L’Homme et la Terre/II/13

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Librairie universelle (tome troisièmep. 207-232).

masque remplaçant les gravures de František Kupka - en-tête de chapitre
MONDES LOINTAINS
Combien de petites humanités distinctes ont
péri avant que naquit la grande humanité !



CHAPITRE XIII


INDO-CHINE. — CIVILISATION KHMER. — PAYS DES TCHAMPA

LES DEUX JAVA. — POPULATION MALAISE

NAVIGATION POLYNÉSIENNE. — METALANIM. — MADAGASCAR

En comparant les affinités respectives des diverses contrées de l’Asie orientale pendant le cours du temps, on constate que l’ensemble de l’Indo-Chine a, depuis deux mille ans, complètement changé son orientation sociale : tandis qu’elle suit maintenant l’impulsion de la Chine, et qu’elle semble avoir bientôt à se régler sur le Japon, elle avait autrefois l’Inde pour modèle. Quelques expéditions de conquête, mais surtout l’immigration et l’influence pacifique d’une civilisation supérieure ont graduellement « sinifié » le Siam, le Cambodge et l’Annam ; il y a quelque vingt siècles, lors de la propagande bouddhique, ces pays se trouvaient au contraire presqu’ « indianisés ».

À cet égard les influences hindoues avaient toute facilité de pénétration dans la Barmanie, quoique des chaînes de montagnes, des forêts, des rivières puissantes, des marécages séparent nettement les deux grandes péninsules. Les mouvements de migration et de conversion religieuse et morale ne se firent directement que pour une bien faible part ; mais la navigation, aidée par le va-et-vient de la mousson et des courants marins, mettait en communication le delta gangétique et celui de l’Irâvadi, et c’est ainsi que, pendant le cours des âges, les populations barmanes du bas-fleuve reçurent pleinement les enseignements venus de l’Inde. Cependant la Barmanie est elle-même séparée du Siam par une chaîne maîtresse qui devait retarder, en certains endroits arrêter peut-être, l’épanchement des formes hindoues de civilisation. Même les deux versants de l’arête peu élevée qui se prolonge sur une distance d’environ 1 500 kilomètres dans l’étroite péninsule malaise, du Siam continental jusqu’à la pointe de Djohor, se trouvent en maints endroits privés de relations faciles l’un avec l’autre, bien que les cols de passage soient pour la plupart d’une faible hauteur moyenne.

Dans le corps même de l’Indo-Chine, les multiples chaînes de montagnes, toutes revêtues de forêts, sont vraiment difficiles d’accès, quoiqu’elles ne s’élèvent point dans la zone des neiges temporaires, mais elles n’empêchent point les rapports de commerce ni les expéditions de guerre : l’histoire mentionne un grand nombre d’invasions qui se firent de côté et d’autre, de la Barmanie vers le Siam ou du Siam vers la Barmanie. Mais les obstacles suffisent dans cette partie du territoire pour que l’influence chinoise, descendant au sud par les vallées parallèles que parcourent les fleuves, puisse contrebalancer l’action de l’Inde, exercée par le Bengale et l’Assam ; c’est à la ligne de partage des eaux entre le Saluen et le Menam que commence, peut-on dire, la véritable « Indo-Chine ». La Barmanie, dont le nom a été rapproché, non sans cause, de celui de rahma[1], comme si ce dieu en avait pris possession lors de l’introduction de son culte, la Barmanie a été soustraite à l’ascendant de la civilisation élaborée sur les rives du Fleuve jaune.

N° 250. Indo-Chine continentale.
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La forme si remarquable de l’étoilement des fleuves indo-chinois et des chaînes de montagnes divergentes explique comment cette presqu’île si favorisée par le climat — même en comparaison de sa voisine hindoue — et par les découpures de ses rivages ne put jamais atteindre à la dignité de nation unique. Elle ne contient pas de bassin assez vaste pour qu’une population nombreuse y serve de véhicule à une idée nouvelle, d’autre part, elle est encadrée par des sociétés trop développées pour avoir pu lutter contre leur génie propre. L’Indo-Chine servit de champ d’expérience aux conflits et aux amalgames entre Malais, Hindous, Chinois et les peuples autochtones ou descendus du Nord, tels les Thaï du Siam ; elle eut certaines périodes de travail glorieux, où les éléments les plus actifs influencèrent victorieusement leurs voisins, — ainsi la langue usitée actuellement au Siam renferme plus d’un cinquième d’expressions cambodgiennes[2] — mais de ces actions multiples il ne jaillit point une synthèse puissante irradiant au loin.

