L’Encyclopédie/1re édition/VELOURS

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VELOURS, (Etoffe de soie.) le velours uni se fait avec une chaîne par le tissu communément appellé toile ; une seconde chaîne communément appellée poil, & de la trame ; on fortifie la seconde chaîne de plus ou moins de brins, suivant le nombre de poils dont on veut le qualifier.

La quantité de poil augmente la qualité & la force du velour ; on en désigne le nombre par les barres jaunes qui sont aux lisieres ; on fabrique depuis un poil & demi jusqu’à 4 poils ; ils se font ordinairement de 11 24es d’aune. Voyez Etoffe de soie.

Il se fait aussi des velours frisés, des velours coupés & frisés, des velours à la reine, des velours à quarreau tout coupé, des velours ras, des velours cannelés, des velours chinés ; on a poussé ce genre d’étoffe jusqu’à faire des velours à deux endroits, & de deux couleurs opposées l’une sur un côté, l’autre de l’autre ; mais cela n’a pas été suivi. Cette étoffe se fabrique en divers endroits, comme Lyon, Gènes & autres lieux. Voyez Etoffe de soie.

Maniere dont on travaille le velours ciselé. Comme nous avons rapporté à ce genre d’étoffe presque toute la fabrication des autres, nous allons en traiter au long ; ensorte que celui qui se donnera la peine de bien entendre cet article, ne sera étranger dans aucune manufacture d’ourdissage, n’ayant jamais qu’à passer du plus composé au moins composé. Nous tâcherons d’être exact & clair ; & s’il nous arrive de pécher contre l’une ou l’autre de ces qualités, ce sera ou par la difficulté même de la matiere, ou par quelqu’autre obstacle insurmontable. Car nous avons fait construire & monter un métier complet sous nos yeux ; nous l’avons ensuite démonté, & nous nous sommes donnés la peine de travailler.

Nous avons ensuite jetté sur le papier les choses ; puis nous avons fait revoir le tout par d’habiles manufacturiers.

Ce mémoire a deux parties. Dans la premiere, on verra l’ordre que nous avons suivi dans notre essai ; dans la seconde, ou dans les notes, on verra l’ordre que l’on suit dans une manufacture réglée.

Nous traiterons 1°. des parties en bois du métier, & de leur assemblage.

2°. Des parties en fil, en soie, en ficelle, & autres matieres, de leur disposition & de leur usage.

3°. Des outils, de leurs noms & de la maniere de s’en servir.

4°. De la main d’œuvre, du dessein, de la lecture, & de la maniere de travailler.

Du bois du métier. Les parties AB, ab, qui ont mêmes dimensions, mêmes façons & même situation, ont depuis A, a, jusqu’à B, b, 6 piés de longueur ; leur équarrissage est de 6 à 7 pouces ; elles s’assemblent par des tenons de dimensions convenables avec les pieces CD, cd. Elles sont perpendiculaires au plan & paralleles entre elles. On les appelle les piliers de devant du métier.

Les parties EF, ef, qui ont mêmes dimensions, mêmes façons, & même situation entr’elles, qui sont paralleles l’une à l’autre, & aux parties AB, ab, qui s’assemblent par des tenans aux pieces CD, cd, s’appellent les piliers de derriere.

Les parties CD, cd, qui ont mêmes dimensions, mêmes façons, même disposition, qui sont paralleles entr’elles, qui reçoivent dans leurs mortaises C, c, les tenons des piliers de devant, & dans leurs mortoises D, d, les tenons des piliers de derriere, ont 12 piés de longueur, sur 6 à 7 pouces d’équarrissage, & s’appellent les estases ou traverses d’en-haut.

Les estases ont à chacune de leur extrémité une ouverture quarrée ou oblongue G H, gh, qui reçoivent les tenons des deux pieces de bois Gg, Hh. Ces tenons sont percés, & peuvent admettre un petit coin de bois. Les pieces de bois servent, à l’aide des coins, à tenir les estases fermement à la même distance & sur le même parallélisme ; & on les appelle par cette raison les clés du métier.

On a pratiqué à l’extrémité inférieure de chacune des pieces AB, ab, une ouverture oblongue IK ; la piece de bois IK a deux tenons qui remplissent les ouvertures I & K, & chacun de ces tenons est percé, & peut admettre un petit coin qui sert, avec la piece IK, à tenir les piliers de devant fermement à la même distance, & sur le même parallélisme.

Il y a encore aux extrémités des quatre piliers quatre mortaises LM, lm, qui servent à recevoir les tenons de deux barres de bois LM, lm, paralleles entr’elles & aux estases, & servant à tenir paralleles entr’eux les piliers.

Ces barres LM, lm, ont, à une distance convenable, des piliers de derriere, chacune une ouverture oblongue NO. La piece NO a deux tenons qui entrent dans les mortaises N, O, & elle sert à plusieurs usages. Le premier est de tenir les barres LM, lm, paralleles & à la même distance. Le second est de soutenir les marches.

Les pieces PQ1, PQ2, PQ3, & qu’on voit ici au nombre de sept, percées par leur extrémité Q, traversées des pieces de fer rs, & soutenues au-dessus de la barre no, par deux pitons plantés dans cette barre, s’appellent les marches.

Il n’y en a que sept ici, mais il peut y en avoir davantage ; c’est selon l’ouvrage que l’on travaille. Par exemple, dans le velours à jardin, en supposant qu’il y ait cinq marches de pieces, il y a certainement quatre marches de poil.

Les barres Lm, lm, ont à leur extrémité L, l, chacune une mortaise. Cette mortaise reçoit l’extrémité de la piece TV, tu, dont le côté parallele au pilier de devant s’applique exactement contre ce pilier, & l’autre côté taillé en console a un autre usage, dont nous parlerons ci-après.

Elle est échancrée à sa partie supérieure ; & c’est dans cette échancrure circulaire que se place la moulure pratiquée à l’un des bouts de l’ensuple. Cette piece TV, tu, s’appelle tenon.

Avant que d’assembler avec les piliers les barres Lm, lm, & la traverse IK ; on passe les deux piliers de devant dans les ouvertures des morceaux de bois parallélogrammatiques XY, xy ; ils embrassent les piliers, & les tenons les tiennent fermement appliqués l’un à l’autre, & c’est sur leur extrémités XY, que l’ouvrier pose ses navettes. On les appelle banques.

Le pilier de devant, qui est à droite, est percé circulairement en Z. Cette ouverture reçoit un morceau de fer ou broche, dont l’extrémité cachée par le pilier est en vis, & s’arrête par un petit écrou de fer. Cette broche dans l’autre extrémité a une tête, passe à-travers une espece d’S de fer ou crochet, & fixe ce crochet au côté du pilier, comme on le voit. Ce crochet s’appelle chien. On voit la broche en Z, avec le chien. L’extrémité recourbée du chien est ouverte par le milieu, ou plutôt évidée. On verra dans la suite l’usage de cette configuration.

On a attaché parallélement entr’eux, aux deux piliers de derriere, deux morceaux de bois, faits comme deux valets, excepté que leur partie supérieure est échancrée circulairement ; cette échancrure circulaire reçoit la moulure de l’ensuple de derriere. Voyez ces morceaux de bois ou tasseaux de derriere, 1, 2. On les appelle oreillons.

On voit à la partie antérieure des estases deux petites tringles de bois placées intérieurement & parallélement de chaque côté, à chaque estase. Ces tringles sont dentelées. On les appelle acocats. Elle servent à avancer ou reculer le batant à discrétion. Voyez les acocats 34, 34.

Entre les deux piliers de devant est une planche supportée par ces deux piliers ; elle sert de siege à l’ouvrier, & s’appelle la banquette.

Voilà ce que l’on peut appeller la charpente ou la cage du métier. Cette cage est composée de toutes les parties dont nous venons de parler assemblées, comme on les voit dans la premiere figure, où l’on appercevra encore sous les banques une caisse ou coffre 5, pour recevoir l’ouvrage à mesure qu’il se fait, & entre les piliers de devant, les extrémités du derriere du siege de l’ouvrier.

Pour tenir l’ensuple fermement appliquée & contre l’échancrure circulaire des tenons, & contre la partie eminante de ces tenons au-dessus de la banque, on met un petit coin 6 entre le pilier & la moulure de l’ensuple. On appelle ce petit coin une taque.

Il y a encore à la surface intérieure des piliers de derriere parallélement à l’ensuple, deux broches de fer qui tiennent deux bobines, qu’on appelle restiers. Ces restiers sont montés de fils, qu’on appelle cordelines.

Il part du pilier de devant pour aller au pilier de derriere une corde, qu’on appelle corde de jointe. Il y a dans cette corde un roquet ou roquetin, qu’on appelle roquet de joime.

De la cantre. Imaginez un chassis ABCD, dont la forme soit parallélogrammatique, qui soit divisé longitudinalement par une tringle de bois qui coupe ses deux petits côtés en deux parties égales, & qui soit par conséquent parallele aux deux grands côtés ; que les grands côtés & la tringle de bois soient percés de trous correspondans, capables de recevoir des petites broches de fer, & de les tenir paralleles les unes aux autres, & aux petits côtés du chassis ; que ce chassis soit soutenu sur quatre piliers assemblés deux à deux, les deux de devant ensemble, pareillement les deux de derriere, par deux traverses, dont l’une passe de l’extrémité d’un des piliers de devant, à l’autre extrémité du pilier de devant ; & l’autre traverse passe de l’extrémité d’un des piliers de derriere à l’extrémité de l’autre pilier de derriere, que ces quatre piliers soient consolidés par une traverse qui s’assemble d’un bout avec la traverse des piliers d’en-haut, & de l’autre bout avec la traverse des piliers d’en-bas ; que les deux piliers d’en-haut ou les plus grands, soient de même hauteur ; que les deux piliers d’en-bas soient aussi entr’eux de la même hauteur, mais plus bas que les piliers d’en-haut ; que toutes ces parties soient assemblées les unes avec les autres, & leur assemblage formera la cantre.

La cantre en deux mots n’est donc autre chose qu’un chassis oblong, soutenu sur quatre piliers, dont les deux derniers sont plus hauts que les deux de devant, & partagé en deux parties égales par une traverse percée d’autant de trous qu’on veut à égale distance, dont chacun correspond à deux autres trous pratiqués aux grands côtés du chassis, capables de recevoir de petites broches de fer, & de les tenir paralleles aux petits côtés.

Il est nécessaire de donner plus d’élévation à la cantre d’un côté ou d’un bout que d’un autre. Cette différence d’hauteur empêche les branches des roquetins de se mêler ; & on peut à chaque instant appercevoir quand il y en a quelques-uns de cassés, ce qui ne pourroit pas paroître, si la hauteur étoit égale par-tout.

Nous supposerons ici les côtés de la cantre percés de 25 trous seulement.

La cantre se place entre les piliers de derriere du métier, & s’avance presque jusqu’à la traverse qui soutient les marches.

On a de petites broches toutes prêtes, avec des especes de petites bobines, qu’on appelle de roquetins.

Les broches sont fort minces, elles servent aux roquetins d’axes sur lesquels ils peuvent se mouvoir.

Il faut distinguer dans ces roquetins deux moulures principales ; l’une garnie de soie, & l’autre d’un fil, à l’extrémité duquel pend un petit morceau de plomb. La soie & le fil étant dévidés chacun sur leur moulure, en sens contraire, il est évident que si l’on prend un bout de la soie, & qu’on le tire, il ne pourra se dévider de dessus sa moulure, qu’en faisant monter le petit poids qui réagira contre la force qui tirera le bout de soie. Cette réaction tiendra toujours le fil de soie tendu, & ne l’empêchera pas de se dévider, la bobine entiere ou le roquetin pourront se mouvoir sur la petite broche de fer dans laquelle il est enfilé par un trou qui le traverse dans toute sa longueur.

On charge chacune des petites broches d’un nombre égal de roquetins, tous garnis de leur soie & de leur plomb ; ce nombre de roquetin est partagé sur chaque broche en deux parties égales par la traverse du chassis de la cantre, il faut observer en enfilant les roquetins dans les verges du chassis, de tourner le plomb de maniere que la soie se dévide en-dessus & non en-dessous.

La soie est de la même ou de différentes couleurs sur tous les roquetins, selon l’espece de velours qu’on se propose d’exécuter.

C’est le dessein qui fait varier le nombre des roquetins.

Nous supposerons ici que chaque verge portoit 8 roquetins.

La cantre étoit composée de 200 roquetins ; elle l’est ordinairement de huit cens & de mille. On voit maintenant l’usage de la traverse qui divise le chassis en deux parties égales, & qui met dans la supposition présente cent roquetins d’un côté, & cent de l’autre, ou quatre roquetins par broche d’un côté, & quatre de l’autre.

Des maillons, des mailles de corps & des aiguilles de plomb. Après qu’on a formé la cage du métier, garni la cantre de ses roquetins, & placé cette cantre entre les piliers de derriere du métier, de maniere que la chute de l’inclinaison du chassis soit tournée vers les marches.

On se pourvoit au-moins d’autant de petits anneaux de verre, tels que nous les allons décrire, qu’il y a des roquetins. Je dis au-moins ; car à parler exactement, on ne se regle point sur les roquetins de la cantre pour la quantité de maillons, aiguilles, &c. Au contraire, on ne forme la cantre que sur la quantité de cordages dont on veut monter le métier, parce qu’on fait des velours à 800 roquetins & à 1000, suivant la beauté qu’on veut donner à l’étoffe, les velours à 1000 étant plus beaux que ceux de 800. Dans ce cas, le métier est la premiere chose qu’on dispose, après quoi on se conforme à la quantité convenable des roquetins, ou à-proportion du cordage. Ces petits anneaux sont oblongs ; ils sont percés à leur extrémité de deux petits trous ronds ; & au milieu, ou entre ces deux petits trous ronds, d’un troisieme beaucoup plus grand, & à-peu-près quarré ; les bords de ces trois trous sont très-polis & très-arrondis. On appelle ces petits corps ou anneaux de verre, maillons.

Il faut avoir autant d’aiguilles de plomb qu’il y a de roquetins ou de maillons. Ces aiguilles de plomb sont percées à l’une de leur extrémité d’un petit trou, ont environ 3 lignes de longueur, & pesent à-peu-près chacune 2 onces.

On prend un fil fort, on en passe un bout dans un des trous ronds d’un maillon ; on ramene ce bout à l’autre bout, & on fait un nœud ordinaire avec tous les deux : on passe un autre fil dans l’autre trou rond du même maillon qu’on noue, comme on l’a prescrit pour le premier trou.

On garnit de la même maniere tous les maillons de deux fils doubles, passés chacun dans un de leurs trous ronds.

Puis on prend un maillon avec ces deux fils doubles ; on passe le nœud d’un de ces fils doubles dans le trou de l’aiguille, on prend le nœud de l’autre fil double, on le passe entre les deux brins de fil qui sont unis par le premier nœud, & l’aiguille de plomb se trouve attachée à l’extrémité nouée du premier des fils doubles.

On en fait autant à toutes les aiguilles, & l’on a quatre choses qui tiennent ensemble. Un premier fil double, dont les deux extrémités sont nouées ensemble, & qui forme une boucle dans laquelle l’un des trous ronds d’un maillon est enfilé ; le maillon ; un second fil double, dont les deux extrémités sont nouées ensemble, & qui forme une boucle dans laquelle l’autre trou rond du maillon est enfilé, & l’aiguille qui tient à l’extrémité nouée de ce second double fil.

Le premier fil double s’appelle maille de corps d’en-haut.

Le second fil double s’appelle maille de corps d’en-bas.

Il y a donc autant de mailles de corps d’en-haut que de maillons ; autant de maillons que de mailles de corps d’en-bas ; autant de mailles de corps d’en-bas que d’aiguilles, & autant d’aiguilles de mailles de corps d’en-bas, de maillons, de mailles de corps d’en-haut, que de roquetins.

Après ces premieres dispositions, on commence à monter le métier, ou à faire ce que les ouvriers appellent remettre.

Pour cet effet, on prend une tringle de bois, on la passe entre les fils des mailles de corps d’en haut, de maniere que tous les nœuds soient à côté les uns des autres ; on suppose cette tringle aux deux estases, ensorte que les maillons soient à la portée de la main de l’ouvrier assis.

On ne passe point de tringle de bois pour suspendre les maillons & les aiguilles. Dans le bon ordre, on attache chaque maille de corps d’en-haut à l’arcade qui doit la retenir ; l’arcade étant attachée à la corde de rame, tout le corps composé de mailles, maillons & aiguilles se trouve suspendu, comme il doit l’être lorsque le métier travaille. Nous expliquerons moins ici comment les choses s’exécutent dans une manufacture toute montée, & où l’on n’a rien à desirer du côté des commodités, que dans un lieu où tout manque, & où l’on se propose de monter un métier.

Il s’assied le dos tourné vers le devant du métier, la tringle & les mailles de corps sont entre lui & la cantre. Alors un autre ouvrier placé vers la cantre, prend le fil de soie du premier roquetin de la premiere rangée d’en-haut à gauche, & le donne au premier ouvrier qui le passe dans l’ouverture du milieu du premier maillon qu’il a à sa gauche ; on lui tend le fil de soie du second roquetin de la même rangée parallele au grand côté gauche de la cantre, qu’il passe dans le trou du milieu du second maillon à gauche ; on lui tend le fil du troisieme roquetin de la premiere rangée, parallele au grand côté gauche de la cantre, qu’il passe dans le trou du milieu de la premiere rangée parallele au grand côté gauche de la cantre, & ainsi de suite jusqu’à la fin de cette premiere rangée. Il passe à la seconde, sur laquelle il opere de la même maniere, en commençant ou par son premier roquetin d’en-haut, ou par son premier roquetin d’en-bas. Si l’on commence par le premier roquetin d’en-haut, on descendra jusqu’en-bas, & il faudra observer le même ordre jusqu’à la fin des rangées, commençant toujours chaque rangée par les premiers roquetins d’en-haut ; au-lieu que si après avoir commencé la premiere rangée par son premier roquetin d’en-haut, on commence la seconde par son premier roquetin d’en-bas ; il faudra commencer la troisieme par son premier roquetin d’en-haut, la quatrieme par son premier roquetin d’en-bas, & ainsi de-suite.

On verra dans la suite la raison de la liberté qu’on a sur cet arrangement, qui n’influe en rien sur l’ouvrage, mais seulement sur le mouvement de certains roquetins de la cantre, qui fournissent de la soie, & qui se reposeroient, si l’on avoit choisi un autre arrangement, lorsqu’on vient à tirer les cordes du sample.

Les fils de soie des roquetins sont collés au bord des roquetins, afin qu’on puisse les trouver plus commodément ; il faut que l’ouvrier qui les tend à l’autre ouvrier, ait l’attention de bien prendre tous les brins ; sans quoi la soie de son roquetin se mêlera ; il faudra la dépasser du maillon, & chercher un autre bout, ce qu’on a quelquefois bien de la peine à trouver, au point qu’il faut mettre un autre roquetin à la place du roquetin mêlé. Les 200 fils de roquetin de la cantre se trouveront donc passés dans les 200 maillons ; le premier fil de la premiere rangée à gauche du haut de la cantre, dans le premier maillon à gauche, & ainsi de suite dans l’un ou l’autre des ordres dont nous avons parlé.

Il faut observer que celui qui reçoit & passe les fils des roquetins dans les maillons, les reçoit avec un petit instrument qui lui facilite cette opération. Ce petit instrument n’est autre chose qu’un fil-de-laiton assez mince, dont l’ouvrier tient un bout dans sa main ; son autre bout est recourbé, & forme une espece de petit hameçon ; il passe cet hameçon dans le trou du milieu du maillon, accroche & attire à soi le fil de soie qui lui est tendu, & qui suit sans peine le bec de l’instrument à-travers le maillon. Cet instrument s’appelle une passette.

L’ouvrier a à côté de soi, à sa gauche, une autre tringle de bois placée perpendiculairement & posée contre les suspensoirs de la premiere tringle, qui soutient les mailles de corps ; cette seconde tringle soutient une navette qu’on y a attachée, & l’ouvrier passe derriere cette navette les fils des roquetins, à mesure qu’il les amene avec la passette à-travers les maillons ; ils sont arrêtés là entre le dos de la navette & la tringle, & ne peuvent s’échapper.

Lorsqu’il y en a un certain nombre de passés à-travers les maillons, & de retenus entre la tringle & la navette, il les prend tous, & forme un nœud commun à leur extrémité ; ce nœud les arrête & les empêche de s’échapper, comme ils en font effort en vertu des petits plombs qui pendent des roquetins, & qui tirent en sens contraire.

Ces paquets de fils de roquetins noués & passés par les maillons, s’appellent des berlins. Ainsi faire un berlin, c’est nouer un paquet de fils de roquetins passés par les maillons, afin de les empêcher de s’échapper.

