L’Orient (Gautier)/Égypte. — Vue générale

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Fasquelle (2p. 91-110).

ÉGYPTE

VUE GÉNÉRALE.

Dans le jardin de l’Exposition universelle, l’Égypte n’est pas loin de la Turquie. On n’a pas besoin de prendre à Marseille le bateau d’Alexandrie. Il suffit de suivre un bout d’allée sablée, et vous voilà en face du temple d’Edfou. Nous franchissons le pylône aux épaisses assises en talus, nous suivons une avenue bordée de sphinx d’une assez jolie dimension encore, quoique réduits au tiers de leur grandeur, et nous arrivons au temple fortement assis sur ses puissantes colonnes aux chapiteaux de lotus. Les parois des murs, les fûts des colonnes, l’encorbellement de la corniche sont couverts de ces longues processions hiéroglyphiques dont la rêverie cherche le sens mystérieux, et qui chamarrent de leurs couleurs éclatantes, que n’ont pu altérer les siècles, ces surfaces robustes de l’architecture égyptienne. Cela étonne et dépayse étrangement de se trouver tout à coup nez à nez avec un de ces monuments qu’on va chercher le long du Nil dans quelque plaine de sable aux réverbérations brûlantes. L’illusion est complète, tant la fidélité de la copie est poussée loin. On se croirait devant un temple du temps des Pharaons si l’on ne voyait des décorateurs français occupés à remplir des teintes sacramentelles les contours des bas-reliefs méplats reproduits au moyen d’estampages. Ce n’est pas du granit, mais du plâtre. Pourtant le ton est si juste qu’on s’y méprendrait.

À l’intérieur du temple seront exposées les antiquités égyptiennes découvertes par M. Mariette, et cette statue vieille de plus de six mille ans, une merveille d’art qui révèle une prodigieuse civilisation disparue, aussi ancienne que le monde.

Non loin du temple d’Edfou, se dresse l’Okkel ou caravansérail arabe, avec ses hautes murailles jaunes, striées de zones rouges en briques formant les plus jolis dessins, ses moucharabys surplombant, appliqués aux parois extérieures comme de grandes cages d’oiseaux, et son comble en terrasse.

L’intérieur se compose d’un patio à deux étages, entouré de boutiques et de chambres tirant leur lumière de la cour, où les marchands et les voyageurs doivent trouver bien-être, calme et fraîcheur. Les moucharabys, espèces de salons aériens, sont garnis en dedans de divans bas, et leur fine dentelle de bois découpé, qui permet de voir sans être vu, se détache sur le ciel comme un de ces papiers frappés à l’emporte-pièce dont on recouvre les bonbons, tamisant le jour et la brise, et donnant un aspect féerique à ce délicieux rêvoir oriental. Les Espagnols, à l’imitation des moucharabys, ont le mirador, où les señoras long voilées, comme dit Alfred de Musset, passent une grande partie de leur existence assises sur des carreaux ou des nattes, à la façon de Fatma, de Zoraïde ou de Chaîne-des-Cœurs.

Espérons que ce caprice viendra à quelque riche voluptueux et spirituel de se faire bâtir un pavillon d’été avec des moucharabys à l’orientale, au milieu d’un parc ou sur le bord d’une pièce d’eau ; il ne lui manquera que le soleil, la chaleur et les palmiers.

À quelques pas de l’Okkel se trouve l’écurie qui abrite les maharis ou dromadaires coureurs, charmantes bêles au pelage blanc, d’une légèreté extraordinaire, et dont le col de cygne balance une tête mignonne aux grands yeux de gazelle. Leurs conducteurs, Arabes basanés, logent auprès d’eux et passent leurs journées rêveurs adossés aux murailles du porche où s’égoutte un robinet dans une auge de pierre. Les maharis ont été transportés pour quelques jours au jardin d’Acclimatation, le voyage les avait fatigués, ils n’ont pas l’habitude, eux les coureurs du désert, de cheminer en bateau à vapeur et en wagon.

