L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche/Première partie/Chapitre VI

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Traduction par Louis Viardot.
J.-J. Dubochet (tome 1p. 103-113).


CHAPITRE VI.

De la grande et gracieuse enquête que firent le curé et le barbier dans la bibliothèque de notre ingénieux Hidalgo.



Lequel dormait encore. Le curé demanda à la nièce les clefs de la chambre où se trouvaient les livres, auteurs du dommage ; et, de bon cœur, elle les lui donna. Ils entrèrent tous, la gouvernante à leur suite, et ils trouvèrent plus de cent gros volumes fort bien reliés, et quantité d’autres petits. Dès que la gouvernante les aperçut, elle sortit de la chambre en grande hâte, et revint bientôt, apportant une écuelle d’eau bénite avec un goupillon. « Tenez, seigneur licencié, dit-elle, arrosez cette chambre, de peur qu’il n’y ait ici quelque enchanteur, de ceux dont ces livres sont pleins, et qu’il ne nous enchante en punition de la peine que nous voulons leur infliger en les chassant de ce monde. » Le curé se mit à rire de la simplicité de la gouvernante, et dit au barbier de lui présenter ces livres un à un pour voir de quoi ils traitaient, parce qu’il pouvait s’en rencontrer quelques-uns, dans le nombre, qui ne méritassent pas le supplice du feu. « Non, non, s’écria la nièce ; il n’en faut épargner aucun, car tous ont fait le mal. Il vaut mieux les jeter par la fenêtre dans la cour, en faire une pile, et y mettre le feu, ou bien les emporter dans la basse-cour, et là, nous ferons le bûcher pour que la fumée n’incommode point. » La gouvernante fut du même avis, tant elles désiraient toutes deux la mort de ces pauvres innocents. Mais le curé ne voulut pas y consentir sans en avoir au moins lu les titres : et le premier ouvrage que maître Nicolas lui remit dans les mains fut les quatre volumes d’Amadis de Gaule. « Il semble, dit le curé, qu’il y ait là-dessous quelque mystère ; car, selon ce que j’ai ouï dire, c’est là le premier livre de chevalerie qu’on ait imprimé en Espagne ; tous les autres ont pris de celui-là naissance et origine. Il me semble donc que, comme fondateur d’une si détestable secte, nous devons sans rémission le condamner au feu. — Non pas, seigneur, répondit le barbier ; car j’ai ouï dire aussi que c’est le meilleur de tous les livres de cette espèce qu’on ait composés, et, comme unique en son genre, il mérite qu’on lui pardonne. — C’est également vrai, dit le curé, et, pour cette raison, nous lui faisons, quant à présent, grâce de la vie[1]. Voyons cet autre qui est à côté de lui. — Ce sont, répondit le barbier, les Prouesses d’Esplandian, fils légitime d’Amadis de Gaule[2]. — Pardieu ! dit le curé, il ne faut pas tenir compte au fils des mérites du père. Tenez, dame gouvernante, ouvrez la fenêtre et jetez-le à la cour : c’est lui qui commencera la pile du feu de joie que nous allons allumer. » La gouvernante ne se fit pas prier, et le brave Esplandian s’en alla, en volant, dans la cour, attendre avec résignation le feu qui le menaçait. « À un autre, dit le curé. — Celui qui vient après, dit le barbier, c’est Amadis de Grèce, et tous ceux du même côté sont, à ce que je crois bien, du même lignage des Amadis[3]. — Eh bien ! dit le curé, qu’ils aillent tous à la basse-cour ; car, plutôt que de ne pas brûler la reine Pintiquiniestra, et le berger Darinel, et ses églogues, et les propos alambiqués de leur auteur, je brûlerais avec eux le père qui m’a mis au monde, s’il apparaissait sous la figure de chevalier errant. — C’est bien mon avis, dit le barbier. — Et le mien aussi, reprit la nièce. — Ainsi donc, dit la gouvernante, passez-les, et qu’ils aillent à la basse-cour. » On lui donna le paquet, car ils étaient nombreux, et, pour épargner la descente de l’escalier, elle les envoya par la fenêtre du haut en bas.