L’œuvre d’indianisation, à laquelle la nature n’opposait pas d’obstacles, put se continuer sans peine à travers les âges aussi longtemps que dura dans le pays d’origine la poussée d’une civilisation progressive, et la culture hindoue avec ses religions et ses mœurs, avec sa langue même, se répandit des bords de la Gangâ jusqu’à l’Océan Pacifique. Vers l’époque où, de l’autre côté de l’Inde, se produisait l’influence hellénique, le brahmanisme, puis le bouddhisme furent portés par ce courant, de même qu’avaient été portées antérieurement d’autres religions à caractère moins complexe, plus rapproché du naturisme primitif. Les Khmer du Cambodge, les Tchampa du littoral appartenaient au monde indien beaucoup plus que les populations indigènes des plateaux de l’Inde proprement dite.

Le centre de la civilisation khmer, remarquable par le grand nombre de ses monuments l’architecture, occupe en effet un des lieux les mieux situés pour recevoir et maintenir dans le bien-être une population très dense. Les deux vallées maîtresses de l’Indo-Chine orientale, le Menam et le Mékong, qui constituent les deux grandes voies historiques de la Péninsule, dans la direction du nord au sud, sont réunies dans leur cours inférieur par une longue dépression transversale parallèle au littoral maritime, formant entre les deux fleuves une superbe avenue ; un beau lac, le Tonle-sap, qui paraît avoir été un golfe marin il y a quelques milliers d’années, complète les routes de terre, très faciles à suivre, par ses voies de navigation vers le Mékong. Entre ce bassin lacustre et le seuil de partage élevé d’où les eaux s’épanchent, au nord-ouest vers le Menam, au sud-est vers le Mékong, se groupèrent, pendant les périodes pacifiques, le plus grand nombre d’habitants auxquels lacs, rivières et golfes fournissaient une quantité prodigieuse de poissons ; c’est là que furent trouvés par M. Jammes les amas de coquillages contenant les vestiges d’au moins trois civilisations préhistoriques, là que, il y a dix ou douze siècles, l’art et l’industrie des Khmer atteignirent leur plus haut développement, au point d’équilibre naturel de l’ensemble des contrées connues aujourd’hui sous les noms de Siam, de Cambodge et d’Annam. C’était l’étape principale des missionnaires entre les cités gangétiques et l’archipel indonésien.

N° 251. Centre de la Civilisation khmer.
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Les ruines d’Angkor sont dispersées sur une étendue de plusieurs kilomètres carrés ; on distingue le Nakhor-Tom ou Grande Capitale, le Nakhor-Vat ou Pagode de la Capitale et de nombreuses constructions disséminées. D’après M. Aymonier, les principaux monuments ont été élevés de 850 à 950 de l’ère vulgaire.

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Cl. Sclafer.
un tonkinois sur son buffle

Les indigènes ont pleinement conscience de leur gloire antique et se prétendent descendus de colons venus de l’Inde septentrionale. D’après une légende, que les Cambodgiens regardaient, avant l’arrivée des Européens à l’esprit plus scrutateur, comme étant l’expression de l’histoire pure, un prince hindou, accompagné de « dix millions » de ses sujets, serait venu, il y a vingt-trois siècles, peupler le bassin du Tonle-sap. Le récit désigne même l’antique Indraspathi, la ville d’Indra, devenue la moderne Delhi, comme le lieu d’origine du fondateur de la puissance khmer : la famille régnante actuelle serait arrivée d’une autre cité sainte, Vàranàsi ou Benarès. Toutefois l’abandon de la foi bouddhique par les habitants du bassin de la Gangâ dut rompre de bonne heure les communications entre l’Inde septentrionale et le pays khmer, l’un des foyers les plus ardents de la religion nouvelle. Aussi des rapports suivis s’établirent-ils avec Ceylan, l’antique Lanka, autre citadelle de la vérité selon Çakya-Muni, de telle sorte que l’on crut longtemps que le bouddhisme indo-chinois résultait de la propagande des habitants de l’île merveilleuse.

De même que tout bon musulman est censé faire au moins une fois en sa vie le voyage de La Mecque, tout zélé bouddhiste parmi les Cambodgiens se livre à une comédie religieuse, d’après laquelle il serait un pèlerin de Lanka. A-t-il fini de construire sa demeure, suivant les cérémonies prescrites qui doivent lui concilier un sort favorable, a-t-il fait entrer le chat, futur gardien de la paix domestique ? Il ne peut pénétrer lui-même dans la maison sans avoir forcé la porte par un mensonge pieux : — « D’où viens-tu ? » lui demande-t-on. — « Je viens de Lanka », répond-il. « J’ai naufragé sur la mer, et me trouvant maintenant sans abri, je me réfugie avec les miens et mon petit avoir dans cette demeure inhabitée [3] ».