Après qu’on a passé tous les fils de roquetins par les maillons, on place le cassin.

Pour procéder méthodiquement, le cassin & tout ce qui en dépend, peut & même doit être placé avant que de placer les branches des roquetins dans les maillons.

Imaginez deux morceaux de bois de quatre piés de longueur sur trois pouces d’équarrissage, assemblés parallelement à un pié & demi de distance l’un de l’autre par deux petites traverses enmortaisées à deux pouces de chacune de leurs extrémités ; concevez sur chacun de ces deux morceaux de bois un triangle rectangle, construit de deux morceaux de bois, dont l’un long de quatre piés sur trois pouces d’équarrissage, fasse la base, & l’autre long de deux piés sur trois pouces d’équarrissage, fasse le côté perpendiculaire. Ces deux côtés s’emmortaisent ensemble par leurs extrémités qui forment l’angle, & par leurs deux autres extremités avec l’une des deux pieces dont nous avons parlé d’abord. Imaginez ensuite une petite traverse qui tienne les deux extrémités des triangles fixes dans la même position, ensorte que les deux triangles placés parallelement ne s’inclinent point l’un vers l’autre, & une autre traverse placée parallelement à la précédente de l’une à l’autre base des triangles, à une distance plus ou moins grande de celle du sommet, selon l’ouvrage que l’on a à exécuter.

Soit cet intervalle parallelogrammatique formé par deux parties égales des bases, & deux traverses paralleles, dont l’une va d’un des sommets des triangles à l’autre, & l’autre coupe les deux bases ; soit, dis-je, cet intervalle rempli de petites poulies, nous supposerons ici qu’il y en a cinq rangées de dix chacune, paralleles aux traverses, ou dix rangées de cinq chacune, paralleles aux parties des bases on aux deux autres côtés de l’espace parallelogrammatique. Cet assemblage des deux morceaux de bois fixés parallelement par deux traverses, & sur chacun desquels on construit un triangle, qu’on tient paralleles par deux autres traverses, & où ces traverses forment avec les parties des bases qu’elles coupent, une espace parallelogrammatique, un espace rempli de poulies rangées parallelement, est ce qu’on appelle un cassin.

On pose cette machine sur les deux estases du métier, de maniere que les cassins de sa base soient perpendiculaires aux estases, & que les bases des triangles soient tournées vers quelque mur voisin. Il faut aussi laisser entre le cassin & les piliers de devant du métier une certaine distance, parce que cette distance doit être occupée par plusieurs lisses, par l’ensuple. Fixez le cassin sur les estases avec de bonnes cordes qui le tiennent immobile, & même en état de résister à quelque effort. C’est pour lui faciliter cette résistance, & par une autre raison qu’on concevra mieux dans la suite, je veux dire de laisser de l’intervalle & un jeu plus libre aux ficelles qui passent sur les poulies, qu’elles ont été disposées sur les bases, & non sur les côtés des triangles ; car il semble d’abord qu’on eût pu s’épargner les bases, en plaçant les poulies sur les côtés perpendiculaires des triangles.

Cela fait, cherchez contre le mur qui regarde les devants du cassin, un point un peu plus élevé que le sommet du cassin, mais répondant perpendiculairement au milieu de la traverse d’en-haut du cassin. Plantez en ce point un piton de fer qui soit fort ; passez-y une corde à laquelle soit attaché par le milieu un gros bâton : ce bâton s’appelle bâton des cramaillieres du rame.

Attachez à chaque extrémité de ce bâton deux cordes doublées, afin que le bâton puisse tenir dans la boucle d’un des doubles, & qu’on puisse fixer un autre bâton dans l’autre boucle. On appelle ces cordes cramailleres du rame ; & l’autre bâton qui est retenu par cramailleres, qui est tourné, & auquel on a pratiqué deux moulures, une à chaque extrémité, dans lesquelles sont placées les boucles des extrémités des cramailleres, s’appelle bâton de rame.

Sur ces bâtons sont montées autant de cordes qui l’environnent par un bout, & d’une longueur telle que leur autre extrémité passant sur les poulies du cassin, puisse descendre jusqu’entre les estases.

On commence par enverger ces cordes, afin qu’on puisse les séparer facilement, & les faire passer chacune sur la poulie qui leur convient.

Pour enverger ces cordes & tout autre paquet de cordes, on les laisse pendre, puis on tient l’index de la main gauche & le pouce paralleles ; on prend la premiere, on la place sur l’index, & on la fait passer sous le pouce. On prend la seconde corde qu’on fait passer sous l’index & sur le pouce ; la troisieme qu’on fait passer sur l’index & sous le pouce ; la quatrieme qu’on fait passer sous l’index & sur le pouce, & ainsi de suite. Il est évident que toutes ces cordes se trouveront rangées sur les doigts de la même maniere que sur le bâton de rame, & qu’elles feront angle entre les doigts, c’est-à-dire qu’elles seront croisées ; on prend ensuite une ficelle dont on passe un bout le long de l’index, & l’autre bout en même sens le long du pouce ; on prend ensuite les extrémités de cette ficelle, & on les noue : ce qui tient les cordes de rame croisées.

La totalité de ces cordes passées sur les poulies du cassin s’appelle le rame.

Il y a autant de cordes de rame que de poulies au cassin, par conséquent dans l’exemple que nous avons choisi, il y a cinquante cordes de rame.

La premiere corde de rame à gauche passe sur la premiere poulie d’en-bas de la premiere rangée parallele au côté gauche du cassin ; la seconde corde passe sur la seconde poulie en montant de la même rangée ; la troisieme corde sur la troisieme poulie en montant de la même rangée ; la quatrieme corde sur la quatrieme poulie en montant de la même rangée ; la cinquieme corde sur la cinquieme poulie en montant ; la sixieme corde sur la premiere poulie d’enbas de la seconde rangée ; la septieme corde sur la seconde poulie en montant de la seconde rangée, la huitieme corde sur la troisieme poulie, & ainsi de suite en zigzag de rangées en rangées.

Quand on a passé toutes les cordes du rame sur les poulies du cassin dans l’ordre que nous venons d’indiquer, on en fait un berlin, c’est-à-dire qu’on les lie toutes en paquet par le bout, afin qu’elles ne s’échappent point.

Il y a dans chacune de ces cordes du rame un petit anneau de fer enfilé. On appelle cet anneau œil de perdrix.

Les cordes du rame passées sur les poulies, on a des ficelles qu’on plie en deux ; on prend une, deux ou trois de ces ficelles, on les plie toutes ensemble en deux, & on y fait ensuite une boucle, d’où il arrive qu’il part du nœud de chaque boucle deux, quatre, six, huit & dix bouts ; on prépare de ces petits faisceaux de cordes, autant qu’on a de poulies au cassin : il en faut donc cinquante ici. Ce sont ces faisceaux de cordes pliées en deux & jointes ensemble par le nœud d’une boucle, une-à-une, ou deux-à-deux, ou trois-à-trois, qu’on appelle arcades. Il faut qu’il y ait autant de bouts de ficelles aux arcades que de roquetins à la cantre, que de maillons, que de mailles de corps, & il faut qu’il y ait à chaque boucle des arcades, autant de bouts que l’on veut que le dessein soit répeté de fois sur la largeur de l’étoffe. Dans l’exemple proposé, nous voulons que le dessein soit répeté quatre fois ; il faut donc prendre deux ficelles, les plier en deux, & les unir par une boucle, au-delà du nœud, de laquelle il partira quatre bouts.

Après qu’on a préparé les ficelles ou faisceaux, ou boucles, qui doivent former les arcades, on a une planche percée d’autant de trous qu’il y a de bouts de ficelles aux arcades, ou de mailles de corps, ou de maillons, ou de fils de roquetins, ou de roquetins à la cantre.

Les trous de cet ais percé sont par rangées ; il y a autant de trous sur la largeur de la planche qu’il a de poulies dans une rangée du cassin parallele au côté du cassin.

On peut considérer ces rangées, ou relativement à la longueur de la planche, ou relativement à sa largeur. Je vais les considérer relativement à la largeur & relativement à la longueur. Commençons par la longueur. Il est évident que les quatre ficelles qui partent d’un faisceau d’arcades, étant destinées à rendre quatre fois le dessein, par conséquent destinées à lever chacune la premiere de chaque quart du nombre des mailles de corps, puisque toutes les mailles de corps sont destinées toutes à former toute la largeur de l’étoffe, & que le dessein doit être répeté quatre fois dans toute la largeur de l’étoffe ; or il y a 200 mailles de corps : donc les quatre brins du premier faisceau d’arcades répondront à la premiere corde de maille de chaque cinquantaine ; en deux cens il n’y a que quatre cinquantaines. En supposant donc quarante trous selon la longueur de la planche par rangées, & cinq trous par rangées selon la largeur, il est évident que la planche sera percée de deux cens trous, & qu’en faisant passer la premiere ficelle du premier faisceau d’arcade dans le premier des dix premiers trous de la premiere rangée longitudinale, la seconde ficelle du même faisceau dans le premier trou de la seconde dixaine ; la troisieme dans le premier trou de la troisieme dixaine, & la quatrieme dans le premier trou de la quatrieme dixaine ; ces quatre brins répondront à la premiere de chaque quart des trous ; car puisqu’il y a quarante trous sur chaque rangée longitudinale, & cinq trous sur chaque rangée latitudinale, on aura cinq fois dix trous ou cinquante trous, avant que d’en venir au second brin, cinq fois encore dix trous, avant que d’en venir à la seconde ficelle du même faisceau ou cinquante autres trous, & ainsi de suite.

Ces trous sur la planche sont à quelque distance les uns des autres, & sont percés en tiers point, ou ne se correspondent pas. On a suivi cet arrangement pour faciliter le mouvement de toutes ces cordes.

On passe la premiere ficelle du premier faisceau d’arcade dans le premier trou en commençant à gauche de la premiere rangée latitudinale : la premiere du second faisceau dans le second trou de la même rangée : la premiere du troisieme faisceau dans le troisieme trou de la même rangée : la premiere du quatrieme faisceau dans le quatrieme trou de la même rangée : la premiere du cinquieme faisceau dans le cinquieme trou de la même rangée. On passe la premiere ficelle du sixieme faisceau dans le premier trou en commençant à droite de la seconde rangée latitudinale ; la premiere du septieme faisceau dans le second trou de la même rangée, ainsi de suite jusqu’à cinquante ; quand on est parvenu à cinquante, il est évident qu’on a épuisé toutes les premieres ficelles de tous les faisceaux d’arcades, & qu’on rencontre alors les secondes. On passe les cinquante secondes comme les cinquante premieres, les cinquante troisiemes comme les cinquante secondes, les cinquante quatriemes comme les cinquante troisiemes ; & les deux cens cordes d’arcades se trouvent passées dans les deux cens trous de l’ais percé.

Voyons maintenant ce que deviendra cet ais percé de ses cinquante trous, dans lesquels passent deux cens fils dans l’ordre que nous venons de dire, de maniere qu’ils se meuvent tous quatre-à-quatre, les quatre du premier faisceau par les quatre premiers trous de chaque cinquante, les quatre du second faisceau par les quatre seconds trous de chaque cinquantaine, les quatre du troisieme faisceau par les quatre troisiemes trous des quatre cinquantaines, & ainsi de suite. On fait un berlin de tous ces bouts de ficelle, afin qu’ils ne s’échappent point des trous de l’ais, & l’on enfile dans une broche de fer tous les faisceaux, en faisant passer la broche par les boucles de chaque faisceau.

On suspend ensuite cet ais percé par deux ficelles qui l’embrassent aux estases ; sa longueur tournée vers le devant du métier. Les bouts des ficelles qui passent par ses trous, s’étendent vers les mailles de corps, & les faisceaux enfilés dans la broche sont tournés vers le cassin.

On prend la premiere maille de corps, & on l’attache au premier bout des ficelles d’arcades qui passe par le premier trou à gauche de la rangée latitudinale, ou de cinq trous ; on attache la seconde maille de corps à la seconde ficelle qui passe par le second trou de la même rangée ; la troisieme maille, à la troisieme ficelle de la même rangée ; la quatrieme maille à la quatrieme ficelle de la même rangée ; la cinquieme maille à la cinquieme ficelle de la même rangée ; la sixieme maille à la premiere ficelle qui passe par le premier trou à droite de la seconde rangée, parallele à la précédente ; la septieme maille à la seconde ficelle du second trou de la même rangée, & ainsi de suite.

L’usage est d’attacher les arcades aux cordes de rame, avant que d’attacher les mailles de corps aux arcades. Car comment seroit soutenue l’arcade, la maille du corps y étant attachée, si l’arcade même n’est pas attachée à quelque chose ? D’ailleurs quel embarras ne seroit-ce pas de manier toutes ces mailles de corps dont le maillon seroit rempli de soie ? Convenons donc que la maille de corps & le maillon, seront plus aisés à manier quand ils seront vuides, que quand ils seront pleins.

De-là on passe au cassin ; on prend la ficelle qui passe sur la premiere poulie d’en-bas de la rangée de cinq poulies paralleles au côté gauche du cassin, & l’on y attache le premier faisceau d’arcades, ou le faisceau dont le premier bout passe dans le premier trou à gauche de la premiere rangée latitudinale. On prend la ficelle qui passe sur la seconde poulie, en montant de la même rangée, & l’on y attache le second faisceau d’arcades, ou celui dont le premier bout passe dans le second trou de la même rangée latitudinale. On prend la ficelle qui passe sur la troisieme poulie en montant de la même rangée, & on y attache le troisieme faisceau d’arcades, ou celui dont le premier bout passe par le troisieme trou de la premiere rangée latitudinale. On prend le quatrieme faisceau d’arcades, ou celui dont le premier bout passe par le quatrieme trou de la premiere rangée latitudinale, & on l’attache à la ficelle qui passe sur la quatrieme poulie en montant de la même rangée. On prend la ficelle de la cinquieme poulie en montant de la même rangée, & on y attache le cinquieme faisceau d’arcades, ou le faisceau dont le premier bout passe par le cinquieme trou de la premiere rangée latitudinale. On prend la ficelle qui passe sur la premiere poulie d’en-haut de la seconde rangée, & on y attache le sixieme faisceau d’arcade, ou celui dont le premier bout passe dans le premier trou à droite de la seconde rangée latitudinale, & ainsi de suite pour les autres ficelles & les autres faisceaux d’arcades.

Il s’ensuit de cet arrangement, qu’il y a autant de cordes de rames que de poulies au cassin, que de faisceaux d’arcades, ou quatre fois plus que de ficelles d’arcades, ou quatre fois moins que de trous à la planche, ou quatre fois moins que de mailles de corps, que de maillons, que de fils de roquetins, que de mailles de corps d’en-bas, & que d’aiguilles de plomb.

Les mailles de corps, maillons, mailles de corps, & les mailles d’en-bas, forment donc avec une partie des arcades qui est au-dessous de la planche, une espece de parallelepipede de ficelles, dont la hauteur est de quatre à cinq piés, dont les faces tournées vers le devant & derriere du métier sont faites de quarante ficelles, & celles qui sont paralleles aux côtés du métier, sont faites de cinq ficelles, & dont la masse est de deux cens ficelles.

Voici une table qui représente à merveille les rapports & les correspondances des roquetins, des fils de roquetins ou maillons, des mailles de corps, des arcades, de la planche percée, des poulies du cassin, & du rame.

Les ficelles d’arcades qui sont au-dessus de l’ais percé, forment une espece de pyramide à quatre faces, dont le sommet est tourné vers le cassin, & est placé aux nœuds des arcades des cordes de rames, & dont les faces qui regardent le devant & le derriere du métier ont quarante ficelles, & celles qui regardent les côtés ont cinq ficelles.

La partie des cordes de rames qui va des arcades aux poulies du cassin, est une autre pyramide à quatre côtes, opposée au sommet à la précédente inclinée sur le plan dans lequel sont placées les poulies du cassin ; ses faces tournées vers le devant & derriere du métier n’ont que cinq ficelles, & ses faces tournées vers les côtés du métier en ont dix. Cela est évident pour quiconque a bien entendu tout ce que nous avons dit jusqu’à présent. Encyclopedie-16-p888-velours.jpg

1 26 1 26 : 1 26 1 26 Voilà la cantre avec ses roquetins. Les fils des roquetins répondent aux maillons de même chiffre & dans le même rang.
2 27 2 27 . 2 27 2 27
3 28 3 28 . 3 28 3 28
4 29 4 29 . 4 29 4 29
5 30 5 30 . 5 30 5 30
6 31 6 31 . 6 31 6 31
7 32 7 32 . 7 32 7 32
8 33 8 33 . 8 33 8 33
9 34 9 34 . 9 34 9 34
10 35 10 35 . 10 35 10 35
| | | | . | | | |
25 50 25 50 . 25 50 25 50
A B C D E F G H
Aiguilles, mailles de corps d’en-bas, mailles de corps d’en-haut.
1.2.3.4.5.6.7.8.9.10.11.12.13.14.&c.-50. 1.2.3.4.5.6.7.8.9.10.11.12.13.14.&c.-50. 1.2.3.4.5.6.7.8.9.10.11.12.13.14.&c.-50. 1.2.3.4.5.6.7.8.9.10.11.12.13.14.&c.-50.
A   B C D E F G H
5 15 25 35 45 5 15 25 35 45 5 15 25 35 45 5 15 25 35 45
6 16 26 36 46 6 16 26 36 46 6 16 26 36 46 6 16 26 36 46
4 14 24 34 44 4 14 24 34 44 4 14 24 34 44 4 14 24 34 44
7 17 27 37 47 7 17 27 37 47 7 17 27 37 47 7 17 27 37 47
3 13 23 33 43 3 13 23 33 43 3 13 23 33 43 3 13 23 33 43
8 18 28 38 48 8 18 28 38 48 8 18 28 38 48 8 18 28 38 48
2 12 22 32 42 2 12 22 32 42 2 12 22 32 42 2 12 22 32 42
9 19 29 39 49 9 19 29 39 49 9 19 29 39 49 9 19 29 39 49
1 11 21 31 41 1 11 21 31 41 1 11 21 31 41 1 11 21 31 41
10 20 30 40 50 10 20 30 40 50 10 20 30 40 50 10 20 30 40 50
A B C D E F G H
 
Ais ou planche percée, sa figure, ses trous, leurs dispositions, ou celle des fils d’arcade, ou la nouvelle forme que prennent les mailles de corps. On voit les mailles de corps partagées en cinquantaine. La cinquantaine GH des mailles de corps répond à la cinquantaine GH, & ainsi de suite ; & les mailles de chaque cinquantaine, aux trous marqués des mêmes chiffres.
 
Cassin. Chaque ficelle du rame, ou chaque poulie du cassin tire les quatre arcades du même chiffre, les quatre maillons, & fait mouvoir les quatre roquetins.
46 45 36 35 26 25 16 15 6 5
47 44 37 34 27 24 17 14 7 4
48 43 38 33 28 23 18 13 8 3
49 42 39 32 29 22 19 12 9 2
50 41 40 31 30 21 20 11 10 1
H

Cela fait, on peut tirer la tringle de bois attachée aux estases, & qui soutenoit les mailles de corps ; elles tiennent maintenant aux arcades, les arcades aux ficelles du rame, & les cordes du rame au bâton de rame, le bâton de rame aux cramailleres, & les cramailleres à leur bâton, leur bâton à deux cordes, & ces cordes à un point fixe.

Il faut observer qu’en attachant les mailles de corps aux arcades, & les arcades aux cordes de rames, on a fait d’abord des boucles & non des nœuds, afin de pouvoir mettre toutes les ficelles de longueur convenable, tenir les maillons à-peu-près de niveau les uns aux autres, partant les nœuds des mailles de corps tous dans un même plan horisontal, de même que les nœuds des arcades & des cordes de rame.

C’est ici le lieu d’apprendre à faire un nœud fort commode, à l’aide duquel sans rien dénouer en tirant l’un ou l’autre des côtés du nœud, on fait descendre ou monter un objet. Voici comment on s’y prendra : prenez un bout de ficelle de telle longueur qu’il vous plaira ; attachez-en un bout à un objet fixe ; faites une boucle à un pouce de cet objet ; que cette boucle ne soit ni grande ni petite ; prenez le bout qui reste de la ficelle après la boucle faite ; passez-le dans la boucle, en sorte que cela forme une seconde boucle : prenez l’extrémité du bout passé dans la premiere boucle ; passez ce bout dans la seconde boucle, de maniere que vous en ayez même une troisieme ; vous arrêterez cette troisieme boucle, en nouant le bout de la ficelle, avec la partie qui forme la troisieme boucle, & laissant subsister cette troisieme boucle.

