L’Héritage/04

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Texte établi par Les Éditions Variétés (p. 65-78).


l’amant de vénus










L’AMANT DE VÉNUS



C’était Édouard, Édouard Legendre, que la fan­taisie avait pris de nous réunir. Cela n’arrivait plus souvent ; à peu près jamais. La vie, qui nous avait autrefois assis sur les bancs durs de la même université, nous avait depuis séparés ; et à mesure que nous avançions en âge, nous cherchions de moins en moins à nous retrouver ainsi.

Ce que nous avions été liés pourtant ! Nous formions une petite bande connue que les étudiants regardaient un peu comme une ménagerie ; et certes nous faisions figure de bêtes sauvages dans ce milieu trop apprivoisé à notre gré. Nous étions le « groupe des bohèmes ». Ce qui nous agrégeait et en même temps nous séparait des autres, c’était une curiosité commune pour des choses extra-universitaires : les vers de Guillaume Apollinaire, les romans d’André Salmon, la musique de Ravel, rien de bien révolutionnaire pourtant. Mais cela nous donnait de nous-mêmes une assez haute opinion que nos condisciples ne partageaient évidemment point ; ce qui d’ailleurs nous était un autre sujet de naïve satisfaction.

À cette époque, nous nous rencontrions plusieurs fois la semaine tantôt ici tantôt là : dans la mansarde de Jean-Marie, baptisé je ne sais pourquoi Pharamond ; dans « l’appartement » presque souterrain que Jean avait dégotté tout en haut de la rue Clarke ; chez la fille d’un riche industriel qui, amoureuse de chacun de nous tour à tour, nous était collectivement une espèce d’Égérie ; et de rares fois dans la vaste cave de la maison où le père d’Ulysse tolérait que son fils reçut des amis en qui pourtant il ne mettait nulle confiance. Dame ! quand on vend des huîtres en gros on tient à ce que son aîné fasse sérieusement son droit.

Cela avait duré tant que notre âge s’était maintenu dans les vingt. Cela s’était espacé approchant la tren­taine. Entrés sérieusement dans la quarantaine, rangés, casés, étiquetés, inscrits dans l’annuaire du téléphone, nous nous connaissions encore, mais ne nous reconnaissions guère.

Et voilà que Édouard Legendre s’était offert le luxe de rassembler ceux d’entre nous qui pouvaient encore se voir et qui étaient disponibles. Parmi les huit que nous étions, fumant la pipe qui avait remplacé la ci­garette, buvant le whisky au lieu de la bière des anciens jours, la conversation ne pouvait faillir à évoquer notre jeunesse révolue. Chacun des absents apparut sur l’écran, certains nets et bien au point, d’autres plus morts que les morts.

Jacques Marsan, celui-là même qui est maintenant sous-ministre de quelque chose à Québec, était avec nous par extraordinaire ; nous ne l’avions pas vu depuis une dizaine d’années, au moins.

— Un dont je me suis toujours demandé ce qu’il était devenu, dit notre hôte, c’est Sabourin.

Ce ne fut qu’un cri : « l’Amant de Vénus !»

— Comment ! l’amant de Vénus ? s’enquit madame Legendre.

— Parfaitement, l’amant de Vénus. Je vais t’expliquer, dit Legendre à sa femme. Sabourin était un grand garçon blond qui venait des environs de Lachute. Il faisait son droit, côté notariat. Assez soigné, plutôt intelligent, les femmes le trouvaient fade. Mais il avait un front, tout un front ! C’était ce que notre esthète de Conrad appelait « une surface divine ». Dans les édifices grecs, il y a le portique ; dans les églises gothiques, les tympans ; chez Sabourin, il y avait le front. C’était une plaque de marbre étonnante, neigeuse, à peine onduleuse au-dessus des sourcils, aux lignes à la fois douces et géométriques ; la peau, étalée comme un cuir de luxe sur une reliure d’art, était d’une blancheur bleutée qui semblait refléter un ciel de rêve. C’était saisissant et très beau.

