L’Inde après le Bouddha/Livre 2/Chapitre 2

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CHAPITRE II
LES ÉDITS D’AÇOKA

Le premier édit prescrit d’épargner la vie des êtres soit pour les sacrifices, soit pour l’alimentation (ce précepte est commun aujourd’hui au Brahmanisme et au Bouddhisme).

Le 2e Édit qu’on pourrait appeler Édit de bienfaisance publique, est également tout aussi brahmanique que bouddhique. Nous le donnons à cause de l’intérêt qu’il présente pour la géographie politique de l’époque.

« Partout, sur le territoire du roi Pyadassi cher aux Dévas et aussi des peuples qui sont sur ses frontières, tels que les Çodas, les Pandyas, le pays de Sadyapoutra et jusqu’à Tambapani dans le territoire du roi grec Antiochus et aussi des rois qui l’avoisinent dans l’Aryana (la Bactriane, la Sodgiane etc.) partout le roi Pyadassi cher aux Dévas a répandu des remèdes de deux sortes ; remèdes pour les hommes, remèdes pour les animaux.

Partout des plantes et des arbres utiles ont été emportés et plantés.

Partout où il manquait des racines et des fruits, il en a été emporté et planté.

Et sur les routes des puits ont été creusés pour l’usage des hommes et des animaux. »

Tout cela d’ailleurs est plutôt la proclamation des bienfaits du roi, qu’une instruction, ou une série de recommandations.

M. Senard pense et il paraît très probable que les Chauderies, établissements hospitaliers si nombreux dans l’Inde, sont d’origine bouddhiste ; de même des étangs utiles à l’agriculture ou à la santé publique. Il faut cependant remarquer que le principe de toutes ces œuvres se trouve dans Manou ; il peut y avoir été intercalé après la venue du Bouddha.

Le 3e édit (3e année après le sacre du roi) a pour objet de faire régner la morale bouddhique  ; que partout dans mon empire, les fidèles, le Radjouka (prince guerrier) et le gouverneur du district, se rendent tous les cinq ans à l’assemblée (des religieux) comme à leurs autres devoirs, afin d’y proclamer l’enseignement religieux suivant :

Il est bon de témoigner de la docilité à son père et à sa mère, à ses amis, à ses parents, à ses connaissances.

Il est bon de faire l’aumône aux brahmes et aux Çramanas (religieux Bouddhistes mendiants).

Il est bon de respecter la vie des êtres animés.

Il est bon d’éviter l’intempérance et la violence du langage.

C’est au clergé, ensuite, d’instruire les fidèles dans le fonds et dans le détail.

Le dernier alinéa est exclusivement bouddhiste ; c’est même on peut dire l’essence du Bouddhisme.

Le 4e édit (13e année après le sacre) est la suite des prescriptions morales et religieuses ; le 1er alinéa concerne le culte : « Aujourd’hui le roi Pyadassi, fidèle à la pratique de la religion, a fait raisonner la voix du tambour, (de telle sorte qu’elle est) comme la voix de la religion, montrant au peuple des processions de chasses (à reliques pour les bouddhistes), d’éléphants, de torches allumées et autres spectacles divins. »

Les mots en italique ont plutôt trait au culte brahmanique qu’au culte bouddhique.

Le 2e alinéa constate que la religion et la morale bouddhique grâce à l’instruction donnée aux peuples, sont observées ; les derniers alinéas promettent aux peuples que les successeurs et descendants du roi perpétueront cet état de choses « car l’enseignement de la religion est l’action la meilleure, et il n’est pas, sans la vertu, de pratique sincère de la religion. »

Le 5e édit (16e année après le sacre), crée des surveillants de la religion et définit leurs fonctions :

« Ils s’occupent des adeptes de toutes les sectes, en vue de rétablissement et du progrès de la religion et du bonheur des fidèles qui la suivent ; » Ils s’occupent chez les Yavanas, les Kambojas, (Cambodge), les Gandharas et les autres populations frontières, des, guerriers, des brahmanes et des riches, des pauvres, des vieillards, en vue de leur bien-être et de leur bonheur, pour lever tous les obstacles devant les fidèles de la vraie religion. »

Ils s’occupent de réconforter celui qui est dans les chaînes, de le délivrer lorsqu’il est chargé de famille, lorsqu’il est victime de la ruse, lorsqu’il est âgé et infirme.

