L’Encyclopédie/1re édition/RAJEUNISSEMENT

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RAJEUNISSEMENT, s. m. (Médecine.) sortir de l’état languissant d’une affreuse caducité ; quitter les incommodités, les rides, la foiblesse, la maigreur qui en sont les compagnes inséparables ; cesser de ressentir un froid continuel, image terrible & avant-coureur de celui de la mort ; retirer enfin un pié chancelant déja engagé dans la fosse pour rentrer dans le printems d’une riante jeunesse, pour recommencer la carriere des plaisirs & des jeux, pour reprendre avec facilité l’exercice complet de toutes les fonctions de l’esprit & du corps, & en même tems la force, la vigueur, la santé, & tous les agrémens qui sont attachés à cet âge charmant, & pouvoir enfin se préparer une longue chaîne de jours purs & sereins : telle est la révolution prodigieuse qui transforme le vieillard en jeune homme ; telle est la perspective séduisante que présente le rajeunissement, objet bien capable d’attirer les desirs empressés des foibles humains ; l’art précieux de produire ces grandes merveilles si célebres par les poëtes, s’est enfin réalisé dans l’imagination échauffée des Alchimistes ; entraînés par un enthousiasme présomptueux, ils se sont crus les arbitres de la vie & de la mort, les maîtres de faire revivre les plantes desséchées, de multiplier leurs fruits, de changer & transformer les saisons & les âges, &c.

Le plus ancien exemple de rajeunissement qu’on trouve dans les poëtes est rapporté par Ovide, dans le VII. l. des métamorphoses, où il raconte qu’au retour de l’expédition des Argonautes, Jason pria Médée son épouse, fameuse enchanteresse, de rajeunir Aeson son pere accablé sous le poids des ans & hors d’état de mêler les témoignages de sa joie à l’allégresse publique ; deme meis annis, lui dit ce fils généreux, & demptos adde parenti. Elle fut touchée d’une demande si désintéressée ; & après un sacrifice nocturne à la triple Hécate, & aux dieux des forêts & de la nuit où elle implore leur assistance pour lui aider à découvrir des sucs qui puissent renouveller dans Aeson la fleur de la jeunesse ; elle part inspirée par ces divinités, monte dans un char magique, & parcourt dans l’espace de neuf jours & neuf nuits la vallée de Tempé, le mont Ossa, le Pélion, l’Othrys, le Pinde, l’Olympe, les bords de l’Apidane, de l’Amphryse, du Pénée, du Sperchée, du Boelus & de l’Anthédon, & dans tous ces endroits elle cueille des plantes favorables à son expédition ; les dragons attelés à son char, qui respirent l’odeur de ces plantes merveilleuses, sont à l’instant rajeunis, annosæ pellem posuere senectæ ; étant arrivée chez le vieux Aeson, elle fait des sacrifices, l’un à Hécate & l’autre à la Jeunesse, & implore le secours des divinités terrestres, elle fait apporter ensuite ce vieillard qui retenoit encore à peine un dernier souffle de vie prêt à s’échapper, & le fait coucher endormi & à demi-mort sur un tas des herbes qu’elle avoit apportées ; alors ayant écarté tout profane, elle commence ces terribles mysteres, elle le purifie trois fois avec du feu, du soufre & de l’eau, cependant elle fait bouillir dans une chaudiere d’airain la composition qui doit opérer le rajeunissement ; outre les plantes dont nous avons parlé, elle y met des pierres précieuses venues d’Orient, du sable ramassé sur les bords de l’Océan, de l’écume que la lune répand la nuit sur les herbes, la chair & les aîles d’une chouette, les entrailles d’un de ces loup-garoux qui paroissent quelquefois sous la figure humaine, la tendre écaille d’une jeune tortue du fleuve Cinyphe, le foie d’un vieux cerf, le bec & la tête d’une corneille qui avoit vécu neuf siecles ; elle ajoute encore une infinité d’autres drogues inconnues, une branche d’olivier depuis long-tems desséchée lui sert pour agiter tout ce mélange, mais à l’instant cette branche reverdit, & bientôt après se charge de feuilles & de fruits ; l’écume que la violence du feu fait tomber par terre hors du bassin y renouvelle le même prodige, l’herbe y croit aussi-tôt, & des fleurs y naissent dans le moment ; à cette vûe Médée plonge le coûteau dans le sein du fortuné vieillard, & en fait sortir un sang glacé pour y en substituer un nouveau formé par les sucs qu’elle vient de préparer, dont elle fait rentrer une partie par la bouche, & l’autre par la blessure. L’effet du remede est aussi prompt que merveilleux, la maigreur, la pâleur & les rides ont disparu de dessus le visage d’Aeson, ses cheveux blancs sont tombés, une longue chevelure noire orne sa tête, ses membres sont remplis de vigueur, en un mot Aeson rempli d’admiration se voit métamorphosé en un homme robuste tel qu’il étoit avant qu’il eût atteint son huitieme lustre.