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Document communiqué par Mme Massieu.
labourage des rizières au tonkin


Toutefois il est probable que les relations d’amitié avec Ceylan, rarement directes, se firent principalement par l’intermédiaire des navigateurs malais et Kalinga, car la distance est longue (2 500 kilomètres) entre Lanka et les bouches du Mékong par-dessus l’isthme de Krah, et le détour est fort grand à travers l’archipel de la Sonde. Par un bizarre phénomène géographique, c’est l’île de Java qui servait d’étape à mi-chemin entre Ceylan et l’Indo-Chine orientale.

Au delà du pays khmer, le littoral de la mer chinoise qui se développe suivant une double courbe, d’abord convexe, puis concave, du cap Saint-Jacques aux bouches du fleuve Rouge, fut également un pays indianisé : il portait autrefois le nom de Tchampa, qui est certainement d’origine hindoue ; c’est aujourd’hui l’Annam, le « Sud pacifique ». Il y a deux mille ans, à l’époque où les grandes propagandes bouddhiques avaient déjà commencé, le Tchampa (Tsiampa) était depuis longtemps pénétré par le brahmanisme, ainsi qu’en témoignent des inscriptions nombreuses. Tous les noms géographiques de ce littoral, cités par Ptolémée, sont d’origine sanscrite[4]. Les rois avaient également des appellations hindoues. Siva était le dieu le plus fréquemment invoqué ; la déesse Bhagavasi avait aussi beaucoup de fidèles, et même de nos jours, il lui en reste encore, quoique son origine hindoue soit complètement oubliée. Certaines campagnes sont encore parsemées de stèles et de pierres portant des inscriptions ; les prières sanscrites n’ont cessé d’être ciselées qu’à la fin du XIIe siècle, il y a sept cents ans. Entre autres coutumes, le sacrifice des reines sur le bûcher des souverains s’était répandu dans le pays des Tchampa.

Quant à la partie du littoral située sur le pourtour du golfe tonkinois, comme un vaste demi-cercle tracé autour de l’île de Hai-nan, elle est trop sous la dépendance de la Chine pour que son histoire ne se rattache pas à celle de la grande nation limitrophe. D’ailleurs, elle avait été déjà conquise, il y a vingt et un siècles, par Chi-hoang-ti, et pendant une longue série de siècles elle appartint à l’empire chinois, quoiqu’avec diverses intermittences de séparation, provenant de la présence dans le sud d’un autre foyer d’attraction. Mince, allongé entre la montagne et la mer, ce territoire devait se briser sur quelque point faible suivant la force plus ou moins grande de l’appel exercé au sud et au nord. Mais la double influence fut toujours visible.

D’après la légende, les Annamites auraient eu parmi leurs ancêtres un génie du ciel et un dragon de la mer : issus à la fois des trois éléments, air, terre et eau, ils étaient oiseaux, hommes et poissons, c’est à dire qu’ils possédaient toutes les qualités physiques et morales appartenant à chaque être vivant[5]. On pourrait dire aussi qu’ils participèrent aux diverses civilisations ambiantes, celles de l’Inde et de la Malaisie comme celle de la Chine.

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Document communiqué par Mme Massieu.
village sur pilotis à singapur

En dehors du continent, c’est l’île de Java qui bénéficia le plus amplement de la civilisation des Indes. On pourrait s’en étonner tout d’abord avant d’en avoir étudié les causes, car l’île de Sumatra paraît beaucoup mieux située pour entrer pleinement dans le cercle de la culture hindoue. Elle n’y manqua pas du reste, bien qu’à un moindre degré : son nom même, que l’on identifie avec le mot sanscrit Samudra dans le sens de « Pays de la mer », témoigne de cette influence première[6]. On l’appelait aussi Java ou Djava, comme l’île de moindre étendue qui la continue vers l’est ; mais pour les distinguer l’une de l’autre, on désignait la grande terre comme la « Petite Java » tandis que, grâce à sa population plus nombreuse et à l’abondance de ses productions, l’île de moindre dimension était la « Grande Java ». La structure des deux îles explique ce contraste.

Sumatra présente dans toute sa longueur — 1 700 kilomètres du nord-ouest au sud-est — une chaîne de montagnes élevées qui interrompent partout les communications entre les deux versants, et s’appuient en maints endroits sur d’assez larges plateaux où vivent des populations indépendantes, partiellement sauvages, rompant toutes relations directes entre les habitants policés des vallées divergentes. Un autre désavantage au point de vue du peuplement consiste dans la surabondance des pluies qui se déversent sur l’île et donnent à ses fleuves, souvent débordés et se ramifiant en mille courants, des rives marécageuses s’étendant au loin jusqu’à la mer en d’infranchissables fondrières.

