L’Encyclopédie/1re édition/VICTOIRE

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VICTOIRE, s. f. (Art milit.) c’est l’événement heureux d’un combat, ou le gain d’une bataille ; c’est l’action la plus brillante d’un général, lorsqu’elle est le fruit de ses dispositions & de ses manœuvres, & qu’il peut dire comme Epaminondas, j’ai vaincu les ennemis. Voyez Tactique.

Ce qui fait le prix & la gloire d’une victoire, ce sont les obstacles qu’il a fallu surmonter pour l’obtenir. Ce ne sont pas toujours, dit M. Defolard, les victoires du plus grand éclat, qui produisent les grandes gloires, & qui illustrent le plus la réputation des grands capitaines, mais la maniere de vaincre, c’est-à-dire, l’art avec lequel on a fait combattre les troupes, le nombre, & la valeur de celles de l’ennemi, & les talens du général que l’on a vaincu. Lorsque la victoire n’est dûe qu’à la supériorité du nombre des troupes, à leur bravoure, & au peu d’art & d’intelligence du général opposé, elle ne peut produire qu’une gloire médiocre ; à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Il faut donc que la victoire, pour illustrer véritablement le général, soit attribuée à ses bonnes dispositions, à la science de ses manœuvres, à la maniere dont il a su employer ses troupes ; & que d’ailleurs il ait eu en tête un général habile, à-peu-près égal en force. Comme ces circonstances concourent rarement ensemble, il s’ensuit que toutes les victoires ne sont pas également glorieuses. Aussi n’est-ce point le gain d’une seule bataille qui fait la réputation des généraux ; mais la continuité des succès heureux ; parce qu’on suppose qu’ils sont le fruit des talens & de la science militaire. Il y a eu des généraux, tels que le fameux amiral de Coligny & le prince d’Orange, Guillaume III. roi d’Angleterre, qui, sans avoir gagné de batailles, n’en ont pas moins été regardés comme de grands capitaines. & qui l’étoient effectivement. Ils commandoient, au-moins le premier, des troupes dont ils n’étoient point absolument les maîtres ; ils avoient différens intérêts à concilier, différens chefs avec lesquels il falloit se concerter ; ce qui est susceptible de bien des inconvéniens dans le commandement des armées ; mais la maniere dont ils se tiroient de leurs défaites, mettoit leurs talens militaires dans le plus grand jour ; de-là cette réputation justement acquise & méritée de grands capitaines.

Nous avons observé, article Bataille, que M. le maréchal de Puysegur pensoit que les batailles étoient assez souvent la ressource des généraux peu intelligens, qui se sentant incapables de suivre un projet de guerre sans combattre, risquoient cet événement au hasard de ce qui pouvoit en arriver. Des généraux de cette espece peuvent gagner des batailles, sans que leur gloire en soit plus grande.

Le gain d’une bataille ou la victoire étant toujours incertaine, & la perte des hommes toujours très considérable, la prudence & l’humanité ne permettent de se livrer à ces sortes d’actions que dans le cas de nécessité absolue, & lorsqu’il est impossible de faire autrement sans s’exposer à quelque inconvénient fâcheux. Lorsqu’on le peut, on n’est point excusable de hasarder la vie de tant de braves soldats, dont la perte est irréparable.

Cependant la plûpart des généraux d’armées, dit M. de Folard, n’y font pas assez d’attention. « Il semble qu’ils comptent pour rien la vie de leurs soldats & de leurs officiers : qu’ils soient assommés par milliers, n’importe ; ils se consolent de leur perte s’ils peuvent réussir dans leurs entreprises exécutées sans conduite ou sans nécessité. Auguste ne put se consoler de la défaite de ses légions taillées en pieces en Allemagne. Il sentit si vivement cette perte, qu’il s’écrioit à tout moment, Varrus, rens-moi mes légions, & Varrus avoit péri avec elles ; tant il reconnoissoit qu’il n’est pas au pouvoir des plus grands princes de rétablir une infanterie d’élite qu’on vient de perdre ; on ne la recouvre pas avec de l’argent.

