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L’Onanisme (Tissot 1769)/Article 2/Section 8

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SECTION VIII.


Causes de danger, particulières à la masturbation.


L’ON a vu plus haut, que la masturbation étoit plus pernicieuse que les excès avec les femmes. Ceux qui font intervenir par-tout une providence particulière, établiront que la raison en est une volonté spéciale de Dieu, pour punir ce crime. Persuadé que les corps ont été astreints, dès leur création, à des loix qui en régissent nécessairement tous les mouvements, & dont la Divinité ne change l’économie, que dans un petit nombre de cas réservés, je ne voudrois avoir recours aux causes miraculeuses, que quand on trouve une opposition évidente avec les causes physiques. Ce n’est point le cas ici : tout peut très bien s’expliquer par les loix de la méchanique du corps, ou par celles de son union avec l’ame. Cette habitude de recourir aux causes surnaturelles a déjà été combattue par Hippocrate, qui, en parlant d’une maladie que les Scythes attribuoient à une punition particulière de Dieu, fait cette belle réflexion : Il est vrai que cette maladie vient de Dieu, mais elle en vient comme toutes les autres ; elles n’en viennent pas plus les unes que les autres, parce que toutes sont une suite des loix de la nature, qui régit tout[1].

Sanctorius, dans ses observations, nous fournit une première cause de ce danger particulier. Un coït modéré est utile, dit-il, quand il est sollicité par la nature : quand il est sollicité par l’imagination, il affoiblit toutes les facultés de l’ame, & sur-tout la mémoire[2]. Il est aisé d’expliquer pourquoi. La nature, dans l’état de santé, n’inspire des desirs, que quand les vésicules séminales sont remplies d’une quantité de liqueur, qui a acquis un degré d’épaississement qui en rend la resorbtion plus difficile ; & cela dénote que son évacuation n’affoiblira pas le corps sensiblement. Mais telle est l’organisation des parties génitales, que leur action & les desirs qui la suivent sont mis en jeu, non seulement par la présence d’une humeur séminale surabondante, mais que l’imagination a aussi beaucoup d’influence sur ces parties ; elle peut, en s’occupant des desirs, les mettre dans cet état qui les produit, & le desir conduit à l’acte, qui est d’autant plus pernicieux qu’il étoit moins nécessaire. Il en est de l’organe de ce besoin, comme de ceux de tous les autres, qui ne sont mis en jeu à propos, que quand ils le sont par la nature, La faim & la soif indiquent le besoin de prendre des aliments & de la boisson : si l’on en prend plus que ces sensations n’en exigent, le surplus nuit au corps & l’affoiblit. Le besoin d’aller à la selle & d’uriner sont également marqués par de certaines conditions physiques ; mais la mauvaise habitude peut si fort pervertir la constitution des organes, que la nécessité de ces évacuations cesse d’être dépendante de la quantité des matières à évacuer. L’on s’assujettit à des besoins sans besoin ; & tel est le cas des masturbateurs. C’est l’imagination, l’habitude, & non pas la nature, qui les sollicitent. Ils soustraisent à la nature ce qui lui est nécessaire, & ce dont, par là même, elle se gardoit bien de se défaire. Enfin, en conséquence de cette loi de l’économie animale, que les humeurs se portent là où il y a irritation, il se fait au bout d’un certain temps un afflux continuel d’humeurs sur ces parties : il arrive ce qu’Hippocrate avoit déjà observé, quand un homme exerce le coït : les veines séminales se dilatent & attirent la semence[3].

On peut remarquer ici que l’onanisme a un danger particulier pour les enfants avant le temps de la puberté : il n’est pas commun, heureusement, de trouver des monstres de l’un ou de l’autre sexe, qui en abusent avant cette époque, mais il ne l’est que trop qu’ils abusent d’eux-mêmes ; un grand nombre de circonstances les éloignent d’un commerce débauché ou le modèrent ; une débauche solitaire ne trouve point d’obstacle & n’a point de bornes.