— Mais pourquoi l’amant de Vénus ? Je suppose qu’il s’agissait de quelque poule, comme votre Catherine…

— Pas du tout. Bien mieux que cela. Sabourin avait eu, je ne sais d’où, une excellente reproduction photographique en blanc et noir de la Vénus de Vélasquez, celle qui est au National Gallery, de Londres. Je ne sais si tu te souviens, nous l’avons vue ensemble. Il faut dire qu’elle est admirable. Couchée sur un divan, la tête soutenue par le bras replié, elle se regarde dans une glace que tient un Cupidon. On la voit de dos. Mais quelle beauté, noble, nerveuse, combien humaine pour une déesse, combien divine pour une femme ! Depuis la torsade dorée des cheveux jusqu’au talon ce n’est pas un morceau de roi, c’est un morceau de dieu ! Mais revenons à Sabourin. En notre homme s’était allumée une passion volcanique pour la Vénus de Vélasquez. Elle rassemblait pour lui toutes les perfections qu’il pouvait imaginer en une femme. Il avait installé son image au mur, fixée par une série de pointes à tête de cuivre qu’il polissait pour les faire reluire comme de l’or, juste au-dessus de la tablette qui servait à déposer son peigne et sa brosse à dents. Et sous l’image il avait mis un lampion probablement chipé à quelque église. Ce lampion, il l’allumait devant Vénus chaque fois qu’il avait fait quelque rencontre agréable, comme pour faire amende honorable de s’être laissé aller à des amours humaines et temporaires.

— Parfaitement, reprit Marsan, et quand le lampion s’allumait, si nous lui demandions : « Alors elle était jolie ?… » Il répondait, d’un air déçu et repentant, toujours la même chose…

Nous continuâmes en chœur :

— … Oui… Mais ce n’était pas ma Vénus !

— Qu’est-ce qu’il est devenu, Sabourin ? Notaire, dans quelque fond de paroisse ? Fait-il encore des vers : il les faisait bien, dans le genre symboliste.

— Ce qu’il est devenu ! Je ne vous ai jamais raconté ça ? (C’était Marsan qui parlait.) Oh alors ! Écoutez. C’est une histoire un peu longue mais qui en vaut la peine.

Il se servit un whisky bien tassé et s’installa.

« Il y a sept ans, non, huit ans, je suis allé en Europe, accompagnant mon ministre. Nos affaires faites, je décidai, au lieu de rester à Paris jusqu’au dernier moment, de rallier Cherbourg et le paquebot en passant par la Bretagne que j’avais toujours voulu connaître. L’avant-veille de mon départ je couchais à Saint-Malo. Arrivé dans l’après-midi, je m’étais installé à l’Hôtel de France…

— … et de Châteaubriant, compléta quelqu’un.

— Exactement. Je dînai à loisir, puis fis conscien­cieusement le tour classique sur les vieux remparts. Cela me prit deux heures, en flânant. Il y avait de quoi. Jamais je n’ai vu plus admirable coucher de soleil. Les rayons bas se trempaient dans les nuées violettes et venaient teindre de pourpre les rochers du rivage et le Grand-Bé…

— Mais Sabourin ?…

— J’y arrive. La nuit tombée, j’explorai la ville car je n’avais pas la moindre envie de m’enfouir dans le hall banal de mon hôtel. J’avais l’âme pleine de corsaires et je voyais partout Surcouf et Thomas l’Agnelet. Mais Saint-Malo donne à l’étranger pris dans ses murs l’impression d’être en un puits. Il n’y avait donc qu’à errer dans les rues, les rues étroites et emmêlées comme un paquet de cordages jetés à fond de cale. Je me perdais dans des impasses, me butais à des murs sans vie. Je me trouvai enfin sur une petite place étroite comme une cheminée ; pas besoin de chercher le nom. L’odeur mieux qu’une affiche m’affirmait que j’étais au marché à poisson, vide à cette heure, évidemment.