« Il y a un art de ménager la vie des troupes, mais il s’est perdu avec M. de Turenne. Il y en a un autre de les rendre invincibles, de former de bons officiers, & des hommes capables d’être à la tête des armées par l’excellence de la discipline militaire : seroit-il enterré avec les Romains ? Ne seroit-il pas plus aisé de le ressusciter, que de trouver des gens assez dociles pour approuver ce qui n’est pas sorti de leur tête ?

« Le général Banier, qui étoit sans contredit un des plus grands guerriers de son siecle, ne pensoit jamais à aucun dessein tant soit peu considérable, qu’il ne songeât en même tems à ménager la vie des soldats. Il détestoit les voies meurtrieres, & blâmoit hautement les généraux qui sacrifioient tout à leur réputation. Il se vantoit de n’avoir janais hasardé ni formé aucune entreprise, sans une raison évidente. Encore que César dans la guerre d’Afranius, fût assuré de la victoire, il ne voulut jamais hasarder une bataille contre lui, pour épargner la vie de ses troupes, que lorsqu’il s’apperçut que l’armée ennemie tiroit à sa ruine, lui ayant non-seulement coupé les vivres, mais encore l’eau ; il la réduisit enfin par une sage circonspection, à mettre les armes bas ». Comment. sur Polybe, tome IV. page 411.

Ce qui peut, suivant M. le maréchal de Puysegur, contribuer à la victoire, c’est l’avantage de la situation des lieux pour attaquer & pour se défendre ; la supériorité du nombre ; la force dans l’ordre de bataille ; le secret de faire combattre à-la fois un plus grand nombre de troupes que l’ennemi ne peut le faire ; le plus de courage dans les troupes, & le plus d’art pour combattre. Quand ces différentes parties se trouvent réunies, on peut, dit cet illustre maréchal, être assuré de la victoire : mais elles se trouvent souvent partagées ; d’ailleurs il est peu de généraux qui ne fassent des fautes plus ou moins importantes, qui donnent beaucoup d’avantage à l’ennemi qui sait en profiter, & qui décident quelquefois de la victoire. En effet, selon M. de Turenne, il arrive souvent à la guerre aux capitaines les plus expérimentés, des accidens sur lesquels on auroit raison de discourir beaucoup, si l’expérience ne faisoit pas voir que les plus habiles sont ceux qui font le moins de fautes ; fautes que, comme il l’observe, il est plus aisé de remarquer que de prévenir. César lui-même n’en est pas toujours exempt ; c’est ce que M. le maréchal de Puysegur entreprend de démontrer dans son livre de l’art de la guerre, tome II. chap. xj. art. 4.

Il n’est pas rare de voir des victoires équivoques, ou que les deux parties s’attribuent également ; mais le tems & les suites font bien-tôt découvrir quel est le parti qui est véritablement victorieux. Chez les Grecs le succès des batailles n’étoit pas également incertain. L’armée qui redemandoit ses morts s’avouoit vaincue ; alors l’autre avoit le droit d’élever un trophée pour servir de monument de sa victoire.

Lorsque la victoire est acquise, il y a un art de savoir en profiter, & d’en tirer tous les avantages qui peuvent en résulter. Peu de généraux savent cet art ou veulent en profiter. Tout le monde sait ce que Maherbal dit à Annibal, voyant que ce grand homme ne marchoit point à Rome après la bataille de Cannes. Vincere scis, Annibal, sed victoriâ uli neseis. On a fait le même reproche à Gustave Adolphe, après le gain de la bataille de Léipzic, de n’avoir pas marché à Vienne dans l’étonnement où cette bataille avoit jetté la cour impériale.