Cela fait, on prend l’ensuple de derriere sur laquelle est disposée la soie croisée sur le dévidoir, & tenue croisée par le moyen d’un petit cordon de soie dont on passe un des bouts le long des angles que font les fils croisés, ramenant le même bout le long des autres angles opposés au sommet des mêmes fils croisés, & nouant ensuite les deux bouts ensemble.

L’ensuple de derriere est un rouleau de bois auquel on a pratiqué à chaque extrémité, une moulure dans laquelle s’applique les deux tasseaux échancrés attachés aux piliers de derriere du métier. On dispose la soie sur l’ensuple, en la faisant passer à-travers un rateau ou une espece de peigne : au sortir des dents du peigne, on prend les bouts de soie ; on a deux petites baguettes rondes, entre lesquelles on les serre ; on enveloppe d’un tour ou deux ces baguettes avec la soie ; il y a une rainure dans l’ensuple ; on enferme ces deux baguettes dans la rainure ; on continue d’envelopper ensuite la soie sur l’ensuple, à mesure qu’elle sort du peigne, jusqu’à ce qu’on soit à la fin.

C’est dans cet état qu’est l’ensuple, lorsqu’on la met sur les tasseaux échancrés.

Pour achever le montage du métier.

On est deux : l’un entre le corps de mailles & l’ensuple de derriere, & l’autre entre l’ensuple de devant ou les deux piliers de devant, & le corps.

On commence par substituer des enverjures à la ficelle, qui passoit par les angles opposés au sommet formé par les fils.

Ces enverjures sont des bâtons percés par leur longueur ; lorsqu’ils sont à la place du cordon, & qu’ils tiennent les fils de soie croisés, on les arrête chacun d’un petit cordon de soie qu’on noue, afin que s’ils venoient à s’échapper d’entre les soies, elles ne se mêlassent point, mais qu’on pût toujours replacer les bâtons, les séparer, & les tenir croisés.

Cela fait, celui qui est entre l’ensuple de derriere & les mailles de corps, divise les fils de soie par berlins qu’il tient de la main gauche ; de la droite, il sépare les fils avec le doigt par le moyen des enverjures. Pour concevoir cette séparation, imaginez deux fils croisés & formant deux angles opposés au sommet où ils sont appliqués l’un contre l’autre. Il est évident que si ces deux fils sont tenus croisés par deux bâtons passés entre les deux côtés d’un angle d’un côté, & les deux côtés d’un angle de l’autre, le sommet de l’angle se trouvera entre les bâtons ; de plus que si la partie d’un des fils qui forme un côté d’un des angles, passe dessus un des bâtons, la partie qui forme le côté de l’autre angle passera dessous, & qu’en supposant que la partie du fil que l’ouvrier a de son côté qui forme le côté de l’angle qui est à gauche, passe sous le bâton qui est à gauche, l’autre passera dessous le bâton qui est à droite, & qu’en pressant du doigt cette derniere partie, on séparera très-distinctement un des fils de l’autre ; & que s’il y en avoit un troisieme qui croisât le dernier, c’est-à-dire, dont la partie qui fait le côté de l’angle qui est à gauche, passât sur le bâton, & l’autre dessous, en pressant du doigt la premiere partie de ce fil, on la feroit sortir ou l’écarteroit du second fil.

Il est encore évident qu’on fait sortir de cette maniere les fils les uns après les autres, selon leur vraie disposition, & que s’il en manquoit un qui se fût rompu, on connoîtroit toujours sa place.

Car il faut pour faire sortir les fils presser du doigt alternativement la partie de fils qui passent dessus & qui passent dessous les bâtons ; au lieu que s’il manquoit un fil, il faudroit presser deux fois du même côté. S’il manquoit un fil, il s’en trouveroit deux sur une même verge ; ce qui s’appelle en terme de l’art soraire.

L’ouvrier qui tient la chaîne de la main gauche, sépare les fils les uns après les autres, par le moyen de leur encroisement & des enverjures, avec l’un des doigts de la droite ; observant bien de ne pas prendre un brin pour un fil, cela est fort facile.

Comme il y a beaucoup plus de fils à la chaîne que de fils de poil ou de roquetins, ou de mailles de corps, & que l’opération que je décris consiste à distribuer également tous les fils de la chaîne entre les mailles de corps, il est évident qu’il passera entre chaque maille de corps un nombre plus ou moins grands de fils de chaîne, qu’il y aura moins de roquetins & plus de fils de chaîne.

Ici nous avons supposé deux cens roquetins, & par conséquent deux cens mailles de corps ; nous allons maintenant supposer douze cens fils à la chaîne, sans compter ceux de la lisiere qu’on fait ordinairement d’une autre couleur. Pour savoir combien il faut placer de fils de chaîne entre chaque fil de roquetin ou maille de corps, il n’y a qu’à diviser le nombre des fils de chaîne par celui des mailles de corps, & dire par conséquent ici, en 1200 combien de fois 200, ou en 12 combien de fois deux ; on trouve 6, c’est-à-dire, qu’il faut distribuer entre chaque maille de corps, six fils de chaîne.

Mais en distribuant entre chaque maille de corps six fils de chaîne, il y aura une maille de corps qui se trouvera libre, que la chaîne n’embrassera pas ; mais la chaîne faisant le fond de l’étoffe, & les mailles de corps ne servant qu’au mouvement des fils de roquetins qui sont destinés à figurer sur le fond de l’étoffe ; il faut que tous ces fils de roquetins soient embrassés par les fils de chaîne.

Comment donc faire ? car voici deux conditions qui semblent se contredire ; l’une que les mailles de corps soient toutes prises dans la chaîne, & l’autre que la chaîne soit également distribuée entre les mailles de corps.

Voici comment on s’y prend. Par exemple dans le cas présent on commence par mettre trois fils de chaine sur la premiere maille de corps, ou hors du corps, on met ensuite six fils de chaine entre la premiere & la seconde maille de corps, six entre la seconde & la troisieme, & ainsi de suite.

D’où il arrive qu’il reste à la deux centieme maille de corps, trois fils de chaîne qui sont sur elle & hors du corps, & que l’on satisfait à toutes les conditions, ainsi l’ouvrier qui est entre le corps & l’ensuble de derriere, commence dans le cas dont il s’agit, par séparer avec un des doigts de la main droite, trois fils de chaîne, qu’il donne à l’ouvrier qui est entre le corps & l’ensuble de devant ; cet ouvrier les prend & les met entre une navette attachée à une tringle de bois fixée à son côté gauche, à l’estase, ou au cassin. Le premier ouvrier sépare six fils de chaînes, qu’il tend au second, qui les passe entre la premiere & la seconde maille de corps, & ainsi de suite jusqu’à la fin de la chaîne & des mailles de corps.

Les mailles de corps & les maillons ou fils de roquetin sont placés de maniere que la chaîne passe au-dessus des maillons ou fils de roquetins, à-peu-près de la hauteur de trois ou quatre pouces.

Il faut observer deux choses, c’est qu’il y a sur la premiere & la derniere maille de corps, outre les trois fils de chaîne dont nous avons parlé, les fils qui doivent composer la lisiere, qui sont en plus ou moins grand nombre, selon que l’on veut que la lisiere soit plus ou moins grande, ou forte ; ici il y a de chaque côté du corps pour faire la lisiere, quarante fils ; ces fils de la lisiere sont placés sur l’ensuble de derriere avec la chaîne, & envergés comme elle.

Après cette premiere distribution, on prend le châtelet, ou autrement dit la petite carette, & on la place sur les estases à côté du cassin ; ou plutôt tout cela doit être placé avant aucune opération.

La belle & bonne méthode pour monter un métier, soit velours, soit broché, est de bien ajuster & attacher le rame, les arcades & le corps, les ayant passés ainsi qu’il vient d’être exposé ; après quoi on enverge les mailles de corps selon l’ordre qu’elles ont été passées, & on passe dans l’envergure deux cannes ou baguettes assez fortes pour rendre le corps parallele à l’ensuple de devant ou de derriere : on fait descendre les deux cannes ou baguettes, près des aiguilles, à quatre pouces environ de distance l’une de l’autre, & quand il s’agit de passer les branches de roquetin dans les maillons, on n’a besoin que de suivre l’envergeure du corps. Ordinairement on passe la chaîne du velours entre les maillons, & après que la chaîne est passée, on tire l’envergure qui devient inutile, parce que chaque maille de corps est suffisamment séparée par les fils de la chaîne, qui ont précédé cette opération. Les roquetins sont toujours passés les derniers, au-lieu qu’ici c’est la premiere chose par laquelle on a débuté pour plus de clarté.

Pour se former une idée de la carette, imaginez, comme au cassin, deux morceaux de bois paralleles, de même grosseur, longueur, & tenus à quelque distance l’un de l’autre, & parallelement par deux petites traverses. Sur chacun de ces morceaux, on en assemble deux autres perpendiculairement, à quelque distance de l’extrémité des premiers qui servent de base à la carette ou au chatelet ; ces deux derniers ont plus ou moins de hauteur ; ils sont percés par leur extrémité chacun d’un trou corespondant qui puisse recevoir une verge de fer.

Perpendiculairement à l’extrémité des pieces qui servent de base, & parallélement à ces morceaux perpendiculaires & percés, on en éleve deux autres qui s’assemblent avec la piece de base, qui sont un peu plus bas que les morceaux percés, & qui sont assemblés par leur extrémité par une traverse.

On a autant de petits morceaux de bois plats, & allant un peu en diminuant par les bouts, de la longueur de trois piés, & percés tous par le milieu, qu’il y a de lisses à l’ouvrage : on enfile ces morceaux de bois dans la verge de fer : on met entre chacun & les deux pieces perpendiculaires de la carette qui doit leur servir d’appui, en recevant dans les trous faits à leur extrémité, la broche qui les traverse, des petites roulettes de bois pour tenir ces especes de petits leviers séparés, qui outre les trous qui sont au milieu, en ont encore chacun un à chaque extrémité, dans une direction contraire à celui du milieu : car ces trous des extrémités sont percés de bas en haut, & ceux du milieu sont percés horisontalement ; on appelle ces petits leviers aleirons ; la verge de fer leur sert de point d’appui, & leur queue est soutenue sur la traverse des petites pieces perpendiculaires à l’extrémité des deux pieces qui sont paralle les aux morceaux percés qui reçoivent la broche ou fil de fer. Cet assemblage des aleirons, des morceaux de bois parallelement tenus par des traverses, des deux pieces percées par le haut & fixées à quelque distance des pieces paralle les de bases, & des deux autres moindres pieces, moins hautes que les précédentes, & assemblées par une traverse qui joint leur bout & placés tout-à-fait à l’extrémité des pieces de base & moins haute que les pieces percées ; cet assemblage s’appelle la carette ou le châtelet ; on le met à quelque distance du cassin, sur les estases, les extrémités du devant des aleirons répondans à l’endroit où doivent être placées les lisses, & les extrémités de derriere des aleirons, ou ceux qui portent sur la traverse & qui sont plus bas, débordant l’estase : on fixe le chatelet ou la carette dans cet état.

La carette fixée, on prend des ficelles qu’on passe par l’extrémité de derriere des aleirons, & on attache à ces ficelles des contrepoids capables de faire relever les extrémités de devant des aleirons lorsqu’ils seront tirés, il y a un contrepoids à chaque aleiron ; les ficelles qui joignent des extrémités de derriere des aleirons, aux contrepoids, sont passées auparavant dans un petit morceau de bois plat percé d’autant de trous qu’il y a de ficelles ; ces petits morceaux de bois empêchent les contrepoids de se mêler, & tiennent les ficelles dans une direction toujours parallele : on appelle les contrepoids carreaux ; ensuite on prend des ficelles qu’on plie en quatre ; il faut qu’elles aient, pliées en quatre, environ un pouce & demi de longueur ; ces ficelles pliées en quatre, forment deux boucles à l’une de leur extrémité : on fait un gros nœud à l’autre, de maniere qu’en passant les quatre brins par le trou fait à l’extrémité de devant des aleirons, ils ne s’en échapassent pas, ces quatre brins formant deux boucles, passées par le trou des aleirons, sont tournées en bas vers les marches ; & le nœud est en-dessus des aleirons : on prend autant de ces ficelles pliées en quatre, qu’il y a d’aleirons, & on les en garnit tous comme nous venons de dire.

Puis à chacune de ces boucles, on pratique le nœud coulant que nous avons appris à former, ce nœud à l’aide duquel un objet monte ou descend à discrétion ; il part donc deux boucles de l’extrémité de chaque aleiron, & de chacune de ces boucles, un nœud coulant.

Ces nœuds coulans sont destinés à tenir les lisses suspendues à la hauteur convenable ; il faut que les mailles des lisses de chaîne ou de piece, soient paralleles à la partie supérieure de l’ensuple de devant & de derriere, ensorte que les fils de chaîne, les mailles de remisse, ou de toutes les lisses de piece ou de chaîne, & la partie supérieure des ensuples, sont toutes dans un même plan horisontal.

On suspend ensuite les lisses de chaînes aux nœuds coulans qui partent des extrémités des aleirons, & on les tient dans la situation que nous venons d’indiquer.

Mais pour bien entendre ceci, il faut savoir ce que c’est qu’une lisse.

Il faut distinguer dans la lisse plusieurs parties : les premieres sont deux petits morceaux de bois plats, d’environ un pouce & demi de largeur, sur quatre à cinq lignes d’épaisseur.

Ces petits morceaux sont façonnés en queue d’aronde à leur extrémité, & percés selon leur épaisseur d’un trou à chaque extrémité, à quelque distance de la queue d’aronde : on appelle ces petits morceaux de bois lisserons : il y a deux lisserons à chaque lisses.

On a ensuite une ficelle assez longue pour aller d’un bout à l’autre du lisseron, & pour pouvoir s’attacher fermement aux trous des deux queues d’aronde du lisseron, & se tenir couchée sur l’épaisseur du lisseron : on prend sur cette ficelle une distance égale à celle de l’intervalle des deux trous qui traversent l’épaisseur du lisseron, ou même égale à la distance entiere du lisseron, excepté les queues d’aronde.

On fixe sur cette partie de la ficelle des bouts de fils pliés en deux, & formant une boucle : on a dans cet intervalle au-moins autant de boucles qu’il y a d’unités au quotient du nombre des fils de la chaîne & de la lisiere, divisés par le nombre des lisses de pieces : car les lisses de pieces augmentent ou diminuent en nombre, selon la qualité de l’étoffe que l’on veut travailler ; cette ficelle armée de ses morceaux de fils formant des boucles qui feront partie de ce qu’on appelle mailles de lisses, s’appelle la cristelle.

L’autre lisseron a sa queue d’aronde, sa cristelle, ses boucles, comme celui qui se vient de décrire, mais il faut observer que quand on a armé la cristelle de ses boucles, il a fallu les passer dans les boucles de l’autre ; ce sont ces boucles passées l’une dans l’autre, qui forment ce qu’on appelle la maille de lisse.

Les deux lisserons, les deux cristelles, avec les mailles de lisses, font ce qu’on appelle une lisse.

Lorsque les cristelles sont faites, on les finit sur l’épaisseur des lisserons, en passant le lisseron sous la cristelle, pour le lisseron d’en-haut, & sur la cristelle pour celui d’en-bas, & attachant ensuite ces cristelles aux queues d’aronde des lisserons.

Quand on a les lisses, on prend les nœuds coulans qui descendent des aleirons, on les passe dans les trous percés dans l’épaisseur des lisserons, & on fait un nœud qui les empêche d’en sortir, & les lisses sont suspendues.

On commence par suspendre les lisses de pieces. Il doit y avoir dans l’exemple que nous avons choisi, cinq lisses de pieces ; & puisqu’il y a quatre-vingt fils de lisiere, & douze cens fils de chaîne, il faut diviser mille deux cens quatre-vingt par cinq, pour savoir combien il doit y avoir de mailles de lisses à chaque lisse : or mille deux cent quatre-vingt, divisé par cinq, donne deux cens cinquante-six, c’est-à-dire qu’il doit y avoir à chaque lisse de chaîne, deux cens cinquante-six mailles.

L’assemblage des cinq lisses de pieces, s’appelle remisse.

Dans les métiers montés comme il faut, on ne met point d’arbalête au lisseron d’en-bas, on y attache seulement à deux pouces de distance, un autre lisseron beaucoup plus court, auquel on donne le nom de faux lisseron, lequel est percé dans le milieu du dos, de la quantité de trous nécessaires pour la quantité d’estrivieres, dont chacune est passée dans un trou du faux lisseron. Cette façon de placer les estrivieres, rend la marche plus douce, & use moins de cordes.

On passe par les trous des lisserons d’en bas des lisses, de petites ficelles qu’on appelle arbalêtes, parce qu’en effet elles font avec le lisseron, la figure d’une arbalête dont la corde seroit tournée vers le manche ; on attache à chaque arbalête une ficelle qui va trouver une marche à laquelle elle s’attache, & qu’elle tient suspendue ; cette ficelle s’appelle estriviere.

D’où l’on voit qu’en appuyant le pié sur la marche ; on tire l’estriviere qui tire l’arbalête, l’arbalête tire le lisseron, le lisseron tire la lisse, la lisse tire les nœuds coulans qui font descendre les extrémité des aleirons, qui font lever leur autre extrémité, & monter les carreaux qui remettent la lisse dans son premier état, si on ôte le pié de dessus la marche.

Lorsque les cinq lisses de pieces sont suspendues, il s’agit de distribuer entr’elles les fils de poils ou de roquetins, & les fils de chaîne, de lisiere, ou de piece.

La lisiere ne se passe ordinairement que quand les autres fils sont passés.

Voici comment on s’y prend.

On commence par les fils de chaînes ou de pieces, ou plutôt par ceux de lisiere.

Afin de les passer plus commodément, & les prendre bien dans l’ordre qu’ils doivent être pris, il faut faire passer l’envergure au-delà du corps.

Voici comment on s’y prend. On approche le plus près du corps que l’on peut, les deux verges ; puis on passe sa main le long de la verge la plus proche du corps ; on écarte le plus que l’on peut les deux parties de la chaîne, de maniere qu’elles paroissent séparées au-delà du corps ; alors on insere la main gauche entre elles, observant bien de ne pas laisser à l’une un fil qui appartienne à l’autre, & de la gauche on tire la verge la plus voisine du corps, & on la met à la place de la main droite : cela fait, on presse le plus qu’on peut vers le corps, celle qui reste, & l’on éloigne le plus qu’on peut celle qu’on a déplacée ; il arrive de là que l’endroit où les fils se croisent, s’avance au-delà du corps ; lorsqu’on s’en apperçoit, on insere la main droite entre les côtés des angles opposés au sommet, on tire de la gauche l’autre verge, & l’on la substitue à la main droite. Il est évident qu’en s’y prenant ainsi, l’envergure se trouve entre le corps & les lisses.

Cela fait, on continue l’opération à deux, un des ouvriers se place à côté des lisses, l’un est placé derriere les lisses à côté de l’envergure, l’autre est placé devant.

Les berlins de la chaîne sont attachés l’un après l’autre à une corde qui prenant à un pié de devant d’un côté, vient s’attacher à un pié de devant de l’autre, & forme une espece d’arc ; l’autre est placé vis-à-vis de lui, il prend les berlins de la chaîne & de la lisiere, & il commence par séparer un fil de lisiere à l’aide de l’envergure ; il le tire ensuite du berlin, & le présente au premier qui le prend & le passe dans la premiere maille de la lisse la plus voisine des lisses de poils ; pour la passer, voici ce qu’il fait.

On sait que cette maille est composée de deux boucles qui se coupent à angles droits ; or il prend la boucle d’en bas, il y passe les doigts de la main gauche, en écarte les fils, l’éleve un peu au-dessus de l’extrémité de la boucle d’en-haut, dont il écarte pareillement les fils qui la forment, en avançant les mêmes doigts & s’aidant de la droite, & il se fait une ouverture entre ces fils, dans laquelle il passe le fil de lisiere qui lui est présenté, puis il retire ses doigts, les boucles qui forment la maille se rapprochent par le poids des lisserons & des marches ; il ne faut point de marches quand on remet, elles embarrasseroient & chargeroient trop les lisses ; le fil de lisiere se trouve pris entre les boucles ou dans la maille, & ne peut plus ni descendre ni baisser, sans que la lisse descende ou baisse, quoiqu’il puisse fort bien glisser horisontalement.

Ce fil passé, l’ouvrier qui l’a passé le met derriere la navette attaché à la tringle qui est placée à sa gauche où il est arrêté ; cependant l’autre sépare un second fil de lisiere qui sort ensuite du berlin, qu’il tend à l’ouvrier qui le passe, comme nous avons dit, dans la premiere maille de la seconde lisse en descendant vers le corps ; il passe le troisieme fil dans la premiere maille de la troisieme lisse, en s’avançant vers le corps ; le quatrieme fil dans la premiere maille de la quatrieme lisse, en s’avançant vers le corps ; le cinquieme fil dans la premiere maille de la cinquieme lisse ou derniere vers le corps, du moins dans l’ouvrage que nous nous proposons de faire, où nous n’avons que cinq lisses de piece.