Partout ils s’occupent des fidèles de la vraie religion, de ceux qui y restent fermes, et qui donnent l’aumône. »

Le 6e édit concerne l’expédition rapide des affaires publiques. « En quelque endroit que je me trouve, si intime qu’il soit, pénètrent les officiers chargés de me rapporter les affaires du peuple et partout aussi j’expédie les affaires publiques ; j’ordonne moi-même de faire savoir au peuple les choses imprévues que j’apprends des surveillants, de la religion ; je ne crois jamais avoir déployé assez de zèle et d’activité pour l’administration de la justice ».

J’ai commandé que, partout et toujours, il me soit fait immédiatement rapport sur toute division ou querelle qui peut se produire au sein des assemblées du clergé (les religieux bouddhistes, Açoka voulait tenir dans sa main les affaires religieuses).

Tous mes efforts n’ont qu’un but : acquitter envers les créatures la dette du devoir qui doit assurer leur bien-être. Puissent-elles par mes conseils gagner le ciel ! »

Le 7e Édit prescrit la tolérance religieuse.

« Le roi Piyadasi, cher aux Devas, souhaite que toutes les sectes puissent habiter librement en tous lieux ;

Toutes en effet se proposent également la domination des sens et la pureté de l’âme.

Mais l’homme est mobile dans ses volontés, ses inclinations et ses attachements : Souvent il ne pratiquera qu’en partie l’idéal religieux qu’il poursuit ; mais au moins que celui qui ne fait pas d’abondantes aumônes, possède la domination sur ses sens, la pureté de l’âme, la reconnaissance, la fidélité dans les affections, ce qui est toujours un mérite excellent. »

Par le 8e édit le roi Piyadasi fait connaître à ses peuples qu’il a abandonné les plaisirs frivoles et mondains pour les plaisirs vertueux que procure la religion « la visite et l’aumône aux Brahmanes et aux Çramanas ; la visite aux vieillards, la distribution d’argent, la visite aux peuples de l’empire en vue de s’assurer de son instruction religieuse ; les conférences et consultations sur les choses de la religion. »

Le 9e édit a pour but d’établir que les pratiques enseignées par la nouvelle religion sont préférables à toutes les autres ; aucun document n’a mieux interprété l’esprit du bouddhisme ; il mérite d’être cité en entier.

« Voici ce que dit le roi Piyadasi cher aux Dévas :

1. Les hommes observent, suivant les circonstances, des pratiques variables, soit dans la maladie, soit à l’occasion du mariage d’un fils ou d’une fille, soit à la naissance d’un fils, soit au moment de se mettre en voyage ;

Ces pratiques sont par leur étrangeté et leur bizarrerie vaines et sans valeur ; il faut cependant les observer (comme étant à l’usage des différents cultes).

2. Mais la pratique de la religion (le bouddhisme) produit seule des effets excellents. Elle comprend : les égards pour les esclaves et les serviteurs ; le respect pour les parents et les maîtres, l’aumône aux Çramanas et aux Brahmanes, la douceur envers tous les êtres vivants.

3. Il faut qu’un père ou un fils ou un ami, ou un maître ou un camarade, ou un voisin (qui connaît ces pratiques) dise (à ceux qui les ignorent) « voilà ce qui est bien, voilà ce qu’il faut observer » jusqu’à ce que le but poursuivi soit atteint.

L’aumône sans doute est bonne, mais il n’est pas d’aumône qui vaille la religion.

C’est pourquoi, il faut qu’un ami, un particulier, un camarade conseille, suivant les circonstances : « ce qui est bien, ce qu’il faut faire. » Cette conduite est le seul moyen sûr de gagner le ciel.

Au contraire des pratiques anciennes, celles de la loi ne sont pas liées par le temps. Si elles ne produisent pas le résultat terrestre qu’on a en vue, elles assurent certainement une moisson infinie de mérites. Mais si elles produisent au contraire ce résultat, elles ont une double efficacité, celle présente et celle à venir.

La dernière partie de ce document, à partir du n° 3 pourrait faire partie d’un livre de piété chrétienne.

Dans le 10e édit, le roi déclare qu’il met toute sa gloire à assurer le triomphe de la religion nouvelle ; dans le 11e, il rappelle les prescriptions morales exposées dans le 9e édit.

Le 12e édit et le développement du 7e, la proclamation de la tolérance religieuse.

« Le roi Piyadassi, cher aux dévas, honore toutes les sectes : ascètes (religieux voués au célibat) et maîtres de maison (brahmes mariés), il les honore par l’aumône et par des honneurs divers.

Mais ce qu’il a le plus à cœur, c’est de voir régner les vertus morales qui constituent la partie essentielle de leurs doctrines.