Æson miratur & olim
Ante quater de nos hunc se reminiscitur annos
Dissimilemque animum subiit ætate relictâ.

Les Alchimistes, aux yeux de qui toute la Mythologie n’est qu’une allégorie soutenue des travaux du grand œuvre, & qui expliquent si naturellement dans leur système l’enlevement de la toison d’or, revendiquent l’opération de Médée comme leur appartenant, comme un des principaux procédés de la pierre philosophale, & ne doutent pas un moment de sa réalité & de son succès : les personnes qui n’ont pas pénétré dans les secrets hermétiques, imaginent avec assez de fondement que tout ce récit d’Ovide n’est qu’une fiction agréable, dont le seul but étoit de donner l’essor à son imagination & d’amuser ses lecteurs ; au reste, les explications morales qu’on a voulu donner de cette fable, ainsi que de bien d’autres, sont beaucoup moins satisfaisantes que celles qui sont fondées sur les prétentions de Alchimistes.

La fameuse fontaine de Jouvence qui avoit le pouvoir de rappeller à ceux qui s’y baignoient & qui en bûvoient, la jeunesse passée, ou de la rendre immortelle, quand on en éprouvoit la vertu avant d’en être privé, ne passe pareillement que pour une invention poétique : cependant Deodatus, médecin spagyrique, qui a très-longuement écrit sur les moyens de vivre plus de 120 ans, pense que cette fontaine se trouve réalisée dans le nouveau monde : il s’appuie sur le témoignage de plusieurs historiens dignes de foi qu’il ne nomme pas, & qui rapportent qu’on a trouvé une île connue sous le nom de Bonica, dans laquelle il y a une fontaine dont les eaux plus précieuses que le vin le plus délicat ont l’admirable vertu de changer la vieillesse en jeunesse. Panthem. hygiastic. hippocratico-hermetic. lib. I. cap. viij.

Il n’en est pas des alchimistes comme des poëtes ; ceux-ci n’ont jamais parlé sérieusement des méthodes de rajeunir, ils ne les ont exposé que comme les autres fables dont leurs ouvrages sont remplis, se gardant bien d’y ajouter foi eux-mêmes, & ne prétendant nullement en prouver & faire croire la réalité ; mais ceux-là ont regardé le rajeunissement comme un des principaux effets de leur médecine universelle. Robertus Vallensis, Arnaud de Villeneuve, Raymond Lulle, & autres fameux adeptes ont tous assuré positivement que ce remede avoit la vertu d’éloigner ou de dissiper la vieillesse, & de conserver ou de faire renaître la jeunesse ; & ces auteurs ne s’en sont pas tenus, ajoute Deodatus leur partisan zélé, à de simples promesses, ils ont confirmé leurs prétentions par des faits authentiques.