Lorsqu’il a passé le cinquieme fil dans la premiere maille de la cinquieme lisse, ou de la lisse la plus voisine du corps, il passe le sixieme fil dans la seconde maille de la premiere lisse de piece la plus voisine des lisses de poil ; le septieme dans la seconde maille de la seconde lisse, en s’avançant vers le corps, c’est-à-dire qu’il continue & reprend son opération toujours de la même maniere, jusqu’à ce qu’il soit à la fin de la lisiere.

Quand il en est à la chaîne, il suit un ordre renversé, c’est à-dire qu’il passe le premier fil de piece dans la premiere maille vacante de la lisse la plus voisine du corps, c’est la neuvieme maille, car il y a quarante fils de lisiere qui divisés par cinq, donnent huit, c’est-à-dire qu’ils occupent huit mailles de chaque lisse.

Il passe le second fil de piece dans la neuvieme maille de la lisse qui suit la plus voisine du corps, & ainsi de suite jusqu’à la cinquieme ; à la cinquieme, il revient à la lisse la plus voisine du corps ; cela fait, il recommence jusqu’à ce qu’il ait épuise les fils de piece, c’est-à-dire qu’il ne reste plus huit mailles vacantes dans chaque lisse ; pour remplir ces huit mailles vacantes, des quarante autres fils de lisiere, il abandonne l’ordre des fils de chaîne, & il reprend pour les passer l’ordre de lisses qu’il a suivi en passant les quarante premiers.

Cela fait, tous les fils de piece & de lisse se trouvent passés ; mais dans cette opération le remetteur a eu soin d’en faire des berlins, à mesure qu’ils augmentoient en nombre, afin de les empêcher de s’échapper, & celui qui les lui tendoit, avoit grand soin de les lui tendre en entier, c’est-à-dire bien séparés & avec tous leurs brins.

On distribue onsuite les fils de roquetin ou de poil, c’est précisément dans cette occasion qu’on doit commencer à passer les branches de roquetin dans les mailles de corps, ensuite entre celles du remisse, & après sur les deux lisses qui leur sont destinées. La distribution des fils de roquetin ne se fait pas comme celle des fils de piece.

Les fils de poil seront distribués entre les mailles de corps, tandis que les fils de roquetin passeront dans les maillons ; ici c’est le contraire, les fils de piece passent dans les mailles de lisse, & les fils de roquetin ou de poil passent entre elles ; mais voyons comment ils s’y distribuent. Il y a mille deux cens quatre-vingt mailles de lisse, & il n’y a que deux cens fils de roquetin.

De ces mille deux cens quatre-vingt mailles de lisse, comme il ne doit point y avoir d’ouvrage dans la lisse, il est évident que le fil de roquetin n’y devant point entrer, on commencera donc par en ôter quarante de chaque côté, ce qui les réduit à douze cens, c’est dans ces douze cens que les fils de roquetin doivent être contenus ; il est donc évident que c’est six mailles de lisse pour un fil de roquetin ; mais en s’y prenant ainsi, le premier ou le dernier fil de roquetin ne seroient pas compris dans les douze cens mailles de lisse ; pour cet effet après les quarante mailles d’un côté accordées aux fils de lisse, on en ôte encore trois, c’est-à-dire la neuvieme de la premiere lisse, ou de la plus voisine du corps, la neuvieme de la lisse suivante, & la neuvieme de l’autre, puis on passe un fil de roquetin ; on continue ensuite à distribuer un fil de roquetin entre les mailles de lisse, en comptant de six en six mailles il est évident qu’il reste après les neuf cens fils de roquetin distribués entre les mailles de lisse, comme nous venons de prescrire, trois mailles de lisse, plus les quarante destinées aux fils de lisiere.

On observe à mesure qu’on passe un fil de roquetin, de le fixer derriere la navette, & de faire des berlins quand il y en a un certain nombre de passés.

Cela fait, on place les deux lisses de poil ; nous allons voir comment les fils, tant de chaîne que de roquetin les occupent.

Ces deux lisses sont construites & attachées aux aleirons comme les premieres ; mais c’est encore ici l’ordre renversé ; les fils de poil ou de roquetin étoient distribués entre les mailles des autres lisses & les fils de piece ou de chaîne passoient dans les mailles, ici ce sont les fils de roquetin qui passent dans les mailles, & les fils de chaîne ou de piece sont distribués entre elles.

Pour ceux de lisieres, ils sont tous au-dehors de ces deux lisses, & vont droit au peigne sans les traverser.

On commence par passer les fils de roquetin dans les mailles ; ces lisses de poil n’ont pas plus de mailles chacune, qu’il y a de fils de roquetin, c’est-à-dire deux cens dans l’exemple que nous avons choisi.

D’où l’on peut conclure qu’un fil de roquetin passe dans deux mailles de lisse ; car chaque lisse ayant autant de mailles qu’il y a de fils de roquetin, les deux lisses ensemble auront deux fois plus de mailles qu’il n’y a de fils de roquetin.

Pour passer le premier fil de roquetin dans les deux lisses, on commence par tenir une de ces lisses plus haute que l’autre ; la premiere ou la plus voisine de l’ensuple de devant.

Il arrivera de-là que les mailles de ces lisses ne se trouveront plus dans le même plan, ne se correspondront plus ; mais que les boucles d’enbas de celles de devant s’ouvriront dans les boucles d’enhaut de celles de derriere ; & que si l’on prend un fil de roquetin & qu’on le conduise horisontalement à-travers les fils des deux premieres marches de ces lisses, ce fil de roquetin se trouvera entre les fils de la boucle d’enhaut de la derniere lisse, & entre les fils de la boucle d’enbas de la premiere, & cela d’un bout à l’autre des lisses.

D’où l’on voit que ces fils peuvent se mouvoir librement en montant dans la lisse de derriere, & librement en descendant dans la lisse de devant ; mais que la lisse de devant fera descendre tous les fils de roquetin, en descendant, & que la lisse de derriere les fera tous monter avec elle ; voila pour le passage des fils de roquetin dans les lisses de poil.

Quant à la distribution des fils de piece dans ces lisses, c’est la même que la distribution entre les mailles de corps.

Il y a ici autant de mailles de lisse de poil que de maillons ou que de fils de roquetin, & il y a six fois plus de fils de piece ; c’est donc six fils de piece pour un fil de poil ou de roquetin.

Mais comme il faut toujours que les fils de roquetin soient enfermés dans les fils de piece à cause de leur destination, qui est de former le dessein dans la piece, & que si l’on commençoit par mettre 6 fils de chaîne puis un fil de roquetin, & ainsi de suite, le dernier fil de roquetin se trouveroit hors de la chaîne ; on commence au contraire à laisser les trois premiers fils de chaîne, puis on prend un fil de roquetin, puis six fils de chaîne, puis un fil de roquetin, & ainsi de suite ; d’où il arrive que le dernier fil de roquetin a sur lui trois fils de chaîne.

Il faut observer qu’on n’a pas besoin de faire passer ici les enverjures pour la distribution des fils ; car on est dirigé par les mailles des lisses précédentes pour les fils de chaîne, & par les maillons pour les fils de roquetin.

On a soin de tenir ces fils arrêtés à mesure qu’on les passe, & d’en faire toujours des berlins.

On tient les lisses de poil ou de roquetin un peu plus haut que les autres, afin que les fils de poil ou de roquetin se séparent davantage de la chaîne en-dessus, & que l’ouvrier puisse travailler plus commodément, soit avec les navettes, soit avec les fers de frisés & de coupés.

Cela fait, il ne s’agit plus que de distribuer dans le peigne tous ces fils.

Le peigne est composé de petites lames fort minces, assez proches les unes des autres, fixées paralleles les unes aux autres, dans deux petites traverses rondes.

On choisit dans ce peigne une quantité de dents proportionnée à la quantité de fils qu’on a à y distribuer, & à la grandeur de l’étoffe qu’on veut faire ; si l’on prenoit trop de dents pour la quantité de fils, alors le tissu seroit rare & l’étoffe mauvaise, le dessein mal exécuté.

Si au contraire on en prenoit trop peu, il se trouveroit trop de fils dans chaque dent du peigne, la séparation s’en feroit difficilement, il y auroit un frottement qui useroit les soies & les feroit casser, les fils se trouveroient les uns sur les autres, l’étoffe seroit trop compacte, mauvaise, & mal faite.

On a ici à distribuer dans les dents du peigne, quatre-vingt fils de lisiere, quarante de chaque côté de la chaîne, douze cens fils de chaîne, & entre eux deux cens fils de roquetin.

On peut prendre d’abord quatre dents pour les quarante fils de lisiere d’un côté, dix à chaque dent, cent dents pour les fils de chaîne & de roquetin, c’est-à-dire douze fils de chaîne, & deux fils de roquetin à chaque dent.

Prenez quatre dents pour les quarante autres fils de lisiere, dix à chaque dent.

Si on baisse les lisses de roquetin, alors on ne verra que les fils de piece ou de chaîne s’élever, tous les autres fils de roquetin seront en-dessous.

Si au-contraire on baisse le remisse ou toutes les lisses de chaîne, on ne verra que les fils de roquetin, toute la chaîne sera en-dessous.

Mais on demandera peut-être comment il se peut faire que n’y ayant que deux fils de roquetin sur douze de chaîne, ces deux fils de roquetin suffisent pour couvrir toute la chaîne, quand en baissant les lisses de chaîne on la fait passer en-dessous.

Cela se fait par deux causes ; par le peu d’intervalle des dents qui sont fort serrées les unes contre les autres, & qui rassemblent deux cens fils dans un assez petit intervalle ; & la seconde cause, c’est que les deux cens fils ont beaucoup plus de brins que les fils de piece. Les deux cens dents du peigne ne doivent contenir que quatre pouces, puisque les velours ordinaires ne sont composés que de soixante-quinze portées de chaîne faisant à quatre-vingt fils chaque portée, six mille fils, & que la largeur ordinaire de l’étoffe n’est que de vingt pouces environ ; douze cens fils par conséquent ne font que la cinquieme partie de six mille fils.

Cela fait, on arrête les fils devant le peigne en en faisant des berlins, & l’on place le battant.

Imaginez un morceau de bois auquel, par sa partie supérieure, on a pratiqué une rainure ; soient aux extrémités de ce bois, deux autres morceaux assemblés comme on voit, soit dans ces deux morceaux paralleles, un troisieme morceau de bois mobile, & cannelé à sa partie inférieure ; on place le peigne verticalement dans la cannelure de ces deux morceaux de bois, dont celui de dessus est mobile ; on approche celui de dessous, de maniere que le peigne puisse jouer sans toutefois s’échapper.

Les deux morceaux de bois dans lesquels la piece placée au-dessus du peigne, semblable & parallele à celle du dessus, est assemblée verticalement, s’appellent l’ame du battant.

Il y a de chaque côté attaché à cette ame deux petites tringles de bois encochées ; ce sont les supentes du battant.

Quant au porte-battant, c’est un morceau de bois quarré, à l’extrémité duquel il y a deux tenons ronds dans lesquels on place deux especes de viroles de bois, mobiles sur les tenons.

On attache le porte-battant aux battants par des cordes qui passent dans les coches des supentes du battant, & qui l’embrassent par-derriere le porte-battant.

C’est à l’aide de ces coches qu’on monte ou descend le battant, en faisant descendre ou monter les cordes qui l’attachent au porte-battant, d’une, de deux, ou de plusieurs coches.

Les extrémités du porte-battant, ou plutôt les deux viroles mobiles de bois placées dans les tenons ronds de ses extrémités, sont placés sur deux autres tringles de bois, encochées & placées contre les estases, & parallelement à ces précédens ; on appelle ces tringles acocats. L’usage des acocats est de soutenir le battant, & de l’approcher ou de l’éloigner à discrétion, en faisant mouvoir les viroles de bois ou roulettes dans les coches des acocats.

Quand on a placé le battant, on prend l’ensuple de devant, & on la met sur les tasseaux, ou entre les tenons & les piliers de devant ; cet ensuple ou ensuble de devant est à-peu-près semblable à celle de derriere ; elle a pareillement deux moulures à ses extrémités, avec une cannelure transversale ; ces moulures sont pour la facilité du mouvement de l’ensuple sur elle-même, dans l’échancrure des tasseaux ou tenons, & la cannelure sert à placer le composteur.

Le composteur est fait de deux petites baguettes rondes, égales, dont les diametres pris ensemble sont plus grands que celui de la cannelure ; d’où il arrive que si l’on attache des ficelles à l’une de ses baguettes & qu’on la place dans la cannelure ; qu’ensuite on prenne l’autre baguette & qu’on la mette aussi dans la cannelure, de maniere qu’elle porte en partie sur la premiere baguette placée & contre les parois d’enhaut de la cannelure, & qu’elle soit embrassée à l’extérieur par les ficelles de la premiere baguette, on aura beau tirer les ficelles de la premiere baguette autour de l’ensuple ; on ne la fera pas sortir pour cela, car elle ne pourroit sortir qu’en déplaçant la baguette placée sur elle ; mais elle ne peut la déplacer, car les ficelles passant sur cette baguette la retiennent dans l’état où elle est, & le tout demeure immobile.

On prend tous les berlins qu’on a faits pour empêcher tous les fils de s’échapper à-travers le peigne ; on les traverse d’une broche de bois, de maniere que partie des fils passe au-dessus de la broche, partie en dessous.

On prend de bonne ficelle, qu’on passe en double dans les extrémités & les autres parties découvertes de la broche ; on attache ces ficelles à une des baguettes du composteur ; on dispose cette baguette & celle qui lui est tout-à-fait semblable, dans la canelure de l’ensuple : puis on fixe l’ensuple dans cet état, c’est-à-dire la cannelure un peu tournée en-dessous & la ficelle un peu enveloppée autour de l’ensuple.

Pour fixer l’ensuble, on a adapté à l’une de ses extrémités un morceau de fer, dans le milieu duquel l’extrémité de l’ensuble s’emboîte quarrément ; cette boîte quarrée de fer est garnie par une de ses ouvertures d’une plaque ronde de fer, ouverte aussi dans son milieu pour laisser passer l’extrémité de l’ensuble dans la boîte, & dentelée par les bords. Ce morceau de fer s’appelle roulette.

Le chien est une espece d’S de fer dont nous avons déja parlé, dont l’extrémité s’engraine dans les dents de la roulette, & tient l’ensuble en arrêt. On acheve de finir l’ensuple, en plaçant entr’elle contre le pilier de devant, un petit coin de bois que l’on appelle une taque.

Cela fait, on va à l’autre ensuble, à celle derriere ; il y a au bas de chaque pié de derriere du métier, deux morceaux de bois percés de trous, selon leur longueur, attachés aux piés parallelement l’un à l’autre.

On peut passer dans ces trous une broche de fer, & cette broche de fer fixe une corde qui lui est attachée, & qui passe entr’eux longitudinalement.

Cette corde vient chercher la moulure de l’ensuble, & s’entortille autour d’elle ; on l’appelle corde du valet : après qu’elle a fait plusieurs tours, trois ou quatre seulement, & pas davantage ; on a une espece de morceau de bois échancré par un bout, & percé ; le trou reçoit la corde de valet, & l’échancrure s’applique sur la moulure de l’ensuble ; l’autre bout de ce morceau de bois est encoché. On pend un poids à cette extrémité encochée, ce poids tire cette extrémité, & fait tourner l’autre sur la moulure ; l’autre ne peut tourner sans tirer la corde, la corde ne peut être tirée, sans tirer l’ensuble ; & l’ensuple ne peut être tirée, sans que la chaîne ne soit tendue ; on appelle ce morceau de bois qui fait l’office de levier à l’extrémité de l’ensuble, un valet. Il y a un valet à l’autre extrémité, si le valet tire trop, on raccourcit le levier, en rapprochant le poids d’une coche ou de deux plus près de l’ensuble.

En s’y prenant ainsi, on bande la chaîne & la lisiere à discrétion ; quant aux filets de roquetin, ils sont tendus à discrétion aussi ; par les petits poids de plomb qui tiennent à chaque roquetin, & qu’on fait toujours assez pesans pour le service qu’on en attend.

Voilà maintenant le métier tout arrangé, il n’est plus question que d’une petite opération dont nous allons parler, pour qu’il soit ce qu’on appelle monté.

Mais avant que de passer à cela, il ne sera pas hors de propos de dire un mot de cette multitude de lisses, de pieces, ou de chaînes.

Nous en avons cinq, & on en emploie quelquefois beaucoup davantage.

On voit évidemment qu’elles partagent ici la chaîne en cinq parties égales.

Que quand on en baisse une, on ne fait baisser que le cinquieme de la chaîne, & que pour baisser toute la chaîne, il faut les faire baisser toutes.

Il est encore à propos de savoir, que si la premiere lisse ou la plus voisine du corps répond à la premiere marche à droite, il n’en est pas ainsi des autres.

Voici l’ordre que l’on suit, la premiere marche tire la premiere lisse ; la seconde marche la quatrieme lisse ; la troisieme marche, la seconde lisse ; la quatrieme marche, la cinquieme lisse ; la cinquieme marche, la troisieme lisse : ainsi de suite pour cinq lisses, comme pour un plus grand nombre ; c’est-là ce que les ouvriers appellent passe de deux en deux.

L’ouvrier en travaillant fait jouer ces marches les unes après les autres, quand il fait le satin.

La sixieme marche tire la premiere lisse de poil.

La troisieme marche tire la seconde lisse de poil.

Dans le cas donc qu’il y ait douze cens fils à chaîne, & que l’on ait cinq marches, & qu’il y ait douze fils de chaîne à chaque dent ;

Voici comment se fait le satin, ou plutôt une petite table de la combinaison des marches, des lisses & des fils.

Avec un peu d’attention sur cette table, on s’appercevra tout d’un coup que ce qui se passe dans soixante fils, ou dans l’intervalle de cinq dents, se passe dans tout le reste.


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Voici comment se fait le satin dans l’étoffe dont il s’agit ici, & qu’on a pris pour exemple ; y ayant cinq marches, la chaîne est divisée en cinq parties égales, & il n’y a qu’un cinquieme qui travaille à chaque marche dans l’ordre représenté par la table.

La premiere marche étant attachée à la premiere lisse, quand on la presse, on baisse la premiere lisse & on en sépare de la chaîne le cinquieme ; 16, 114, 92, 712, 510, 38 ; quand on presse la seconde marche, la quatrieme lisse se baisse ; & on sépare le cinquieme, 49, 27, 125, 103, 81, 611, & ainsi des autres, comme on voit par la table.

Passons maintenant à la partie la plus importante du métier, je veux dire, le sample.

On a un bâton, tout semblable à celui de rame ; il a une moulure à chaque bout ; l’entre-deux des moulures est rempli de cordes ou ficelles, il y en a autant qu’au rame ; elles sont croisées comme celui de rame l’étoit. Les ficelles doivent être assez longues pour atteindre à celles du rame.

Ce bâton s’appelle bâton des cordes du sample. Le bâton armé de ses ficelles croisées s’appelle sample.

Il n’y a de différence entre le sample & le rame, que dans la longueur des cordes, & les yeux de perdrix qui sont au rame.

Pour placer le sample, on s’y prend comme par le rame, on fixe à terre un bâton, vis-à-vis du devant du cassin qu’on appelle bâton de sample ; on passe à ses deux extrémités deux cordes qui font boucles étant nouées chacune par leurs bouts. On peut les appeller les cramailleres du bâton des cordes de sample : on fixe à ces deux cordes les moulures du bâton des cordes du sample.

On prend toutes ces cordes à poignées, & à l’aide de leur croisement ou enverjure, on les sépare les unes d’avec les autres, & les unes après les autres.

On passe la premiere corde de sample dans l’œil de perdrix de la corde de rame qui passe sur la premiere poulie d’en-bas de la premiere rangée verticale que l’ouvrier a à sa gauche & l’y attache, en faisant un nœud. Observant que sa corde de sample ne soit pas lâche ; mais au contraire, bien tendue ; pour cet effet, il faudra que celle de rame fasse angle à l’endroit où elle sera tirée par l’œil de perdrix ; cet angle est ordinairement très-obtus.