Le fonds de ces doctrines comporte, il est vrai, bien des différences, mais toutes ont une règle commune, la modération dans le langage ; il ne faut pas exalter sa secte en décriant les autres sectes ; il ne faut pas déprécier les autres sectes sans raisons légitimes ; il faut, au contraire, en toute occasion rendre aux autres sectes les honneurs qui conviennent.

En agissant ainsi, on travaille au progrès de sa propre secte tout en servant les autres ; en agissant autrement on nuit à sa propre secte en desservant les autres[1].

La concorde seule est bonne, en ce sens que tous écoutent et aiment à écouter les croyances les uns des autres.

Tous les hommes, quelle que soit leur foi, doivent se dire que le roi attache moins d’importance à l’aumône et au culte extérieur, qu’au vœu de voir régner les doctrines essentielles et le respect de toutes les sectes religieuses les unes pour les autres.

C’est à cela que travaillent les surveillants de la religion, les officiers, chargés de la surveillance des femmes, les inspecteurs et autres corps d’agents préposés à la sécurité publique. Le fruit que j’en retire est l’avantage de ma propre croyance et la mise en lumière des bienfaits de la religion en général.

Cet édit est daté de la 9e année après le sacre du roi ; il est antérieur aux précédents où éclate le zèle du roi pour le triomphe et l’extension de la religion bouddhique. Cependant bien qu’il soit empreint de moins de ferveur que ces derniers, il n’en est pas moins fidèle à l’esprit du Bouddhisme essentiellement tolérant, bienveillant pour les autres religions et même curieux de leurs doctrines. Les Bouddhistes ont été quelquefois persécuteurs, mais il a fallu pour cela ou bien qu’ils fussent provoqués, ou bien qu’ils crussent en péril les intérêts temporels du corps religieux dans des pays où ces intérêts avaient pris un développement contraire aux prévisions du Bouddha, au point d’altérer l’esprit de l’institution.

Il ne faut pas d’ailleurs oublier que le roi Açoka n’avait en vue que les sectes indiennes, c’est-à-dire les diverses sectes brahmaniques et le bouddhisme qui se considéraient comme des dérivations diverses d’une religion commune, de même que catholiques et protestants sont tous chrétiens.

Le 13e édit proclame que les guerres de conquête sont désastreuses et que les conquêtes de la religion sont seules profitables pour le présent et pour l’avenir ; il indique aussi le grand rôle historique qu’a joué le roi Açoka.

Il se termine ainsi :

Le roi cher aux Dévas souhaite de voir régner pour toutes les créatures, la sécurité, le respect de la vie, la paix et la douceur ; c’est là ce qu’il considère comme les conquêtes de la religion.

C’est dans ces conquêtes que le roi cher aux Dévas trouve son plaisir, à la fois dans son empire et sur toutes ses frontières dans une étendue de bien des centaines de Yoganas.

Parmi ces voisins se trouve le roi dès Yavanas Antiochus, et au nord de celui-ci sont quatre autres rois (grecs), Ptolémée, Antigone, Magas et Alexandre.

Au sud sont les Codas, les Pandiyas jusqu’à Tambapanni et de même aussi le roi des Huns Vismavasi !

Chez les, Grecs et les Kambajas, les Nabhakas et les Nabhapantis, les Bhogas et les Petonikas, les Andras et les Poulindas, partout on se conforme aux instructions religieuses du roi cher aux Dévas.

Là où ont été dirigés ses envoyés, là aussi après avoir entendu, de la part du roi cher aux Dévas, les devoirs de la religion, on se conforme maintenant avec zèle aux instructions religieuses et à la religion, cette digue contre (les mauvaises passions).

C’est ainsi que la conquête (par la religion) s’est étendue en tous lieux.

J’y ai trouvé une joie extrême, car tel est le contentement que procurent les conquêtes de la religion.

Mais, à vrai dire, le contentement est chose secondaire ; et le roi cher aux Dévas, n’attache une grande valeur qu’aux fruits que l’on s’assure pour l’autre vie.

C’est pour cela que cette instruction religieuse a été gravée, afin que nos fils et nos petits-fils ne croient pas qu’ils doivent faire quelque autre conquête nouvelle.

Qu’ils ne pensent pas que la conquête par l’épée (la flèche) mérite le nom de conquête ; qu’ils n’en voient que l’ébranlement et la violence (qui en résulte pour les peuples).

Qu’ils ne considèrent, comme vraies conquêtes que celles de la religion ; elles seules sont profitables pour ce monde et pour l’autre. »

Cette inscription nous rappelle le zèle religieux de Charlemagne réglant dans ses capitulaires les choses de la religion, inspectant par les missi dominici l’instruction religieuse et laïque et propageait celle-ci au-delà de ses frontières par des missionnaires.