Le palais du bey de Tunis attire et retient l’œil par le charme de ses proportions et la curiosité de ses détails. La façade est flanquée de deux pavillons carrés surmontés de créneaux découpés en dents de scie comme les créneaux des murailles de Séville, et présente une sorte de terrasse formant le sol d’une galerie à colonnettes où l’on accède par un escalier côtoyé de six lions allongés sur leurs pattes à la façon des sphinx ; des dômes d’une courbe gracieuse coiffent quelques-unes des salles et offrent en dedans ces combinaisons d’ornements rehaussés d’or, de pourpre et d’azur dont les chambres de l’Alhambra gardent de si précieux modèles.

Le centre de l’édifice est occupé, comme celui de toute habitation orientale, grande ou petite, par un patio, ou cour à ciel ouvert, qu’aux heures brûlantes recouvre un velum arrosé d’eau de senteur. Une fontaine jaillit au milieu du patio sur lequel s’ouvrent les chambres et qui est garni à ses coins de divans. Le bas des murailles est garni à hauteur d’homme d’azulejos ou carreaux de faïence d’un goût charmant. Des tentures de drap découpé et cousu sur un fond de même étoffe comme les agréments des vestes andalouses tapissent la pièce située au bout du patio. Rien de plus original et de plus joli. Aux fenêtres brillent, comme des bouquets de pierreries cueillis dans la caverne d’Aladin, des vitraux d’abord recouverts de gypse et où les artistes arabes modernes, aussi habiles que ceux qui ont décoré les salles des Deux-Sœurs, des Abencerrages, ou le mirador de Lindarajo, ont fouillé à la pointe du ciseau, sans dessin préalable, des ornements à jour laissant transparaître les tons de saphir, de rubis et d’émeraude du verre coloré. On ne saurait imaginer un effet plus doux, plus mystérieux et plus magique : l’appartement du bey, voisin du patio, est décoré avec une rare magnificence. Les plus riches étoffes de l’Orient, les plus beaux tapis recouvrent les divans et les planchers : les sultanes se feraient des robes de gala avec les portières qui masquent les entrées, et les plus fins ouvriers en filigrane seraient désespérés par la délicatesse des moucharabys. C’est tout au plus si le peintre anglais Lewis, dont on voit à l’Exposition universelle cette merveilleuse vue de la maison du grand Cophte au Caire, parviendrait à peindre cette aérienne dentelle de bois. Sur les frises, à travers les fleurs, les rinceaux et les ornements, court une légende en belles lettres arabes, tirée d’un verset du Koran : « Heureux le pays qui est gouverné par le juste. » L’allusion est d’autant plus ingénieuse que juste se dit sadik en arabe, et c’est le nom même du bey.

Un autre bâtiment, en forme de temple égyptien, contient un plan en relief de la vallée du Nil et la reproduction des travaux de l’isthme de Suez. On pourra dans quelques jours se rendre compte de ce gigantesque travail qui met l’Inde si près de nous. Le globe avait besoin de cette correction, et quand l’isthme de Panama sera coupé à son tour, l’homme pourra à son aise se promener dans son petit domaine.

Terminons cette promenade exotique par un coup d’œil au temple mexicain de Xochicalco qui se donne des airs égyptiens sur sa large substruction en talus. Là trônait l’affreuse idole de Witziputzli à qui l’on fourrait dans la bouche, sur une cuiller d’or, des cœurs d’hommes fumants. Il y a trois cents ans à peine que cela se passait. L’humanité est vraiment longue à se civiliser et quelques expositions universelles lui sont nécessaires.

Au second étage de l’Okkel, ce caravansérail-bazar, où la foule s’arrête à regarder travailler dans leurs petites boutiques ces ouvriers arabes si gracieusement adroits avec leur outillage primitif, on remarque une porte sur laquelle est tracée cette inscription : « Le public n’entre pas ici. » C’est le musée anthropologique, une collection de plusieurs centaines de crânes, dont quelques-uns remontent à une si haute antiquité, qu’on pourrait les dire plus anciens que le monde sans trop d’hyperbole.