Une seconde cause, c’est l’empire que cette manœuvre odieuse prend sur les sens, & qui est bien peint dans l’Onania Anglois. Cette impudicité, dit-il, n’a pas plutôt subjugué le cœur, qu’elle poursuit le criminel partout ; elle s’en saisit, & l’occupe en tout temps & en tout lieu : au milieu des occupations les plus sérieuses, des actes de Religion même, il est en proie aux desirs & aux idées lascives qui ne l’abandonnent jamais[4]. Rien n’affoiblit autant, que cette tension continuelle de l’esprit, toujours occupé du même objet. Le masturbateur, uniquement livré à ses méditations ordurieres, éprouve à cet égard les mêmes maux que l’homme de lettres qui fixe les siennes sur une seule question ; & il est rare que cet excès ne nuise pas. Cette partie du cerveau, qui se trouve alors en action, fait un effort qu’on pourrait comparer à celui d’un muscle long-temps & fortement tendu : il en résulte, ou une telle mobilité, qu’on ne peut plus arrêter le jeu de cette partie, ni par là même détourner l’ame de cette idée, c’est bien le cas des masturbateurs ; ou une incapacité d’action. Epuisés enfin par une fatigue continuelle, ces malades tombent dans toutes les maladies du cerveau, mélancholie, catalepsie, épilepsie, imbécillité, perte des sens, foiblesse du genre nerveux, & une foule de maux semblables[5]. Cette cause fait un tort infini à plusieurs jeunes gens, en ce que, lors même que leurs facultés ne sont pas encore éteintes, l’usage en est perverti. Quelle que soit la vocation à laquelle ils se vouent, on ne réussit à rien sans un degré d’attention dont cette habitude pernicieuse les rend incapables. Parmi ceux même qui ne se vouent à rien (cette classe n’est que trop nombreuse) il en est qui n’y sont pas propres ; un air de distraction, d’embarras, d’étourdissement, n’en fait que des oisifs déplaisants. Je pourrois en citer, que cette incapacité de se fixer, jointe à la diminution des facultés, a mis hors d’état d’être jamais rien dans la société. Triste état qui met l’homme au-dessous de la brute, & qui le rend à juste titre l’objet du mépris, plus encore que de la pitié de ses semblables.

De ces deux premières causes, il en résulte nécessairement une troisième, c’est la fréquence même des actes ; l’ame & le corps concourent, dès qu’une fois l’habitude a pris un peu de force, pour solliciter à ce crime. L’ame, obsédée par les pensées immondes, excite les mouvements lascifs ; & si elle est distraite quelques moments par d’autres idées, les humeurs âcres, qui irritent les organes de la génération, la rappellent bientôt au bourbier. Que ces vérités d’observations seroient propres à arrêter les jeunes gens ! s’ils pouvoient prévoir, qu’ici un premier faux pas en entraîne un autre ; qu’ils sont presque maîtrisés par la tentation ; qu’à mesure que les motifs de séduction augmentent, la raison, qui devroit les contenir, s’affoiblira ; & qu’enfin, ils se trouveront en peu de temps, plongés dans une mer de misere, sans avoir peut-être un bout de planche pour les aider à s’en tirer. Si quelquefois les infirmités commençantes leur donnent de forts avis, si le danger les effraie pour quelques moments, la fureur les replonge. L’on peut bien dire

Virtutem videant, intabescantque relictâ. Pers.

Cependant le danger est proche, & le temps opportun de l’amendement est court.

.  .  .  .   Cinis & manes & fabula fies :
Vive memor lethi ; fugit hora : hoc quod loquor
  inde cit. Pers.

Pendant que j’étudiois en Philosophie à Geneve, temps dont le souvenir me sera cher le reste de mes jours, un de mes condisciples étoit venu à cet état horrible, qu’il n’étoit pas le maître de s’abstenir de ces abominations, même pendant le temps des leçons : il n’attendit pas long temps son châtiment, & il périt misérablement de consomption, au bout de deux ans. On trouve un fait semblable dans l’Onania[6]. L’ingénieux Auteur, qui a fourni l’extrait de l’édition latine de cet ouvrage, dans l’excellent Journal latin qui paroissoit à Berne il y a quatre ans, raconte, à propos de cette observation, que tout un college trompoit quelquefois par cette manœuvre, l’ennui, & cherchoit à éviter le sommeil, que leur inspiroit les leçons d’une métaphysique scolastique, qu’un très vieux Professeur leur faisoit en dormant[7] : mais cette historiette me paroît moins prouver ce que j’avance, que l’horrible dissolution dans laquelle les jeunes gens peuvent tomber.

Le même auteur vient de faire imprimer, dans un ouvrage que je n’ai pas l’avantage de pouvoir lire, mais qu’un excellent Juge met à côté des meilleures productions de ce siecle, ce qui suit. On a découvert, il y a quelques années, dans une ville, qu’une société entière de garnements de quatorze & quinze ans s’étoit réunie pour la pratique de ce vice, & tout une école en est encore infectée[8].

