L’Encyclopédie/1re édition/VAGUES

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VAGUES, s. f. effet du mouvement imprimé à la surface des eaux, ou sur la mer, ou sur les rivieres. Voyez Lames.

Vagues, s. f. pl. (terme de Brasseur.) autrement brassoirs ; ce sont des especes de longs rabots de bois assez semblables à ceux avec lesquels les Limousins courroyent leur mortier. Les brasseurs de biere s’en servent pour remuer & brasser leur biere, soit dans les cuves à matiere où ils la préparent, soit dans les chaudieres où ils la font cuire. (D. J.)

Vague, adj. (Gramm.) qui n’est pas limité, circonscrit, déterminé. On dit le vague de l’air, le vague d’une idée, d’un discours, d’une proposition, d’un dessein.

Vague, en Anatomie, nom de la huitieme paire de nerfs qu’on appelle aussi sympathiques moyens.

On lui a donné ce nom parce qu’elle se distribue à différentes parties du corps.

La huitieme paire de nerfs naît de la partie postérieure de la moelle alongée de la protubérance annulaire, & de la partie antérieure des éminences olivaires par plusieurs filets, qui en s’unissant, sortent du crâne par le trou déchiré postérieur ; le nerf accessoire de la huitieme paire, ou nerf spinal s’y unit avant sa sortie. Voyez Accessoire.

Cette paire de nerfs se divise ensuite en deux parties principales, dont la plus petite se distribue aux muscles voisins de la langue, à ceux du pharynx, &c. & va ensuite se perdre dans la langue en communiquant avec le grand & le petit hypoglosse. Voyez Hypoglosse.

La grande portion de la huitieme paire après avoir communiqué avec la neuvieme paire & le nerf intercostal, paroît former une espece de ganglion, d’où il se détache un filet qui se distribue au larynx, à la glande thyroïde, &c. qui communique avec le nerf récurrent ; elle descend ensuite avec la veine jugulaire interne, l’artere carotide, en leur donnant des rameaux & à l’ésophage ; en entrant dans la poitrine, elle produit le nerf récurrent qui embrasse à droite l’artere souclaviere, & à gauche l’aorte, & envoie des branches à l’ésophage, à la trachée artere & au larynx. Les différens filets que la huitieme paire jette de chaque côté, forment par leur rencontre mutuelle & leur communication avec les filets du nerf intercostal, différens plexus, dont les principaux sont le plexus pulmonaire, & le plexus cardiaque.

Le plexus cardiaque produit quantité de filets qui vont se distribuer au cœur ; le plexus pulmonaire en produit de même qui se distribuent au poumon. Voyez Cœur & Poumon.

La huitieme paire gagne peu-à-peu l’estomac, & jette chemin faisant différens rameaux à l’ésophage, après cela tous les autres filets forment par leur entrelacement le plexus coronaire stomachique, duquel naissent plusieurs filets de nerfs qui se distribuent à l’estomac. Voyez Estomac.

Le plexus coronaire produit dès sa naissance deux cordons particuliers, qui en s’unissant avec le nerf intercostal, forment le plexus hépatique, le plexus splénique, les plexus mésentériques & les plexus reinaux qui distribuent des filets au foie, à la rate au mésentere & aux reins. Voyez Foie, Rate, &c.

On a remarqué dans l’ouverture d’un cadavre mort paralytique dans l’hôpital de la Charité de Paris, une tumeur ganglio-forme de la grosseur du doigt dans la huitieme paire un peu avant qu’elle produise le nerf récurrent.

Vague année, (calend. de Cappadoce.) année des Cappadociens un peu plus courte que l’année julienne ; en voici l’histoire, & les raisons peu connues.

Les Cappadociens avoient une année qui leur étoit propre, & qui différoit absolument de l’année solaire des Romains, ainsi que de l’année luni-solaire des Grecs de l’Asie mineure & de la Syrie, soit pour la grandeur, soit pour les noms des mois, pour leur durée, & pour le lieu de l’année solaire auquel ils répondoient.

Cette année cappadocienne étoit composée de 12 mois de trente jours chacun, auxquels on ajoutoit cinq épagomenes ; ainsi c’étoit une année vague, plus courte d’un quart de jour que l’année julienne, dont le nourous ou le premier jour remontoit d’un jour tous les quatre ans dans l’année solaire, & ne revenoit au même jour qu’au bout de 1460 ans.

Nous ne connoissons que deux nations chez lesquelles l’année vague ait été employée dans l’usage civil, les Egyptiens & les Perses. La Cappadoce n’a jamais rien eu à démêler avec les Egyptiens, si ce n’est peut-être au tems de l’expédition de Sétostris ; & d’ailleurs les noms des mois cappadociens n’ont aucun rapport avec ceux des mois égyptiens : mais voici une raison plus forte. L’année fixe ou julienne n’a été établie dans la Cappadoce que quand le nourous ou premier jour de l’année vague répondoit au 12 Décembre ; or le premier jour de l’année vague égyptienne, celui qui suit les épagomenes, a répondu au 12 Décembre depuis l’an 304, jusqu’à l’an 307 avant Jesus-Christ, & long-tems avant que l’on eût pensé à établir l’usage d’une année solaire fixe, qui ajoutoit un 366e jour tous les quatre ans ; car Jules-César en est le premier auteur.