Il est certain que pour peu qu’on donne de loisir à l’ennemi vaincu ; il peut, avec des soins & de la diligence, réparer ses pertes, faire revenir le courage à ses soldats, à ses alliés, & trouver le moyen de reparoître pour arrêter ou suspendre les progrès du victorieux. Mais il est vraissemblable que dans le moment de satisfaction que produit une victoire, on s’en trouve pour ainsi dire enivré ; que comme on n’a pû compter absolument sur cet événement, les mesures qu’il faut prendre pour en tirer tout le fruit possible, ne se présentent pas d’abord à l’esprit. D’ailleurs, on ignore souvent la grandeur & l’importance de la victoire, la perte qu’elle a causée à l’ennemi, & quel est le découragement & la dispersion de son armée. On vient d’acquérir une très-grande gloire ; on craint de la compromettre par de nouvelles entreprises dont le succès ne paroit pas assuré. Telles sont peut-être, les différentes considérations qui empêchent quelquefois de tirer des victoires, tous les avantages qui devroient en résulter. Lorsqu’on est bien informé de tout ce qui concerne l’ennemi & qu’on veut agir contre lui, on trouve qu’il n’est plus tems. Les esprits sont revenus de leur premiere frayeur, l’ennemi a reçu de nouveaux secours ; ses soldats dispersés sont rassemblés sous leurs drapeaux. Alors, s’il n’est point assez fort pour tenter de nouveau l’événement d’un combat, au-moins peut-il le soutenir dans un bon poste, ou sous la protection du canon de l’une de ses places. Par-là, on se trouve arrêté & gèné dans toutes les opérations qu’on voudroit faire, & il arrive que la victoire ne produit guere d’autre avantage que le gain du champ de bataille, & la gloire, si l’on veut, d’avoir battu l’ennemi. On n’éprouve point cet inconvénient lorsqu’on poursuit, comme le dit M. le maréchal de Saxe, l’armée ennemie à toute outrance, & qu’on s’en défait pour une bonne fois ; mais bien des généraux, dit-il, ne se soucient pas de finir la guerre si-tôt.

Immédiatement après la bataille, ou dès que la victoire est assurée, le général fait partir un officier de marque avec une lettre pour apprendre au souverain l’heureux succès du combat, & l’instruire fort en gros, des principales circonstances de l’action. Vingt ou trente heures après, on fait partir un second officier avec une relation plus détaillée, où l’on marque la perte qu’on a faite & celle de l’ennemi.

La politique ne permet pas toujours d’employer l’exacte vérité à cet égard dans les relations que l’on rend publiques. Il est assez ordinaire d’y diminuer sa perte & d’augmenter celle de l’ennemi ; mais comme chaque parti publie des relations du même combat, il est aisé, en les comparant les unes avec les autres, de juger à-peu-près de la vérité.

Nous observerons à cette occasion, qu’une relation bien faite, bien claire & bien précise, fait juger avantageusement des talens du général. Si elle est mal dirigée & mal conçûe, on a de la peine à croire qu’il ait eu des idées bien nettes de sa besogne. Cette sorte de travail, au reste, ne doit être fait que par lui seul. Ce ne doit point être l’ouvrage d’un secrétaire, mais de celui qui a été l’ame de toute l’action. On a vû des relations, qui bien entendues, imputoient elles-mêmés des fautes d’inadvertance à ceux qui les avoient fait dresser. Avec un peu d’habitude de penser & d’écrire, on n’agraveroit pas au-moins ses fautes, en les avouant sans s’en appercevoir. Qu’il nous soit permis de citer ici une relation qui nous a paru répondre à la beauté de l’action ; c’est celle de la bataille de Berghen.

Il est du devoir du victorieux après la bataille, de retirer les blessés du champ de bataille, de les faire conduire dans les hôpitaux, & de veiller à ce qu’ils soient bien traités. On doit avoir également soin de ses soldats & de ceux de l’ennemi ; c’est un devoir que prescrit l’humanité, & qu’on n’a pas besoin de recommander aux généraux françois. On fait aussi enterrer les morts le lendemain de la bataille, afin qu’ils n’infectent point l’air par leur corruption.