La santé d’un jeune Prince se perdoit journellement, sans qu’on pût en découvrir la cause. Son Chirurgien la soupçonna, l’épia, & le surprit en flagrant délit. Il avoua qu’un de ses valets de chambre l’avoit instruit, & qu’il étoit retombé souvent. L’habitude étoit si forte, que les considérations les plus pressantes, présentées avec force, ne purent pas la déraciner. Le mal alloit en empirant ; ses forces se perdoient journellement, & on ne put le sauver qu’en le faisant garder à vue jour & nuit, pendant plus de huit mois.

Un malade me peignoit vivement les difficultés de la victoire, dans une de ses lettres. » Il faut bien des efforts, ce sont ses termes, pour vaincre l’habitude qui nous est rappellée à chaque instant. Je vous l’avoue en rougissant, la vue d’un objet féminin, quel qu’il soit, fait naître chez moi des desirs. Je n’ai pas même besoin de ce secours ; ma sale ame n’est que trop portée à me représenter sans cesse des objets de concupiscence. Cette passion ne s’allume plus chez moi, il est vrai, que je ne rappelle en même temps tous vos avis : je combats, mais ce combat même m’épuise. Si vous pouviez trouver le moyen de détourner mes pensées de cet objet, je crois que ma guérison seroit bien proche « .

L’on a déjà vu dans l’extrait de l’Onania, que la réitération fréquente avoit produit la fureur utérine chez une femme. L’habitude de n’être occupée que d’une idée, rend incapable d’en avoir d’autres ; elle prend l’empire, & règne despotiquement. Des organes sans cesse irrités, contractent une disposition morbifique qui devient un aiguillon toujours présent, indépendant de toute cause externe. Il y a des maladies des parties urinaires, qui donnent une envie continuelle d’uriner ; l’irritation réitérée des organes de la génération, y produit une maladie analogue. Il n’est point étonnant si le concours de ces deux causes morale & physique, réunies, jette dans cette horrible maladie. Que cette idée est propre à effrayer salutairement les personnes chez lesquelles il y a encore quelques vestiges de raison & de pudeur !

Une quatrième cause de l’épuisement des masturbateurs, c’est qu’indépendamment même des émissions de semence, la fréquence des érections, quoiqu’imparfaites, dont ils se plaignent, les épuisent considérablement. Toute partie qui est dans un état de tension, produit une dépense de forces, & ils n’en ont point à perdre : les esprits s’y portent en plus grande abondance ; ils se dissipent, ce qui affoiblit ; ils manquent aux autres fonctions, qui, par-là même, se font imparfaitement : le concours de ces deux causes a les suites les plus dangereuses. Un autre accident auquel cette quatrieme cause rend les masturbateurs plus sujets, c’est une espece de paraysîe des organes de la génération, d’où naissent l’impuissance, par le défaut d’érection, & la gonorrhée simple, parce que les parties relâchées laissent échapper la véritable semence à mesure qu’elle arrive, & suinter continuellement l’humeur que réparent les prostates, & qu’enfin toute la membrane intérieure de l’urethre acquiere une disposition catarrheuse, qui la dispose à fournir un écoulement de même nature que celle des pertes blanches des femmes : disposition, pour le dire en passant, moins rare qu’on ne pense, qui n’est point bornée à la membrane qui revêt les narines, la gorge, le poumon, mais qui attaque souvent tous les visceres creux ; qu’on méconnoît, parce qu’on ne la soupçonne pas, & qu’on traite mal, parce qu’on la méconnoît. Il seroit aisé de trouver dans les observateurs, des exemples de cette maladie traitée pour une autre.

Un habile Chirurgien me parloit un jour d’un homme qui, livré par une espece de goût singulier aux Vénus du plus bas étage, & ne les connoissant guère que dans les coins des rues & debout, tomba dans l’épuisement, accompagné de maux de reins les plus cruels, & d’une atrophie ou desséchement des cuisses & des jambes, jointe à une paralysie de ces parties, qui paroissoit être une suite de l’attitude dans laquelle il s’étoit livré à ses sales voluptés. Il mourut après avoir gardé six mois le lit, dans un état également propre à exciter la pitié & l’effroi. Cette observation ne fournit-elle pas une cinquième cause des dangers ordinairement particuliers à la masturbation ? Quand on perd ses forces par deux moyens à la fois, l’afFoiblissement augmente bien considérablement. Une personne qui est debout ou assise, a besoin, pour se maintenir dans ces situations, sur-tout dans la première, de faire agir un grand nombre de muscles ; & cette action dissipe les esprits animaux. Les personnes foibles, qui ne peuvent pas se tenir un instant debout sans éprouver une foiblesse, les malades qui ne peuvent pas être assis sans éprouver le même accident, le prouvent bien évidemment. Pour être couché ou étendu, il ne faut point cet emploi de forces. L’on sent par-là même, que le même acte, dans les unes ou les autres de ces attitudes y produira bien plus d’affoiblissement dans les premiers que dans le dernier cas ; & Sanctorius avoit déjà indiqué le danger de cette attitude : usus coïtûs stando, lœdit ; nam musculos & corum utilem perspirationem diminuit.