Dans cette collection se trouvent des caisses de momies de différents siècles, tirées de tombeaux ou de syringes qui n’ont pas été violées par les chercheurs de trésors, et lundi dernier on ouvrait un de ces cercueils bariolés d’hiéroglyphes, et l’on devait démailloter le corps qu’elle contenait en présence de médecins, de savants, d’artistes et d’hommes de lettres.

Notre curiosité était vivement surexcitée. Ceux qui nous font l’honneur de nous lire comprendront bien pourquoi. La scène qui allait se passer devant nous réellement, nous l’avions imaginée et décrite par avance dans le Roman de la momie. Ce que nous disons ici n’est pas pour faire une réclame à notre œuvre, mais pour expliquer l’intérêt tout particulier que nous portions à cette séance archaïque et funèbre.

Quand nous entrâmes dans la salle, la momie extraite de sa boîte était déjà couchée sur une table, dessinant vaguement la forme humaine sous l’épaisseur des bandelettes ; le cercueil était placé non loin d’elle.

Sur les parois de ce cercueil est peint le jugement des âmes, scène habituellement représentée en pareille circonstance. L’âme de la défunte (la momie était une femme), amenée par deux génies funèbres, l’un hostile, l’autre favorable, s’inclinait devant Osiris, le grand juge souterrain, assis sur son trône, le pschent en tête, la corne mortuaire au menton, le fouet à la main. Plus loin, ses actions bonnes ou mauvaises, symbolisées par un pot de fleurs et une pierre brute, sont pesées dans des balances. Une longue file de juges à tête de lion, d’épervier, de chacal, attendent dans une pose hiératique le résultat de la pesée pour prononcer leur sentence. Au-dessous de cette peinture se déroulent les prières du rituel funéraire et la confession de la défunte qui ne s’accuse pas de ses fautes, mais dit au contraire celles qu’elle n’a pas commises : je ne me suis rendue coupable ni de meurtre, ni de vol, ni d’adultère… Une autre inscription contient la généalogie de la morte, branche paternelle et branche maternelle. Nous ne transcrirons pas ici cette série de noms bizarres qui aboutissent au nom de Nes-Khons, la femme ou plutôt la dame enfermée dans cette caisse où elle se croyait sûre du repos, en attendant le jour où son âme serait, après les épreuves, réunie à son corps bien conservé et jouirait en chair et en os de la félicité suprême. Espoir trompé, car la mort ment comme la vie !

On commença l’opération du démaillotage. Les enveloppes extérieures d’une toile assez forte furent ouvertes avec des ciseaux ; une faible et vague odeur de baume, d’encens et autres drogues aromatiques se répandit dans la salle comme un parfum de pharmacie. Parmi ces linges on chercha le bout d’une bandelette, et, l’ayant trouvé, on plaça la momie debout pour pouvoir tourner autour d’elle et replier l’interminable lanière jaunie comme une toile écrue par le vin de palmier et les liqueurs conservatrices.

Rien n’était plus étrange que cette grande poupée de chiffons ayant pour armature un cadavre et se démenant d’un air raide et gauche sous les mains qui la déshabillaient avec une sorte de parodie horrible de la vie, et cependant les bandes s’amoncelaient autour d’elle comme le reste sans fin d’un fruit qu’on pèle et dont on ne peut atteindre le noyau. Parfois les bandes comprimaient des pièces d’étoffes semblables à des serviettes à franges destinées à combler les vides ou à soutenir les formes.