« J’étais un peu fatigué, j’avais soif. Sur un côté de ce petit espace il y avait une façade illuminée, une seule : un estaminet. J’y entrai, un peu gêné de ma mise d’étranger et de touriste.

« Pas d’erreur, c’était un trou. Et sans pittoresque encore. Sept ou huit tables de marbre gras ; à gauche le comptoir de zinc surmonté des robinets à bière où pleurait une goutte indécise. Le décor classique du café-bar populaire dans toute son écœurante bana­lité. Derrière les bouteilles aux étiquettes criardes, une glace dont la fumée avait à la longue rongé le tain. Dans le coin, quatre individus à face de naufrageurs plutôt que de corsaires, et qui faisaient claquer les cartes de leur manille.

« Je choisis une table près de la porte. Je n’étais pas à l’aise, tout en sentant le ridicule de mon inquiétude. Ah ! la littérature ! J’essayai de me mentir en me disant que près de la sortie l’air serait plus frais et moins chargé du parfum lourd des colins et des langoustes. Mais jamais je n’avais vu pareil lieu.

« Une serveuse s’approcha ; je commandai un vermouth-cassis et me mis à feuilleter mon guide. Un des habitués, un sec avec un mouchoir sale autour du cou, me regardait de temps à autre à la dérobée. Je le vis murmurer quelque chose. Il n’y avait pas de quoi me mettre à l’aise.

« La porte du fond s’ouvrit brusquement. En manches de chemise, traînant d’innommables savates, c’était évidemment le patron. Il était gros et costaud, le ventre en barrique, les bras solides, des bras habitués à vider la place à l’heure de la fermeture. Le visage était mou, avec des sillons gras et une moustache qui, roussie par le tabac et le tord-boyaux, faisait un rideau sordide devant la bouche comme devant un mauvais lieu. Je regardai les yeux.

« Mais ce que je vis, ce fut le front. Pur et net, il s’étalait comme le fronton d’un temple miraculeusement préservé parmi l’éboulis de la façade. « C’était une surface divine… » Pas possible !… Sabourin ! Ce front-là c’était, ce ne pouvait être au monde que mon Sabourin ! Je lui fis signe. Il me regarda lourdement et vint vers moi.

« — Qu’est-ce que c’est ?

« Il se penchait un peu, la tête affalée sur l’épaule, les yeux bestiaux à la fois vagues et fixes. Je ne disais rien, regardant son front, attendant qu’il me reconnût, oubliant moi-même, comme on l’oublie si facilement, que j’avais vingt ans de plus.

« — Eh bien ! alors ! quoi ? Qu’est-ce vous avez à me dire ?

« Cette façon de parler si particulière à nos gens aurait levé mes derniers doutes si j’en avais eu. Mais il commençait à s’impatienter. Ses pupilles étaient deux mires noires qui me visaient, menaçantes.

« — Non, sans blague, ça va durer longtemps ? Faudrait voère à pas se payer la gueule à Sabourin, non ?

« Je vis ses biceps se dilater de colère. À mi-voix, car les manilleurs s’étaient arrêtés, je récitai :


« Les torches des cyprès ornant le crépuscule,
« Le soleil va s’offrir au bûcher du couchant.
« Ah ! ma peine !

« Ah ! mon cœur ! astre mort où plus rien n’est vivant.
« Ô tombeau majuscule,
« Crypte où s’évanouit le charme de l’encens
« Offert à l’Anadyomène.


« C’était le début de sa Cantate à Vénus, qu’il récitait volontiers dans nos soirées un peu bachiques. Je pensais qu’il allait sursauter comme tout poète en entendant les vers qu’il croit oubliés. Je vis le moment où il allait exploser, mais de colère. Je me hâtai, un peu déconfit :

« — Puisque tu ne me reconnais pas, je pensais au moins que tu reconnaîtrais tes vers ! »

« Il se rapprocha de moi, tout près. Je sentis le vent pénible de son haleine. Mais je voyais ses bras qui tout doucement se dégonflaient comme une baudruche.