« Quel est ce gros volume ? demanda le curé. — C’est, répondit le barbier, Don Olivanté de Laura. — L’auteur de ce livre, reprit le curé, est le même qui a composé le Jardin des fleurs ; et, en vérité, je ne saurais guère décider lequel des deux livres est le plus véridique, ou plutôt le moins menteur. Mais ce que je sais dire, c’est que celui-là ira à la basse-cour comme un extravagant et un présomptueux[4]. — Le suivant, dit le barbier, est Florismars d’Hircanie[5]. — Ah ! ah ! répliqua le curé, le seigneur Florimars se trouve ici ? Par ma foi, qu’il se dépêche de suivre les autres, en dépit de son étrange naissance[6] et de ses aventures rêvées ; car la sécheresse et la dureté de son style ne méritent pas une autre fin : à la basse-cour, celui-là, et cet autre encore, dame gouvernante. — Très-volontiers, seigneur, répondit-elle ; » et déjà elle se mettait gaîment en devoir d’exécuter cet ordre. « Celui-ci est le Chevalier Platir[7], dit le barbier. — C’est un vieux livre, reprit le curé, mais je n’y trouve rien qui mérite grâce. Qu’il accompagne donc les autres sans réplique. » Ainsi fut fait.

On ouvrit un autre livre, et l’on vit qu’il avait pour titre le Chevalier de la Croix[8]. « Un nom aussi saint que ce livre le porte, dit le curé, mériterait qu’on fît grâce à son ignorance. Mais il ne faut pas oublier le proverbe : derrière la croix se tient le diable. Qu’il aille au feu ! » Prenant un autre livre : « Voici, dit le barbier, le Miroir de Chevalerie[9]. — Ah ! je connais déjà sa seigneurie, dit le curé. On y rencontre le seigneur Renaud de Montauban, avec ses amis et compagnons, tous plus voleurs que Cacus, et les douze pairs de France, et leur véridique historien Turpin. Je suis, par ma foi, d’avis de ne les condamner qu’à un bannissement perpétuel, et cela parce qu’ils ont eu quelque part dans l’invention du fameux Mateo Boyardo, d’où a tissé sa toile le poëte chrétien Ludovic Arioste[10]. Quant à ce dernier, si je le rencontre ici, et qu’il parle en une autre langue que la sienne, je ne lui garderai nul respect ; mais s’il parle en sa langue, je l’élèverai, par vénération, au-dessus de ma tête. — Moi, je l’ai en italien, dit le barbier, mais je ne l’entends pas. — Il ne serait pas bon non plus que vous l’entendissiez, répondit le curé ; et mieux aurait valu que ne l’entendît pas davantage un certain capitaine[11], qui ne nous l’aurait pas apporté en Espagne pour le faire castillan, car il lui a bien enlevé de son prix. C’est, au reste, ce que feront tous ceux qui voudront faire passer les ouvrages en vers dans une autre langue ; quelque soin qu’ils mettent, et quelque habileté qu’ils déploient, jamais ils ne les conduiront au point de leur première naissance. Mon avis est que ce livre et tous ceux qu’on trouvera parlant de ces affaires de France, soient descendus et déposés dans un puits sec, jusqu’à ce qu’on décide, avec plus de réflexion, ce qu’il faut faire d’eux. J’excepte, toutefois, un certain Bernard del Carpio[12], qui doit se trouver par ici, et un autre encore appelé Roncevaux[13], lesquels, s’ils tombent dans mes mains, passeront aussitôt dans celles de la gouvernante, et de là, sans aucune rémission, dans celles du feu. »

De tout cela, le barbier demeura d’accord, et trouva la sentence parfaitement juste, tenant son curé pour si bon chrétien et si amant de la vérité, qu’il n’aurait pas dit autre chose qu’elle pour toutes les richesses du monde. En ouvrant un autre volume, il vit que c’était Palmerin d’Olive, et, près de celui-là, s’en trouvait un autre qui s’appelait Palmerin d’Angleterre. À cette vue, le licencié s’écria : « Cette olive, qu’on la broie et qu’on la brûle, et qu’il n’en reste pas même de cendres ; mais cette palme d’Angleterre, qu’on la conserve comme chose unique, et qu’on fasse pour elle une cassette aussi précieuse que celle qu’Alexandre trouva dans les dépouilles de Darius, et qu’il destina à renfermer les œuvres du poëte Homère. Ce livre-ci, seigneur compère, est considérable à deux titres : d’abord, parce qu’il est très-bon en lui-même ; ensuite, parce qu’il passe pour être l’ouvrage d’un spirituel et savant roi du Portugal. Toutes les aventures du château de Miraguarda sont excellentes et d’un heureux enlacement ; les propos sont clairs, sensés, de bon goût, et toujours appropriés au caractère de celui qui parle, avec beaucoup de justesse et d’intelligence[14]. Je dis donc, sauf votre meilleur avis, seigneur maître Nicolas, que ce livre et l’Amadis de Gaule soient exemptés du feu, mais que tous les autres, sans plus de demandes et de réponses, périssent à l’instant. — Non, non, seigneur compère, répliqua le barbier, car celui que je tiens est le fameux Don Bélianis. — Quant à celui-là, reprit le curé, ses deuxième, troisième et quatrième parties auraient besoin d’un peu de rhubarbe pour purger leur trop grande bile ; il faudrait en ôter aussi toute cette histoire du château de la Renommée, et quelques autres impertinences de même étoffe[15]. Pour cela, on peut lui donner le délai d’outre-mer[16], et, s’il se corrige ou non, l’on usera envers lui de miséricorde ou de justice. En attendant, gardez-les chez vous, compère, et ne les laissez lire à personne. — J’y consens, répondit le barbier. » Et, sans se fatiguer davantage à feuilleter des livres de chevalerie, le curé dit à la gouvernante de prendre tous les grands volumes et de les jeter à la basse-cour.

