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L’Oracle des nouveaux philosophes/Avertissement

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AVERTISSEMENT.



Il est un temps de se taire, il en est un de parler. Le premier n’est plus ; nous sommes dans le second, & il ne peut être marqué à des signes plus clairs, & à des devoirs plus pressants.

La révélation & la divinité du Christianisme ont été mille fois démontrées depuis dix-sept siécles qu’il regne sur la terre. Nous ne pouvons plus révoquer en doute la nécessité qu’il y a de s’y soumettre. Nous l’avons reçu comme un présent du Ciel ; c’est le plus précieux de tous nos biens ; on veut nous le ravir, & le faire disparoître ; on l’attaque jusques dans ses fondements ; on le travestit en culte illusoire, insensé, superstitieux, contraire à Dieu & à la Nature ; les progrès de la séduction s’étendent de jour en jour. Peut-on demeurer dans l’inaction si l’on est convaincu ?

Et comment se dissimuler la guerre qu’on lui déclare, quand on voit les hostilités que ses ennemis font éclater de toutes parts pour consommer sa ruine ?

Ici on traite de fables les Livres sacrés, où sont déposés les titres de notre croyance & de notre espoir. Là, une voix impie, blasphémant contre le Créateur, blâme hautement la sagesse avec laquelle il a créé l’Univers, & selon laquelle il en régle tous les événements.

Un déluge de nouveaux Celses & de Juliens ose contester à Jesus-Christ la Divinité de sa personne ; les Oracles qui l’ont annoncé, la réalité de ses Miracles, la sainteté de sa Doctrine & l’obligation de la reconnoître.

Ils vous soutiendront que Dieu n’a jamais parlé autrement qu’à la Raison de chaque particulier ; qu’elle seule mérite d’être écoutée comme l’organe de la vérité pure ; que sa lumiere est suffisante, ses inspirations toujours légitimes, ses décisions infaillibles, & ses droits sans limites.

Vous en trouverez un grand nombre, qui, pour éteindre toute Religion et ouvrir une libre carriere au débordement de tous les vices par la promesse de l’impunité, nient la spiritualité & l’immortalité de l’Ame. Elle n’est, selon eux, qu’une matiere organisée, une faculté sensitive, égale dans l’homme & dans la bête ; qui perd ses fonctions & son être dès que la machine humaine vient à se dissoudre. Ecoutez-les, & ils vous diront que la Matiere est susceptible de pensée ; que nos idées, nos jugements et notre mémoire ne sont que ses configurations et ses agitations particulieres ; qu’il est cruel de combattre ce sentiment par les armes de la Religion ; & que ce n’est ici qu’une question purement philosophique.

D’autres renversent tous les principes de la Morale, le droit des gens, la sûreté publique, la subordination légitime, tout l’ordre qui doit regner dans l’Univers, & qui en fait la paix & la beauté. Si on les en croit, les hommes ayant été des milliers d’années dans l’état des bêtes & des sauvages, sans aucun usage des vêtements, de la parole & de la société, imaginerent enfin des loix purement arbitraires et locales, qui n’obligent que ceux qui veulent bien s’y soumettre. La Loi naturelle n’est qu’une chimere ; le vice et la vertu ne sont que des préjugés inventés par la foiblesse & par la superstition, et dont on nous a follement remplis dès l’enfance. L’homicide, l’injustice, la fraude, le vol, l’adultere n’ont rien de mauvais par eux-mêmes. L’humanité, la bonne foi, l’équité, la droiture, la tempérance, ne sont que des vertus idéales & d’institution humaine. La conscience ne prescrit & ne défend rien. L’intérêt particulier, réel ou imaginaire, le plaisir physique, est la seule régle qui doive nous conduire & gouverner le monde moral. Les Souverains, de quelque maniere qu’ils pensent, sont seuls arbitres du bien & du mal, du juste & de l’injuste.

Consultez les Partisans de la Religion naturelle, & ils vous répondront que l’homme ne doit à Dieu aucune sorte d’hommages extérieurs, & qu’ils défient hardiment tous les Théologiens de prouver le contraire. Parmi tant de cultes divers qui lui sont rendus volontairement à la Chine, dans l’Inde, à Constantinople, en Afrique, en Amérique, à Londres ou à Rome, tout est égal ; la différence ne consiste que dans nos préjugés. Nos parents se sont payés & satisfaits dans la procréation, les enfants ne leur doivent ni respect, ni soumission, ni reconnoissance ; la nature les en affranchit par l’exemple des bêtes, &c. &c. &c.

