L’Encyclopédie/1re édition/STROPHADES, îles

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STROPHADES, îles, (Géogr. anc.) îles de la mer Ionienne, sur la côte du Péloponnèse. Strabon, liv. viij. les met vis-à-vis & à l’occident de la ville Cyparissia, presque à 400 stades du continent, & cette situation leur avoit fait donner le nom de Cyparissiorum insulæ. Elles étoient au nombre de deux. Virgile, Æneid, l. III. v. 209. fait mention de ces îles, qu’il dit habitées par la cruelle Celoeno & par les Harpyes :

Servatum ex undis Strophadum me litora primùm
Accipiunt. Strophadès grajo stant nomine dictæ
Insulæ Ionio in magno, quas dira Celæno
Harpyæ que colunt.

Etienne le géographe dit aussi que les îles Strophades sont au nombre de deux. Quelques-uns, selon Pline, l. IV. c. xij. les appelloient Plotæ ; & Apollonius donne à entendre qu’elles furent d’abord appellées Plotæ, & que dans la suite on les nomma Strophadæ, parce qu’elles flottoient & nageoient, pour ainsi dire, au milieu des flots, selon Apollonius, l. II. v. 296.

Στροφάδας δὲ μετακλείους, ἄνθρωποι
Νήσους τοῖς γ᾽ ἕκητι πάρος Πλωτάς καλέοντες

Strophadas cognominarunt homines
Insulas hujus causâ, priùs plotas nominantes.

Les anciens feignoient que ces îles étoient le refuge des harpyes, dont le visage étoit de femme, & le corps de vautour. Les Grecs & les Italiens les appellent Strofadi ou Strivali. Ce sont deux petites îles fort basses, dont la plus grande n’a que 3 à 4 milles de circuit : mais dans un petit espace, elle ne laisse pas de porter une grande quantité de fruits excellens. Les sources y sont si abondantes, qu’on ne sauroit presque planter un bâton en terre, qu’il n’y sorte de l’eau. On dit que dans les fontaines de cette île, il se trouve souvent des feuilles de platane, quoiqu’il n’en croisse point là, mais seulement dans la Morée, qui en est éloignée d’environ 30 milles. C’est ce qui fait croire assez vraissemblablement, que ces sources viennent de ce pays-là par des canaux souterreins, que la nature a formés sous les abîmes de la mer.

Les habitans des îles Strophades ne se marient jamais, car il n’y en a point d’autres que des caloyers ou moines grecs, jusqu’au nombre de soixante ou quatre-vingt. Leur couvent est bâti en maniere de forteresse avec une terrasse au-dessus, garnie de bons canons, & une sarrasinesque à leur porte, par la crainte qu’ils ont des corsaires. On dit néanmoins que les Turcs & les corsaires de Barbarie respectent ces bons vieillards, & qu’ils n’abordent leur île que pour y prendre de l’eau. (D. J.)