Il ne parlait ni à sot ni à sourd, mais bien à quelqu’un qui avait plus envie de les brûler que de donner une pièce de toile à faire au tisserand, quelque grande et fine qu’elle pût être. Elle en prit donc sept à huit d’une seule brassée, et les lança par la fenêtre ; mais, voulant trop en prendre à la fois, un d’eux était tombé aux pieds du barbier, qui le ramassa par envie de savoir ce que c’était, et lui trouva pour titre Histoire du fameux chevalier Tirant-le-Blanc.

« Bénédiction ! dit le curé, en jetant un grand cri ; vous avez là Tirant-le-Blanc ! Donnez-le vite, compère, car je réponds bien d’avoir trouvé en lui un trésor d’allégresse et une mine de divertissements. C’est là que se rencontrent Don Kyrie-Eleison de Montalban, un valeureux chevalier, et son frère Thomas de Montalban, et le chevalier de Fonséca, et la bataille que livra au dogue le brave Détriant, et les finesses de la damoiselle Plaisir-de-ma-vie, avec les amours et les ruses de la veuve Reposée[17], et madame l’impératrice amoureuse d’Hippolyte, son écuyer. Je vous le dis en vérité, seigneur compère, pour le style, ce livre est le meilleur du monde. Les chevaliers y mangent, y dorment, y meurent dans leurs lits, y font leurs testaments avant de mourir, et l’on y conte mille autres choses qui manquent à tous les livres de la même espèce. Et pourtant je vous assure que celui qui l’a composé méritait, pour avoir dit tant de sottises sans y être forcé, qu’on l’envoyât ramer aux galères tout le reste de ses jours[18]. Emportez le livre chez vous, et lisez-le, et vous verrez si tout ce que j’en dis n’est pas vrai. — Vous serez obéi, répondit le barbier ; mais que ferons-nous de tous ces petits volumes qui restent ? — Ceux-là, dit le curé, ne doivent pas être des livres de chevalerie, mais de poésie. »

Il en ouvrit un, et vit que c’était la Diane de Jorge de Montemayor[19]. Croyant que tous les autres étaient de la même espèce : « Ceux-ci, dit-il, ne méritent pas d’être brûlés avec les autres ; car ils ne font ni ne feront jamais le mal qu’ont fait ceux de la chevalerie. Ce sont des livres d’innocente récréation, sans danger pour le prochain. — Ah ! bon Dieu ! monsieur le curé, s’écria la nièce, vous pouvez bien les envoyer rôtir avec le reste ; car si mon oncle guérit de la maladie de chevalerie errante, en lisant ceux-là il n’aurait qu’à s’imaginer de se faire berger, et de s’en aller par les prés et les bois, chantant et jouant de la musette ; ou bien de se faire poëte, ce qui serait pis encore, car c’est, à ce qu’on dit, une maladie incurable et contagieuse. — Cette jeune fille a raison, dit le curé, et nous ferons bien d’ôter à notre ami, si facile à broncher, cette occasion de rechute. Puisque nous commençons par la Diane de Montemayor, je suis d’avis qu’on ne la brûle point, mais qu’on en ôte tout ce qui traite de la sage Félicité et de l’Onde enchantée, et presque tous les grands vers. Qu’elle reste, j’y consens de bon cœur, avec sa prose et l’honneur d’être le premier de ces sortes de livres. — Celui qui vient après, dit le barbier, est la Diane appelée la seconde du Salmantin ; puis un autre portant le même titre, mais dont l’auteur est Gil Polo. — Pour celle du Salmantin[20], répondit le curé, qu’elle aille augmenter le nombre des condamnés de la basse-cour ; et qu’on garde celle de Gil Polo[21] comme si elle était d’Apollon lui-même. Mais passons outre, seigneur compère, et dépêchons-nous, car il se fait tard. — Celui-ci, dit le barbier, qui en ouvrait un autre, renferme les Dix livres de Fortune d’amour, composés par Antonio de Lofraso, poëte de Sardaigne[22]. — Par les ordres que j’ai reçus, s’écria le curé, depuis qu’Apollon est Apollon, les muses des muses et les poëtes des poëtes, jamais on n’a composé livre si gracieux et si extravagant. Dans son espèce, c’est le meilleur et l’unique de tous ceux qui ont paru à la clarté du jour, et qui ne l’a pas lu peut se vanter de n’avoir jamais rien lu d’amusant. Amenez ici, compère, car je fais plus de cas de l’avoir trouvé que d’avoir reçu en cadeau une soutane de taffetas de Florence. » Et il le mit à part avec une grande joie.