Il passe la seconde corde du sample dans l’œil de perdrix de la corde du rame, qui passe sur la seconde poulie en montant de la même rangée & l’y attache. La troisieme corde de sample dans l’œil de perdrix de la corde qui passe sur la troisieme poulie de la même rangée. La quatrieme dans l’œil de perdrix de la corde qui passe sur la quatrieme poulie en montant de la même rangée. La huitieme corde dans l’œil de perdrix de la corde qui passe sur la cinquieme poulie de la même rangée. La sixieme corde dans l’œil de perdrix de la corde qui passe sur la premiere poulie d’en-haut de la seconde rangée verticale ; la septieme corde dans l’œil de perdrix, de la corde qui passe sur la seconde poulie en descendant de la même rangée ; & ainsi de suite remplissant les yeux de perdrix, de chaque corde, de chaque rangée, suivant les rangées en zigzag ; d’où il s’ensuit que chaque corde de sample tire les mêmes arcades, les mêmes mailles de corps, les mêmes maillons, les mêmes fils de roquetins que chaque corde de rame.

Ainsi la premiere corde de sample tire dans l’exemple proposé, les quatre premiers fils de chaque quatre cinquantaine de fils de roquetin ; la seconde corde de sample, les quatre seconds fils de chaque quatre cinquantaine de fils de roquetin, & ainsi de suite ; d’où l’on voit que par le moyen de ces ficelles du sample, des cordes de rames correspondantes, des arcades, des mailles de corps, des maillons, des mailles de corps d’en-bas, & des aiguilles, on a la facilite de faire paroître en tel endroit de la chaîne, que l’on voudra tel fil, & autant de fils de roquetin qu’on le desirera.

Et par conséquent, on a le moyen d’exécuter à l’aide de la trame, de la chaîne, & de ces fils de roquetins qu’on peut faire paroître dans la chaîne & sur la trame, quelque figure donnée que ce soit.

Il ne s’agira plus que de savoir quelles sont les ficelles du sample qu’il faudra tirer.

Or nous allons maintenant parler de la maniere de déterminer ces ficelles.

Après avoir observé que la chaîne peut être d’une couleur, ou le fond, & les figures tracées dans la chaîne sur la trame, ou sur les fils des navettes qui courent entre les parties séparées, soit de la chaîne, soit des fils de roquetin, & qui les tiennent séparées, d’une autre couleur.

En travaillant ainsi à l’aide de la chaîne seulement, de la lisse, des cordes du sample, & des fils de roquetin ; on voit évidemment qu’en supposant la faculté de déterminer les cordes de sample à tirer pour une figure quelconque, on exécuteroit sur la chaîne cette figure ; on feroit alors ce qu’on appelle une étoffe à fleur.

Nous venons de monter un métier, c’est-à-dire de le mettre en état d’exécuter tout dessein qui ne demande pas plus de cordes que nous en avons employé ; & même de repéter quatre fois ce dessein dans la largeur de l’étoffe : ce qui seroit 20 fois dans la largeur de l’étoffe ordinaire, s’il n’y avoit que 50 cordes. Car on a pu remarquer que chaque ficelle de sample tirant une ficelle de rame, & chaque ficelle de rame tirant un faisceau d’arcades, 4 bouts d’arcades, ou 4 maillons, & les 200 maillons se trouvant divisés en cinquantaines, & les 4 maillons tirés paroissant toujours sur la chaîne dans des endroits semblables de chaque cinquantaine ; car ce sont ou les 4 premiers de chaque cinquantaine, ou les 4 trentiemes, &c. On doit repéter le dessein dans la chaîne, à chaque cinquantaine de fils de roquetin, ou chaque douze dents & demie du peigne, parce qu’il y a deux fils de roquetin dans chaque dent ; partant 24 fils en 12 dents, & 25 en 12 dents & demie. Cette façon de dire & demie n’est pas tout à fait juste ; car les fils de roquetin ne partagent pas également les fils de la dent, & ne sont pas à égale distance l’un de l’autre, & de l’extrémité de la dent, pour qu’on puisse dire une demie-dent. Je veux dire seulement qu’il faut vingt-quatre dents, & un fil de la vingt-cinquieme pour avoir une cinquantaine de fils de roquetin.

J’ai oublié de dire en parlant des piliers de derriere du métier, qu’il y avoit à la face intérieure de chacun, un peu au-dessus de la chaîne, deux broches paralleles à l’ensuple dans laquelle sont passées deux especes de bobines, qu’on appelle restins.

Autre chose encore à ajouter. C’est une corde attachée par ses deux bouts à deux murs qui se regardent, & parallele à celles des rames, mais beaucoup plus forte, & placée à côté du cassin, du côté du châtelet, qu’on appelle arbalete.

L’arbalete sert à soutenir la gavassiniere ; elle sert aussi à soutenir un petit bâton qui flotte sur le sample : les cordes qui soutiennent ce bâton s’appellent cordes de gance, & le bâton, bâton de gance.

La gavassiniere est une longue corde pliée en deux, dans la boucle de laquelle passe l’arbalete. Les deux bouts de cette corde sont noués au bâton de rame. Elle est bien tendue ; & comme elle ne peut être bien tendue qu’elle ne tire & ne fasse faire angle à la corde qui la soutient, c’est par cette raison qu’on appelle cette corde arbalete. Nous dirons ailleurs pourquoi on appelle l’autre dont les brins sont paralleles aux ficelles du sample, gavassiniere.

Il ne nous reste plus à parler que du dessein, de la lecture, du travail, & des outils qui y servent.

Pour le dessein, on a un papier réglé, divisé en petits carreaux par des lignes horisontales & verticales. Il faut qu’il y ait dans la ligne horisontale autant de petits carreaux, que de cordes au sample.

Pour faciliter la lecture du dessein, on divise la ligne horisontale par dixaines, c’est-à-dire que de dix en dix divisions de l’horisontale, la verticale est plus sorte que ses voisines, & se fait remarquer.

Il y a aussi des horisontales plus fortes les unes que les autres : on divise la verticale en certain nombre de parties égales, & par chaque partie de cette verticale on tire des horisontales paralleles.

Il y a de ces horisontales un plus grand ou plus petit nombre, & elles sont plus longues selon que le dessein est ou plus courant, ou plus long & plus large ; & il y a des verticales un plus grand nombre, & elles sont plus longues, selon que le dessein est plus large & plus long.

On divise pareillement le nombre des horisontales en parties égales, & on fait l’horisontale de chaque partie égale, plus forte que les autres.

Si l’horisontale est divisée de dix en dix, & la verticale de huit en huit, on a ce que les ouvriers appellent un dessein en papier de dix en huit.

On trace sur ce papier un dessein, comme on voit dans nos Pl. Les quarrés horisontaux représentent les coups de navette, qui doivent passer pour faire le corps de l’étoffe ; & les quarrés verticaux représentent les cordes de sample.

Les quarrés horisontaux représentent aussi les fils de roquetins.

Les quarreaux qui restent blancs marquent les fils de roquetin, qu’il ne faut point faire paroitre sur l’étoffe. Les autres quarreaux colorés marquent les fils de roquetins qu’il faut faire paroitre.

Ces fils peuvent être de différentes couleurs ; mais pour plus de simplicité nous les supposerons ici tous de la même couleur, bleus par exemple.

Si l’on voit le bleu de différente couleur, c’est que ce dessein est destiné à faire du velours ciselé.

Le bleu-clair marque le frisé, & le bleu fort noir marque le coupé.

Il faut observer en faisant un dessein, que le frisé soit toujours en plus grande quantité que le coupé, parce que comme on verra, le coupé ne se fait que sur le frisé ; & le frisé sert à empêcher le poil du coupé de tomber, il le tient élevé & l’empêche de tomber.

Les autres desseins ne se tracent pas autrement, & il n’y a guere de différence dans la maniere de les lire.

Pour lire un dessein, on commence par enverger, ou plutôt encroiser le sample, afin de ne pas se tromper on comptant les cordes.

Puis on fixe à l’estase, à chaque côté du sample, deux barres de bois ; on insere entre ces barres & le sample, deux autres morceaux de bois qui le tirent en arriere, & le tiennent plus tendu ; l’un en-haut & l’autre en-bas. Les verges qui appuient en-devant sur les barres de bois, empêchent qu’il n’aille tout en arriere. Il est donc tenu par haut & par bas, en arriere, par les bâtons placés entre lui & les barres, & tenu en-devant par les verges de son enverjure.

Puis au-dessous du premier morceau de bois & de la premiere verge, on place un instrument que nous allons décrire, entre le sample & les barres de bois, contre lequel il est pressé par le sample qui est ici en arriere. Cet instrument consiste en trois morceaux de bois plats, assemblés par un bout par une cheville de bois, autour de laquelle il se meut librement, dont le dernier est divisé à sa surface extérieure, en un certain nombre de crans larges & profonds, à égale distance les uns des autres ; les deux autres s’appliquent sur celui-ci & le couvrent quand il en est besoin, & peuvent aussi s’assembler par l’autre bout, au moyen d’une autre cheville de bois. Cet instrument s’appelle un escalette, & son usage principal est de faciliter encore la lecture du dessein, en facilitant le compte des cordes.

Pour cet effet, lorsqu’on l’a appliqué comme j’ai dit, on met dans chaque cran dix cordes de sample, c’est-à-dire autant de cordes de sample, qu’il y a de divisions dans la ligne horisontale du dessein.

Cela fait, on met sur cette lame de bois divisée, la seconde qui la couvre ; on applique sur cette seconde la seconde ; on passe sur cette seconde & sur le dessein la troisieme, & on les fixe toutes trois par l’autre bout.

On voit que par ce moyen, le dessein se trouve pris entre les deux lames restantes ; la liseuse le dispose entre ses lames, de maniere qu’il n’y ait que sa premiere rangée de petits quarreaux qui débordent les lames, soit par en-haut, soit par en-bas.

Alors elle prend à côté d’elle des ficelles, toutes prises d’une certaine longueur ; elle examine sur le dessein, ou on lui dit combien il y a de couleurs au dessein ; elle attache chacune des couleurs à un de ses doigts, c’est-à-dire que cette couleur, ou les ficelles qui lui correspondent, au semple, doivent passer sous les doigts auxquels elles les a attachées, & sous tous les autres : ainsi des autres couleurs. Quand il y a plus de couleurs que de doigts, elle en attache au poignet, au milieu du bras, ou bien elle prend le parti de lier chaque couleur séparément ; mais ce n’est pas la maniere des habiles liseuses.

Mais pour éviter toute confusion, nous supposerons seulement deux couleurs, comme on voit au dessein dans nos Pl.

Elle commence par la premiere ligne. Je suppose qu’elle ait attaché le verd-clair ou de frise au doigt du milieu, & le gros verd ou coupé à l’index.

Elle voit que les six premiers quarrés, ou les six premieres divisions sont blanches ; elle passe six cordes du sample, ou les six premieres cordes de la premiere dixaine, contenue dans la premiere coche de l’escalette à gauche. Puis elle prend le reste de cette dixaine qu’elle passe sous l’index, sur le doigt du milieu & sous les autres doigts ; elle y joint la premiere corde de la seconde dixaine, parce qu’elle est aussi verd-clair ou frisé, & qu’elle a attaché le verd-clair au doigt du milieu. Elle prend ensuite les six cordes suivantes de cette seconde dixaine qu’elle passe sous l’index & sous les autres doigts. Elle prend la huitieme corde de la même dixaine qu’elle passe sous l’index, sur le doigt du milieu & sous les autres doigts ; puis les deux cordes restantes de la même dixaine, qu’elle passe sur l’index & sous les autres doigts ; & ainsi de suite jusqu’au bout de la ligne.

S’il y avoit eu plusieurs couleurs, elle les eût attachées à d’autres parties de la main ; & les auroit séparées toutes en les plaçant sur ces parties, à mesure qu’elles se seroient présentées.

Puis elle auroit pris des ficelles qui sont à sa gauche, autant qu’elle eût eu de couleurs ; elle n’en prend donc que deux ici. Elle eût avec une de ces ficelles pliée en deux, & dont elle auroit substitué à l’index l’un des bouts, renfermé & séparé dans la boucle tous les verds découpés, pour avec l’autre qu’elle eût pareillement pliée en deux, & dont elle eût aussi substitué un des bouts à l’autre doigt, elle eût renfermé & séparé dans la boucle les verds-clairs. Puis elle eût un peu tordu ensemble ces bouts, & les auroit fixés à côté d’elle à sa droite, en leur faisant faire un tour autour d’une corde, attachée par un bout à l’estase, & par l’autre bout à un des bâtons de l’enverjure : on l’appelle corde des embarbes.

Elle eût ensuite passé à la lecture de la seconde ligne, qu’elle eût expédiée comme la précédente, & eût été de suite jusqu’à la fin de la lecture du dessein. Les ficelles dont elle se sert pour séparer les couleurs s’appellent des embarbes.

Il est facile de savoir le nombre des embarbes, quand on sait le nombre des lignes du dessein ; celui de ses dixaines, & celui des couleurs.

Lorsque toutes les embarbes sont placées, ou que la lecture du dessein est achevée, on travaille à faire les gavassines & les lacs ; & voici comment on s’y prend.

On plante à un mur, ou à quelqu’autre partie solide, placée immédiatement derriere le sample, un piton, un anneau, auquel on attache une corde assez forte ; puis on passe derriere le sample ; on prend une petite ficelle qu’on fait passer sur la premiere corde du sample, que l’on enferme dans une boucle ; on enferme la seconde dans une boucle encore, on en fait autant à toute la ficelle du sample ; puis on tire fortement toutes ces ficelles ou boucles formées de la même ficelle, en arriere, vers la grosse corde attachée au piton ; on la fixe à cette corde : cette corde, avec l’assemblage de toutes ces boucles formées d’une seule ficelle, dans chacune desquelles est séparée & renfermée une corde du sample, s’appelle le lac à l’angloise ; il sert à séparer facilement les cordes du sample, & à ne pas se tromper dans le choix qu’on en doit faire pour former les lacs.

Cela fait, on prend des ficelles de même longueur, qu’on joint deux-à-deux ou trois-à-trois, selon qu’il y a un plus grand nombre de couleurs au dessein : ici une seule ficelle pliée en deux suffit ; car nous n’avons proprement que deux couleurs, ou qu’une seule séparée en deux.

On plie cette ficelle en deux ; on renferme entre ces deux brins, ou dans sa boucle, la partie de la gavassiniere que l’on a le plus à droite ; puis on arrête la boucle par un nœud, en sorte que la partie de la gavassiniere soit, pour ainsi dire, enfilée dans la boucle faite avec de la ficelle, & n’en puisse sortir ; on fait avec la gavassiniere autant de ces boucles qu’il y a des lignes au dessein ; & ces ficelles bouclées, & tenues par leur boucle dans la partie la plus à gauche de la gavassiniere qui les enfile toutes les unes après les autres, s’appellent des gavassines.

Après cette premiere réparation, on prend du fil fort ; on se saisit de la premiere ou derniere embarbe ; placée, on la tire à soi ; on voit quelles sont les cordes de sample qu’elle embrasse ; on fait en zig-zag avec le fil deux fois autant de boucles qu’il y a des cordes de sample séparées par l’embarbe ; toutes ces boucles sont du même fil continu ; on enfile de ces boucles celles que l’on a de son côté dans un de ses doigts, les autres embrassent chacune une des cordes du sample séparées par l’embarbe ; on les égalise, & on leur donne une certaine longueur, puis on coupe le fil, & on attache ces deux bouts ensemble par un nœud.

Cela fait, on prend un des bouts de la gavassine qu’on passe sous l’autre partie parallele à la premiere, à la place à droite de la gavassiniere ; on passe ce bout à la place du doigt dans lequel on tenoit les boucles enfilées : on fixe toutes ces boucles à ce bout de la gavassine par un nœud, & l’on a formé ce qu’on appelle un lac.

On ôte ensuite l’embarbe, car elle ne sert plus de rien ; les fils qu’elle séparoit sont tenus séparés dans les boucles du lac.

On tire ensuite la seconde embarbe ; on prend du fil, & l’on forme des boucles toutes semblables à celles du premier lac ; on attache ces boucles par un nœud à l’autre bout de la gavassine, observant seulement que la partie de la gavassiniere qui est la plus à gauche, soit prise entre les deux bouts de la gavassine ; & partant que si celui qui tenoit le premier lac passoit sous cette partie de gavassine, l’autre passât dessus.

Si la gavassine étoit composée d’un plus grand nombre de bouts & de lacs, il faudroit observer la même chose.

Cela fait, c’est-à-dire les embarbes étant épuisées par la formation des lacs, de même que les bouts de gavassine (car il n’y a pas plus de bouts à la gavassine, que de lacs, ni de lacs que d’embarbe), on peut commencer à travailler. J’ai oublié de dire qu’à mesure qu’on formoit les lacs, & qu’on garnissoit les gavassines, on les tenoit séparées & attachées en haut à un empêchet ou autre arrêt, afin d’empêcher la confusion : voilà donc le bois du métier monté ; la cantre placée, les fils de roquetin passés dans les maillons entre les remisses, dans les mailles des lisses de poil & dans les dents du peigne, les ensuples placées, & la chaîne disposée comme il convient, le dessein lu, en un mot tout disposé pour le travail ; voyons maintenant comment on travaille, & comment, à l’aide de la disposition & de la machine précédente, on execute sur la chaîne le dessein sur le semple.

Voici ce qui nous reste à faire ; car à cette occasion nous parlerons & des outils qu’on emploie, & de quelques autres opérations qui n’ont point encore pu avoir lieu. Voici donc la maniere de faire le velours ciselé. Celui qui a bien entendu ce que nous venons de dire, sera en état de se faire construire un métier & de le monter ; & celui qui entendra bien ce que nous allons dire, sera en état de faire du velours ciselé & de travailler.

Travail ou opération par laquelle on exécutera en velours ciselé le dessein qu’on vient de lire sur le semple. Il faut commencer par avoir à ses côtés deux petites navettes, telles qu’on les voit, Pl. de soirie, ici faites en bateau, dans lesquelles sont sur une petite branche de fer qui va de l’un à l’autre bout, une bobine garnie de soie, dont le bout passe par une ouverture faite latéralement, & tournée vers l’ouvrier ; ces navettes sont placées sur les deux bouts de la banque.

Premiere opération. On enfoncera en même tems la premiere marche de piece du pié droit, & les deux marches de poil du pié gauche.

On passera une des navettes.

On enfoncera la seconde marche de piece seule du pié droit.

On passera la même navette.

On enfoncera la troisieme marche de piece du pié droit, & les deux de poil du pié gauche.

On passera la navette.

On enfoncera la quatrieme marche de piece seule du pié droit.

On passera la navette, & ainsi de suite.

C’est ainsi qu’on formera le satin & le fond, & ce que l’ouvrier appelle la tirelle.

Seconde opération, ou commencement de l’exécution du dessein. Il faut avoir tout prêts des fers de deux especes ; des fers de frisé, & des fers de coupé. Les fers de frisé sont des petites broches rondes, de la largeur de l’étoffe, armées par un bout d’un petit bouton de bois fait en poire ; dans le nœud de laquelle ce fer est fixé ; ces fers sont de fer véritable. On en trouve par tout ; il n’y a aucune difficulté à les faire. Son petit manche en poire s’appelle pedonne. Les fers de coupés ne sont pas ronds, ils sont, pour ainsi dire, en cœur ; ils ont une petite cannelure ou fente dans toute leur longueur ; il est plus difficile d’en avoir de bois : ils sont de laiton. Il n’y a qu’un seul homme en France qui y réusisse ; c’est un nommé Roussillon de Lyon. Ces fers ont aussi leurs pedonnes, mais mobiles ; on ne les arme de leurs pedonnes ou petits manches en poire, que quand il s’agit de les passer.

L’usage des pedonnes ou manches en poire, c’est d’écarter les fils, & de faciliter le passage des fers tant de coupé que de frisé.

Il faut avoir, pour l’ouvrage que nous allons exécuter, quatre fers de frisé, & trois fers de coupé.

On distingue dans le travail du velours ciselé cinq suites d’opérations à-peu-près semblables, qu’on appelle un course, & chaque suite d’opérations un coup ; ainsi un course est la suite de cinq coups.

Premier coup. On met un fer de frisé entre la chaîne & le poil qu’on sépare l’un de l’autre, en enfonçant les cinq marches de piece du pié droit, sans toucher à celles de poil ; ce qui fait paroître tout le poil en-dessus.

On enfonce la premiere marche de piece du pié droit, & les deux de poil en même tems du pié gauche. Coup de battant. On passe la navette qui va & vient. Coup de battant. On lâche les deux lisses de poil, & l’on enfonce la seconde marche de piece du pié droit. Coup de battant. On passe la navette qui va & vient. Coup de battant. On enfonce les deux marches de poil, pié gauche, & la troisieme de piece, pié droit. Coup de battant. On passe l’autre navette, qui va seulement. Coup de battant. En le donnant, on laisse aller les marches de poil, & l’on tient seulement celle de piece, qui est la troisieme du pié droit. On fait passer ensuite cette troisieme marche sous le pié gauche, on y joint la quatrieme & la cinquieme ; on les enfonce toutes trois du pié gauche, & en même tems on enfonce du pié droit la premiere & la seconde ; ce qui finit le premier coup.

