L’astronomie, poème en six chants/Chant quatrième

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F. Didot frères (p. 141-182).

L’ASTRONOMIE.




CHANT QUATRIÈME.

Palais des Pharaons, ouvrez-moi vos portiques !
Tombeaux, tables d’Isis, et vous, marbres antiques,
Où le ciseau savant traça l’ordre des cieux,
Des temps qui ne sont plus témoins silencieux,
Nous direz-vous un jour quelle source première
Sur ce monde engourdi fit jaillir la lumière ?
Des bienfaiteurs du globe à qui les arts sont dus
Retrouverai-je en vous les vestiges perdus ?
De leurs premiers travaux quelle terre s’honore ?
Soit qu’ils cachent leur source aux lieux où naît l’aurore,
Soit que l’onde du Nil ait porté leur berceau,
L’Égypte a dans son sein rallumé leur flambeau.

Errant des murs de Thèbe à l’indien rivage,
L’Arabe a recueilli ce brillant héritage.
Califes conquérants et savants couronnés,
Consolant par les arts leurs peuples étonnés,
Almanzor, Aaron, voient l’Europe soumise(1)
Chanter la double gloire à leurs règnes promise ;
Et par quelques écrits, glorieuse rançon,
Les Grecs payent la paix que leur donne Almamon.
Des princes d’occident un seul suit cet exemple,
Fait recueillir les lois des astres qu’il contemple,
Et les tables d’Alphonse illustrent à la fois
Abensid leur auteur, la Castille et ses rois(2).
Mais un siècle naissait, où l’essor du génie
Allait ouvrir à l’homme une route infinie.
Il semble que le sort dans le cercle des ans
Assigne à nos travaux quelques heureux moments.
Après un long sommeil, l’esprit humain s’élance,
Il renverse l’obstacle, il franchit la distance,
Il invente, et pour prix de ses nobles transports,
La gloire quelquefois sourit à ses efforts.

Honorable toujours, avec un but utile,
Le travail assidu rarement est stérile.
Mais lorsque la nature à nos yeux indiscrets
A laissé pénétrer quelques nouveaux secrets,
Qui peut dans l’avenir en prévoir tout l’usage ?
Ainsi quand le hasard, favorisant un sage,
Vint lui montrer le fer, mystérieux amant,
Par un charme invincible attiré vers l’aimant,
Vit-il dans ce jouet, vit-il dans le prodige
De ce mobile acier que le pôle dirige,
L’essor audacieux d’un conquérant hardi,
La mer d’Atlas soumise et le monde agrandi ?
Mais depuis qu’heureux don d’une main inconnue,
L’aiguille d’Amalfi vint étonner la vue,
Qui voudrait affronter, dans un frêle vaisseau,
Sur la foi d’un tel guide, un Océan nouveau ?
Si les monts de Calpé sont les bornes du monde,
Où finit cette mer ? et, si la terre est ronde,
Comment peuvent marcher, renversés dans les airs,
D’autres mortels bannis dans un autre univers ?

Vains doutes de l’esprit, préjugés du vieil âge,
Vous n’arrêterez pas un généreux courage.
Ferme dans ses desseins, les yeux vers l’occident,
Colomb s’est élancé sur l’abîme grondant.
L’horizon fuit ; la mer, se courbant sous ses voiles,
Retarde chaque jour le coucher des étoiles.
Point de bords, plus d’espoir, les vents sont déchaînés.
Entendez-vous les cris des soldats mutinés ?
Les cieux sont obscurcis, l’aiguille est infidèle(3).
« N’importe : à l’occident ! l’occident nous appelle ;
Nos yeux verront des bords et des astres nouveaux. »
Il dit, le jour renaît, un monde sort des eaux.
Par-delà l’équateur et la zone brûlante,
Deux continents aigus dans l’onde turbulente
S’avancent, et les flots, par ces caps divisés,
Offrent vers l’orient deux chemins opposés.
Gama des Portugais y conduit la vaillance.
Sur un autre océan le Castillan s’élance,
Et, surpris l’un de l’autre, ils se sont rencontrés(4)
Aux rives où le Gange épand ses flots sacrés.

Que ces enfants du Tage ont bravé de tempêtes !
Que de cieux inconnus ont brillé sur leurs têtes !
Tandis que le Bouvier et le pôle abaissé
Ont fui sous l’horizon avec le Char glacé ;
Tandis que le Dragon, qui ceint l’axe du monde,
Pour la première fois a disparu dans l’onde,
S’élève un autre pôle où le Poisson ailé(5)
Disperse les rayons de son corps étoilé :
La colombe y redit ses amours innocentes.
Déployant l’appareil de ses voiles brillantes,
Sous le tropique ardent fuit le vaisseau d’Argus,
Qui reconnaît encor la main de Canopus.
Là du caméléon se fixe enfin l’image.
L’oiseau cher à Junon étale son plumage.
Deux nuages légers flottent parmi ces feux.
La grue y vole auprès du phénix fabuleux,
Et l’hydre a déroulé ses écailles dorées.
C’est à vous, conquérants de ces mers ignorées,
C’est à vous de nommer tous ces astres nouveaux.
Ce mont vit la tempête arrêter vos vaisseaux ;