Très longue, très montagneuse, recouverte d’une végétation touffue, l’île de Java par excellence, « Java la Grande », pourrait sembler au premier abord aussi difficile d’accès que Sumatra et son autre voisine, la massive Bornéo ; mais l’étude détaillée de la géographie locale montre combien grandes en réalité sont les différences. De deux tiers plus petite, jouissant partout d’une humidité suffisante qui nulle part ne se résout en fleuve ou en marécage, Java est aussi beaucoup mieux organisée que Sumatra ; elle est disposée de manière à présenter dans toute sa longueur une série d’anneaux ou articles indépendants, entre lesquels on peut se rendre facilement de la rive septentrionale à la rive méridionale. En diverses parties de l’île, la distance est d’une centaine de kilomètres seulement de la côte à la contre-côte, et les dépressions des seuils de partage sont très profondes : tandis que les cônes des volcans s’élèvent à deux mille, à trois mille mètres et même davantage, les passages intermédiaires atteignent des altitudes de quelques centaines de mètres seulement : ce sont comme autant de détroits séparant des massifs insulaires. Les îles qui continuent à l’est la rangée volcanique javanaise, Bali, Lombok, Soembava, appartiennent au même genre de formation que les groupes de sommets ou les pitons solitaires qui se dressent dans la grande île ; à l’ouest, les seuils sont émergés, mais à l’est, ils baignent encore dans les eaux de l’océan. Cette disposition des monts en articles distincts fut l’une des principales causes du peuplement de Java : de quelque côté que vinssent les voyageurs, du nord ou du sud, ils pouvaient pénétrer sans grande fatigue dans les campagnes de l’intérieur, entre les gigantesques volcans : ceux-ci même contribuèrent — aussi paradoxale que semble cette assertion — à rendre l’accès de l’île comparativement aisé, en brûlant les forêts naguère impénétrables des vallées intermédiaires : les cendres qui fécondaient le sol servaient de routes aux immigrants.

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Document communiqué par Mme Massieu.
hanoï, fabrication du papier

On ne saurait hésiter au sujet des populations qui faisaient l’office d’agents pour le transport des hommes et des marchandises entre l’Inde continentale et l’Inde insulaire. Aussi loin que remonte l’Histoire vers les origines du monde oriental, elle constate la part d’influence considérable exercée par le groupe de nations que l’on embrasse sous le nom de « Malais », appellation appliquée pour la première fois, dit-on, à des riverains occidentaux de Sumatra.

N° 252. Les deux Java.
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Actuellement, la plupart des individus que l’on dit appartenir à la race malaise sont sédentaires et agriculteurs, mais, dans presque toutes les îles et péninsules, leurs traditions rappellent qu’ils sont venus d’ailleurs. Leurs voisins prennent très fréquemment le nom ethnique de « Malais » dans le sens de « Vagabonds, Errants, Étrangers ». Une longue habitude, imposée par la division des terres en îles, îlots et archipels, a fini par leur donner ataviquement le génie spécial de la navigation.

N° 253. Malaisie orientale.
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Dans tous les pays côtiers occupés par eux, ils désignent les rives des fleuves d’une manière qui paraît illogique aux gens de la terre ferme : tandis que ceux-ci indiquent la « droite » et la « gauche » en se plaçant dans le sens du courant fluvial et en se déployant avec lui, les Malais procèdent de la manière opposée : la rive « droite » est pour eux celle qu’ils désignent de la dextre en remontant le cours du fleuve. Ce langage ne peut être naturel qu’à des marins venus du large ; de même, en France, ce sont des navigateurs de la haute mer qui imposèrent le mot « embouchure » aux entrées fluviales : alors qu’au point de vue logique, le fait du déversement des eaux dans la mer aurait dû faire adopter un nom indiquant le mouvement de sortie. Dans les Philippines, le nom de balanhay ou « barque » donné de nos jours aux villages malais rappelle les temps anciens où toute la « barquée » s’installait sur la côte, gardant les habitudes du bord, comme si elle avait encore à ramer sur les ondes[7].