Des morceaux percés au milieu laissaient passer la tête, s’ajustaient aux épaules et retombaient sur la poitrine. Tous ces obstacles relevés, on arriva à une sorte de voile semblable à de la grosse mousseline des Indes et coloré d’une teinture rosâtre d’une douceur de ton à charmer un peintre. Il nous semble que la matière tinctoriale a du être le roucou, à moins que cette mousseline, primitivement rouge, n’ait pris une nuance rose de chair au contact des baumes et par l’action du temps. Sous le voile recommençait un système de bandelettes en toile plus fine serrant le corps de plus près dans leur enlacement dédaléen. La curiosité irritée devenait fébrile et l’on faisait tourner la momie un peu vivement sur elle-même. Hoffmann ou Edgar Poë auraient pu trouver là le point de départ d’un de leurs contes terribles. Justement un orage subit cinglait les vitres d’une pluie à larges gouttes sonnant comme de la grêle : de blafardes lueurs d’éclairs illuminaient sur les rayons des armoires les vieux crânes jaunes et les rictus grimaçants des six cents têtes de mort du musée anthropologique, et le tonnerre avec des grondements sourds servait d’accompagnement à la valse de Nes-Khons, fille d’Horus et de Rouaa, pirouettant entre les mains impatientes de ses démailloteurs.

La momie diminuait sensiblement et sa forme grêle s’accusait de plus en plus sous l’enveloppe moins épaisse. Une immense quantité de linges encombrait la salle, et on se demandait comment tout cela avait pu tenir dans cette boîte, qui ne dépassait guère en dimension un cercueil des pompes funèbres. Le col fut la première portion du corps qui apparut débarrassée de bandelettes ; mais il était empâté d’une assez forte masse de naphte qu’il fallut enlever au ciseau ; tout à coup, à travers les noirs débris du natrum, brilla sur le haut de la poitrine un vif éclair d’or, et bientôt on mit à nu une mince feuille de métal découpée en forme d’épervier sacré, les ailes éployées, la queue en éventail comme les aigles de blason. Sur cette feuille d’or, pauvre bijou funéraire qui ne pouvait tenter les déterreurs de cadavres, était écrite avec un roseau et de l’encre une prière demandant aux dieux protecteurs des tombes que le cœur et les entrailles de la morte ne fussent pas dispersés loin de son corps. Un charmant gypaëte microscopique en pierre dure, délicieuse breloque à suspendre à une montre, était attaché par un fil à un collier de plaquettes en verre bleu, où s’accrochait une sorte d’amulette en émail d’un bleu turquoise ayant la forme d’un fléau. Comme ces sucres d’orge dont la cristallisation diminue par places la transparence, quelques-unes des plaquettes étaient devenues demi-opaques, sans doute sous la chaleur du bitume versé bouillant et figé sur elles.

Tout ceci n’a rien que d’ordinaire, on trouve souvent dans les cercueils des momies une quantité de ces petits objets, et il n’est pas de marchand de curiosités qui ne possède quelques-unes de ces figurines en pâte bleue ; mais ici se présenta un détail imprévu et d’une grâce touchante. Sous chaque aisselle de la morte était placée une fleur entièrement décolorée, comme les plantes longtemps pressées entre les feuilles d’un herbier, mais d’une conservation parfaite, et qu’un botaniste eût nommée sans doute. Était-ce une fleur de lotus ou de perséa ? Nul ne put nous le dire ; il n’y avait là que des savants. Cette trouvaille nous rendit pensif. Qui avait mis là ces pauvres fleurs comme un adieu suprême au moment où le corps regretté allait disparaître sous le premier enroulement de bandelettes. Des fleurs de quatre mille ans, — cette fragilité et cette éternité — cela fait une impression singulière.

On rencontra aussi parmi les linges une petite baie de fruit dont il est difficile de désigner l’espèce. Peut-être une baie de ce népenthès qui faisait tout oublier. Sur un fragment d’étoffe soigneusement recueilli se lisait dans son cartouche le nom d’un roi inconnu appartenant à une dynastie non moins ignorée. La momie ouverte à l’Exposition universelle comble une lacune de l’histoire et révèle un pharaon nouveau.