Ils prouvent la possibilité du rajeunissement par l’exemple de différens animaux, 1° de l’aigle, dont il est dit dans les anciennes Ecritures, renovabitur ut aquilæ juventus tua : lorsqu’elle est venue à une extrème vieillesse, elle prend entre ses serres une tortue qu’elle éleve fort haut d’où elle la précipite sur un rocher, son écaille se brise, & l’aigle en dévore la chair & les entrailles, & rajeunit ainsi ; de façon qu’elle ne meurt point ni de vieillesse, ni de maladie, mais d’inanition, parce que la partie supérieure de son bec devient tellement crochue, qu’elle lui empêche de l’ouvrir & de prendre la nourriture. 2° Le cerf devenu vieux attire, par la force de son haleine, les serpens du fond des cavernes, les foule aux piés, les mange, cervinus gelidum, dit Martial, sorbet sic halitus anguem, & reprend, par leur vertu, toute la vigueur de la jeunesse ; mais pour parer aux mauvais effets qu’il pourroit ressentir de leur venin, il se plonge en entier jusqu’au museau dans une riviere, alors ses larmes épaissies dans le coin des yeux s’en détachent sous la forme de petites pierres, & passent pour d’excellens alexipharmaques. 3° Les serpens qui tous les printems & les automnes quittent leur peau & leurs années, & reprennent la vivacité de leur vûe & l’agilité de leurs mouvemens ; ce qui arrive de même aux écrevisses, qui changent souvent d’enveloppe. 4° Les éperviers, suivant le rapport de Jean-Baptiste Porta dans son Phytogironicum, lorsqu’ils tardent trop de jetter leurs vieilles plumes, y sont excités par le remede suivant, dont l’effet s’étend encore plus loin ; car outre les nouvelles plumes qu’il fait repousser, il leur redonne la santé, la force, la prestesse, & les autres attributs de la jeunesse ; ce remede consiste à faire cuire un serpent qui vient de naître, & qui a par conséquent peu de venin, avec du froment, à en nourrir une poule, & ensuite la donner à manger à l épervier, & lui faire boire l’eau qui a servi à la décoction. Si tous ces animaux peuvent rajeunir, pourquoi cet avantage précieux seroit-il refusé à l’homme, s’écrie douloureusement l’auteur que nous avons cité ? Sans doute que l’âne chargé de ce présent que Jupiter envoyoit aux humains, a eu l’imprudence de le laisser prendre aux serpens.

Cependant cet auteur pourroit trouver des motifs de consolation dans les histoires qu’il rapporte, si leur vérité est bien attestée ; car non-seulement le rajeunissement est démontré possible, mais elles constatent évidemment sa réalité. Galien fait mention d’un homme qui cherchant à terminer une vie malheureuse rendue plus insupportable encore par une lepre générale dont il étoit couvert, se résolut d’avaler une bouteille de vin qu’il croyoit empoisonné par une vipere qui s’y étoit glissée, y avoit été étouffée & y étoit restée pendant quelque tems morte ; à peine eut-il mis ce terrible dessein à exécution qu’il est tourmenté par d’affreux vomissemens, & qu’enfin il tombe dans un assoupissement léthargique qui paroissoit mortel ; ce sommeil se dissipe, les vomissemens cessent, & bientôt après tous les poils de son corps se détachent, les ongles se déracinent, tous les membres se dessechent, la mort sémbloit prête à l’envelopper, des moissonneurs qui l’avoient vu avaler ce prétendu poison & qui le lui avoient même fourni s’attendoient au dénouement naturel de ce spectacle tragique ; mais il se termina bien autrement, une étincelle de vie parut ranimer pour un moment cet infortuné moribond, & les spectateurs virent avec une admiration mêlé de crainte de nouvelles chairs se former, les poils & les ongles renaître, la figure s’embellir, la vieille peau se séparer, en un mot un homme tout nouveau. Galen. libr. de simplic. Valescus de Taranta écrit que dans une ville du royaume de Valence il y avoit une abbesse courbée sous le poids des ans à qui tout-à-coup les regles parurent, les dents se renouvellerent, les cheveux noircirent, la fraîcheur & l’égalité du teint revinrent, les mamelles flasques & desséchées reprirent la fermeté & la rondeur propre au sein naissant des jeunes filles, à qui, en un mot, il ne manqua aucun attribut de la plus parfaite jeunesse ; elle fut si frappée de la nouveauté de cet évenement, & en conçut une telle honte, qu’elle se cacha pour se soustraire aux yeux des spectateurs que la curiosité attiroit en foule. Les nouveaux historiens portugais parlent d’un noble indien qui a vécu trois cens quarante ans, & qui a éprouvé trois fois l’admirable vissicitude de la jeunesse & de la caducité. Ici se présente encore l’histoire merveilleuse de Jean Montanus, fameux médecin archispagyriste, qui, par le moyen de son élixir philosophique, revint d’un âge très-avancé dans la fleur de la jeunesse : le même élixir opéra le même miracle, suivant le témoignage de Torquemada, sur un vieillard de cent ans, qui avec la jeunesse obtint encore cinquante ans de vie ; quelques autres ont attribué ces effets à la constitution particuliere de ces deux personnes, dans le dessein de frustrer de la vertu rajeunissante le remede dont ils s’étoient servi, mais on leur répond que cet élixir peu soigneusement gardé ayant été trouvé & pris par des poules, aussi-tôt leurs plumes tomberent, & il en revint de nouvelles.