Aucune région du monde n’est mieux aménagée que la Malaisie pour les facilités des communications et des échanges ; si le mot « prédestiné » pouvait être appliqué à une partie quelconque de la surface terrestre, c’est pour ces îles et presqu’îles du monde malais qu’il faudrait l’employer. Elles abondent en produits de toute espèce, minéraux et pierres précieuses, écorces et gommes, plantes et fruits ; chaque île a ses richesses particulières ; nulle part on ne voit plus grande diversité de formes vivantes, végétales ou animales. On sait que, d’après les observations de R. Wallace[8], le détroit de Lombok, se continuant au nord par la manche de Macassar, lui paraissait séparer nettement des flores, des faunes, des peuples d’origine et de langue différentes, en un mot deux mondes tout à fait distincts : les naturalistes qui ont succédé à ce grand voyageur n’ont pas trouvé que le contraste fût aussi vigoureusement tranché ; il est certain, en tout cas, que les trois terres principales de l’ouest, Sumatra, Java, Bornéo, et d’autre part Célébès ainsi que ses voisines orientales de l’archipel malaisien possèdent également des richesses naturelles d’une extrême variété, faciles à utiliser par l’homme.
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Les troncs puissants des arbres déracinés du rivage fournissent aux populations riveraines des madriers tout préparés, qu’il suffit d’ébrancher et de lier fortement avec les cordages des lianes entrelacées ; de même le constructeur déjà fort dans son métier trouvait sur le littoral les bois les plus solides et les plus résistants pour y excaver ou pour en tailler des bateaux. D’amples rades et des criques bien abritées interrompent le profil extérieur des îles, d’innombrables ports se présentent, attirant de-ci de-là les barques des navigateurs. Aussi les Malais devinrent-ils, à des époques très lointaines, les intermédiaires naturels du commerce entre les diverses contrées de l’Asie orientale, jusqu’à l’Inde et jusqu’au Japon ; favorisés par les vents alizés et par les moussons, qui les portaient de rivage en rivage, ils apprirent à doubler tous les caps qui s’avancent dans la mer des Indes et gagnèrent même les côtes de Madagascar et de l’Afrique.

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Document communiqué par Mme Massieu.
marchandes javanaises aux environs de batavia


Leur civilisation se propagea jusqu’à l’extrémité opposée de la rondeur terrestre, à une faible distance du continent américain, s’il est vrai, comme le pensent plusieurs géographes, que l’île de Pâques appartienne à l’aire de l’antique expansion des Malais. Le système de numération qui prévaut dans tous les langages polynésiens est une preuve suffisante de l’énorme étendue conquise par l’influence malaise à la surface de l’Océan. Même de nos jours, malgré la supériorité que la science et l’industrie ont donnée aux navigateurs européens, une très forte partie du cabotage dans les mers de l’Insulinde appartient aux flottilles de francs Malais. Une des mers les plus vivantes de navires, avec l’estuaire de la Tamise, ceux de l’Elbe, de la Mersey, du Hudson, est la région qui comprend, au sud de Singapur, les archipels de Riouw et de Lingga. D’après la tradition, c’est ce dernier groupe d’îles qui aurait été le berceau de la race malaise : nulle part les indigènes n’ont un trésor plus abondant de poèmes et de contes.

Les insulaires malais dont leurs propres voyages et migrations avaient fait les principaux agents du mélange entre les peuples devaient être par cela même les intermédiaires de tous récits et de tout savoir, et ces apports se propageaient jusqu’aux extrémités du monde, bien au delà des limites de leur domaine particulier d’expansion nationale ; de proche en proche, les traditions se répandaient. Leur part dans le fond primitif des Mille et une Nuits dépasse très probablement celle des Hindous, des Cinghalais, des Arabes ; de tous les côtés, ils racontaient les histoires merveilleuses, les légendes extraordinaires, les faits miraculeux. C’est à eux qu’il faut attribuer la première mention de maint prodige qui continua de hanter les esprits jusqu’à la fin du moyen âge. Entre autres, on peut citer en exemple la légende de ces « Oreillards », en espagnol Orejones, qui avaient à leur disposition sous forme d’oreilles deux amples manteaux de chair, l’un qu’ils étendaient par terre pour s’y coucher, l’autre dont ils s’entouraient pour se garantir du froid. Telle est la forme sous laquelle se retrouve partout la légende, et l’on ne peut guère supposer qu’une pareille fantaisie soit née spontanément en tout lieu : elle dut être apportée d’un centre commun et par un même peuple[9]. Peut-être les habitants de l’île de Pâques avaient-ils l’habitude de se distendre les oreilles comme ils les représentaient sur leurs grossières statues, et les navigateurs malais qui en firent une description ironique la répandirent dans la Nouvelle-Guinée, dans l’Inde, jusque dans l’intérieur de l’Afrique : cette histoire venant de loin, ils pouvaient l’exagérer à plaisir.

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Document communiqué par Mme Massieu.
bateau à balancier des malais, des polynésiens, etc.