Pendant que les gens commandés pour cette opération y procédent, on suit l’ennemi, & on le fait harceler autant qu’on le peut par différens détachemens de l’armée qui le poursuivent, jusqu’à ce qu’il ait pris quelque position où il soit dangereux de le forcer.

Ce qui doit caractériser une victoire complette & en être la suite, c’est l’attaque des places de l’ennemi. Le gain de plusieurs victoires, dit M. le chevalier de Folard, ne sert de rien, s’il n’est suivi de la prise des forteresses ennemies. Ce n’est que par-là qu’on peut compter sur un établissement solide dans le pays ennemi, sans quoi une seule défaite peut faire perdre les avantages de plusieurs victoires.

Quel que soit le brillant d’une victoire, on ne doit pas s’en laisser éblouir, & se livrer à ce qu’elle a de flateur, sans songer aux suites d’une défaite.

Polybe fait sur ce sujet les réfléxions suivantes, par lesquelles nous terminerons cet article.

« La plûpart des généraux & des rois, dit cet auteur célebre, lorsqu’il s’agit de donner une bataille générale, n’aiment à se représenter que la gloire & l’utilité qu’ils tireront de la victoire ; ils ne pensent qu’à la maniere dont ils en useront avec chacun, en cas que les choses réussissent, selon leurs souhaits : jamais ils ne se mettent devant les yeux les suites malheureuses d’une défaite ; jamais ils ne s’occupent de la conduite qu’ils devront garder dans les revers de fortune ; & cela parce que l’un se présente de soi-même à l’esprit, & que l’autre demande beaucoup de prévoyance. Cependant cette négligence à faire des réfléxions sur les malheurs qui peuvent arriver, a souvent été cause que des chefs, malgré le courage & la valeur des soldats, ont été honteusement vaincus, ont perdu la gloire qu’ils avoient acquise par d’autres exploits, & ont passé le reste de leurs jours dans la honte & dans l’ignominie. Il est aisé de se convaincre, qu’il y a un grand nombre de généraux qui sont tombés dans cette faute, & que c’est aux soins de l’éviter, que l’on reconnoît sur-tout combien un homme est différent d’un autre. Le tems passé nous en fournit une infinité d’exemples ». Hist. de Polybe, liv. XI. ch. j. Voyez Bataille, Guerre & Retraite. (Q)

Victoire actiaque, (Hist. rom.) actiaca victoria ; victoire qu’Auguste, ou pour mieux dire son général, remporta sur Marc-Antoine auprès du cap de la ville d’Actium. Ce prince pour rendre recommandable à la postérité la mémoire de cet événement, fit bâtir la ville de Nicopolis. Il agrandit le vieux temple d’Apollon, où il consacra les rostres des navires ennemis ; enfin il y augmenta la magnificence des jeux solemnels nommés actiaques, qui se donnoient de cinq ans en cinq ans à la maniere des jeux olympiques.

Victoire, jeux. de la, (Antiq. greq. & rom.) on appelloit jeux de la victoire, les jeux publics célébrés aux réjouissances faites à l’occasion d’une victoire. Les auteurs grecs les nomment ἐπινίκιοι ἀγῶνες, les jeux de la victoire, ou ἐπινίκιος ἑορτὴ, féte de la victoire, & les inscriptions latines ludos victoriæ. Les Romains à l’imitation des Grecs, célebrerent les fêtes & les jeux de la victoire, qui se faisoient d’abord après les jeux capitolins, Auguste après la bataille d’Actium, Septime Severe après la défaite de Pescenius Niger. La ville de Tarse fit frapper à cette occasion des médaillons sur lesquels on voit les symboles des jeux publics, & l’inscription greque qui signifioit jeux de la victoire, célébrés en l’honneur de Septime Severe, sur le modele des jeux olympiques de la Grece.