Tous les alchimistes qui croient au rajeunissement, s’accordent à penser que le vrai spécifique propre à opérer ce merveilleux changement, est ce qu’ils appellent la médécine universelle, ou la pierre philosophale ; c’est-là cet élixir incomparable auquel Crollius ne fait pas difficulté de donner les titres fastueux & hyperboliques de feu céleste non brûlant, d’ame & de vie de toute substance créée, de sujet rempli & impregné de toutes les influences, opérations & facultés des corps célestes & terrestres ; de théâtre de tous les secrets de la nature, de miracle de la nature universelle, de quintessence de la machine humaine, de monde régénéré dans lequel est caché le trésor de toute la nature ; de fils du soleil & de la lune, &c. Mais quelle est la composition de ce divin remede ? c’est-là le point principal & malheureusement ignoré ; c’est la même préparation qui peut transformer les métaux en or en purifiant ceux qui sont imparfaits de toutes leurs impuretés, qui peut, disent-ils, en même-tems rétablir l’humide radical dissipé, temperer l’aridité de la vieillesse, cette ennemie naturelle, substituer aux sucs dépravés des humeurs salutaires, suppléer enfin tout ce qui paroît manquer pour produire une santé perpétuelle, le rajeunissement & la guérison de toutes les maladies. Ce secret précieux toujours voilé par les alchimistes jaloux, sous les figures, les emblèmes, les énigmes, les allégories, les hiéroglyphes, les allusions continuelles à la fable ou à l’Ecriture sainte, & sous une variété innombrable de noms, a été perdu avec leurs inventeurs.

On ne sauroit douter que quelques chimistes n’aient découvert la pierre philosophale, voyez ce mot, c’est-à-dire le secret de la transmutation des métaux en or, il ne paroît pas qu’on puisse se refuser à l’authenticité de plusieurs faits rapportés par des témoins irréprochables ; mais il s’en faut bien que la propriété qu’on lui attribue de rajeunir soit aussi solidement constatée. Nous n’entrerons pas dans l’examen critique des observations qui paroissent étayer cette prétention, nous laissons au lecteur curieux & oisif le soin de ces recherches intéressantes ; nous nous contenterons de remarquer que les exemples tirés du prétendu rajeunissement des animaux, pour en démontrer la possibilité, ne sont rien moins que concluans : il en résulte seulement que ces animaux changent de peau ou de plumes ; qu’après cette opération, dont les apprêts sont une espece de maladie, ils sont plus agiles & plus vigoureux parce qu’ils sont déchargés d’un fardeau qui les incommodoit ; mais ils ne perdent pas pour cela une seule année, ils n’en éprouvent pas moins dans la suite les langueurs de la vieillesse, & enfin ils ne succombent pas moins à la mort inévitable qui en est le dernier degré & la fatale terminaison : ajoutez à cela que la plûpart des exemples rapportés sont destitués de preuves suffisantes, & le plus souvent hasardés.