Riches en mémoire et en imagination, grâce à leurs voyages, les Malais devaient aussi à leur expérience des peuples divers une grande variété de culture suivant les hommes avec lesquels ils avaient été en contact. Ainsi, dans Java, visitée et partiellement habitée par les Hindous, les Malais reçurent les formes successives de la religion des immigrants péninsulaires et s’en laissèrent pénétrer profondément. Aux origines de l’histoire javanaise, des missionnaires brahmanes étaient à l’œuvre parmi les habitants de l’île. Puis ceux-ci devinrent bouddhistes, et, dans la ferveur de leur foi, élevèrent, près de Magelang, le temple de Boeroe Boedhoer[10], le monument le plus majestueux et le plus riche en sculptures qui existe encore de cette période de l’art. Mais déjà le retour offensif du brahmanisme, sous la forme du culte de Siva, commençait à se produire, ainsi qu’en témoignent les bas-reliefs ciselés sur les degrés du temple. Quelques Sivaïstes sont encore établis autour des volcans redoutés de Java, au milieu des Musulmans.

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Document communiqué par Mme Massieu.
les trois grâces du temple de siva a brambanan (java)

Ainsi que le dit le voyageur Christian[11], les groupements ethniques désignés dans leur ensemble sous le vocable de « Malayo-polynésiens » constituèrent une race spéciale formée par des mélanges incessants entre « marchands, voyageurs, fugitifs, bannis et pirates, s’entrecroisant par vagues successives en courants et en contre-courants, en reflux et en remous ». Mais il y eut aussi à diverses époques des migrations en masse, causées par guerres ou invasion, tremblement de terre ou ras de marée : de même que les habitants des terres continentales, ceux des terres océaniques devaient céder à toutes les pressions du dehors et se porter dans un sens ou dans un autre, suivant les poussées, les appels, les attractions. Le milieu, la connaissance des eaux et des vents les avaient rendus aussi habiles, plus habiles même à se mouvoir sur mer que la plupart des populations de la terre ferme l’étaient à se déplacer sur l’élément solide : il leur suffisait de connaître la direction des îles désirées : s’ils ne les voyaient pas déjà se profiler comme une nuelle à l’horizon, le vol des oiseau, le mouvement de la houle et mille autres indications fugitives que devine l’œil des marins les guidaient à travers les flots.

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Document communiqué par Mme Massieu.
temple de boro-budor (java)

D’ailleurs il se peut que diverses migrations se soient faites par terre à des époques extrêmement lointaines, s’il est vrai que, suivant une hypothèse émise par de nombreux géologues, une grande partie des parages océaniens se trouve dans une aire d’affaissement (Darwin) : des espaces immergés aujourd’hui auraient été des régions continentales à travers lesquelles le peuplement se serait accompli graduellement et de proche on proche. Quoi qu’il en soit, il est inutile de recourir à des suppositions relativement à l’ancienne étendue et à la répartition différente des îles de l’Océanie, les conditions actuelles suffisant à expliquer les migrations qui ont pu se produire dans tous les sens à travers la demi-circonférence planétaire se développant des côtes de l’Asie à celles de l’Amérique. Même les faits de « dissémination accidentelle »[12], à défaut de migrations préméditées, pourraient expliquer le peuplement graduel de toutes les îles, car il arriva souvent que des barques chargées d’hommes et de femmes furent saisies par la tempête et portées au loin sur des plages inconnues. Le grand courant équatorial qui, dans la zone torride, entraîne les eaux et les épaves dans la direction de l’est à l’ouest, et le contre-courant, beaucoup plus faible, qui, dans le voisinage de la ligne équatoriale, reflue en sens inverse, d’occident en orient, durent aider souvent à cette dispersion involontaire des Malayo-Polynésiens. Hale, puis de Quatrefages ont tracé une carte[13] des migrations océaniennes dont les principaux traits sont mis hors de doute par les traditions locales et par l’histoire.

Mais de pareils documents ne peuvent avoir qu’une valeur d’indication, car, pendant la durée des âges, le va-et-vient des hommes, quoique réglé par certaines lois générales, a certainement décrit un réseau de mailles très nombreuses qu’il paraîtrait impossible de débrouiller au premier abord. Dans la plupart des archipels, les voyageurs qui se sont enquis auprès des indigènes nous apportent l’écho de migrations et contre-migrations diverses : on leur dessine des cartes sommaires sur le sable pour leur montrer la direction suivie par les aïeux ou par les bannis ; on pointe vers les vapeurs de l’horizon lointain ou vers les étoiles du ciel pour indiquer les lieux de l’espace où l’on vit pour la première ou pour la dernière fois la flottille d’arrivée ou de départ. Les naturels de Ponape, dans les Carolines, parlent dans leurs traditions de trois races successives ayant dominé le pays, les nains, les géants, les cannibales. Les nains, dont il existerait encore quelques descendants sur la côte occidentale de l’île, furent très probablement des négrito, frères des Aeta et des Mamuana philippins, des Sakaï et des Semang de la péninsule malaise, des Minkopi de l’archipel andamène. Leurs voisins les décrivent comme des individus petits, à peau noirâtre, ressemblant à certains poissons, au masque rendu hideux par un disque rond d’où ne ressortent que les yeux. Christian ne visita pas ces nains ou Chokalaï, mais il put explorer une de leurs nécropoles, dont les tombeaux, construits en basalte, n’ont à l’intérieur que 130 centimètres de longueur moyenne : le réduit le plus long n’en a que 135. Quant aux « géants » ou Kona, qui triomphèrent des nains et se substituèrent à eux dans la domination de l’île, on les considère comme ayant été des Malais venus de l’Occident, tandis que les cannibales ou Liot seraient des Mélanésiens, arrivés à une époque récente de la Papouasie, au sud, ou des Nouvelles-Hébrides, au sud-est. On signale aussi une immigration d’habitants des Mariannes qui, à la fin du XVIe siècle aurait envahi un certain nombre d’îlots carolins.