D’autres observations bien constatées fournissent une sixieme cause qui paroîtra peut être bien foible, mais que des physiciens éclairés ne croiront pas volontiers nulle. Tous les corps vivants transpirent ; il s’ehxale à chaque instant, par la moitié peut être des pores de notre peau, une humeur extrêmement ténue, & qui est beaucoup plus considérable que toutes nos autres évacuations. Dans le même temps, une autre espece de pores admet une partie des fluides qui nous environnent, & les porte dans nos vaisseaux. Ce sont des torrents invisibles, pour me servir de l’heureuse expression de M. Senac, qui sortent de notre corps, & qui y entrent[9]. Il est démontré que, dans quelques cas, cette inspiration est très considérable. Les personnes fortes expirent plus ; les foibles, qui n’ont presque point d’atmosphere propre, inspirent davantage ; & cette partie expirée, ou cette transpiration des personnes bien portantes, contient quelque chose de nourricier & de fortifiant qui, inspiré par une autre, contribue à lui donner de la vigueur. Ce sont ces observations qui expliquent comment la jeune fille qui couchoit avec David lui donnoit des forces ; comment cette même tentative a réussi à d’autres vieillards, à qui on l’a conseillé ; pourquoi cela affoiblit la jeune personne, qui perd sans rien recevoir, ou plutôt qui reçoit des exhalaisons foibles, corrompues, putrides, qui lui nuisent. L’on transpire plus dans le temps du coït que dans un autre, parce que la force de la circulation est augmentée. Cette transpiration est peut-être plus active, plus spiritueuse que dans tout autre temps ; c’est une perte réelle que l’on fait, & qui a lieu, de quelque façon que se fasse l’émission du sperme, puisqu’elle dépend de l’agitation qui l’accompagne. Dans le coït, elle est réciproque, & alors l’un inspire ce que l’autre expire. Cet échange est mis hors de doute par des observations sûres. J’ai vu, il n’y a pas long-temps, un homme qui n’avoit aucune gonorrhée, ni aucun symptôme vérolique cutané, donner la maladie vénérienne à une femme qui, dans le même instant, lui rendoit la gale en échange. L’un, dans ce cas, compense les pertes de l’autre. Dans celui de la masturbation, le masturbateur perd & ne recouvre rien.

En observant l’effet des passions, on découvre une septieme différence entre ceux qui se livrent aux femmes, & les masturbateurs ; différence qui est toute au désavantage de ces derniers. La joie qui tient à l’ame, & qu’il faut bien distinguer de cette volupté purement corporelle que l’homme partage avec l’animal, & dont elle diffère du tout au tout, cette joie, dis-je, aide les digestions, anime la circulation, favorise toutes les fonctions, rétablit les forces, les soutient. Si elle se trouve réunie avec les plaisirs de l’amour, elle contribue à réparer ce qu’ils peuvent ôter de force ; & l’observation le prouve. Sanctorius l’a remarqué. Apres un coït excessif, dit-il, avec une femme qu’on aimoit & qu’on desiroit, l’on n’éprouve pas la lassitude qui devroit être la suite de cet excès, parce que la joie que l’ame éprouve augmente la force du cœur, favorise les fonctions, & répare ce qu’on a perdu. c’est sur ce principe que Venette, dans l’ouvrage duquel on trouve un bon chapitre sur le danger des plaisirs de l’amour poussés à l’excès y établit que l’union avec une belle femme épuise moins qu’avec une laide. La beauté a des charmes qui dilatent notre cœur, & qui en multiplient les esprits. Il faut croire, avec S. Chrysostôme, que s’excitant contre les loix de la nature, le crime est beaucoup plus grand de ce côté-là que de l’autre. Et peut-on douter que la nature n’ait attaché plus de joie aux plaisirs procurés par les moyens qui sont dans ses voies, qu’à ceux qui y répugnent.

Une huitième & dernière cause qui augmente les dangers de la masturbation, c’est l’horreur des regrets dont elle doit être suivie, quand les maux ont désillé les yeux sur le crime & sur ses dangers.