Le 14e édit fait connaître que le roi a fait graver les édits afin de rappeler les vrais principes de la religion et de les conserver dans toute leur pureté… Il donne à entendre que, sur le nombre des édits qui ont été gravés en différents lieux, on en doit rencontrer qui se répètent et qui sont abrégés ou plus ou moins développés pour l’intelligence des vrais principes.

Vient ensuite une série d’édits qui sont ou datés expressément, de la 27e année après le sacre, ou très probablement à peu-près de la même année.

Le premier édit de cette série déclare (27e année) que tout doit progresser et marcher par la religion (bouddhique). Il paraîtra sans doute bien exclusif et bien absolu ; le roi veut forcer les gens à faire leur salut.

« Le bonheur dans ce monde et dans l’autre est difficile à procurer (aux hommes) à moins d’un zèle extrême pour la religion (de la part de mes officiers), d’une surveillance rigoureuse et d’une obéissance absolue, d’un sentiment très vif de responsabilité, d’une activité qui ne s’interrompt jamais.

Mais grâce à mes instructions, ce souci de la religion, ce zèle pour la religion, grandissent et grandiront chaque jour davantage, chez les surveillants et les officiers préposés au bien de la religion.

Et mes officiers supérieurs, subalternes et de rang moyen, s’y conforment et dirigent le peuple dans la bonne voie de manière à maintenir les esprits légers. De même les surveillants des frontières s’attachent à maintenir la règle, et cette règle, la voici

Le gouvernement par la religion ; la loi par la religion ; le progrès par la religion ; la sécurité par la religion. »

La religion, on le voit, absorbe tout ; heureusement, elle n’emploie jamais la violence. Quant à l’ingérence exorbitante des agens du roi pour la religion, elle était nécessaire pour inculquer les préceptes au peuple qui ne voyait dans le Bouddha qu’un Dieu s’ajoutant à des milliers d’autres. Ce qui justifie le roi Açoka, c’est que, aussitôt après lui, toutes les sectes Brahmaniques se relevèrent vivaces et s’emparèrent de nouveau des Hindous que la doctrine nouvelle n’avait touchés qu’à l’épiderme sans les pénétrer jusqu’à la moelle. Les moyens qu’il employa étaient donc opportuns, et de plus ils étaient légitimes, car ils n’empruntaient rien à la contrainte et ils avaient, en réalité, pour but la moralisation si nécessaire des peuples de l’Inde.

Dans le 2e édit le roi définit la religion.

« Elle consiste à faire le moins possible de mal et le plus possible de bien (aux êtres animés), à pratiquer la piété, la charité, la véracité et aussi la pureté de vie. »

Le 3e édit établit la nécessité de l’examen de conscience.

Le 4e édit (27e année après le sacre) déclare que la justice doit être égale pour tous.

« J’ai créé des Rajoukas (administrateurs et juges) pour le bien et l’utilité de mes sujets, et pour qu’ils puissent librement, en toute sécurité, vaquer à leurs fonctions, sans préoccupation ni crainte d’aucune sorte, je me suis personnellement réservé toute poursuite, tout châtiment contre eux.

Il est en effet très désirable de faire régner l’égalité et dans les poursuites et dans les peines à prononcer (on se rappelle que les lois de Manou prescrivent le contraire).

À dater d’aujourd’hui, j’établis la règle suivante :

Aux prisonniers qui ont été jugés et condamnés à mort, j’accorde un sursis de trois jours avant l’exécution ; on les avertira qu’il ne leur reste ni plus ni moins à vivre. Ainsi avertis, ils feront l’aumône en vue de la vie future et pratiquement le jeûne (qui purifie) Je désire, en effet, que, même enfermés dans un cachot, les condamnés à mort puissent assurer l’au-delà avant leur exécution. »

Le 5e édit ordonne de respecter la vie des animaux et de n’exercer sur eux aucun sévice (27e année).

« J’ai interdit de tuer aucun des animaux appartenant aux espèces suivantes :

Les perroquets, les Carikas, les Arounas, etc., les flamands, les Nandimoukas, les chauve-souris, les fourmis d’eau, les poissons appelés ananstikas, les poupoutas du Gange, les tortues et les porc-épics, les taureaux sauvages, les pigeons de l’espèce blanche, les pigeons de village et toutes les espèces de quadrupèdes que l’on ne mange pas.

Quant aux chèvres, aux brebis, aux truies, on ne doit les tuer ni pendant qu’elles portent, ni pendant qu’elles allaitent, non plus que leurs petits au-dessous de six mois.

