L’Encyclopédie/1re édition/SI

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Si, en musique, est une des sept syllabes dont on se sert en France pour solfier les notes. Guy Aretin, en composant sa gamme, n’inventa que six de ces syllabes, quoique la gamme fût formée de sept notes : ce qui fit que pour nommer la septieme, il falloit à chaque instant changer les noms des autres notes, & les solsifier de diverses manieres ; embarras que nous n’avons plus depuis l’invention du si.

Brossard & plusieurs autres auteurs attribuent l’invention du si à un nommé le Maire, entre le milieu & la fin du dernier siecle ; d’autres en font honneur à un certain Vander-Putten ; d’autres enfin remontent jusqu’à Jean de Muris, vers l’an 1330.

Il est très-aisé de prouver que l’invention du si est de beaucoup postérieure à Jean de Muris, dans les ouvrages duquel on ne voit rien de semblable. A l’égard de Vander-Putten, je n’en puis rien dire, parce que je ne le connois point. Reste le Maire, en faveur duquel les voix paroissent se réunir aujourd’hui.

Si l’invention consiste à avoir introduit dans la pratique l’usage de cette syllabe si, je ne vois pas beaucoup de raisons pour lui en refuser l’honneur. Mais si le véritable inventeur est celui qui a vu le premier la nécessité d’une septieme syllabe & qui en a ajouté une en conséquence, il ne faut pas avoir fait beaucoup de recherches en musique, pour voir que le Maire ne mérite nullement ce titre. Car on trouve, dans plusieurs endroits des ouvrages du pere Mersenne, la nécessité de cette septieme syllabe pour éviter les muances, & il témoigne que plusieurs avoient inventé ou mis en pratique une septieme syllabe à-peu près dans le même tems, & entr’autres le sieur Gilles Grandjean, maître écrivain de Sens ; mais que les uns nommoient cette syllabe ci, les autres di, les autres ni, les autres si, les autres za ; & avant même le P. Marsenne, on trouve dans un ouvrage de Banchieri, moine olivetan, imprimé en 1614, & intitulé cartella di musica, l’addition de la même septieme syllabe ; il l’appelle bi par béquarre, & ba par bémol, & il assure que cette addition avoit été fort approuvée à Rome ; de sorte que toute la prétendue invention de le Maire consiste, tout au plus, à avoir prononcé si au lieu de prononcer bi ou ba, ni ou di ; & voilà avec quoi un homme est immortalisé.