De-plus, les noms cappadociens de la plûpart des mois sont formés sur ceux des Persans, & non sur ceux des Egyptiens. Ce pays a été long-tems soumis aux Medes & aux Perses, qui avoient à-peu-près la même religion, & qui l’avoient portée dans la Cappadoce ; de là il faut conclure que c’étoit aussi d’eux que les Cappadociens avoient emprunté leur année vague de 365 jours.

Les Arméniens se servent aujourd’hui d’une année composée comme celle des anciens persans, de douze mois de trente jours chacun, & de cinq épagomenes ; cette année est absolument vague, sans aucune intercalation, & elle remonte tous les quatre ans d’un jour dans l’année julienne. Elle sert dans le pays pour les actes & pour la date des lettres ; mais en même tems elle emploie une autre année, qui est proprement l’année ecclésiastique, & qui sert dans la liturgie pour régler la célébration de la pâque & des fêtes, le tems des jeûnes, & tout ce qui a rapport à la religion ; cette année est fixe au moyen d’un sixieme épagomene qu’on ajoute tous les quatre ans. Les noms des mois sont les mêmes que ceux de l’année vague ; mais le nourous, ou premier jour de l’année qui commence avec le mois de navazardi, est fixé depuis long-tems au onzieme du mois d’Août de l’année julienne, & il ne s’en écarte plus.

Le premier du mois navazardi, ou le nourous de l’année vague, répondoit en 1710 au 27 Septembre julien, c’est le 8 Octobre grégorien, & par conséquent il précédoit de 318 jours le nourous de l’année fixe suivante, ou le onzieme d’Août 1711. Ce précès de 318 jours n’a pu se faire qu’en 1278 ans vagues égaux à 1277 juliens & 47 jours ; ôtant ce dernier nombre de 1709 ans complets, plus 270 jours, il restera 432 ans 223 jours après l’ére chrétienne, ou le onzieme d’Août de l’an 433 de Jesus-Christ. Ce fut sans doute alors qu’on établit en Arménie l’usage d’une année fixe, semblable à l’année julienne.

Les Arméniens avoient cessé en 428 ou 429 d’avoir des rois, & ils étoient gouvernés par des satrapes persans. Comme les rois de Perse leur défendoient d’avoir aucun commerce avec les grecs, & même d’en garder les livres, & qu’ils n’en avoient aucuns écrits dans leur propre langue, pour laquelle ils n’avoient pas même de caracteres, ils se proposerent d’en inventer un qui en exprimât les sons, & dans lequel ils pussent écrire une traduction de la bible, des sermonaires, &c. Moïse de Khorenne fut employé à cet ouvrage avec d’autres savans, & ce fut alors qu’on pensa à établir une liturgie propre aux églises arméniennes ; mais comme il étoit très difficile d’avoir un calendrier qui donnât dans l’année vague le jour de Pâques, & la célébration des fêtes aux mêmes jours que les autres églises chrétiennes qui se régloient sur l’année julienne, ce fut sans doute par cette raison qu’on établit l’usage d’une année liturgique fixe.

Dans la suite, lorsque les Arméniens se réconcilierent avec l’Eglise latine, & qu’une partie d’entre eux reconnut les papes de Rome, dans une espece de concile tenu à Kerna, au xij. siecle, ils admirent la forme de l’année julienne, que le commerce avec les Francs avoit rendue nécessaire depuis les croisades. Les actes du concile des Sis joignent l’an 756 de l’ere arménienne avec l’an 1307 de l’ére vulgaire, & datent dans l’une & l’autre année par le 19 de Mars. Dans le concile d’Adena, tenu en 1316, où il fut question du calendrier, on ne se sert que des mois juliens & de l’ere vulgaire, & encore aujourd’hui lorsque les arméniens traitent avec les occidentaux, ils emploient les mois juliens. Une lettre ou bulle du patriarche arménien de Valarschapad, publiée par Schroder, porte la date du premier Décembre 1153 de l’ére arménienne, c’est l’an 1702.

Le dictionnaire arménien de Riucola donne le nom de plusieurs mois rapportés aux mois juliens ; mais ce rapport est très-différent de celui qui se trouve dans les liturgies & dans les calendriers entre l’année julienne & l’année arménienne fixe. Riucola avoit sans doute copié des calendriers réglés au xjv. siecle, pour donner le rapport qu’avoit alors l’année vague avec l’année julienne. Mém. de l’acad. des Insc. tome XIX. (D. J.)