Il ne faut pas faire de chapons.

Il ne faut brûler vivant aucun être.

Il ne faut pas mettre le feu à un bois, soit par malveillance, soit pour détruire les animaux qui l’habitent.

Il ne faut pas se servir d’êtres vivants pour en nourrir d’autres.

À chaque jour d’Ouposatha, (nouveau quartier de lune), il ne faut tuer aucune catégorie d’êtres vivants.

Les 8, 14 et 15 de chaque demi-lunaison, et le jour qui suit la pleine lune de Tishya, de Pourarvasâsou et les trois Catourmâsyas, il ne faut mutiler aucun des animaux qu’il est d’usage de castrer. »

Toutes, ces prohibitions ont pour but d’empêcher les cruautés inutiles ou de restreindre celles qu’on ne peut empêcher.

Dans le 6e édit le roi déclaré de nouveau qu’il honore toutes les sectes mais qu’il apprécie surtout l’adhésion à leurs doctrines et à leurs pratiques.

Dans le 7e, il annonce « sa résolution de répandre des exhortations religieuses ; les hommes entendant cette parole, entreront dans la bonne voie, ils avanceront dans le bien. »

Le 8e édit est une circulaire qui résume les mesures prises par le roi et ses vues :

Pour que la religion fasse des progrès rapides ;

J’ai promulgué des exhortations religieuses et des instructions diverses ; (28e année après le sacre).

J’ai institué sur le peuple de nombreux fonctionnaires, chacun ayant son rayon à lui, pour qu’ils répandent l’enseignement, qu’ils développent mes pensées.

J’ai aussi institué des Rajoukas (princes, chefs) sur beaucoup de milliers de créatures et ils ont reçu de moi, l’ordre d’enseigner la masse des fidèles ;

J’ai élevé des colonnes revêtues d’inscriptions religieuses ;

J’ai créé des surveillants de la religion ;

Sur les routes, j’ai planté des Nyagrodhas pour ombrager les hommes et les animaux.

De demi Kroça en demi Kroça j’ai planté des jardins de Manguiers.

J’ai fait creuser des puits et faire des piscines.

Et en une foule d’endroits, j’ai élevé des caravansérails pour recevoir les hommes et les animaux.

Par ces améliorations diverses j’ai contribué au bonheur des hommes, mais ce que j’ai le plus à cœur, c’est de les faire entrer dans les voies de la religion et, dans cette vue ;

J’ai créé des inspecteurs de la religion pour qu’ils s’occupent des affaires de charité en tous genres, — des membres de toutes les sectes, vivant hors du monde ou dans le monde, — des intérêts des clercs, des brahmanes, des religieux mendiants (bouddhistes :) et Nirgrantas (djaïnas) — enfin des sectes diverses.

Les Mahamatras (grands gourous) s’occuperont isolément les uns des autres, chacun d’une corporation ; les inspecteurs de la religion, de l’ensemble de toutes les sectes.

C’est en se formant sur mes exemples, sur les actes de bonté que j’accomplis, que les hommes ont grandi et grandiront en obéissance aux parents et aux maîtres, en condescendance pour les personnes âgées, aux égards pour les brahmanes, les Çramanas, les pauvres, les misérables jusqu’aux esclaves et aux serviteurs.

Mais le progrès de la religion parmi les hommes s’obtient de deux manières : par les règles positives ; — par les sentiments qu’on leur sait inspirer — c’est seulement par le changement des sentiments personnels que s’accentue là le progrès de la religion dans le respect général de la vie, dans le soin de n’immoler aucun être.

J’ai posé cette inscription afin qu’elle dure pour mes fils et mes petits-fils. Partout où elle est gravée, sur colonnes de pierre ou parois de rochers, il faut faire en sorte qu’elle dure longtemps.

Par cet édit, on voit que le roi Açoka ne fut pas seulement le Constantin de l’Inde président des conciles, mais qu’il en fut aussi le Saint-Louis ; nous avons vu par le 13e édit de la 1re série qu’il fut mieux encore, qu’il fut un Charlemagne Indien.

Tous ces édits sont remplis de tolérance et même de bienveillance pour toutes les sectes ; la ferveur pour la Religion, (le Bouddhisme) s’y accentue de plus en plus à mesure qu’Açoka avance dans son règne.

  1. Les missions des diverses communions chrétiennes qui s’efforcent de convertir les Nègres de l’Afrique Australe semblent être tombées d’accord, au moins, tacitement, pour cette ligne de conduite fort sage. Chacune agit dans un certain rayon qui lui est propre, sans contrecarrer l’action des autres.