La figure restait cachée encore sous son masque de linge et de bitume qui ne se détachait pas aisément, car il avait été noué pour un nombre indéfini de siècles. Sous la pesée du ciseau un éclat s’enleva et deux yeux blancs aux larges prunelles noires brillèrent avec une vie factice entre des paupières couleur de bistre. C’étaient des yeux d’émail comme on en mettait aux momies soigneusement préparées. Ce regard clair et fixe dans cette face morte produisait un effet assez effrayant. Le cadavre semblait considérer avec une surprise dédaigneuse les vivants qui s’agitaient autour de lui. Les sourcils se distinguaient parfaitement sur l’arcade évidée par le retrait des chairs. Le nez, nous devons l’avouer, ce qui rendait Nes-Khons moins jolie que Tahoser, était rabattu du bout pour cacher l’incision par laquelle on avait vidé le crâne de sa cervelle et une feuille d’or était plaquée sur sa bouche comme le sceau de l’éternel silence. Ses cheveux très-fins, très-soyeux, très-doux, séparés en boucles légères, ne dépassaient pas le bout de l’oreille et avaient cette couleur rousse si recherchée des Vénitiennes et que le caprice blasé de quelques élégantes a remis en faveur aujourd’hui. On eût dit des cheveux d’enfant teints de henné, comme on en voit en Algérie. Nous ne pensons pas que cette teinte, qui met Nes-Khons à la dernière mode, soit naturelle ; elle devait être brune comme les autres Égyptiennes, et ce ton auburn est produit sans doute par les essences et les parfums de l’embaumement. Cette teinte d’or rougi, nous la retrouvons sur deux têtes de femme exposées dans la vitrine, dont l’une, chose étrange, est coiffée exactement comme la Vénus de Milo, avec d’opulents bandeaux ondés, et dont l’autre porte une profusion de nattes enroulées formant casque, comme on les dispose maintenant.

Peu à peu le corps se révélait dans sa triste nudité. Le torse montrait sa peau rougeâtre où le contact de l’air faisait venir une fleur bleue semblable au chanci des tableaux et laissait voir au flanc l’incision qui avait servi à retirer les entrailles et d’où s’échappait, comme le son d’une poupée décousue, une sciure de bois aromatique mêlée d’une résine en petits grains ayant l’air de colophane. Les bras amaigris s’allongeaient, et les mains osseuses, aux ongles dorés, simulaient avec une pudeur sépulcrale le geste de la Vénus de Médicis. Les pieds, légèrement crispés par la dessiccation des chairs et des nerfs, semblaient avoir été délicats et petits ; leurs ongles étaient, comme ceux des mains, couverts de petites feuilles d’or. Était-elle après tout jeune ou vieille, belle ou laide, cette Nes-Khons, fille d’Horus et de Rouaa, qualifiée dame par son épitaphe ? C’est à quoi il est difficile de répondre. Ce n’est plus guère qu’une peau enveloppant des os, et comment retrouver dans ces lignes sèches et raides les sveltes contours des femmes égyptiennes telles qu’on les voit peintes dans les temples, les palais et les tombeaux, et qu’Alma-Tadema les retrace de son pinceau archaïque ? Mais n’est-ce pas une chose étonnante et qui semble appartenir au rêve de voir là sur une table, et dans une forme appréciable encore, une tête qui marchait au soleil, aimait, vivait cinq cents ans avant Moïse, deux mille ans avant Jésus-Christ ? Car tel est l’âge de cette momie qu’un caprice du sort a fait sortir de son cartonnage en pleine Exposition universelle au milieu de toute la machinerie moderne. Quels bizarres événements cache l’avenir ! à quelle infinité de suppositions, en présence de faits pareils qui semblent tout simples, la rêverie a-t-elle droit de se livrer ! Comme Hamlet dialoguant avec le fossoyeur, on arrive à se démontrer philosophiquement que la poussière d’Alexandre sert à luter la bonde d’un tonneau de bière. Nous songions qu’à une Exposition universelle des siècles futurs, quand la civilisation actuelle aura été remplacée par une autre, il n’y aurait rien d’étonnant à ce qu’un professeur d’anthropologie de ce temps-là, parlant des races disparues, ne fît avec notre crâne une dissertation fort brillante sur le genre Feuilletoniste, de la famille Homme de Lettres croisé du Poëte, et nous jetions à la pauvre momie un regard d’adieu amical et mélancolique.