L’Encyclopédie/1re édition/PYROMANCIE

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PYROMANCIE, s. f. divination qu’on exerçoit par le moyen du feu.

Ce mot vient du grec πῦρ, feu, & μαντεία, divination.

Il y avoit chez les anciens différentes especes de pyromancie, ou diverses manieres de pratiquer la pymancie, dont voici les principales. Tantôt on jettoit sur le feu de la poix broyée, & si elle s’allumoit promptement on en tiroit un bon augure. Tantôt on allumoit des flambeaux enduits de poix, & l’on en observoit la flamme, si elle étoit réunie & ne formoit qu’une seule pointe, on auguroit bien de l’événement sur lequel on consultoit, & tout au contraire si elle se partageoit en deux ; mais quand elle montroit trois pointes, c’étoit le présage le plus favorable. Si elle s’écartoit à droite ou à gauche, c’étoit signe de mort pour un malade, ou de maladie pour ceux qui n’en étoient pas encore attaqués ; son pétillement annonçoit des malheurs, & son extinction les dangers les plus affreux. Quelquefois on jettoit une victime dans le feu, & l’on s’attachoit à considérer comment il l’environnoit & la consumoit ; si la flamme formoit une pyramide, ou si elle se divisoit : en un mot la couleur, l’éclat, la direction, la lenteur ou la vivacité de cet élément dans les sacrifices, tout étoit matiere à observation & à prophétie. On attribuoit l’origine de cette espece de pyromancie au devin Amphiaraüs qui périt au siege de Thebes ; d’autres la rapportent aux Argonautes. Dans quelques occasions on ajoutoit au feu d’autres matieres, par exemple, on prenoit un vaisseau plein d’urine, dont l’orifice étoit bouché avec un tampon de laine, on examinoit de quel côté le vaisseau crevoit, & là-dessus on regloit les augures. D’autres fois on les prenoit en observant le pétillement de la flamme ou de la lumiere d’une lampe. Il y avoit à Athènes dans le temple de Minerve Poliade, une lampe continuellement allumée, entretenue par des vierges qui observoient exactement tous les mouvemens de sa flamme. Mais ceci se rapporte plus directement à la Lampadomancie ou Lychnomancie. Voyez Lampadomancie & Lychnomancie.

Quelques auteurs mettent au nombre des especes de pyromancie, l’abominable & barbare coutume qu’avoient certains peuples orientaux, de faire passer leurs enfans par le feu en l’honneur de Moloch : coutume imitée par les Juifs quand ils s’abandonnerent à l’idolatrie. Delrio y comprend aussi la superstition de ceux qui examinoient les symptomes des feux qu’on a coutume d’allumer la veille de la S. Jean-Baptiste, & la pratique de danser au-tour ou de sauter par-dessus. Glycas rapporte aussi d’après Théodoret, que des femmes chrétiennes avoient coutume de passer un certain jour de l’année, au-travers d’un feu avec leurs enfans, pratique qu’il regarde avec raison comme un reste des lustrations du paganisme. Voyez Lustration.

Delrio dit que les Lithuaniens pratiquoient encore de son tems une espece de pyromancie. « Pour connoître, dit-il, quelle sera l’issue d’une maladie, ils mettent le malade devant un grand feu. Si l’ombre formée par son corps est droite & directement opposée au feu, c’est selon eux un signe de guérison ; si au contraire elle paroît de côté, ils désesperent du malade & le tiennent pour mort ». Delrio, disquisit. magic. lib. IV. cap. ij. sect. iv. quæst. vij. pag. 550 & 251.

On donnoit encore à la pyromancie le nom de pyroscopie, aussi dérivé de πῦρ, feu, & de σκοπέω, j’examine, je considere.