquefois bat à la main : le contraire de porter au vent, est de s’armer & de porter bas. La martingale ramene quelquefois des chevaux qui portent au vent. Voyez Martingale.

Porter, en terme de Manufacture & de Commerce d’étoffes & de tapisserie ; signifie la longueur & la largeur qu’elles ont. Ce drap porte vingt aunes de longueur sur une aune de largeur : cette tapisserie porte quinze à seize aunes. Voyez Aune.

Porter, terme de Paumier, qui signifie l’action d’une balle, qui frappe, soit de volée, soit du premier bond contre le mur de l’une ou l’autre des extrémités du jeu de paume.