« — Voyons, Sabourin !… Montréal ?… L’Université ?… Marsan, Jacques Marsan ? »

« Alors la conscience du passé se fit jour en lui. Il se prit le menton, le coude gauche dans la main droite, et se mit à murmurer.

« — Ah ben ! ah ben !… merde alors !… Non, ça alors !… Ça parle au Maudit… ! Ah non, alors !… »

« Il se tourna brusquement : « Josette ! » D’une voix de tonnerre : « Josette ! » La serveuse apparut. « Ap­porte une bouteille de saumur, du saumur de l’Éclipse ». Et se tournant vers moi, il s’assit en disant encore : « Ah ben non, alors ! Eh ben, mon cochon… par exemple… ! »

« La bonde avait sauté et le vin de l’amitié jaillit. Ce que je faisais à Saint-Malo ? Ce que j’étais devenu ? Ce qui s’était passé depuis vingt ans ? Il fallut reprendre la vie commune où nous l’avions rompue, à la fin de la guerre. Penché sur la table, remplissant sans arrêt mon verre de saumur frais comme un soleil de Pâques, il coupait ma phrase commencée : « Et Pharamond, ce vieux Pharamond, où qu’il est… ? Et Le­ gendre, le Crésus… hein ? » Il guettait alors ma réponse, bouche ouverte, les mains à plat sur la table, attendant l’explication comme un enfant affamé attend la prochaine bouchée ; et, quand il l’avait, vidant son verre d’un trait et se renversant sur sa chaise pour redire à mi-voix : « Ah non !… Ah non !… Ah non !… »

« Je n’avais pas satisfait sa curiosité sur l’un d’entre nous que des placards du passé il m’en sortait un autre. Et pendant tout ce temps, je cherchais le moment où je pourrais à mon tour dire : « Mais toi, mon vieux Saboure, vas-tu me dire par quel extraor­dinaire hasard… ! »

« Vint un moment où nous eûmes ressuscité tout le monde et où il s’arrêta, rassasié. Ce fut à moi de questionner.

« — Moi ? » dit-il, « Oh ! il ne s’est rien passé d’extraordinaire. On vit tout doucement.

« — Comment, rien d’extraordinaire ? » insistai-je.

« — Ben, je vais t’expliquer. Et d’abord tu prendras bien une autre bouteille. Mais si ! mais si !

« Le bouchon arraché, il étala son histoire.

« Ses examens de notariat passés avec succès, il était retourné à Lachute, chez son père. Il y avait eu dispute à propos de je ne sais quoi, et mon Sabourin en rupture de foyer était revenu à Montréal, avait erré sur les quais, avait bu avec des amis d’occasion et s’était réveillé un matin, engagé comme… aide-cuisinier, à bord d’un transatlantique qui descendait vers la mer !

« À Liverpool, il lui avait pris fantaisie de changer ; il était parti comme garçon de bord sur un cargo qui transportait du charbon de Cardiff à Gênes. Bref, cela avait duré un an et demi et il s’était trouvé un beau jour à Cherbourg où son bateau faisait escale.

« L’air de France lui avait monté à la tête, comme à tout Canadien français d’ailleurs. Il avait déserté, avait pris du service dans un hôtel où il y avait une femme de chambre ; après trois mois ils étaient liés.

« Tout ce temps, je gardais à l’esprit ses amours d’autrefois ; je guettais le moment où Vénus sortirait soudain de son récit comme jadis Aphrodite émergea des flots. Nous y étions donc.