Second coup. Il y a vis-à-vis du sample une fille, qu’on appelle une tireuse de son emploi, qui est de tirer les gavassines les unes après les autres à mesure qu’elles se présentent. La tireuse tire la gavassine, la gavassine tire le lac, & le lac amene les cordes qui doivent opérer la figure ; la tireuse prend les cordes amenées par le lac, & les tire. Une gavassine est, comme on sait, composée de deux lacs. On tient les deux premieres marches sous le pié droit, on conserve les trois suivantes sous le pié gauche, on y joint la premiere de poil. Coup de battant. On passe un fer de frisé. La tireuse laisse élever ou descendre les deux lacs. Coup de battant. La tireuse reprend le lac de dessous ou de coupé & le tire seul. On arme le fer de coupé de sa pedonne, & on le passe. La tireuse laisse aller le lac de coupé. Coup de battant, ou même plusieurs, jusqu’à ce que le fer de coupé soit monté sur celui de frisé. On laisse aller les deux premieres marches. On enfonce la troisieme du pié droit, qui est celle par laquelle on a fini le coup précédent ; on laisse aller en même tems du pié gauche les quatre & cinq marches de piece ; mais l’on enfonce de ce pié les deux de poil. Coup de battant. On passe la navette qui va & vient. Coup de battant. On passe le pié droit sur la quatrieme marche, tenant toujours les deux de poil enfoncées du pié gauche. Coup de battant. On laisse aller les deux de poil, en donnant un coup de battant. On enfonce les deux de poil du pié gauche, tenant toujours la quatrieme du pié droit. Coup de battant. On passe à la cinquieme de piece du pié droit, tenant toujours enfoncées celles de poil du pié gauche. Coup de battant. On passe la navette qui va seulement. Coup de battant ; en le donnant on laisse aller le poil, & l’on tient toujours la cinquieme de piece enfoncée du pié droit. On la passe sous le pié gauche, & du pié droit on enfonce les quatre premieres, tandis que du pié gauche on tient la cinquieme enfoncée. On bat trois coups & davantage, & l’on finit par-là le second coup.

Troisieme coup. La tireuse tire la gavassine suivante. On enfonce la premiere de poil du pié gauche ; ainsi l’on a le pié droit sur les quatre premieres de piece, & le gauche sur la cinquieme de piece, & la premiere de poil. On passe un fer de frisé. Coup de battant. La tireuse laisse aller les deux lacs, & reprend celui de dessus ou de coupé, & le tire. Coup de battant. On passe un fer de coupé ; la tireuse laisse aller son lac de coupé. Coup de battant. On laisse aller les quatre premieres de piece ; on passe le pié droit sur la cinquieme, ou sur celle qui a fini le coup précédent ; en même tems on enfonce du pié gauche les deux de poil. Coup de battant. On pousse la navette qui va & vient. Coup de battant. On laisse aller les deux marches de poil, & la cinquieme de piece, & on revient à la premiere de piece. Coup de battant. On passe la navette qui va & vient. Coup de battant. On enfonce les deux marches de poil du pié gauche ; on quitte la premiere de piece, & on prend la seconde du pié gauche. On passe la navette qui va seule. On laisse aller le poil, & on fait passer la seconde de piece sous le pié gauche ; on y joint les trois autres, & on enfonce la premiere de piece du pié droit. Coup de battant, & fin du troisieme coup.

Quatrieme coup. On tire la gavassine suivante. On tient la premiere enfoncée du pié droit, & l’on joint aux quatre autres que l’on tient du pié gauche, la premiere de poil. Coup de battant. On passe un fer de frisé. On laisse aller les deux lacs ; on reprend celui de coupé ou de dessus, & on le tire. Coup de battant. On passe le fer de coupé. On laisse aller le lac de coupé. Coup de battant. On laisse aller la premiere marche, on passe le pié droit sur la seconde, qui est celle qui a fini le coup précédent, & l’on enfonce du gauche les deux marches de poil. Coup de battant. On passe la navette qui va & vient. Coup de battant. On laisse aller la seconde ; on prend la troisieme, & on laisse aller le poil, en donnant un coup de battant. On passe la navette qui va & vient. Coup de battant. On enfonce les deux marches de poil du pié gauche, & on prend la quatrieme du pié droit. Coup de battant. On passe la navette qui va seule. Coup de battant. On laisse aller les deux marches de poil ; on passe la quatrieme & la cinquieme sur le pié gauche ; on enfonce du pié droit les trois premieres. Trois coups de battant plus ou moins, & fin du quatrieme coup.

Cinquieme coup. L’ouvrier retire le premier fer de frisé ; la tireuse tire la gavassine suivante. On joint à la quatrieme & cinquieme de piece qu’on tient du pié gauche la premiere de poil, tenant les trois premieres du pié droit. Coup de battant ; on passe le fer de frise : coup de battant ; on laisse les lacs, & on reprend celui de coupé sans le tirer. On prend alors un petit instrument, formé d’un petit morceau d’acier plat quarré, tranchant par un de ses angles, & fendu jusqu’à son milieu, & même plus loin, afin que, par le moyen de cette fente, l’ouvrier puisse écarter à discrétion la partie tranchante, tandis qu’il s’en sert : on appelle cet instrument une taillerole. On prend donc la taillerole, & l’on applique son angle tranchant dans la rainure du fer de coupé, tous les fils de roquetin qui la couvrent sont coupés, & c’est-là ce qui forme le poil. Cela fait, la tireuse tire le lac de coupé ; on passe le fer de coupé, la tireuse laisse aller le lac de coupé : on laisse les trois marches qu’on tenoit du pié droit, on passe ce pié sur la quatrieme : on laisse aller la premiere de poil, & la cinquieme de piece qu’on tenoit encore du pié gauche ; on enfonce de ce pié les deux de poil. Coup de battant : coup de navette qui va & vient. Coup de batant ; on laisse aller les marches de poil, & la quatrieme de piece ; on passe à la cinquieme ; coup de battant ; on passe la navette qui va & vient : coup de battant ; on enfonce les deux de poil du pié gauche, & la premiere de piece, pié droit : coup de battant ; on passe la navette qui va seule : coup de battant ; on laisse aller le poil, & la premiere de piece ; on enfonce du pié gauche les cinq premieres de piece, trois coups de battant plus ou moins, & fin du cinquieme coup, & de ce qu’on appelle un course. Il ne s’agit plus que de recommencer.

On continue l’ouvrage de cette maniere. Lorsqu’on en a fait une certaine quantité, on prend une barre de fer pointue par un bout & fourchue par l’autre, on enfonce le bout pointu ou aminci dans des trous pratiqués à l’ensuble, ce qui la fait tourner sur elle même ; le velours s’enveloppe, & l’on peut continuer de travailler ; mais lorsqu’il y a assez d’ouvrage fait pour que l’ensuble ne puisse être tournée sans que le velours ne s’appliquât sur lui-même, il faut recourir à un nouveau moyen ; car le velours s’appliquant sur le velours, ne manqueroit pas d’en affaisser le poil & de se gâter.

Voici donc ce dont il s’agit, c’est d’éviter cet inconvénient, de ne pas tomber dans un autre, & de faire tenir le velours à l’ensuble.

On avoit jadis des ensubles avec des pointes qui entroient dans le velours & l’arrêtoient, mais on a trouvé que si les pointes remplissoient le premier objet, elles ne répondoient pas tout-à-fait au second, car elles laissoient des trous au velours, le mâchoient & le piquoient. On a tout naturellement abandonné les ensubles à pointes, & imaginé ce qu’on appelle un entaquage.

Les velours ciselés ou à fleurs, frisés & coupés, ne sont point entaqués.

De l’entaquage. Voici ce qu’on entend par un entaquage. Imaginez trois pieces liées & jointes ensemble, dont la premiere s’appelle l’entaquage, c’est une lime des plus grosses, un morceau de bois pareil à la lime, avec un morceau de fer semblable aux deux autres ; un boîte de fer les tient unis, mais non contiguës ; elles laissent entr’elles de l’intervalle. On passe le velours entre le morceau de bois & celui de fer, la lime reste derriere, l’envers du velours repose sur elle ; on fait faire un tour à l’entaquage, le velours fait aussi un tour sur lui ; on le met en pente dans la boîte qui l’applique fort juste aux bouts de l’entaquage ; mais comme ces bouts de l’entaquage sont plus gros, que les trois pieces jointes qui arrêtent les velours, ses parties ne touchent point le velours. On met la boîte & l’entaquage dans la chanée de l’ensuble ; on couvre le tout avec une petite espece de coulisse, qui ne ferme pas entierement la chaîne, il reste une petite ouverture par laquelle le velours sort & s’applique sur l’ensuble, en sortant entre l’ensuble & le bord de la chaîne & celui de la coulisse sans y toucher ni autre chose, c’est-à dire garanti de tout inconvénient.

Le canard se met devant l’ensuble, entr’elle & l’ouvrier ; il empêche que l’ouvrier ne gâte son ouvrage en appuyant son estomac dessus ; il faut un canard pour toutes les especes de velours.

De la machine à tirer. Il y a quelquefois un si grand nombre de fils de roquetin, que la tireuse ne pourroit venir à bout de les tirer, sur-tout sur la fin d’un jour que ses bras seroient las, que pour l’aider on a imaginé une espece singuliere de levier.

Il a trois bras, tous trois dans le même plan, mais dont deux sont placés l’un au-dessus de l’autre parallelement, & laissent entr’eux de la distance ; de ces deux leviers paralleles, celui d’en-haut est fixé dans deux pieces de bois perpendiculaires & paralleles que traverse seulement celui d’en-bas, tout cet assemblage est mobile sur deux rouleaux, qui sont retenus entre deux morceaux de bois placés parallelement, à l’aide desquels les leviers paralleles peuvent s’avancer & se reculer.

Lorsque la tireuse veut tirer, elle fait avancer les deux leviers paralleles, elle passe entre ces leviers le paquet de ficelle de sample qu’elle veut tirer ; de maniere que ce paquet passe dessus le levier d’en-haut, & dessous le levier d’en bas.

Il y a un troisieme levier appliqué perpendiculaire à celui d’en-haut ; elle prend ce levier, elle l’entraîne, & avec lui les ficelles du sample qui sont sur lui.

Il est encore d’autres outils qu’il faut avoir. Il faut avoir une fourche pour tirer les fers de frise : cette fourche est un morceau de fer recourbé par le bout, & la courbure est entr’ouverte ; on met la pedonne dans cette ouverture, & on la tire. Des forces pour couper les nœuds de la soie, ce qui s’appelle remonder ou éplucher la soie. Un montefer, c’est une forte pince, plate & quarrée par le bout, avec laquelle on tire les fers de frisé qui cassent quelquefois, & pour faire tirer le fer de frisé à la pedonne. Des pinces pour nettoyer l’ouvrage, c’est-à-dire en ôter les petits brins de soie cassés, qui font un mauvais effet.

Il n’y a qu’une certaine quantité de soie montée sur l’ensuble de derriere. Quand cette quantité est épuisée & qu’une piece est finie, s’il s’agit d’en monter une autre ; voici comment on s’y prend.

On approche la nouvelle piece que l’on veut monter de celle qui finit : cette nouvelle piece est toute envergée ; on sépare, par le moyen de l’envergure, de petits fils que l’on trempe dans de la gomme, & qu’on tord avec le premier fil de la piece qui finit, & ainsi des autres fils : cela fait, on ôte les envergures de la nouvelle piece qui se trouve toute montée & toute jointe à l’autre ; & l’ouvrier continue de travailler. Celui qui fait ces opérations s’appelle tordeur, & l’opération s’appelle tordre.

Il faut encore avoir un devidoir pour le fil des lacs qu’on devide dans un panier, d’où il vient plus aisément quand on fait ses lacs.

Observations. Les cassins ordinaires ont huit rangs de cinquante poulies ; & par conséquent les rames 400 cordes, les samples 400. les arcades 800 brins, & partant la planche percée 800 trous, c’est-à-dire 100 rangées de 8 trous, ou 8 rangées de 100 trous. En supposant encore qu’il n’y ait que deux brins à chaque arcade, & qu’on ne veuille que répéter une fois ce dessein.

Il faut un rouet à cannettes. On entend par cannette cette espece de petite bobine, qui est enfermée dans la navette. Ce rouet est une assez jolie machine, & qui vaudra la peine d’être décrite, & que nous décrirons aussi.

Il faut avoir une espece de coffre ou de caisse à chauffrette, elle sert à relever le poil du velours, en la faisant passer sur cette caisse dans laquelle on a allumé du feu.

Il faut un temple : c’est une machine qui sert à tenir l’ouvrage tendu. Imaginez une petite tringle de bois plate, fendue par un bout, & percée de trous selon son épaisseur, qu’il y ait dans la fente une rainure ou coulisse, dans laquelle puisse se mouvoir un petit morceau de bois ou bâton.

Assemblez dans la fente de ce morceau de bois, un autre qui ait l’air d’une petite pelle, dont la queue soit percée de trous ; capable de recevoir une broche qui traversera en même tems les trous pratiqués dans l’épaisseur du premier morceau ; que cette pelle soit percée de pointes, de même que l’extrémité aussi fendue de l’autre morceau. Fixez l’épaisseur de l’une & de l’autre de ces parties dans la lisse ; faites mouvoir l’une & l’autre partie jusqu’à ce que toute la machine soit droite, il est évident que les parties de cette machine peuvent se redresser, & la queue de la partie faite en pelle se loger dans la fente de l’autre sans tendre l’ouvrage. On arrêtera ensuite la queue de cette partie par le bâton mobile dans la rainure, dont nous avons parlé.

Velours à fond or. Pour faire le velours cizelé à fond or ou argent, on ajoute à la chaîne & aux roquetins un poil de la couleur de la dorure, quatre lisses à grand colisse pour le poil, si on veut accompagner la dorure, ce qui ne se pratique guere ; on passe la chaîne dans les maillons avec les roquetins, & toutes les fois qu’on passe les deux fers, on passe deux coups de navette de dorure à deux bouts, ce qui fait quatre bouts de dorure entre les fers. On fait tirer les lacs de frisé & de coupé aux coups de dorure, afin qu’elle se trouve à l’envers de l’étoffe ; & quand il est question de passer les fers sous les lacs de frisé & de coupé, comme la chaîne qui est passée dans les roquetins est tirée comme eux, on a soin de faire baisser avec une lisse de rabat sous laquelle la chaîne est passée, cette même chaîne, afin qu’il ne se trouve que la soie des roquetins de levée, sous laquelle on passe les fers à l’ordinaire.

Ceux qui se piquent de faire cette étoffe comme il faut, ne mettent que deux lisses de poil à grand colisse, & six portées & un quart de poil pour les 1000 roquetins.

Velours uni. Le velours uni est la plus belle & la plus riche de toutes les étoffes figurées ; on donne le nom d’étoffe figurée à toutes celles dont la chaîne ou le poil fait une figure, sans que la tire ou la navette y ait aucune part.

Le velours uni est composé de quarante portées doubles pour la chaîne, ou quatre-vingt portées, ou de soixante portées simples, & de 20 portées de poil, monté sur des 20 de peigne ; c’est la façon d’Italie.

Les velours de quarante portées doubles sont montés sur quatre lisses de fond ; & ceux de soixante portées simples, sur six lisses. Ce sont les meilleurs ; & on ne les fait pas autrement à Gènes.

On ne détaillera point ici la façon dont la soie est distribuée dans les poils de velours, étant suffisamment expliquée dans un autre article ; on ne parlera que du travail de cette étoffe.

Elle est montée sur six lisses de chaîne, comme il a été dit, & deux de poil, parce qu’une gêneroit trop. Les fils sont passés dans les lisses dessus & dessous la boucle, ou entre les deux boucles de la maille, comme dans les taffetas unis. Ce qui s’appelle passés à coup tors.

Le velours doit avoir une lisiere qui indique sa qualité, ou qui le caractérise. Le velours à quatre poils doit avoir quatre chaînettes de soie jaune entre quatre autres de rouge ; le velours à trois poils & demi, quatre chaînettes d’un côté, & trois de l’autre ; le velours à trois poils trois chaînettes de chaque côté, ainsi des autres.

Le velours à six lisses doit avoir quatre marches pour la chaîne, & une pour le poil.

Quand la tête du velours est faite, & qu’on commence à le travailler, on enfonce la premiere marche du pié droit qui fait baisser une lisse, & celle du poil qui est du pié gauche, & on passe un coup de navette garnie de trame de la couleur de la chaîne & du poil. Au deuxieme coup on passe la même navette, & on enfonce la deuxieme marche du pié droit qui fait baisser deux lisses. Au troisieme coup on enfonce la troisieme marche & celle du poil qui fait baisser une lisse, & on passe un troisieme coup d’une seconde navette.

On laisse aller la troisieme marche du pié droit & celle du poil, & on enfonce les quatre marches de pieces, savoir deux de chaque pié, & on passe le fer dont la canelure se trouve du côté du peigne. C’est le premier coup.

Au second coup on reprend la troisieme marche du côté droit qui fait baisser une lisse & celle du poil, & on les enfonce toutes les deux, & on reprend la premiere navette pour la passer. On baisse ensuite la quatrieme marche du côté droit qui fait baisser deux lisses, & on passe un second coup de la même navette. On reprend ensuite la premiere marche du pié droit qui fait baisser une lisse, & enfonçant celle de poil, on passe un troisieme coup avec la seconde navette ; ce coup passé, on met le pié sur les quatre marches de chaîne, & on passe le second fer.

Le second fer étant passé, on recommence à la premiere marche, comme il a été dit plus haut ; on passe les trois coups de navette, & on coupe le fer qui est passé ensuite de la même façon que les deux premiers. C’est la façon dont on travaille le velours à six lisses ; les autres tant petits que gros, sont travaillés à-peu-près de même.

Il faut observer que les velours sont montés d’une façon différente des autres étoffes ; dans les autres étoffes il faut faire lever les lisses pour les travailler ; dans les velours il faut les faire baisser.

Le velours à quatre lisses se travaille comme celui à six.

Démonstration de l’armure du velours à six lisses.
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L’armure d’un velours à quatre marches pour la chaîne est celle du ras de S. Maur.

Velours ciselés. Il se fabrique aujourd’hui à Lyon des velours ciselés si beaux, qu’il n’est pas possible qu’on puisse en augmenter la perfection.

Lorsque ce genre d’étoffes fut commencé à Lyon, les ouvriers ne mettoient pas plus de 800 roquetins pour composer ou remplir les 800 mailles de corps que contient chaque métier de 400 cordes, dont l’arcade tire les 800 mailles susdites.

Pour augmenter cette branche de commerce, un magistrat de la ville de Lyon, (M. Perrichon, qui seul a été pendant dix années prevôt des marchands & commandant de la ville, dont la mémoire sera à jamais aussi chere aux Lyonnois qu’elle leur est respectable), obtint un arrêt du conseil (1718) qui accordoit aux marchands-fabriquans de la ville une gratification de 4 liv. 10 sols sur chaque aune de velours qu’ils faisoient fabriquer en soie seulement, & 7 liv. 10 sols pour chaque aune de ceux qui étoient en dorure. Les sommes destinées à payer cette gratification étoient tirées de la caisse de la recette des droits sur les marchandises étrangeres.

Cette gratification excita tellement l’émulation des marchands fabriquans de la ville de Lyon qu’ils firent venir des ouvriers d’Italie, où ce genre d’étoffe étoit aussi brillant que l’est actuellement le velours uni : ces ouvriers en formerent d’autres ; ils furent recompensés de leurs soins : on fit pour-lors des velours ciselés aussi parfaits que chez l’étranger ; la gratification accordée les fit donner à meilleur prix, de sorte que la perfection & le bon marché leur faisant accorder la préférence, les fabriques étrangeres tomberent totalement, & n’ont jamais pû se relever. Une fabrique tombée une fois, se releve difficilement.

On auroit fait tomber les velours unis, si on avoit suivi le même système.

La cessation des travaux dans la fabrique s’étant fait ressentir par les diminutions considérables sur les especes (1725 & 1726), le nombre des pauvres ayant considérablement augmenté dans l’hôpital-général de la Charité de Lyon, les magistrats de la ville firent accorder des sommes considérables pour subvenir au besoin des pauvres, lesquelles furent prises sur la recette des droits sur les marchandises étrangeres, ce qui obligea le ministere à supprimer l’année suivante (1727) la gratification ordonnée, & engagea les fabriquans de la ville de Lyon à augmenter la perfection des velours pour se conserver la préférence sur les étrangers.

Les fabriquans entreprirent pour-lors à augmenter les velours de deux cens roquetins, c’est-à-dire de le faire avec mille au-lieu de huit cens ; les ouvriers trouverent cette augmentation extraordinaire, parce qu’il fallut faire augmenter les cassins de cent poulies, de même que les rames, les semples & les planches pour les arcades ; ils eurent même peine à s’y résoudre, mais la cessation des travaux ou la misere l’emporta sur la répugnance.