« Ceux qui suivent, continua le barbier, sont le Pasteur d’Ibérie[23], les Nymphes de Hénarès[24], et les Remèdes à la jalousie[25]. — Il n’y a rien de mieux à faire, dit le curé, que de les livrer au bras séculier de la gouvernante, et qu’on ne me demande pas le pourquoi, car je n’aurais jamais fini. — Voici maintenant le Berger de Philida[26]. — Ce n’est pas un berger, dit le curé, mais bien un sage et ingénieux courtisan. Qu’on le garde comme une relique. — Ce grand-là qui vient ensuite, dit le barbier, s’intitule Trésor de poésies variées[27]. — Si elles étaient moins nombreuses, reprit le curé, elles n’en vaudraient que mieux. Il faut que ce livre soit sarclé, échardonné, et débarrassé de quelques bassesses qui nuisent à ses grandeurs. Qu’on le garde pourtant, parce que son auteur est mon ami, et par respect pour ses autres œuvres, plus relevées et plus héroïques. — Celui-ci, continua le barbier, est le Chansonnier de Lopez Maldonado[28]. — L’auteur de ce livre, répondit le curé, est encore un de mes bons amis. Dans sa bouche, ses vers ravissent ceux qui les entendent, et telle est la suavité de sa voix, que, lorsqu’il les chante, il enchante. Il est un peu long dans les églogues ; mais ce qui est bon n’est jamais de trop. Qu’on le mette avec les réservés. Mais quel est le livre qui est tout près ? — C’est la Galatée de Miguel de Cervantès, répondit le barbier. — Il y a bien des années, reprit le curé, que ce Cervantès est de mes amis, et je sais qu’il est plus versé dans la connaissance des infortunes que dans celle de la poésie. Son livre ne manque pas d’heureuse invention ; mais il propose et ne conclut rien. Attendons la seconde partie qu’il promet[29] ; peut-être qu’en se corrigeant il obtiendra tout à fait la miséricorde qu’on lui refuse aujourd’hui. En attendant, seigneur compère, gardez-le reclus en votre logis. — Très-volontiers, répondit maître Nicolas. En voici trois autres qui viennent ensemble. Ce sont l’Araucana de don Alonzo de Ercilla, l’Austriade de Juan Rufo, juré de Cordoue, et le Monserrat, de Cristoval de Viruès, poëte valencien. — Tous les trois, dit le curé, sont les meilleurs qu’on ait écrits en vers héroïques dans la langue espagnole, et ils peuvent le disputer aux plus fameux d’Italie. Qu’on les garde comme les plus précieux bijoux de poésie que possède l’Espagne[30]. »

Enfin le curé se lassa de manier tant de livres, et voulut que, sans plus d’interrogatoire, on jetât tout le reste au feu. Mais le barbier en tenait déjà un ouvert, qui s’appelait les Larmes d’Angélique[31]. « Ah ! je verserais les miennes, dit le curé, si j’avais fait brûler un tel livre, car son auteur fut un des fameux poëtes, non-seulement d’Espagne, mais du monde entier, et il a merveilleusement réussi dans la traduction de quelques fables d’Ovide. »