« — Je me doutais bien », lui dis-je, « qu’il y avait là dedans un tour de Vénus. »

« — Ah ! tu te rappelles, mon vieux ? La Vénus de Vélasquez ! Tu te rappelles ! C’est un peu pour elle que j’ai traversé l’Atlantique. Sais-tu pourtant que je ne l’ai pas vue ! Mais non. Je ne suis jamais allé à Londres ! Dans le temps, hein ! j’avais son image dans ma chambre. La déesse ! J’étais sûr, sûr comme de mon existence, qu’il ne pouvait y avoir rien au monde qui pût seulement approcher d’une pareille beauté. Toi, tu blasphémais : tu me disais que ce portrait n’était celui que du modèle ; et que ce que j’admirais si passionnément, c’était après tout une femme payée par Vélasquez pour poser toute nue dans l’atelier pendant une demi-journée, à tant de l’heure. Mais y avait le peintre, la main du peintre qui d’une fille, avec quelques tubes de couleur avait fait ce soleil de chair, ce vase de toutes les voluptés ; qui pour l’éternité l’avait fixée sur la toile par l’éclat de foudre de son génie.

« Eh bien, je l’avais rencontrée un soir à Cherbourg, ma Vénus, et dans un bal-musette encore ! Est-ce croyable ? Je n’avais eu qu’à la voir de dos pour la reconnaître. C’était elle, fulgurante ! Belle au delà de toute expression, belle à faire hurler Vulcain, à faire délirer Jupiter. Et je l’ai à moi. J’ai eu cette veine insensée. L’Olympe à domicile, mon vieux ! Hein ! pour moi, Sabourin !

« Nous en étions à la troisième bouteille de saumur et je sentais que l’ambroisie lui chauffait la cervelle. Moi-même je commençais à ne plus savoir si j’étais bien sur terre, ou à mi-chemin entre la terre et l’Empyrée.

« Il continuait : Elle était de Saint-Malo et son père ayant cassé sa pipe, elle a hérité de ça. Il eut un geste large, le geste de Neptune fendant les flots, de Jupiter ouvrant les nuées. Mais ça, c’était le cabaret, ses huit tables de marbre, ses chaises de fer, son comptoir à bière, le panthéon de ses bouteilles, la sciure sur le plancher, les joueurs de manille ; le tout flottant comme entre deux eaux dans le relent de marée qui suintait de partout.

« Alors je suis installé ici. Je suis le patron. Mossieu Armand, c’est moi. C’est la bonne vie, tu sais. C’est moi le patron ! Angèle et moi, c’est comme deux tourtereaux. »

« À ce moment il se fit un remue-ménage dans l’arrière-boutique. Josette, la serveuse, avait disparu ; mais on entendait sa voix derrière la porte ; une autre voix aussi, solide et un peu aigre, autoritaire. Je devinai. Vénus ! J’allais voir Vénus !

« Le vantail s’ouvrit brusquement et sur le pas apparut une femme qui s’immobilisa, les poings sur les hanches. Sabourin, qui me faisait face, ne pouvait point la voir. Elle nous regardait fixement.

« Elle était laide ; non, pas même ! Plutôt lourde que grasse, plutôt jaune que blonde, vêtue d’un caraco souillé, des mèches pleureuses dans le visage, les yeux d’un noir sans paillettes. À ses lèvres lie de vin pendait un mégot. Elle avait pu être belle ; peut-être ? Mais aujourd’hui !

« Voyant mes yeux fixes, Sabourin eut un sursaut. Il tourna un peu la tête, juste assez pour explorer du coin de l’œil la porte du fond. Puis il se leva doucement, s’appuyant sur ses mains où quelques poils roux se hérissaient sous l’effort ; et sans autrement bouger, il appela d’une voix rude, qui râclait la gorge : « Josette ! »

« La serveuse s’approcha.

« — Dis-donc, espèce de traînée, tu pourrais pas te grouiller un peu ? Il y a une demi-heure que monsieur attend pour régler.

« Alors, sa poitrine sifflant péniblement comme un soufflet crevé, les épaules tombées, il me regarda avec des yeux étranges, subitement ternis, des yeux de chien terrifié, des yeux qui me demandaient en grâce de comprendre et de ne rien dire :

« — Alors, nous disions : un vermouth-cassis et trois bouteilles de saumur, ça sera vingt et un francs. »

« Et se tournant vers les habitués il gueula :

« — Allez, vous autres, on ferme ! »