Voilà quelques Articles du Symbole des nouveaux Philosophes. De la tribune fastueuse où ils se sont élevés en imagination, ils annoncent qu’eux seuls sont les dépositaires de la Raison, de la Science & de la Vertu. De peur qu’on ne l’ignore, tous leurs Ecrits ne respirent que la vapeur de l’encens & des louanges dont ils s’honorent mutuellement & par revanche. Afin qu’on ne s’y trompe pas, ils ont grand soin de se nommer. L’enseignement n’appartient plus à d’autres ; & ils se sont attribué le privilege exclusif de se contredire, de se combattre & d’extravaguer. Tout mortel assez téméraire pour s’opposer à la publication de leur doctrine est un imbécile, un homme sans génie, sans vertu, un crédule, un visionnaire, un persécuteur, un fanatique.

Ne regardez pas ce Tableau comme l’imagination d’un Peintre ou d’un Poëte qui travaille sur ses idées ; l’original est dans les livres de nos beaux esprits. Les sujets de notre douleur ne sont que trop réels & trop publics. Nous en serions même effrayés, si l’histoire de la Religion ne nous apprenoit que dans tous les âges elle eut des adversaires à combattre. La multitude & les caracteres de ceux qui l’attaquent aujourd’hui retracent sous mes yeux ce qu’elle eut à souffrir dans le Peuple Hébreu, seul adorateur du vrai Dieu, obligé de se défendre contre l’Egyptien, le Cananéen, l’Ethéen, le Phéréséen, le Jebuséen, l’Amorrhéen, le Gabaonite, l’Ammonite, le Madianite, le Philistin, l’Assyrien, le Babylonien et les Rois de Syrie, (Symboles de nos agresseurs) qui tous en vouloient à sa Religion, renversoient ses Autels, les profanoient, s’efforçoient de le séduire, & de l’engager à abjurer le culte de ses peres. Je repasse dans ma mémoire cette foule d’innombrables ennemis, dont l’Eglise n’a cessé d’être assaillie par tout l’Univers dès les jours de sa naissance ; & je les vois tous renversés par celui qui habite dans les Cieux, & qui confond leurs efforts.

Tels que leurs prédécesseurs, ceux de notre Siécle ne doivent pas attendre un sort différent. Leurs tentatives sont les mêmes. Que dis-je ? Elles sont infiniment plus grandes à tous égards. Jamais les Sectes anciennes n’embrasserent chacune en particulier, ni toutes ensemble, tant d’objets que nos prétendus Philosophes. Je leur prouverai, quand ils voudront, par une analyse fidelle de leurs Ouvrages, qu’eux seuls les comprennent toutes ; & qu’ils ont par-dessus elles le funeste avantage d’avoir encore imaginé d’autres égarements, auxquels on n’avoit jamais pensé avant eux. Peuvent-ils se flatter que la nouveauté de leurs assauts anéantira enfin les promesses & l’effet du secours céleste, dont la certitude est attestée par la continuité de ses Triomphes ? Plus les Armes sur lesquelles ils comptent leur paroissent efficaces, (passons-leur le brillant) plus elles sont criminelles & dès-lors impuissantes ; parce qu’ils les lancent contre le Ciel, de qui ils les ont reçues pour défendre sa cause & célébrer ses louanges.

Décélons en particulier les Erreurs monstrueuses, établies dans le plus insideux & le plus répandu de tous les livres ; dans celui qui a donné le ton à une infinité d’autres venus à sa suite ; où les pernicieuses leçons du Maître sont fréquemment répétées comme des Oracles, & comme les maximes fondamentales de la nouvelle Philosophie. Éventons le poison subtil & mortel, renfermé presque dans toutes les pages de cet ample Recueil. Montrons à la Jeunesse (& de cette espèce il en est à tout âge) montrons l’écueil où les partisans du bel esprit & de la prétendue raison humaine courent faire naufrage. Mettons en garde contre des attraits séducteurs ceux qui ne voudroient pas être surpris. C’est vers eux principalement que mes vues sont tournées ; & ces vues, c’est à la Religion que je les consacre.