N° 254. Port et ville de Metalanim.
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L’importance des antiques civilisations de la Polynésie n’a pas de témoignage plus éloquent que les ruines de Metalanim, situées sur la rive orientale de cette même île Ponape. Ces ruines, en partie déblayées par Christian, occupent une baie peu profonde parsemée d’îlots. Métalanim est une « Venise » polynésienne. L’ensemble des lagunes est défendu au sud, à l’est et au nord par de gigantesques brise-lames composés de colonnes basaltiques, dont quelques-unes ont d’énormes dimensions. En certains endroits, les jetées ont près de 10 mètres en hauteur, 3 mètres en épaisseur, et les amas de décombres écroulés prouvent que jadis quelques remparts étaient encore plus élevés. Dans les parties bien conservées de la digue, les prismes, dont quelques-uns pèsent plus de trois tonnes, sont placés alternativement en long et en large, comme les troncs de bois dans les isbas russes ; çà et là le fond des lagunes est couvert de fragments de basalte, tombés des esquifs qui les apportaient de carrières situées à plus de 30 kilomètres. Que pouvait être cette grande ville cyclopéenne, dont les insulaires de Ponape parlent maintenant avec une réserve craintive, et dans les réduits de laquelle on enferme parfois des condamnés, à leur très grande terreur[14] ?

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D’après une photographie.
pont aux iles fidji


A quatre cents kilomètres à l’est de Ponape, une autre île, la plus orientale des Carolines, Ualan (dite aussi Strong ou Kusaïe) abrite dans une rade les ruines de Lele, ville d’un caractère plus chaotique que Metalanim, mais tout aussi extraordinaire.

La « terre de l’Est » par excellence, l’Australie, île ou continent, semble n’avoir joué qu’un rôle infime dans l’histoire de l’homme. Certes les habitants y ont développé une civilisation dont l’étude ne le cède en intérêt à aucune autre, mais on ne peut dire qu’elle ait jamais réagi sur les société environnantes. Le territoire est trop vaste et la nature trop différente des petites terres polynésiennes, il absorbait sans retour, pour ainsi dire, la population qui s’y présentait. Les Australiens se sont adaptés aux immenses étendues, ils sont devenus
D’après F. W. Christian.
metalanim
Entrée du caveau appelé le tombeau de Chanteleur.
frères du kangourou, mais l’expérience qu’ils ont faite de la lutte pour la vie n’a point servi à d’autres peuplades. Haddon reconnaît dans la population australienne plusieurs couches successives : Negrito, Papoua, Dravidiens, Malais ont tour à tour envahi la terre australe ; néanmoins le sol les a modelés, l’action résultant du climat, de la nourriture, de l’occupation a donné aux Australiens un caractère spécial qui permet de les classer comme race à part au même titre que tant d’autres peuples provenant d’éléments hétérogènes, Tasmaniens disparus, Mélanésiens, Dravidiens, etc[15].

De toutes les migrations humaines, celle des Malais cinglant vers Madagascar est la plus étrange. À première vue de la carte, il semblerait naturel d’attribuer à la côte africaine voisine la provenance des populations malgaches, mais, outre que les indigènes de l’Afrique sud-orientale sont très mauvais marins, les vents et les courants sont contraires au voyage qu’il faudrait entreprendre pour se rendre des bouches du Zambèze vers le littoral de la grande île ; d’autre part, l’évidence en faveur d’une origine lointaine est telle qu’on ne peut s’arrêter un instant aux doutes de quelques écrivains. Les Hova sont des Malais : on le voit à leur visage, on le reconnaît à leurs mœurs, on l’entend à leur parler : la langue qui résonne dans les villages de la côte orientale, chez les Betsimisaraka, et dont on constate l’intime parenté avec les malais de la presqu’île méridionale de l’Indo-Chine et de Sumatra, à 4 000 ou 5 000 kilomètres de distance, est celle qui s’est répandue dans l’île entière, de l’une à l’autre extrémité, et qui s’est imposée aux insulaires de toute origine, même à ceux qui vinrent du continent voisin et, depuis, de l’Arabie et de l’Inde. Certains procédés de travail offrent le même caractère et les mêmes détails dans le monde malais et dans la grande île voisine du continent africain. Les mortiers à piler le riz ont une forme indentique, les travaux de la forge se font de la même manière ; les Sakalaves de la côte occidentale ont des barques à balancier construites exactement sur le modèle des esquifs polynésiens.