L’an 166, Lucius Vérus revint à Rome de son expédition contre les Parthes, le sénat lui décerna, & à Marc-Aurele, les honneurs du triomphe ; les deux empereurs firent leur entrée triomphante dans Rome, vers le commencement du mois d’Août de la même année ; la cérémonie fut suivie de jeux & de spectacles magnifiques, du nombre desquels furent les jeux de la victoire ἐπινίκια, mentionnes sur le marbre de Cyzique. On éleva dans Rome plusieurs monumens, en mémoire des victoires des armées romaines sur les Parthes. Les médailles nous en ont conservé la plûpart des desseins, je n’en rappelle qu’un seul gravé au revers d’un beau médaillon de bronze, de Lucius Verus ; ce prince y est représenté offrant la victoire à Jupiter Capitolin, & couronné par la ville de Rome. La célebration des jeux fut de la derniere magnificence ; un pancratiaste Corus y combattit, & y gagna un prix en or. La ville de Thessalonique fit graver sur ses monnoies les symboles des jeux de la victoire, qui furent célébrés en réjouissance des victoires que Gordien Pie remporta sur les Perses. Nous avons un marbre de Cyzique qui nous apprend qu’on célébra à Rome des jeux de la victoire, sous le regne de Marc-Aurele. (D. J.)

Victoire, (Mythol. & Litterat.) les Grecs personifierent la Victoire, & en firent une divinité qu’ils nommerent νίκη ; Varron la donne pour fille du Ciel & de la Terre ; mais Hésiode avoit eu une idée plus ingénieuse, en la faisant fille du Styx & de Pallante. Tous les peuples lui consacrerent des temples, des statues & des autels.

Les Athéniens érigerent dans leur capitale un temple à la Victoire, & y placerent sa statue sans aîles, afin qu’elle ne pût s’envoler hors de leurs murs ; ainsi que les Lacédémoniens avoient peint Mars enchaîné, afin, dit Pausanias, qu’il demeurât toujours avec eux. A ce même propos, on lit dans l’Anthologie, deux vers qui sont écrits sur une statue de la Victoire, dont les aîles furent brûlées par un coup de foudre. Voici le sens de ces vers. « Rome, reine du monde, ta gloire ne sauroit périr, puisque la Victoire n’ayant plus d’aîles, ne peut plus te quitter ».

Les Romains lui bâtirent le premier temple durant la guerre des Samnites, sous le consulat de L. Posthumius, & de M. Attilius Régulus. Ils lui dédierent encore, selon Tite-Live, un temple de Jupiter très-bon, après la déroute de Cannes, pour se la rendre propice ; enfin dans le succès de leurs armes contre les Carthaginois & les autres peuples, ils multiplierent dans Rome, & dans toute l’Italie le nombre des autels à sa gloire. Sylla victorieux, établit des jeux publics en l’honneur de cette divinité.

On la représentoit ordinairement comme une jeune déesse avec des aîles, tenant d’une main une couronne de laurier, & de l’autre une palme ; quelquefois elle est montée sur un globe, pour apprendre qu’elle domine sur toute la terre. Domitien la fit représenter avec une corne d’abondance. Les Egyptiens la figuroient sous l’emblème d’un aigle, oiseau toujours victorieux dans les combats qu’il livre aux autres oiseaux.

Nous avons encore un assez grand nombre de statues de la Victoire, dans les divers cabinets d’antiquités ; ce sont en petit des copies, dont les originaux embellissoient les temples & les places de Rome. On en trouvera quelques représentations dans M. de la Chausse, le P. Montfaucon, & autres antiquaires. On n’offroit en sacrifice à cette divinité, que les fruits de la terre, c’est qu’elle les consomme. Une Victoire posée sur une proue de navire, désigne une victoire navale. Ce sont de nos jours celles qui sont les plus glorieuses & les plus utiles. C’est à l’Angleterre qu’appartiennent ces sortes de triomphes. (D. J.)

Victoire, (Iconol.) on la représente communément assise sur un trophée d’armes, ayant des aîles, & tenant une couronne de laurier d’une main, & de l’autre une branche de palmier. Voyez Victoire, Mythol.

