L’Encyclopédie/1re édition/PRENDRE

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PRENDRE, (se) s’en prendre, (Lang. franç.) on dit fort bien je m’en prendrai à vous, si l’affaire ne réussit pas ; les malheureux ont tort de s’en prendre aux astres. En doit toujours être mis avant prendre, quand on donne à ce verbe la signification d’imputer. Si je perds mon procès, je m’en prendrai à vous, c’est-à-dire je vous imputerai la perte de mon procès ; se prendre sans en, veut dire au figuré attaquer, & non pas imputer : par exemple, il ne faut pas se prendre à plus méchant que nous. Se prendre au propre signifie s’attacher ; les gens qui se noient se prennent à tout ce qu’ils trouvent.

Il y a d’autres phrases dans notre langue, où en est si nécessaire, que dès qu’on l’ôte, on change le sens ; on en étoit venu si avant, qu’il falloit vaincre ou mourir. Cela veut dire dans le style figuré, que les choses étoient si engagées, qu’il falloit vaincre ou mourir. Mais si on ôtoit en, & qu’on dît, on étoit venu si avant, cela s’entendroit dans le sens propre, & ne marqueroit que le lieu où l’on seroit arrivé.

Je n’en puis plus, a une toute autre signification que je ne puis plus ; il en est de même de je ne sai où j’en suis, qui signifie toute autre chose que je ne sai où je suis. Il en est de même de se tenir & s’en tenir, qui ont des significations bien différentes.

MM. de Port-royal ont dit dans leur traduction du nouveau Testament, cette femme voulant prendre Jesus-Christ par sa propre bouche, &c. on ne dit point prendre quelqu’un par sa bouche, mais par ses paroles. (D. J.)

Prendre, a une infinité d’acceptions différentes ; on dit prendre à témoin, d’assaut, à force, un criminel, un lievre au gîte, au collet, un bâton, un fusil, l’épée, un livre, la main, un présent, un repas, ses suretés, des mesures, pour son ami, pour sa maîtresse, pour sa femme, une médecine, un lavement, du tabac, un bouillon, la fievre, la peste, la vérole, &c. On dit se prendre pour se figer, ou se glacer. Prendre sur soi, &c.

Prendre parti, (Langue françoise.) prendre parti tout seul, signifie s’enrôler pour servir à la guerre ; il a pris parti ; il prendra parti dans notre régiment. Prendre parti signifie aussi s’attacher au service de quelqu’un ; mais alors on marque toujours avec qui on s’engage ; il a pris parti avec M. le duc. Prendre son parti, veut dire, se résoudre ; j’ai pris mon parti ; elle prit son parti sur le champ. Prendre le parti de quelqu’un, c’est se mettre de son côté, le défendre, il faut prendre le parti des malheureux, des gens qu’on opprime, qu’on calomnie, qu’on persécute ; c’est un devoir de l’humanité. (D. J.)

Prendre vent devant, (Marine.) c’est-à-dire que le vent se jette sur les voiles d’un vaisseau sans qu’on le veuille. Nous prenons vent devant.

Prendre un ris ; c’est racourcir la voile à une hauteur déterminée.

Prendre une bosse ; c’est attacher la bosse ou l’amarrer.

Prendre les amures de quelque bord, c’est-à-dire, amurer de ce bord-là.

Prendre chasse & échapper. Prendre chasse, voyez Chasse.

Prendre hauteur. Prendre hauteur par-devant, prendre hauteur par derriere. Voyez Hauteur.

Prendre terre. Voyez Terre.

Prendre le trot, le galop, (Maréchal.) se dit de l’homme, lorsqu’il excite le cheval à aller le trot ou le galop, aussi bien que du cheval qui s’y met de lui-même. Prendre ses dents, c’est à l’égard du cheval la même chose que mettre ses dents. Voyez Mettre. Prendre le mort aux dents, se dit communément des chevaux de carrosse, lorsque n’ayant plus aucune sensibilité dans la bouche, ils vont de toute leur vîtesse sans pouvoir être arrêtés. Prendre les aides des jambes. Voyez Jambe. Prendre son avantage. Voyez Avantage. On dit qu’un cheval prend quatre ou cinq ans, pour dire qu’il en approche.

Prendre chair, (Jardinage.) se dit d’un fruit qui commence à grossir.

Prendre, v. act. terme de Vénerie ; ce mot s’emploie fréquemment en vénerie. On dit prendre le vent quand on prend les devans, ou quand le chien va lasser le cerf au vent. Prendre les devans, c’est quand on a perdu le cerf, & qu’on fait un grand tour avec les chiens courans pour le retrouver en le requêtant. Prendre son buisson ; c’est en parlant du cerf, lorsqu’il choisit au printems une pointe de bois pour se retirer le jour, & aller aisément la nuit aux gagnages ou aux champs. (D. J.)

Prendre, au jeu de l’hombre ; c’est prendre du talon autant de cartes qu’on en a écarté. Jouer sans prendre, c’est jouer sans écarter.

Prendre sans prendre, au jeu de quadrille, signifie l’action de jouer sans aucune aide, ni roi appellé, mais avec son seul jeu. On gagne ordinairement la moitié de ce à quoi est fixée la vole ; ainsi ce sera cinq jettons qu’on payera à celui qui gagne, si l’on est convenu d’en payer dix pour la vole. Observez que le sans prendre & les matadors ne sont dûs qu’autant qu’ils sont demandés avant qu’on ait coupé pour le coup suivant. Car si les cartes étoient mêlées & coupées sans qu’on les eût demandés, on ne seroit plus en droit de se les faire payer.

Prendre, sans prendre, au médiateur, est lorsque quelque joueur a dans son jeu de quoi faire six levées sans le secours de personne ; il gagne alors seul, & se fait payer ce qui est dû en pareil cas. Voyez l’article du Médiateur.