Il se fabrique aujourd’hui à Lyon des velours de 3200 roquetins, c’est-à-dire de quatre cantres composées de 800 chacune, dont une de ces cantres fait le fond de l’étoffe, quand elle n’est pas en dorure, parce que pour-lors les quatre cantres sont disposées pour faire les fleurs.

Les cantres qui sont disposées pour faire les fleurs de l’étoffe, soit qu’il y en a trois, soit qu’il y en ait quatre, sont composées de vingt couleurs différentes plus ou moins, suivant la disposition du dessein, conséquemment il faut que l’ouvrier ait un grand soin de conduire les couleurs par dégradations lorsqu’il monte le métier, c’est-à-dire de la plus obscure à la plus claire, ce qui n’est pas un léger embarras, & cela afin que la fleur puisse acquérir la beauté que le dessinateur s’est proposé de lui donner.

Les métiers qui sont montés de 3200 roquetins, vulgairement appellés trente-deux-cens, doivent avoir un pareil nombre de mailles de corps ; puisque chaque bronche de roquetin doit avoir sa maille, ce corps est divisé en quatre parties égales de 800 mailles chacune, ce qui composeroit 1600 cordes de rame & de semple ; mais comme les beaux velours, ou ceux de cette espece sont tous à petits bouquets, suivant le goût d’aujourd’hui, & que chaque bouquet est répété au-moins huit fois dans l’étoffe, chaque corde de rame tirant quatre arcades qui levent huit mailles, il s’ensuit que quatre cens cordes font lever les 3200 mailles, ce qui n’augmente ni ne diminue le cordage ordinaire. Si les bouquets sont répétés dix fois dans la largeur de l’étoffe, pour-lors il ne faut que 80 cordes chaque cantre, qui tient cinq arcades, ce qui fait 320 cordes, tant pour le rame que pour le semple, ainsi des autres plus ou moins.

Les beaux velours ont encore un corps particulier pour le poil composé de 800 mailles. Si la répétition est de huit fleurs, il faut cent cordes de semple ci-dessus, & à proportion si elle est de dix fleurs ; on fait lire les cordes du poil pour donner à la dorure le liage que l’on desire, soit droit, soit guilloché ou autrement. Il est des velours qui n’ont pas de poil, parce que pour-lors l’ouvrier passe la dorure sous une lisse de la chaîne de l’étoffe, ce qui fait un fond de dorure égal, mais plus serré & moins beau que ceux qui ont un poil. Les 800 mailles de poil composent dix portées. Tous les velours sont montés à 5 lisses & 75 portées de chaîne, ce qui fait 15 portées ou 1200 fils pour lier la dorure.

Tous les velours en 3200, dont les bouquets sont répétés huit fois, n’ont que 400 roquetins au-lieu de 3200, à l’exception néanmoins des ouvriers qui, ayant suffisamment de cantres & de roquetins, ne jugent pas à propos ou ne sont pas en état d’en faire la dépense. Les velours qui ont dix bouquets n’ont besoin que de 320 roquetins, ainsi des autres. Il s’agit maintenant d’expliquer de quelle façon peut se faire une chose aussi belle & aussi bien inventée.

Pour expliquer une chose aussi bien concertée, il faut faire attention qu’on vient de dire que dans l’étoffe où les bouquets sont répétés huit fois, chaque corde de semple ou de rame tire huit mailles ; de même que dans celle où il y en a dix, chaque corde tire dix mailles. On charge, pour cette opération, le roquetin, qui est plus gros que les ordinaires, de huit branches, pour l’étoffe où les bouquets sont répétés huit fois, & de dix pour celles où ils sont répétés dix fois ; & on a soin que chaque branche du roquetin soit passée dans chaque maille tirée par la même corde ; & afin que les branches du même roquetin puissent se séparer aisément pendant le cours de la fabrication, on a soin de les enrouler sur le roquetin de la même façon, & avec la même précaution que l’on observe quand on ourdit une chaîne ; c’est-à-dire, que si une branche est de quatre fils d’organsin, on passe quatre fils dans une seule boucle de la cantre à ourdir ; & les huit ou dix branches passées, on les enroule ensemble sur le roquetin ; lequel étant chargé de la quantité nécessaire, on enverge les branches, ou on les encroise, pour que chaque branche soit passée de suite dans la maille qui lui est destinée. Il paroit par cet arrangement, que chaque corde tirant les huit mailles, ou dix, dans lesquelles sont passées les huit ou dix branches du roquetin, chaque branche doit avoir la même extension, par conséquent faire un velours parfait.

Afin que le roquetin soit plus gai pour le mouvement de la tire, & qu’il puisse tourner aisément en avant & en arriere, il n’est point enfilé par une baguette de fer comme ceux des autres métiers ; ceux-ci ont dans le centre deux pivots très-minces, qui sont placés dans une mortoise de pareille ouverture, & conséquemment ne font pas tant de frottemens ; ils ont en outre deux poids proportionnés à la quantité de branches dont ils sont garnis, un de chaque côté, placés de façon que quand l’un est monté, l’autre est encore à moitié de sa hauteur ; afin que si, par événement, l’un se trouvoit dessus la cannelure du roquetin, celui-ci qui est pendu donnât l’extension continuelle ; ce qui ne peut durer le tems d’une seconde ; parce que les poids étant ronds, il n’est pas possible qu’ils puissent se soutenir sans tomber, sur une surface aussi unie que celle de la circonférence de ce roquetin, continuellement en mouvement, & qui est d’une rondeur parfaite. A observer que l’on ne pourroit pas faire un velours à grand dessein avec des roquetins de cette espece, parce que pour lors la corde ne doit tirer que deux mailles, quelquefois même qu’une : ce qui a été pratiqué lorsqu’on a fait des habits pour homme à bordure ; mais il ne s’en fait plus aujourd’hui.

Etoffe à la broche. Quoique la façon de faire les velours ciselés, chargés de roquetins, semblable à celle que l’on vient de démontrer, soit aussi singuliere qu’elle est bien imaginée, il se fabrique encore à Lyon des étoffes riches auxquelles les ouvriers ont donné le nom d’étoffes à la broche, qui cependant dans le commerce n’ont d’autre dénomination que celle de fond or ou argent riches ; il faut en donner l’explication.

Toutes les étoffes riches de la fabrique dont la dorure est liée par les lisses, soit par un poil, soit par la chaîne, ont un liage suivi qui forme des lignes diagonales, lesquelles portent à droite ou à gauche, suivant la façon de commencer ou d’armer ce liage ; en commençant par la premiere du côté du battant, & finissant par la quatrieme du côté des lisses ; ou en commençant par cette derniere, & finissant par la premiere du côté du battant. Cette façon d’armer le liage est générale, & pourvu que la lisse ne soit pas contrariée, elle est la même, & produit le même effet. Outre cette façon de lier la dorure dans les étoffes riches, elles ont encore une dorure plus grosse qui imite la broderie appellée vulgairement dorure sans liage, parce que pour lors on ne baisse point de lisse pour lier cette dorure qui n’est arrêtée que par la corde ; c’est-à-dire, que dans les parties de dorure qui sont tirées & qui ont une certaine largeur, le dessinateur a soin de laisser des cordes à son choix, lesquelles n’étant pas tirées, & se trouvant à une distance les unes des autres, arrêtent la dorure, & lui donne plus de relief, parce qu’elles portent plus d’éloignement que le fil ordinaire qui la lie. La distance ordinaire des cordes qui ne sont point tirées, afin d’arrêter la dorure, est de treize à quatorze ; au lieu que dans les liages ordinaires, elle ne passe pas, pour les plus larges, à 5 ou 6 cordes. Outre le brillant que le liage par la corde donne à la dorure, le dessinateur qui le marque au dessein, a encore la liberté de distribuer ce liage à son choix, tantôt à droite, tantôt à gauche, dans une partie de dorure en rond, en quarré, ou ovale, comme il lui plaît, dans une feuille de dorure ; à former les veines des côtés, ce qui ne peut point se faire avec la lisse ordinaire. Cette façon de lier la dorure étant peinte sur le dessein, il n’est pas de doute que le dessinateur ne la distribue d’une façon à faire briller davantage l’étoffe, & qu’il ne la représente comme une broderie parfaite.

Observation sur l’article vij du titre 8 du réglement du 19 Juin 1744, qui déclare que dans le cas où les velours unis seront fabriqués avec de l’organsin, monté à trois brins, chaque fil de poil sera compté pour un fil & demi, & le velours pourra être marqué sur ce pié à la lisiere, & vendu pour velours à trois poils, quoiqu’il ne soit qu’à deux.

On n’entrera point ici dans le détail de la façon dont est monté l’organsin à deux, trois & quatre brins, ni dans la façon dont est fabriqué le velours, pour démontrer le ridicule de cet article ; on ne s’attachera qu’à la façon dont cette étoffe est montée & fabriquée chez les Génois & les Piémontois pour faire voir que si leurs velours ont plus de réputation que les nôtres, ces étrangers le méritent à tous égards.

Les fabricateurs du réglement de 1744, qui est aujourd’hui attaqué de toutes parts, même par les ordres du conseil, pour éblouir ceux qui ne connoissent pas la manufacture, ont fixé l’aune de la toile pour les velours à trois, trois & demi & quatre poils, soit de soixante portées simples, soit de quarante portées doubles ; lesdites portées de quatre-vingt fils, à vingt-deux deniers poids de marc, comme s’il étoit d’une grande conséquence de ne l’avoir pas porté à une once, & qu’il fût bien intéressant qu’une chaîne, qui ne paroît en aucune façon, fût plus ou moins pesante, sur-tout lorsqu’il est impossible de faire l’étoffe avec un organsin plus léger, parce qu’il ne pourroit pas résister au coup du battant, qui doit être proportionné au genre d’étoffe pour laquelle il est destiné.

C’est une pure bavarderie de la part des instigateurs de ce réglement, que cette fixation illusoire de vingt-deux deniers chaque aune de toile ourdie des velours à trois poils & au-dessus ; parce que quand il seroit possible de fabriquer des velours de semblable espece ou qualité avec des organsins plus légers de 6 den. chaque aune, la différence ne seroit pas de six liards, puisque l’organsin fin est infiniment plus cher que le gros, & qu’il faut suppléer par la trame au défaut de la chaîne dans des étoffes de cette qualité, pour qu’elles soient parfaites & fortes.

Le poil de tous les velours est composé de vingt portées, afin que tous les deux fils, dans la chaîne de quarante portées doubles, il y en ait un de poil de même que tous les trois fils, dans celles de soixante portées simples.

Le peigne pour fabriquer le velours doit contenir vingt portées, à quarante dents chaque portée du peigne, de façon que chaque dent doit avoir deux fils de poil de deux boucles différentes.

On appelle velours à quatre poils, celui dont le poil est composé de vingt portées à quatre fils par boucle à l’ourdissage ; c’est-à-dire, qu’au lieu d’un fil il y en ait quatre ensemble ; ce qui vaut autant pour la quantité de soie que contient le poil, que s’il y avoit quatre-vingt portées séparées. Les velours à trois poils & demi, ont une boucle de quatre fils, & une de trois ; c’est-à-dire, une huitieme partie de soie moins que les velours à quatre poils. Les velours à trois poils ont trois fils par boucle ; c’est-à-dire, un quart de soie moins que les velours à quatre poils. Ceux à deux poils & demi, ont une boucle de deux fils, & une de trois, ainsi des autres.

Chaque dent du peigne doit contenir deux boucles de quatre fils chacune, pour le velours à quatre poils ; ce qui compose huit fils séparés. Une boucle de quatre fils & une de trois pour les velours à trois poils & demi, ce qui compose sept fils. Enfin, deux boucles de trois fils chacune pour ceux à trois poils, ce qui compose six fils, ainsi des autres.

Le velours ne tire sa beauté que de la quantité de fils qui composent le poil, & de leur séparation, lorsque l’ouvrier le coupe en le travaillant ; de façon que s’il étoit possible de fabriquer un velours à quatre poils avec les huit brins séparés qui composent les quatre fils d’organsin, il en seroit infiniment plus beau ; il n’est pas un fabriquant, pour peu qu’il soit habile qui ne convienne de ce principe.

Selon le systême nouveau des fabricateurs du réglement de 1744, ils veulent qu’un fil d’organsin monté à trois brins, soit compté pour un fil & demi ; conséquemment qu’un velours fabriqué avec deux fils d’organsin, monté à trois brins, puisse être marqué & vendu pour un velours à trois poils ; quelle absurdité, ou plutôt quelle supercherie ! Sur ce pied, un velours fabriqué avec deux fils d’organsin montés à quatre brins, pourra donc être marqué & vendu pour un velours à quatre poils, de même qu’un velours fabriqué avec un fil d’organsin monté à huit brins, pourra aussi être marqué & vendu pour un velours à quatre poils ! A-t-on pû avancer une semblable imposture ? on le demande aux plus habiles fabriquans de l’Europe, principalement aux Génois, qui fabriquent mieux que nous ce genre d’étoffe, pour convaincre les auteurs de cet article de la plus insigne fourberie.

La façon dont est préparé l’organsin, soit à deux, trois & quatre brins étant connue, le velours ne tirant sa perfection qu’autant qu’il est garni par le poil, afin que la toile ne paroisse pas au travers, il s’agit d’examiner si un fil à trois ou quatre brins se séparera suffisamment, pour qu’il soit parfait, attendu le tors : c’est ce qu’on défie à tous les fabriquans ensemble de soutenir, encore moins de prouver ; M. Fagon disoit que si on pouvoit fabriquer à Lyon les velours & les damas aussi bien qu’à Gênes, il faudroit bâtir une nouvelle ville, tant cet objet lui paroissoit important ; voyons donc si la méthode contenue dans ce nouvel article augmentera leur perfection : c’est ce qu’il est impossible de persuader ; il est clair au contraire qu’elle la diminue.

On a déja observé que si on pouvoit fabriquer le velours à quatre poils avec les huit brins séparés qui composent les quatre fils d’organsin par boucle, il en seroit infiniment plus beau ; il faut le prouver. Les quatre fils d’organsin étant tordus & retordus dans le premier & second apprêt du moulin, il n’est pas possible qu’ils ne conservent dans la fabrication une partie de ce même tors que les huit brins séparés n’auroient pas ; il est encore plus difficile que les deux brins qui composent le fil, tellement unis par le second apprêt, qu’il est impossible de les séparer, puissent produire un effet semblable à deux brins qui n’auront aucune préparation de cette nature.

Si les fabriquans étrangers n’avoient pas été convaincus par une longue expérience de la nécessité de séparer les fils qui composent le poil des velours, il y a long-tems qu’ils auroient introduit chez eux la nouvelle découverte des fabricateurs du réglement de 1744 ; mais ils ont reconnu l’importance de la matiere, & qu’une nouveauté si dangereuse ne tendroit rien moins qu’à la destruction de leurs manufactures ; c’est pourquoi ils ont voulu qu’un fil d’organsin à trois brins ne tint lieu que d’un fil ordinaire, mais encore que leurs velours ne fussent fabriqués qu’avec des fils de cette espece ; que répondront à cela les fabricateurs du réglement de 1744, lesquels moins scrupuleux que ceux des fabriques étrangeres, n’étendent pas la spéculation jusqu’à ce point ? Douteront-ils de ce qu’on avance ? il faut le leur prouver.

Le réglement de la manufacture de Turin du 8 Avril 1724 fait sur le modele de celui de Genes, précédé des ordonnances des 11 Juin 1711, 4 Juillet 1703 & 17 Mai 1687, ordonne précisément (article 3) que chaque fil de poil servant à la fabrication des velours unis, sera composé d’un fil d’organsin superfin à trois brins. Il faut citer l’article.

Tali veluti dovranno fabbricarsi, cioè li veluti, come anche le panne, con organsini travagliati di séte filate di 8 in 12 cochetti ; il pelo di cochetti 5 in 7. o pure d’organzino soprafino a tré filé, e con trame di seta de seconda sorte.

Ces étrangers ne portent pas seulement la délicatesse jusqu’au point de faire leurs velours avec des organsins superfins à trois brins, ils veulent encore que chaque qualité d’organsin qui compose tant la toile que le poil, soit tirée à un certain nombre de cocons pour que le velours soit plus parfait.

Si les fabriquans de Turin, Gènes, Pise, Lucques & Florence portent la délicatesse jusqu’au point de ne se servir que d’organsin à trois brins pour le poil des velours, afin de les faire plus parfaits, s’ils veulent que des mêmes velours ne soient fabriqués qu’avec des trames de seconde sorte, à quels reproches ne doivent pas être exposés les instigateurs du réglement de 1744, de vouloir qu’un fil d’organsin de semblable espece soit reputé tenir lieu d’un fil & demi ? N’est-ce pas sacrifier la fabrique de Lyon à leur intérêt propre ou à leur aveuglement ? Le conseil n’a point été instruit de cette façon de fabriquer le velours ; ce ne seroit point un mal que le Dictionnaire encyclopédique fît corriger ce défaut.

Pour achever de confondre les fabricateurs du réglement de 1744, on leur observera encore que l’article 9 du même titre ordonne que dans toutes les étoffes autres que le velours, chaque fil d’organsin, à quelque nombre de brins qu’il soit monté, ne soit compté que pour un fil.

Si un fil d’organsin à trois brins fait un velours parfait, étant compté pour un fil & demi, comment se peut-il faire qu’il ne produise pas le même effet dans une étoffe moins délicate, & qu’on veuille qu’il ne soit compté que pour un fil ? ce contraste paroît des plus singuliers.

C’est un fait certain que toutes les étoffes unies, même façonnées toute soie, il n’en est pas une plus belle ni plus riche que le velours, ni qui demande tant de soin & d’application pour la rendre parfaite (ce qu’on n’a pas encore pu faire en France) ; or puisque la beauté du velours ne tire son origine que du poil, qui seule en fait la figure, comment donc osent soutenir les instigateurs du nouveau réglement de 1744 qu’un fil d’organsin à quelques brins qu’il soit monté, ne sera compté que pour un fil dans toute autre étoffe que le velours, où il sera compté pour plusieurs, ou un & demi, s’il est monté à trois brins ; c’est-à-dire, qu’il fera la perfection de cette derniere étoffe, tandis qu’il sera défectueux dans toute autre. C’est ce qu’il est possible de concevoir.

Quoique la perfection de toutes les étoffes en général, tant unies que façonnées, exige qu’elles soient composées d’un certain nombre de portées pour en rendre la bonté certaine, néanmoins le défaut des portées ou fils prescrits par les réglemens ne sauroit produire la même défectuosité (principalement dans celles qui sont façonnées), qu’il peut apporter dans le velours. Il importe peu qu’un satin ou taffetas ait quelques portées ou fils de moins, l’étoffe ne sera ni moins belle, ni moins parfaite ; les réglemens mêmes anciens & nouveaux n’ont jamais assujetti les fabriquans à un nombre fixé, ni pour l’une ni l’autre étoffe dans celle qui est façonnée ; mais ils se sont toujours expliqués pour le velours, même jusqu’à un demi-fil, pour en faire connoître l’importance. Que les fabricateurs du réglement de 1744 s’accordent donc avec eux-mêmes sur l’article 7 & sur l’art. 9 du titre 8 ; pour lors on ne leur fera aucun reproche.

Ce ne seroit pas assez d’avoir démontré l’impossibilité de faire les velours unis en France aussi bien que chez l’étranger, si on vouloit se conformer à l’article 7 du tit. 8 du réglement de 1744 ; il faut faire voir encore que si on manque en France du côté de la matiere, le défaut de la main-d’œuvre ou fabrication de l’ouvrier n’apporte pas plus de perfection à ce genre d’étoffe que l’exécution de l’article cité ci-dessus.

On n’entre point dans le détail de la façon dont le métier est monté, soit par la quantité des lisses & leur mouvement, soit par la façon dont est passé le fer, celle de couper le poil qui forme le velours ; on fera seulement l’analise du poil des velours de Gènes, ou autres qui se fabriquent en Italie, avec celle de ceux qui se fabriquent en France ; après quoi on fera un parallele de la maniere dont ces derniers sont travaillés, avec celle qui est en usage chez les étrangers, pour démontrer qu’il est impossible de faire le velours parfait, si on ne les imite pas ; on démontrera ensuite que la façon de faire le noir en France est totalement différente de celle d’Italie, laquelle étant plus belle & plus sûre, augmente encore la perfection de ce genre d’étoffe.