Miseri quorum gaudia crimen habent.
Foin des plaisirs, que le remords doit suivre.


Et s’il en est qui soient dans ce cas, ce sont les masturbateurs. Quand le voile est tombé, le tableau de leur conduite se présente sous les faces les plus hideuses : ils se trouvent coupables d’un crime dont la justice divine ne voulut pas surseoir la punition, & qu’elle punit sur-le champ de mort ; d’un crime réputé très grand crime par les païens mêmes :

Hoc nihil esse putas : scelus est, mihi crede, sed in gens
Quantum vix animo concipis ipse tuo. Mart.

La honte qui les suit augmente infiniment leur misere. Tel est le degré de débordemens dans quelques endroits, que les débauches avec les femmes n’y sont presque regardées que comme un usage, les plus coupables sur cet article n’en font pas mystere, & ne se doutent pas même qu’ils puissent en être plus méprisés. Quel est le masturbateur qui ose avouer son infamie ? Et cette nécessité de s’envelopper des ombres du mystere ne doit-elle pas être, à ses propres yeux, une preuve du crime de ces actes ? Combien n’en est-il pas qui ont péri pour n’avoir jamais osé révéler la cause de leurs maux ? On lit dans plusieurs lettres de l’Onania, j’aimerois mieux mourir que de paraître devant vous après un tel aveu. L’on est en effet, & l’on doit être infiniment plus porté à excuser celui qui, séduit par ce penchant que la nature a gravé dans tous les cœurs, & dont elle se sert pour conserver l’espece, n’a de tort que celui de ne pas s’arrêter au point limité par la loi, ou par la santé ; c’est un homme emporté par la passion qui s’oublie : l’on est bien plus porté à le justifier, que celui qui pèche en violant toutes les loix, en renversant tous les sentiments, toutes les vues de la nature. Sentant combien il devroit être en horreur à la société, s’il en étoit connu, cette idée doit le bourreler sans cesse. Il me semble, me marquoit un de ces criminels, dans la même lettre dont j’ai cité un fragment plus haut, que chacun lit sur mon visage l’infâme cause de mon mal ; & cette idée me rend la compagnie insoutenable. Ils tombent dans la tristesse & le désespoir ; on en a vu des exemples dans la quatrième section de cet ouvrage ; & ils éprouvent tous les maux qu’entraîne une tristesse soutenue, sans avoir, ce qui est affreux pour un criminel, aucun prétexte de justification, aucun motif de consolation. Et quels sont ces effets de la tristesse ? Le relâchement des fibres, le ralentissement de la circulation, l’imperfection des digestions, le manque de nutrition, les obstructions occasionnées par ces resserrements qui paroissent être l’effet le plus particulier de la tristesse ; ces épanchements d’humeurs, qui sont une suite des resserrements ; les couloirs du foie se ferment, dit M. de Senac, & la bile se répand par tout le corps ; les spasmes, les convulsions, les paralysies, les douleurs, l’augmentation à l’infini, tous les accidents qui peuvent être une suite de ceux-ci.

Il est inutile de m’étendre davantage sur les dangers particuliers à la masturbation ; ils ne sont que trop réels & trop démontrés : je passe aux moyens de guérison.

  1. De aere, locis & aquis. Foesius, p. 193.
  2. Sect. 6, aphor.35.
  3. De natura pueri, text. 22, Foes. p. 142.
  4. Pag. 17. L’on trouve un très-beau morceau sur la force & les dangers des habitudes voluptueuses dans le nouveau Traité de M. Pujatti, Professeur à Padoue, & célèbre dès long-temps par d’excellents ouvrages, De victu febricitantium, p. 60.
  5. Voyez Gaubh Institutiones pathologicæ §. 525.
  6. P. 126.
  7. Excerptum totius Italicæ & Helvecicæ literaturæ pro ann. 1759, t. 1, p. 93.
  8. De l’expérience, en allemand, par M. Zimmerman, t 1, p. 400. Je tire ce fragment de ceux que son amitié pour moi l’a engagé à traduire en ma faveur ; presque tous les autres orneront un ouvrage qui ne tardera pas à suivre celui-ci.
  9. L’on peut voir la démonstration de cette vérité dans l’endroit que je cite, l. 3, c. 3, §. 7, du Traité du cœur ; ouvrage qui n’auroit rien laissé à desirer, si son illustre auteur, en annonçant une seconde édition, ne nous avoit pas appris qu’il pouvoir le rendre encore plus parfait. Un grand homme peut se surpasser lui-même, & voir un point de perfection que les autres ne desirent même pas.