Mais pour se convaincre combien peu le rajeunissement est praticable, qu’on se retrace le tableau de l’homme vivant, qu’on y examine les phénomenes & les effets de la vie, on verra que chaque instant de la vie est un pas vers la vieillesse & la mort ; que telle est la structure de notre machine, que chaque mouvement qui entretient la vie est une cause qui en prépare de loin le ralentissement & la cessation ; & plus exercice des fonctions est parfait, plus il tend directement & efficacement à ce but. Dans le jeune homme tous les vaisseaux ouverts & déployés entretiennent l’abord facile & continuel des humeurs dans les différentes parties qui y portent la nourriture, la souplesse, la mollesse & l’humidité nécessaires ; les fluides sont actifs & spiritueux ; ils sont conservés dans cet état par les efforts conspirans de toutes les parties, par la réaction proportionnée des vaisseaux ; mais les efforts nécessaires pour opérer les divers mouvemens, dissipent à chaque instant les humeurs, appliquent plus fortement les petits vaisseaux les uns contre les autres, en expriment les sucs, les collent ensemble, les dessechent, & les fortifient en même-tems ; ainsi dans l’âge d’adulte cette vigueur, cette force mâle qui le caractérisent, sont l’effet de l’anéantissement, de l’exsiccation de plusieurs vaisseaux qui en devenant solides acquierent plus de consistance & de fermeté, & sont plus propres à résister aux efforts qu’exigent les travaux de cet âge. A mesure que cet homme vit, qu’il exécute les mouvemens nécessaires, les causes qui dessechent & détruisent, les vaisseaux agissent plus efficacement, bientôt commencent à diminuer la souplesse des ressorts, l’aisance de leur jeu, la réaction des vaisseaux sur le sang, cette liqueur n’est plus dans cet orgasme, dans ce feu de la jeunesse, elle roule plus tranquillement dans ses canaux moins irritables & moins mobiles ; par la succession de tems, ces effets augmentent au point que les nerfs trop rafermis perdent leur tension & leur vibratilité, ils ne représentent que foiblement les objets des sensations ; peu sensibles aux différentes impressions, ils n’exécutent qu’avec peine & lenteur les mouvemens qu’elles excitent ; les forces sont épuisées, la graisse se fond, la peau cesse d’être humectée, elle se ride, se racornit, les tendons, les cartilages des ligamens s’ossifient, les muscles & les vaisseaux durcissent, & deviennent presque incapables de mouvement ; alors un sang glacé coule difficilement dans les veines, un froid mortel s’empare de tout le corps, le tronc n’est plus soutenu par les muscles affoiblis, il obéit à son poids, se courbe vers la terre, & bientôt par une gradation invariable, ce corps qui n’est plus qu’un squelete décharné, tombera tout-à-fait, & cessera de vivre sans s’en appercevoir. Tels sont les changemens qu’éprouve la machine par la succession des âges, changemens opérés par les forces même de la vie, & qui sont d’une nature que tout l’art du monde s’y opposeroit en vain, encore moins pourroit-il les faire cesser quand ils sont formés ; d’où il me paroît que le rajeunissement non-seulement n’a jamais eu lieu, mais même est impossible. La reproduction des cheveux noirs ou des dents dans quelques vieillards, phénomenes bien attestés, ne décident rien du tout, & sont des attributs frivoles qui caractérisent mal la jeunesse quand ils ne sont pas joints aux autres signes plus nécessaires & plus distinctifs. Voyez Jeunesse & Vieillesse.

Mais si le corps des vieillards ne rajeunit pas, du moins peut-on dire que leur esprit éprouve cette révolution ? Non, car ils ne reprennent ni cette pénétration, ni cette vivacité d’imagination, ni cette activité de la mémoire propre aux jeunes gens ; mais ils franchissent un intervalle en apparence plus grand, ils retombent, comme on dit, dans l’enfance ; ils reprennent la façon de penser conforme à la foiblesse de cet âge, dépourvus de soucis, d’inquiétude, délivrés de tous les objets de crainte, de tristesse, de mécontentement qu’offre la raison à ceux qui sont encore soumis à son empire, ils prennent plaisir aux jeux des enfans, s’amusent de leurs poupées, & comme eux, equitant in arundine longâ ; ce changement est une suite très-naturelle de la foiblesse de leur machine, & surtout des fibres du cerveau ; la force qui leur est nécessaire pour penser, pour imaginer ayant cessé chez eux, ils sont au niveau des enfans, qui ne l’ont pas encore obtenue. (b)