L’Organisation De La Famille/2-6

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Alfred Mame & fils (p. 149-152).

CHAPITRE VI

HISTOIRE DE LA FAMILLE


§ 28

PHASES PRINCIPALES DE L’EXISTENCE

Élevés avec sollicitude par les parents, entourés dès leur plus jeune âge de soins et de distractions au milieu d’une communauté nombreuse, les enfants vivent en pleine liberté dans les conditions les plus favorables au développement des facultés physiques, de l’intelligence et des sentiments moraux. On ne les surcharge de travaux, ni à l’école, ni au catéchisme ; on attache même de l’importance à reculer vers 14 ans l’époque de la première communion, et il s’écoule ensuite une année au moins avant que l’on emploie aux travaux la totalité de leur temps.

Les mariages sont tardifs : ils ont ordinairement lieu de 24 à 25 ans pour les filles, de 28 à 30 ans pour les garçons, souvent plus tard encore. De chaque union sortent ordinairement 8 à 10 enfants. L’aîné (garçon ou fille) se marie le premier dans la maison paternelle, et le jeune ménage qui doit un jour, conformément à la coutume, posséder le bien de famille, commence peu à peu à seconder les vieux parents dans la direction des affaires de la communauté. À une époque convenablement choisie (§ 33), on fait l’estimation du bien ; on assure au jeune ménage la propriété du quart que la loi laisse à la disposition du père de famille et de la part qui lui doit revenir sur le surplus ; une part égale est attribuée successivement à chacun des autres enfants au fur et à mesure qu’ils quittent la maison paternelle. Lorsque ces derniers se marient, ils renoncent à toute réclamation ultérieure sur le bien de famille moyennant le payement de cette dot prélevée sur les profits de la communauté. Le payement de la dot du plus jeune enfant laisse ordinairement l’aîné unique propriétaire du bien. Diverses circonstances viennent habituellement en aide au succès de ces combinaisons : les jeunes gens des deux sexes désireux de se marier s’efforcent, avec une ardeur soutenue, d’augmenter par le travail et l’économie les profits qui, en s’accumulant, doivent constituer leur dot ; ceux, au contraire, qui ont peu d’inclination pour le mariage, et qui préfèrent à la responsabilité que leur imposerait la situation de chef de famille, la quiétude qu’ils trouvent dans la maison paternelle, peuvent toujours compter sur l’affection et les égards de la famille, à laquelle ils assurent, par cette détermination, un accroissement de ressources et une diminution de charges. Ceux des enfants qui entrent dans les ordres ou dans une congrégation religieuse concourent non moins efficacement à assurer la conservation intégrale du bien de famille : il est d’usage, en effet, qu’ils cèdent de suite à l’aîné leur part de patrimoine.

Les mêmes combinaisons se renouvellent par périodes de 24 à 28 ans correspondant à l’intervalle qui s’écoule moyennement entre deux naissances successives d’héritier. Pendant ce temps la famille établit au dehors au moins 6 ou 7 enfants et souvent davantage (§ 18). Cette même maison assure une vie heureuse à ceux de ses rejetons qui, à raison de quelque imperfection physique ou intellectuelle, ne pourraient prospérer comme chefs de famille ; elle est un asile toujours ouvert pour ceux qui échouent dans leurs entreprises, et particulièrement pour le soldat invalide. Elle conserve une situation digne aux vieux parents et aux membres infirmes de la communauté. En outre, dans chaque période de 4 ans, la même famille achetant seulement hors de son domaine, pour compléter sa provision, 800 fr. de céréales, livre au commerce, en bestiaux seulement, une valeur beaucoup plus grande : elle amène notamment aux deux marchés de la vallée (§ 27) 2 chevaux ou mulets propres au service de l’armée, 32 bêtes à cornes et 240 moutons ou brebis.

§ 29

MŒURS ET INSTITUTIONS ASSUMANT LE BIEN-ÊTRE PHYSIQUE ET MORAL DE LA FAMILLE

La transmission intégrale des petits domaines de paysans, entraînant comme conséquence le régime du travail sans engagements, est le fondement de la constitution sociale de cette localité (§ 19). Elle établit entre les générations successives d’une même famille une association permanente, maintenue par le libre consentement des parties, laissant à chacune d’elles la faculté de s’établir hors du foyer avec une dot proportionnelle à sa part de propriété. De cette famille-souche, placée, grâce à un travail opiniâtre (§ 37), dans d’excellentes conditions de moralité et de bien-être, partent incessamment des rejetons dressés au travail et à l’obéissance, pourvus d’un petit capital, offrant par conséquent les ressources nécessaires à une nationalité qui se développe. Ce régime présente des avantages évidents pour le recrutement de l’industrie, de l’armée, de la flotte et des colonies il donne de sûres garanties pour le maintien de l’ordre public, pour le progrès des institutions communales (§ 21 ) et de la liberté civile. Ici, comme dans la Suisse allemande, l’Allemagne du Nord et les Étals scandinaves, il concilie l’intérêt public avec le bien-être individuel.