L’Essor des colombes/Femmes françaises

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Ernest Flammarion, éditeur (p. 1-4).


FEMMES FRANÇAISES


Française ! Ce nom dont nous nous honorons, prenait au delà de nos frontières — ne nous le dissimulons pas — un sens désobligeant et sarcastique avant le cyclone qui bouleverse actuellement le monde. Française ! Pour la majorité des habitants de notre planète, ce vocable équivalait à un synonyme de frivolité, d’étourderie, de coquetterie, d’inconscience presque amorale.

Il a fallu la secousse formidable de la guerre pour que la femme de France s’affirmât et déjouât les calomnies en révélant ses qualités de ferme et lucide raison, d’intelligente initiative, de persévérance courageuse. Cependant ces vertus rares, qui lui ont valu l’estime et l’admiration générales, ne sont pas dues à un miracle d’éclosion spontanée. Si elle ne les avait possédées déjà avant la sévère épreuve, lui eût-il été possible d’affronter tant d’austères devoirs et d’accomplir avec un tel stoïcisme de pénibles renoncements et de poignants sacrifices ?

C’est que jusqu’ici la vraie Française ne se manifestait guère au dehors. Modeste et digne, elle ne songeait point à faire étalage de ses perfections morales et les réservait au seul charme de l’intimité. Cette Française-là, méritoire et discrète, restait profondément ignorée de l’étranger. Là, on accordait trop facilement créance à ses détracteurs, habiles à se servir contre elle de quelques exemples tapageurs et scabreux. On se bornait à en croire, sur parole, les peintures des romanciers dits mondains qui, spéculant sur l’attrait du scandale et cherchant un succès facile, la représentaient en héroïne d’aventures légère ou pimentées.

« Les exceptions, assure l’antique adage, confirment la règle ». Or, la règle commune, dédaignée des observateurs superficiels ou des diffamateurs intéressés, était beaucoup plus unie et plus édifiante.

Aussi nous a-t-il semblé que ce serait besogne patriotique et saine de mettre en lumière un intérieur de braves gens, peuplé de figures féminines, loyales et pures, un foyer tel qu’il en existe des milliers dans notre pays.

C’est dans me pareille vie familiale, tendre et simple, que s’épanouit l’âme gracieuse des colombes de France ; âme de grâce et d’amour, capable aussi de force généreuse et soutenue et que l’instinct profond du dévouement et de la pitié porte au-devant de toute souffrance.

Les victimes innombrables de cette guerre forcenée peuvent en rendre témoignage. Ambulances, hôpitaux, œuvres d’assistance, il n’est point de repaire de misère que nos jeunes filles et nos femmes n’aient animé de leur vivifiante sympathie, de leur alerte et souriante charité, quelles que fussent l’angoisse et la douleur qui les ravageaient parfois secrètement. Nos féministes, elles-mêmes, ont conquis l’approbation de ceux-là qui les critiquaient jadis, en gardant une louable pondération dans le triomphe imprévu de leurs idées. Élevées désormais au dessus des revendications amères et des buts égoïstes, elles s’attachent aux nobles missions qui tendent à remédier aux abus, à réduire l’hydre alcoolique et à solutionner les grands problèmes de la vie moderne, afin d’amener un avenir meilleur où plus de bonheur sera justement dispensé au plus grand nombre.

Héroïques et patientes durant la crise, nos colombes de France redeviendront l’enchantement de la paix, et elles auront préparé la nouvelle beauté de la France de demain.

MATHILDE ALANIC
Avril 1917