Victoire, (Art numism.) la figure de la Victoire, est un des types les plus fréquens sur les médailles de tous les empereurs. Elle y est représentée en cent manieres différentes ; on y voit souvent avec elle le bouclier, tantôt suspendu à une colonne, tantôt entre les mains de la déesse, & les mots abrégés S. P. Q. R. quelquefois en légende sur le contour de la médaille, quelquefois gravés sur le bouclier même. Nous avons entre les consécrations d’Auguste, une médaille, où, d’un côté, est la tête d’Auguste, avec la légende divus Augustus pater ; au revers, la Victoire, sans autre légende que S. C. Dans une autre médaille de cet empereur, on voit la Victoire gravée sur le revers, ayant le pié sur un globe, les aîles étendues comme pour voler, portant de sa main droite une couronne de laurier, & de sa gauche l’étendart du prince. Dans une troisieme médaille du même empereur, on voit la Victoire assise sur les dépouilles des ennemis, ayant un trophée planté devant elle, & portant un bouclier, avec ces mots victoriæ Augusti. Sur le revers d’une médaille d’argent de L. Hostilius, la Victoire se trouve dépeinte portant d’une main le caducée, qui est la verge de paix de Mercure, & de l’autre un trophée des dépouilles des ennemis. Voilà la vraie Victoire, digne d’éloges. (D. J.)

Victoire de S. Michel sur le diable, (Peinture.) fameux tableau de Raphaël. Dans les conférences de l’académie de peinture recueillies par Félibien, la premiere traite des perfections du dessein & de l’expression de cet admirable tableau. J’y renvoie les curieux. Ils y trouveront en même tems d’excellentes remarques, qui ne peuvent qu’être utiles aux gens de l’art, & très-agréables aux amateurs, surtout s’ils ont sous les yeux quelque estampe choisie du tableau. Mais pour doubler le plaisir, il faut y joindre la description sublime que Milton fait du combat & de la victoire de S. Michel sur le diable, dans son paradis perdu, paradise lost. Book vj. v. 300, &c.

For likest Gods they seem’d,
Stood they or mov’d, in stature, motion, arms,
Fit to decide the empire of great Heanv’n.
Now wav’d their fiery swords, and in the air
Made horrid circles ; two broad suns their shields
Blaz’d opposite, while expectation stood
In horror : from each hand with speed retir’d,
Where erst was thictkest fight, th’angelic throng ;
And lest large field, unsafe within the wind
Of such commotion : such as (to set forth
Great thinks by small) is natur’s concord broke,
Among the constellations ware were sprung,
Two planest rushing from aspect malign
Of fiercest opposition, in mid-sky,
Should combat, and their jarring sphears confound
.....

« Ils ressembloient à des dieux, soit qu’ils se tinssent de pié ferme, soit qu’ils allassent en avant ; leur stature, leurs mouvemens, & leurs armes, montroient qu’ils étoient propres à décider du grand empire du ciel. On les voyoit tourner avec une rapidité incroyable leurs épées flamboyantes, qui traçoient par les airs d’horribles spheres de feu. Leurs boucliers, tels que deux grands soleils, resplendissoient vis-à-vis l’un de l’autre. Ce grand spectacle suspendit le mouvement des deux partis, saisis d’horreur, &c.... »

Je donne le reste a traduire aux plus habiles.

Victoire, (Sculpt. antiq.) petite statue d’or, d’ivoire, & autres matieres, que les anciens mettoient ordinairement dans la main de leurs idoles. Il y en avoit entr’autres une fort belle que Verres avoit détachée à Enna d’une grande statue de Cérès. Il en avoit ôté plusieurs autres d’un ancien temple de Junon bâti sur le promontoire de Malte. Denys l’ancien ne se faisoit point aussi de scrupule d’enlever de semblables petites victoires d’or que les dieux tenoient à la main, & qu’à l’entendre ils lui présentoient eux mêmes. Je ne les prends pas, disoit-il, je les accepte. C’est être doublement coupable, de voler les dieux, & d’en rire. (D. J.)