  1. On ne sait précisément ni quel fut l’auteur primitif d’Amadis de Gaule, ni même en quel pays parut originairement ce livre célèbre. À coup sûr, ce n’est point en Espagne. Les uns disent qu’il venait de Flandre, d’autres, de France, d’autres, de Portugal. Cette dernière opinion paraît la plus fondée. On peut croire, jusqu’à preuve contraire, que l’auteur original de l’Amadis est le Portugais Vasco de Lobeïra, qui vivait, selon Nicolas Antonio, sous le roi Denis (Dionis), à la fin du treizième siècle, et, selon Clemencin, sous le roi Jean I, à la fin du quatorzième. Des versions espagnoles circulèrent d’abord par fragments ; sur ces fragments manuscrits se firent les éditions partielles du quinzième siècle, et l’arrangeur Garcia Ordoñez de Montalvo forma, en les compilant, son édition complète de 1525. D’Herberay donna, en 1540, une traduction française de l’Amadis, fort goûtée en son temps, mais oubliée depuis l’imitation libre du comte de Tressan, que tout le monde connaît.
  2. Ce livre est intitulé : Le Rameau qui sort des quatre livres d’Amadis de Gaule, appelé les Prouesses du très-vaillant chevalier Esplandian, fils de l’excellent roi Amadis de Gaule. Alcala, 1588. Son auteur est Garcia Ordoñez de Montalvo, l’éditeur de l’Amadis. Il annonce, au commencement, que ces Prouesses furent écrites en grec par maître Hélisabad, chirurgien d’Amadis, et qui les a traduites. C’est pour cela qu’il donne à son livre le titre étrange de las Sergas, mot mal forgé du grec εργα.
  3. L’histoire d’Amadis de Grèce a pour titre : Chronique du très-vaillant prince et chevalier de l’Ardente-Épée, Amadis de Grèce, etc. Lisbonne, 1596. L’auteur dit aussi qu’elle fut écrite en grec par le sage Alquife, puis traduite en latin, puis en romance. — Nicolas Antonio, dans sa Bibliothèque espagnole (t. XI, p. 394), compte jusqu’à vingt livres de chevalerie écrits sur les aventures des descendants d’Amadis.
  4. L’auteur de ces deux ouvrages est Antonio de Torquémada.
  5. Ou Félix-Mars d’Hircanie, publié par Melchor de Ortéga, chevalier d’Ubéda. Valladolid, 1556.
  6. Sa mère Marcelina, femme du prince Florasan de Misia, le mit au jour dans un bois, et le confia à une femme sauvage, appelée Balsagina, qui, des noms réunis de ses parents, le nomma Florismars, puis Félix-Mars.
  7. Chronique du très-vaillant chevalier Platir, fils de l’empereur Primaléon. Valladolid, 1533. L’auteur de cet ouvrage est inconnu, comme le sont la plupart de ceux qui ont écrit des livres de chevalerie.
  8. Livre de l’invincible chevalier Lepolemo, et des exploits qu’il fit, s’appelant le chevalier de la Croix. Tolède, 1562 et 1563. Ce livre a deux parties, dont l’une, au dire de l’auteur, fut écrite en arabe, sur l’ordre du sultan Zulema, par un More nommé Xarton, et traduite par un captif de Tunis ; l’autre en grec, par le roi Artidore.
  9. Cet ouvrage est formé de quatre parties : la première, composée par Diego Ordoñez de Calahorra, fut imprimée en 1562, et dédiée à Martin Cortez, fils de Fernand Cortez ; la seconde, écrite par Pedro de la Sierra, fut imprimée à Saragosse, en 1580 ; les deux dernières, composées par le licencié Marcos Martinez, parurent aussi à Saragosse, en 1603.
  10. Tout le monde sait que le Boyardo est auteur de Roland amoureux, et l’Arioste de Roland furieux.
  11. Ce capitaine est don Geronimo Ximenez de Urrea. Don Diego de Mendoza avait dit de lui : « Et don Geronimo de Urrea n’a-t-il pas gagné renom de noble écrivain et beaucoup d’argent, ce qui importe plus, pour avoir traduit le Roland furieux, c’est-à-dire pour avoir mis, où l’auteur disait cavaglieri, cavalleros, arme, armas, amori, amores ? De cette façon, j’écrirais plus de livres que n’en fit Mathusalem. »
  12. Ce poëme, écrit en octaves, est d’Agustin Alonzo, de Salamanque, Tolède, 1585. Il ne faut pas le confondre avec celui de l’évêque Balbuena, qui ne parut qu’après la mort de Cervantès.
  13. De Francisco Garrido de Villena. Tolède, 1585.