Il n’est pas surprenant si les velours qui sont fabriqués en France, ne sont pas aussi beaux que ceux qui se fabriquent à Turin, Gènes & autres villes d’Italie ; la raison de leur défectuosité ne vient que de ce qu’un velours fabriqué en France & marqué pour quatre poils, contenant quatre fils par boucle d’organsin à deux brins, il ne se trouve que huit brins au lieu de douze que contient chaque boucle de ceux qui sont fabriqués chez les étrangers.

Le velours de France à quatre poils contenant 80 portées d’organsin à deux brins, composé de 6400 fils ; chaque coup de fer contient par conséquent 12800 fils, attendu la jonction des fils sur le même coup, qui se trouvent élevés, de façon qu’a chaque coup de fer il se trouve 25600 brins, lorsque l’organsin est monté à deux bouts ou brins.

Les velours d’Italie de même à quatre poils contiennent après la coupe 12800 fils ; mais l’organsin étant à trois brins, cette quantité compose un total de 38400 brins : ce qui fait une différence de 12800 brins de plus que ceux de France, à quoi il faut ajouter encore que les velours d’Italie étant plus étroits d’un pouce que ceux de France, il n’est pas difficile de croire qu’ayant plus de couverture (c’est le terme), & étant plus garnis, ils ne soient plus parfaits. C’est pour cela que les velours de France ne paroissent pas aussi garnis, quant à ceux en couleur, que ceux d’Italie, ni aussi beaux quant à ceux qui sont noirs. La raison de cette différence n’est autre que celle de la quantité supérieure des brins qui forment le velours, laquelle étant tirée d’un organsin plus tendre & plus fin, reçoit plus facilement les impressions de la belle teinture, puisque les organsins qui sont employés dans les poils des velours d’Italie, sont infiniment plus légers que ceux qu’on emploie en France.

A la qualité plus belle d’organsin il faut encore ajouter la façon de teindre les soies pour les velours & autres étoffes, dont les étrangers se servent pour les noirs.

C’est un usage établi principalement à Gènes, Florence, Naples, &c. que les teinturiers de soie ne peuvent teindre chez eux ou dans leurs ouvroirs, aucune soie en noir ; ils ont seulement la liberté de les faire cuire, de les engaler, & enfin de leur donner toutes les préparations usitées pour les passer sur les bains, cuves ou piés de noirs ; les vaisseaux destinés pour leur donner cette couleur, sont dans des lieux qui appartiennent aux villes où ces opérations sont en pratique ; on les nomme ordinairement seraglio. Ces vaisseaux ou cuves sont entretenus aux dépens de la ville, & l’endroit ou le lieu où ils sont placés, n’est ouvert qu’une fois par semaine, & dans un jour régulierement fixé. Les teinturiers instruits du jour de l’ouverture du seraglio, tiennent leurs soies préparées pour les passer sur les cuves ou bains, & payent une rétribution fixée pour chaque livre de soie qu’ils passent. Cette rétribution sert à l’entretien des cuves, & lorsqu’il arrive que l’entretien est au-dessus de la rétribution ordonnée, la ville fait le surplus des frais ; & dans le cas où la rétribution ordonnée excede la dépense (ce qui arrive rarement), le bénéfice demeure à la ville ; c’est à la fin de chaque année que cette vérification est faite.

Cette façon de tenir les cuves ou bains de noir dans des lieux cachés est tellement nécessaire, qu’il n’est pas un teinturier qui ne sache qu’ils sont extrèmement délicats, & que peu de chose peut les troubler, même que l’entrée du seraglio est interdite à toutes les femmes, crainte de bouleversement dans des tems critiques de la part de ce sexe. Une raison plus importante encore donne lieu à cet usage, parce qu’il est peu de personnes qui ne sachent que plus un bain de noir est vieux, meilleur il est : ce qui fait qu’il se trouve des cuves dans les seraglio qui sont posées depuis quatre cens années & plus ; ces cuves d’ailleurs sont presque toutes de cuivre ; il y en a quelques-unes de fer : cette matiere soit cuivre, soit fer, contribue à la bonté du noir, puisque l’une & l’autre ne peuvent produire dans l’humide que du verd-de-gris ou de la rouille, que le verd de-gris ou verdet forme une partie de la composition du noir, & que la rouille ne sauroit produire d’autre effet que celui de faire mordre la couleur à la matiere préparée pour la recevoir.

Tout ce qui vient d’être dit touchant la matiere qui entre dans la composition du velours uni, doit faire connoître qu’il n’est pas possible que tous les velours, principalement les noirs, ne soient plus beaux que ceux qui se font en France ; il ne reste plus à démontrer que l’imperfection qui se trouve dans la main-d’œuvre de ceux qui se font à Lyon, bien différente de ceux d’Italie ; ce qui occasionne des défauts si sensibles, qu’il n’est pas besoin d’être fabriquant pour les concevoir.

Tous les velours de Lyon étoient fabriqués anciennement avec des peignes composés de dents tirées du dos ou écorce de roseaux, ce qui a fait donner le nom de rot aux peignes dont on se sort dans les manufactures de draperie & toilerie. Depuis 25 années environ, on ne se sert que de peignes composés de dents de fer qui sont polies & disposées de façon que l’étoffe puisse être fabriquée comme il faut, & que la dent ne coupe pas le fil de la chaîne ; ces peignes qui sont communément appellés peignes d’acier, sont excellens pour les étoffes riches ; mais ils ne valent rien pour le velours ni aucune autre étoffe unie ; ils occasionnent trois défauts essentiels auxquels il n’est pas possible de parer ; peut-être même que les fabricateurs du réglement de 1744 ne les ont pas mieux prévus que ceux qu’entraîne après soi l’éxécution de l’article 7 du titre 8. Il faut en donner l’explication.

Le premier défaut du peigne d’acier dans le velours uni, est que la dent du peigne ayant plus de consistance, & étant plus dure que celle du roseau, il n’est pas possible que le mouvement continuel du battant qui se fait tantôt en avant, tantôt en arriere, afin de serrer la trame, & faire dresser le fer, ne lisse & racle le poil, & ne détache une partie du noir qui couvre le fil, lequel n’est pas déjà assez beau, & qui par ce moyen devenant plus luisant, lui fait perdre une partie de la couleur foncée que le teinturier lui a donnée ; ce qui ne sçauroit arriver avec une dent aussi douce que celle du roseau.

Le second défaut, aussi essentiel que le premier, est qu’étant moralement impossible de faire un peigne avec cette égalité qu’exige un ouvrage de cette espece, sur-tout dans l’arrangement des dents, cette inégalité forme des rayeures dans le velours, auxquelles il est impossible de parer, & qui ne se trouvent pas, quand on se sert de peignes de roseau. La raison en est sensible ; l’inégalité de la dent du peigne d’acier cause une semblable inégalité dans l’étoffe fabriquée, parce que la dent d’acier ayant plus de force & de consistance que celle de roseau, en vain donne-t-on une certaine extension à la chaîne qui fait la toile, elle ne sçauroit ranger la dent trop serrée sur celle qui ne l’est pas autant ; au lieu que la dent de roseau étant plus flexible, cette même extension de la chaîne la range dans sa juste place ; & il s’ensuit de-là que la dent d’acier conduit la chaîne, & que celle de roseau est conduite par cette même chaîne, ce qui est un des plus grands avantages, parce que dans toutes les étoffes unies la chaîne doit commander à la dent pour qu’elles soient parfaites ; au lieu que dans le cas où la dent commande à la chaîne, il en resulte toujours une imperfection marquée.

Le troisieme défaut, plus essentiel même que les deux précédens, se tire de ce que le peigne d’acier étant composé de dents faites avec un simple fil de fer écrasé sous une meule d’acier, comme le fil d’or ou d’argent, dont on fait une lame, cette dent n’étant point trempée, même ne pouvant l’être, pour l’empêcher de couper la baguette ou virgule de laiton qui passe sous le poil pour former le velours, les grands coups de battant que l’ouvrier est obligé de donner, tant pour faire joindre la trame, que pour faire dresser la baguette de laiton, afin que la rainure qu’elle contient se trouve dessus, cette baguette étant d’une composition dure, pour que la rainure ne se fasse pas plus profonde lorsque la taillerolle ou la pince entre dedans pour couper le poil qui forme le velours ; ces grands coups de battant, dit-on, font que la dent se carie contre la baguette de laiton. Or comme il faut faire incliner le peigne par le moyen du battant brisé pour faire dresser la baguette, il n’est pas possible que le mouvement que l’ouvrier est obligé de faire pour parvenir à cette inclinaison qui fait un frottement de toutes les dents du peigne sur le poil, n’écrase & ne déchire la superficie de ce même poil, sur-tout dans les velours à trois ou quatre poils, parce que le coup étant plus violent, & chaque dent plus garnie de soie, ces mêmes dents étant cariées, il en resulte une défectuosité qui ne se trouve pas dans les velours fabriqués avec un peigne de canne ou de roseau. De-là vient qu’on voit beaucoup de nos velours couverts d’un duvet ou bourre que le rasoir ne sçauroit lever, parce que ce même duvet étant dans la racine de la partie du poil qui forme le velours, plus on le rase pour le lever, plus le velours paroît défectueux, & plus on approche du fond, qui étant découvert, ne montre ensuite qu’une toile de poils très-mal arrangés ou disposés.

Il est vrai que le peigne d’acier étant plus coulant, le travail du velours est un peu plus aisé, & que ce même peigne dure davantage ; mais on n’a pas toujours eu des peignes d’acier, & puisque ces peignes font plus mal le velours, il seroit d’une nécessité absolue de les supprimer, si on vouloit faire des velours parfaits.

Les Genois travaillent encore les velours d’une façon différente de celle qu’on suit en France ; ils placent jusqu’à dix fers avant que de couper le velours, tandis que les François n’en placent que deux ; la façon de travailler des Génois, fait qu’ils sont obligés de couper avec un outil qu’on nomme rabot, auquel est attaché le pince, à la distance des dix fers placés, ce qui s’appelle couper sur drap ; cette façon de couper est beaucoup plus sure que celle dont on se sert en France, attendu que si par hasard le fer se trouve passé sous quelques fils de la chaîne, il n’est pas possible que ces fils se dépassent, attendu qu’ils sont liés par les trois coups de navette qu’il faut passer à chaque fer, au-lieu qu’en ne posant que deux fers, si par hasard il se trouve quelques fils de la chaîne sur le fer, ces fils n’étant pas suffisamment liés, ils passent derriere le peigne, ce qui n’arrive pas chez les Génois. Cette même méthode fait encore, que si par hasard l’ouvrier détourne la main, & que le pince sorte de la rainure du fer pour se porter sur le premier, pour lors le pince coupant tout ce qui se présente, il fait ce qu’on appelle, en terme de fabrique, un chaple, c’est-à-dire, qu’il coupe chaîne & poil, & tout ce qui est coupé passe derriere le peigne, & fait un trou à l’étoffe, ce qui ne sauroit arriver en coupant sur drap ou sur le dixieme fer du côté de l’ouvrier, attendu que le rabot retient le pince par la façon dont il est monté ; & qu’à la façon de France la taillerolle dont on se sert n’étant qu’une simple plaque dirigée seulement par la main de l’ouvrier, pour peu qu’elle s’écarte du canal ou de la rainure du fer, elle cause du desordre. On a vu quelquefois couper le quart, même la moitié de la chaîne, par le défaut d’attention ou de sûreté de la main de l’ouvrier.

La quantité des fers que les Génois laissent sur drap, outre qu’elle pare aux inconvéniens que l’on vient de citer, procure encore aux velours une légéreté qui ne se trouve pas dans ceux qui se font en France.

Cette quantité de fer, fait qu’il faut tramer plus fin, parce qu’ils retiennent le coup de battant ; de-là vient que les velours de Gènes sont tous apprêtés, & se coupent moins que ceux de France ; l’apprêt qu’on leur donne procure une qualité plus brillante que les nôtres n’ont pas, laquelle jointe à la légereté de l’étoffe, fait qu’elle revient à meilleur prix que les nôtres, par la moindre quantité de trame, dont ils sont garnis. Ce sont les Génois qui les premiers ont établi la manufacture de Lyon, dont les fondemens furent jettés en l’année 1536, sous le regne de François premier, le restaurateur des lettres & des arts, par les soins des nommés Etienne Turquetti & Barthelemy Narris, tous les deux génois de nation.

Le commerce des velours est immense chez les Génois, ils en fournissent toute l’Europe ; si les François ne peuvent pas leur ôter cette branche de commerce, au-moins devroient-ils s’attacher à se fournir eux-mêmes cette marchandise, dont la quantité qu’ils tirent de ces étrangers, suivant les registres de la douane de Lyon, monte à près de trois millions chaque année ; la modicité de la main-d’œuvre, jointe au prix revenant des soies qu’ils cueillent chez eux, ne contribuent pas peu à l’étendue de leur commerce, ainsi que celui du damas pour meubles ; ce sont des paysans qui travaillent ces sortes d’étoffes. Il faudroit pour que l’ouvrier pût vivre à Lyon, que le velours fût payé au-moins 4 liv. même 4 liv. 10 s. l’aune de façon, tandis que les Génois les font faire à 50 s. différence trop considérable pour le prix qui se paie à Lyon, qui est seulement de 3 liv. à 3 liv. 10 s. & qui fait que l’ouvrier quitte le velours pour s’attacher à une autre étoffe ; les droits qui se perçoivent en France sur cette marchandise, ne balancent qu’à peine la différence qui se trouve sur le prix des soies, attendu que ceux que nous payons sur la soie grése, tant pour la sortie des soies de Piémont, la voiture, la commission, l’entrée du royaume, que la diminution par le défaut de condition, est équivalent, & même supérieur à celui qui se paie sur la marchandise fabriquée, puisque tous ces droits réunis sur une livre de soie grése de 15 onces, se trouvent ensemble sur 11 onces, même moins, lorsque la soie est teinte, & qu’en conséquence nous les payons en entier sur une marchandise dont le quart s’évapore quand elle sort de la teinture.

Ce seroit un beau champ pour les auteurs ou éditeurs de l’Encyclopédie, si après avoir perfectionné le velours en France, ils pouvoient trouver le moyen de faire ensorte que l’on pût se passer des Génois pour la consommation du velours qui se fait dans le royaume ; & ce seroit le cas d’appliquer ce que j’ai dit, article Art, qu’il faudroit qu’il sortît du sein des académies quelqu’Homme qui descendît dans les atteliers, pour y recueillir les phénomenes des arts, & qui les exposât dans un ouvrage qui déterminât les artistes à lire, les philosophes à penser utilement, & les grands à faire enfin un usage utile de leur autorité & de leurs récompenses.


Examen du prix différent des soies de Piémont d’avec celui de France.
Un ballot organsin de Piémont de 1361. poids du pays, qui font 108 liv. poids de Lyon, paie pour la sortie du Piémont 105 l. qui font, argent de France 126 liv.
Pour la voiture & douane de Turin à Lyon 80
Provision au commissionnaire, en supposant la soie à 25 liv. la livre, elle en vaut plus de 30 livres. 100
Les soies qui viennent du Piémont en France ne passent point par la condition publique, cette opération étant contre l’intérêt du propriétaire, de façon que la diminution qui s’y trouve est, l’un dans l’autre, de 100 liv. au-moins sur chaque ballot 100
Total 406 liv.

Un ballot d’organsin teint, la diminution sur la soie grése comprise, ne rend au plus que 75 liv. net poids de soie.

Ces 75 liv. supportent donc les frais de 406 liv. ce qui fait 5 liv. 4 s. chaque livre que la soie revient plus chere en France qu’à Turin, Gènes, &c.

Le transport de la marchandise coute environ 2 s. la livre, à diminuer des 5 liv. 4 s.

Les étoffes teintes ne payent que 50 s. par livre pour tous droits, même moins.

Observations sur un échantillon de velours noir composé de fil & coton, fabriqué par le sieur Fonrobert, fabriquant de Lyon, présenté au bureau de commerce, le jeudi 28 Janvier 1751, par le sieur Pradier, inspecteur général des manufactures. Quelques soins que se soit donné le sieur Fonrobert pour perfectionner l’échantillon de velours noir, composé de fil & coton, qui a été présenté au bureau de commerce, le 28 Janvier dernier, il n’a pas été médiocrement surpris d’apprendre qu’on avoit commencé à fabriquer en Angleterre depuis quelque-tems des étoffes semblables. La crainte de ne s’être acquis que la réputation de simple copiste, lui a fait prendre le parti de faire écrire en Angleterre pour vérifier ce fait. Effectivement, il a été informé que depuis trois années environ, on fabriquoit dans la province de Manchester des étoffes de même espece. Une pareille découverte ne l’a point rebuté, quoiqu’il lui en eût déjà couté des fraix considérables pour parvenir à ce point prétendu d’imitation, au-contraire, elle n’a servi qu’à exciter son zêle. Informé que cette étoffe n’étoit fabriquée qu’en blanc, & ensuite portée à la teinture pour y recevoir les couleurs desirées ; convaincu d’ailleurs par une longue expérience, du peu de solidité de la teinture, lorsqu’elle est donnée à une étoffe fabriquée, principalement au coton, il s’est déterminé à faire teindre les matieres avant que de les mettre en œuvre, tant pour assurer solidement la teinture, que pour les rendre plus parfaites ; c’est ce qui a été démontré par les échantillons qu’il a soumis à l’examen du conseil.

Comme il pourroit se faire que des personnes qui n’ont pas une connoissance parfaite des étoffes, pourroient confondre celle-ci avec le velours appellé communément velours de gueux, attendu l’égalité de matiere dans la composition de l’une & de l’autre ; on a cru devoir donner une explication claire de la façon dont chacune est travaillée.

Le velours de gueux ne differe de la toile ordinaire qu’en ce que toutes les deux duites ou jets de trame on en passe une de coton très-grossier. Cette duite de coton est passée dans une ouverture de fil, disposée à faire la figure qui ne sauroit être qu’un carreau. Les parties de coton, qui ne sont arrêtées par aucun fil, composent cette figure, qui est achevée au moyen d’un canif, dont on se sert pour couper le coton dans les endroits où il n’est pas arrêté, lorsque la piece est finie.

La grossiereté de la matiere qui entre dans la composition de cette étoffe, tant en fil qu’en coton ; la façon dont elle est travaillée, qui est la même que la toile ordinaire, font qu’elle ne sauroit revenir à un prix excessif, aussi n’est-elle pas chere, & encore moins belle.

Il n’en est pas de même de cette derniere étoffe, outre les choix des plus belles matieres, tant en fil qu’en coton, il faut encore les préparer de façon qu’elles puissent supporter les fatigues du travail, qui est d’autant plus difficile que la teinture ne contribue pas peu à rendre la fabrication pénible ; le métier ne doit point être monté, comme les métiers ordinaires à faire du velours, parce qu’il ne seroit pas possible de le travailler, le coton ayant infiniment moins de consistance que la soie, il faut donc une plus grande délicatesse pour travailler le velours en coton que celui en soie.

Le velours de gueux est composé seulement d’une chaîne de fil très-grossiere, celui-ci est composé de deux ; savoir, une chaîne de fil très-fin, & une de coton, à laquelle on donne le nom de poil, ainsi que dans le velours tout soie. Dans le velours de gueux, c’est la trame qui fait la figure ; dans celui-ci c’est le poil, à l’aide des petites virgules de laiton, auxquelles on donne le nom de fers servant à couper le poil, sur lesquelles on le fait passer. Enfin, à la délicatesse près, infiniment au-dessus de celle des velours tout soie, il n’y a pas de différence pour le travail.

La durée de cette étoffe ne sauroit être contestée, elle se tire de la qualité de la matiere dont elle est composée ; le réglement du 15 Août 1736 pour les peluches qui se fabriquent à Amiens, fixe les fils de la chaîne des peluches à 720 fils, & ceux du poil à 390 pour celles appellées trois poils qui sont les plus belles ; celle-ci contient le double des fils, tant pour la chaîne que pour le poil, conséquemment il faut que la matiere soit très-fine & très-belle, sans quoi l’étoffe ne pourroit pas se travailler. Or, si la bonté d’une étoffe n’est tirée que du choix des matieres qui la composent, celle-ci doit l’emporter sans contredit sur toutes celles qui ont été faites en France jusqu’à ce jour.

Les matieres dont cette étoffe est composée sont toutes du cru de la France ; la Flandre, la Bretagne, &c. peuvent fournir du fil. Nos colonies & la compagnie des Indes peuvent fournir du coton ; il n’est donc pas nécessaire d’avoir recours à l’étranger pour se procurer les matieres qui conviennent ; il n’en est pas de même des peluches, il faut tirer d’Afrique tout le poil qui en fait la figure, conséquemment cette étoffe est plus avantageuse à l’état que les peluches, puisqu’on ose assurer d’avance, qu’outre l’avantage de posséder les matieres qui la composent, elle aura encore celui-ci de la durée qui sera infiniment au-dessus de tout ce qui a été fait en France jusqu’à ce jour.