Il y eut donc migration, et très probablement il y en eut plusieurs. Les Hova ou Andriana, qui sont de nos jours la population dominante, grâce à la situation centrale qu’ils occupent et à leur supériorité de civilisation, sont de pure souche malaise : ils n’eurent cependant jamais qu’une partie du grand domaine insulaire, et leur influence resta complètement nulle sur des contrées de Madagascar où l’on parle pourtant des dialectes de la même origine linguistique, très apparentes par le vocabulaire et par la construction des phrases. Il semblerait qu’avant l’arrivée des Hova, d’autres peuples congénères eussent déjà établi leur domination dans l’ensemble de l’île et que des éléments ethniques différents, bantou, arabe, hindou, fussent venus successivement sur les rivages pour détruire l’unité première de culture à laquelle les Malgaches devaient la communauté de langage[16]. Il est même fort probable que les résidants de l’île à teint noirâtre seraient non pas des nègres de l’Afrique, mais bien des Mélanésiens, venus de l’Extrême Orient à une époque inconnue, bien antérieure à l’histoire[17].

Mais si les migrations ont été nombreuses et que d’autres Malais, même des Polynésiens aient précédé les Hova dans le peuplement de l’île, une hypothèse se présente avec une très grande force de probabilité : les voyages ne se sont pas faits inconsciemment comme ceux des pierres ponces des volcans de Java, apportées par les courants sur les côtes malgaches ; c’est en pleine connaissance de la direction des vents et des courants et de la position des terres convoitées que les marins de l’Orient auraient disposé leurs voiles.

N° 255. Madagascar et les Mascareignes.
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En un mot, les riverains de la mer des Indes avaient de proche en proche suffisamment exploré les rivages de l’immense étendue océanique pour s’y diriger à coup sûr, pour en connaître les escales, en marquer les étapes. Parce que les Grecs et les Romains, nos éducateurs, ignoraient ces mers, il ne s’ensuit pas que les Malais n’en fussent les audacieux explorateurs. Les récits légendaires des Mille et une Nuits nous apportent comme un lointain écho de leurs aventures.

Quelle que soit la série de questions actuellement sans réponse que l’historien des mondes lointains ait à se poser, une chose est certaine, c’est que non seulement des tribus et des peuples, mais aussi des civilisations diverses se sont succédé dans ces vastes étendues maritimes qui séparent l’Ancien Monde et le Nouveau. Combien de petites humanités distinctes, croyant constituer à elles seules un monde complet, ont ainsi péri avant que naquît la grande humanité ayant une conscience collective et embrassant la surface entière de la planète, éclairée d’orient en occident par le même soleil en son circuit quotidien !


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  1. Eugène Burnouf, Journal des Savants, 1837, p. 120.
  2. Raquez, Bulletin du Comité de l’Asie française, 1903, p. 431.
  3. Mours, Société de Géographie Commerciale de Bordeaux, 17, VIII, 1882.
  4. Barth ; Bergaigne ; Et. Aymonier, The History of Tchampa, pp. 5, 6.
  5. Paul d’Enjoy, Revue scientifique, 27 mai 1889, p. 655.
  6. Henry Yule, The Book of sir Marco Polo.
  7. Olivier Beauregard, Bulletin de la Société d’Anthropologie de Paris, 7 juillet 1889.
  8. Malay Archipelago.
  9. Joshua Rutland, The Big-Ears, Journal of the Polynesian Society, 24 déc. 1897.
  10. Boro-Budor ou Buru-budur ; la diphtongue hollandaise oe équivaut au français ou.
  11. Geographical Journal, vol. XIII, 1899, p. 105 et suiv.
  12. A. de Quatrefages, Introduction à l’Étude des Races Humaines, p. 146.
  13. Voir la carte n° 44, p. 325, vol. I et la carte n° 227, p. 93, vol. III.
  14. F. W. Christian, Geographical Journal, vol. XIII, 1899, p. 105.
  15. Voir la carte en couleurs n° 5.
  16. Max Leclerc, les Peuplades de Madagascar.
  17. Alfred Grandidier, Histoire physique, naturelle et politique de Madagascar ; L’origine des Malgaches.