  14. Le premier des Palmerins est intitulé : Livre du fameux chevalier Palmerin d’Olive, qui fit par le monde de grands exploits d’armes, sans savoir de qui il était fils. Médina del Campo, 1563. Son auteur est une femme portugaise, à ce qu’on suppose, dont le nom est resté inconnu. L’autre Palmerin (Chronica do famoso é muito esforzado cavaleiro Palmeirim da Ingalaterra, etc.) est formé de six parties. Les deux premières sont attribuées, par les uns, au roi Jean II, par d’autres, à l’infant Don Luis, père du prieur de Ocrato, qui disputa la couronne de Portugal à Philippe II ; par d’autres encore, à Francisco de Moraes. Les troisième et quatrième parties furent composées par Diego Fernandez. Les cinquième et sixième, par Baltazar Gonzalez Lobato ; tous Portugais.
  15. Ce roman est intitulé : Livre du valeureux et invincible prince don Bélianis de Grèce, fils de l’empereur Don Béliano et de l’impératrice Clorinda ; traduit de la langue grecque, dans laquelle l’écrivit le sage Friston, par un fils du vertueux Torribio Fernandez. Burgos, 1579. Ce fils du vertueux Torribio était le licencié Geronimo Fernandez, avocat à Madrid.
  16. C’est-à-dire le délai nécessaire pour assigner en justice ceux qui résident aux colonies, six mois au moins.
  17. L’une était suivante et l’autre duègne de la princesse Carmésina, prétendue de Tirant-le-Blanc.
  18. Cet auteur inconnu, qui méritait les galères, au dire du curé, intitula son ouvrage : Tirant-le-Blanc, de Roche-Salée, chevalier de la Jarretière, qui, par ses hauts faits de chevalerie, devint prince et César de l’empire grec. Le héros se nomme Tirant, parce que son père était seigneur de la marche de Tirania, et Blanco, parce que sa mère s’appelait Blanche ; on ajouta de Roche-Salée, parce qu’il était seigneur d’un château-fort bâti sur une montagne de sel. Ce livre, l’un des plus anciens du genre, fut probablement écrit en portugais par un Valencien nommé Juannot Martorell. Une traduction en langue limousine, faite par celui-ci et terminée, après sa mort, par Juan de Galba, fut imprimée à Valence en 1490. Les exemplaires de la traduction espagnole, publiée à Valladolid, en 1511, sont devenus d’une extrême rareté. Ce livre manque dans la collection de romans originaux de chevalerie que possède la Bibliothèque royale de Paris. On l’a même vainement cherché, dans toute l’Espagne, pour la Bibliothèque de Madrid, et les commentateurs sont obligés de le citer en italien ou en français.
  19. Portugais : il était poëte, musicien et soldat. Il fut tué dans le Piémont, en 1561.
  20. Salmantin veut dire de Salamanque. C’était un médecin de cette ville, nommé Alonzo Perez.
  21. Poëte valencien, qui continua l’œuvre de Montemayor, sous le titre de Diana enamorada.
  22. Voici le titre de l’ouvrage : Les dix livres de Fortune d’amour, où l’on trouvera les honnêtes et paisibles amours du berger Frexano et de la belle bergère Fortune. Barcelone, 1573.
  23. Par Don Bernardo de la Vega, chanoine de Tucuman. Séville, 1591.
  24. Par Bernardo Gonzalez de Bobadilla. Alcala, 1587.
  25. Par Bartolome Lopez de Enciso. Madrid, 1586.
  26. Par Luis Galvez de Montalvo. Madrid, 1582.
  27. Par don Pedro Padilla. Madrid, 1575.
  28. Imprimé à Madrid en 1586.
  29. Cervantès renouvela, dans la dédicace de Persilès y Sigismunda, peu de jours avant sa mort, la promesse de donner cette seconde partie de la Galatée. Mais elle ne fut point trouvée parmi ses écrits.
  30. Le grand poëme épique de l’Araucana est le récit de la conquête de l’Arauco, province du Chili, par les Espagnols. Alonzo de Ercilla faisait partie de l’expédition. L’Austriada est l’histoire héroïque de Don Juan d’Autriche, depuis la révolte des Morisques de Grenade jusqu’à la bataille de Lépante. Enfin le Monserrate décrit la pénitence de saint Garin et la fondation du monastère de Monserrat, en Catalogne, dans le neuvième siècle.
  31. Poëme en douze chants, de Luis Barahona de Soto. 1586.