L’Italien/conclusion

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L’Italien ou le confessional des pénitents noirs
Traduction par Narcisse Fournier.
Michel Lévy frères (p. 297-298).

Le marquis et son fils prirent, le même jour, congé de leurs amis et repartirent pour Naples où ils arrivèrent le lendemain. Mais ce voyage fut triste pour Vivaldi, car le bonheur de se retrouver en liberté céda à la douleur que lui causa la déclaration de son père qui, d’après les nouvelles circonstances où ils se trouvaient, ne se croyait plus lié par la parole donnée à la marquise. L’héritier de son nom, disait-il, devait abandonner Elena s’il demeurait prouvé qu’elle fût la fille d’un scélérat tel que Schedoni. Cependant, dès son arrivée à Naples, Vivaldi, dévoré d’une impatience que rien ne pouvait modérer, courut au couvent de la Pietà.

Elena entendit sa voix à la grille, comme il la demandait à une religieuse qui était au parloir ; et l’instant d’après les deux amants étaient réunis. En se retrouvant ainsi après tant d’incertitudes, de tourments et de dangers, leur joie toucha presque au délire. Après les premiers moments d’effusion, Vivaldi raconta à sa bien-aimée ses aventures, depuis l’instant où il avait été séparé d’elle dans la chapelle de Saint-Sébastien ; mais, quand il en vint à cette partie de son récit où Schedoni figurait, il s’arrêta tout embarrassé. Il n’osait révéler à Elena les crimes de Schedoni ; il ne pouvait non plus supporter l’idée de l’affliger en lui apprenant la mort de cet homme qu’elle croyait être son père. Cependant, comme il fallait arriver à un éclaircissement sur un sujet qui touchait à ses plus chers intérêts, il se hasarda à lui demander s’il était vrai, comme il l’avait entendu dire, qu’elle eût découvert le secret de sa naissance. À la joie qu’il vit éclater sur le visage d’Elena, il sentit son embarras s’accroître et, saisi d’une crainte mortelle, il hésitait à poursuivre l’entretien, lorsque sœur Olivia entra au parloir. La jeune fille la présenta à Vivaldi comme sa mère.

Quelques mots suffirent pour mettre le jeune homme au courant de tout ce qui concernait la famille d’Elena. Il fut transporté de joie en apprenant qu’elle n’était pas la fille de Schedoni. Sœur Olivia, de son côté, fut heureuse de savoir qu’elle n’avait plus rien à craindre de son plus cruel ennemi. Mais Vivaldi eut la délicatesse de lui cacher les circonstances horribles de la mort de ce grand criminel et tous les faits sinistres que le procès avait révélés.

Resté seul avec sœur Olivia, Vivaldi l’entretint de son tendre et constant attachement pour sa fille et la supplia de consentir à leur mariage. Elle lui répondit que, bien qu’elle fût instruite de leur amour mutuel, éprouvé par tant de traverses et de sacrifices, elle ne permettrait pas que sa fille entrât dans une famille qui ne saurait l’apprécier. Les vues de Vivaldi sur Elena devaient enfin être exprimées par une démarche du marquis lui-même. Cette condition n’effrayait plus Vivaldi depuis qu’il avait la preuve qu’Elena était la fille non pas du meurtrier Marinella, du sombre et farouche Schedoni, mais bien du premier comte de Bruno, seigneur aussi respectable par ses vertus que par sa naissance. Il ne doutait plus que son père, instruit de la vérité, ne fût prêt à remplir l’engagement qu’il avait contracté au lit de mort de sa femme. Cet espoir ne fut pas trompé. Le marquis, éclairé sur la naissance de la jeune fille, cessa de s’opposer aux désirs de son fils. Il voulut cependant faire constater d’abord que sœur Olivia était bien la comtesse de Bruno qui avait passé pour morte et, quoique cette vérification ne fût pas sans difficultés, il sut retrouver le médecin qui avait favorisé l’artifice employé par la comtesse pour échapper à la cruauté de son second mari, et dont le témoignage, joint à celui de Béatrice, suffit à dissiper tous les doutes. Le marquis se rendit ensuite au couvent de la Pietà pour solliciter dans les formes le consentement de sœur Olivia qui l’accorda avec la plus grande joie. Au cours de cette entrevue, le marquis fut charmé du ton et des manières de la comtesse et des grâces enjouées de sa future belle-fille.

Le 20 mai, jour où Elena atteignait sa dix-huitième année, son mariage avec Vivaldi fut célébré dans l’église de la Pietà.