Qu’il aille dans les cieux publier vos conquêtes,
Et que la croix du sud y protège vos têtes.
Vainqueurs de l’Océan, Diaz, Vasco, Nugnez(6),
Andrada, Magellan, intrépide Perez,
Quand vous fendez ces flots témoins de votre gloire,
L’Europe est sous vos pieds et n’ose encor le croire.
Et vous, Cortez, Pizare, heureux navigateurs,
Des enfants du soleil rapides destructeurs,
Dites-nous, quand ce bord reçut vos nefs avares,
Les arts qu’à leurs vainqueurs apprirent ces barbares.
Ces princes du Potose, illustres par leurs lois,
Adoraient leur ayeul dans le père des mois.
Un temple qu’entouraient douze nobles demeures
Offrait aux yeux le cours des saisons et des heures.
À douze mois égaux ils savaient ajouter
Les cinq jours que Memphis nous apprit à compter.
Au pied d’une colonne un savant édifice
Forçait l’ombre incertaine à marquer le solstice.
Mais, si l’astre des nuits s’éclipsait dans les cieux,
Tout ce peuple craignait que la lune à ses yeux

Ne se précipitât du haut de sa carrière ;
Et par des hurlements rappelait la lumière.
L’Asie eût retrouvé dans cet autre univers
Ses emblèmes, ses arts, ses préjugés divers(7).
Lorsque l’Européen, jusque chez les sauvages,
Dans ce monde inconnu vint porter ses ravages,
Oh ! quel étonnement ! il vit l’homme nouveau
Nommer en les montrant et l’Ourse et le Taureau(8) !
Ces noms capricieux qu’il ne saurait comprendre,
Au fond de ces déserts où put-il les apprendre ?
Mais, nous-mêmes, de qui les avons-nous reçus ?
Le Nil, l’Euphrate, l’Inde, ont instruit l’Ilissus.
Faut-il aller plus loin ? et la science encore
Est-elle le bienfait d’un peuple qu’on ignore(9) ?
Ils vont briller ces jours à sa gloire promis :
Fidèle au saint dépôt par l’Égypte transmis,
L’Europe expliquera, par la suite des âges,
Ce que d’un œil timide entrevirent les sages.
L’homme a franchi les mers ; au midi parvenu,
Ses regards ont erré sous un ciel inconnu.

Notre globe exploré, suspendu dans l’espace,
A révélé sa forme, et va changer de place.
L’astrolabe, l’aimant, le tube ingénieux,
Livrent le monde à l’homme et rapprochent les cieux ;
L’art d’Euclide au compas, dans sa marche assurée,
Soumet le mouvement, l’espace, la durée,
Et bientôt tout le ciel suit de nouvelles lois.
Dans les siècles passés déjà plus d’une voix,
Proclamant les destins du Dieu qui nous éclaire,
Avait marqué sa place au centre de la sphère(10).
Mais quand la vérité trouve un facile accès,
Le préjugé l’attend pour troubler ses succès.
Faiblement aperçue et sans preuve annoncée,
Reproduite vingt fois et vingt fois repoussée,
Son destin est celui des astres qu’en leur cours
Notre œil ne reconnaît qu’après de longs retours.
Vers le pôle du nord, dans ces plaines fécondes
Où la lente Vistule épand ses froides ondes,
Un sage, l’œil fixé sur ces globes errants,
Observait de leur cours les aspects différents.

Il voyait Jupiter, Mars, et l’époux de Rhée
D’un vol capricieux traverser l’Empyrée,
S’avancer, hésiter, suspendre leur essor,
Revenir sur leur route et la reprendre encor.
Quel désordre, dit-il, constant, inexplicable,
Égare ces trois corps dans leur marche semblable.
Les étoiles sans cesse accomplissent leur tour ;
L’écharpe de Vénus enceint le dieu du jour ;
La déesse des nuits, paisible et solitaire,
Chaque mois de son orbe enveloppe la terre ;
Et ces autres flambeaux, incertains dans leur cours,
À des instants marqués l’interrompent toujours !
Est-ce une loi secrète à ces corps imposée ?
Est-ce une illusion de la vue abusée ?
Oh ! qui pénétrera ce mystère des cieux !
Et comment démentir ce qu’attestent mes yeux ?
C’en est fait ; ce problème, où sa gloire est placée,
Trente ans de Copernic assiège la pensée.
Pour lui plus de repos ; son bonheur, son destin
Est d’affranchir du doute un esprit incertain.

Il demande à la nuit ce secret qu’il ignore,
Et le jour se consume à le chercher encore.
Müller est des Germains l’oracle révéré ;
Par l’ardent Copernic Müller est imploré.
Maria de Bologne illustre les Portiques,
Et Copernic descend des Alpes helvétiques.
Oh ! tant qu’il restera de ces cœurs généreux,
Des nobles vérités saintement amoureux,
Ils sauront quelle force à notre ame charmée
Donne le juste espoir de quelque renommée :
Mais pourront-ils jamais nous peindre leurs transports
Ceux à qui la science ouvre enfin ses trésors ;
Ceux qu’enivre la joie et la gloire féconde
D’expliquer la nature et d’éclairer le monde ?
Copernic, quel bonheur, lorsqu’un rayon divin
T’apporta les clartés qui te fuyaient en vain !
Plus éloignés que nous du dieu de la lumière,
D’un pas toujours égal poursuivant leur carrière,
Mars, Jupiter, Saturne à la voûte des cieux
Ne ralentissent point leur cours silencieux.

Par-delà le soleil quand leur sphère s’élance,
Plus bornée en son cours la nôtre la devance.
Par un rapide essor dans l’espace entraînés,
Aux erreurs de nos sens nous sommes condamnés.
Lois, mouvements, rapports, pour nous tout se complique ;
Observé du soleil, tout est simple et s’explique.
Il est donc vrai, tu tiens dans tes heureuses mains
Le flambeau désormais seul guide des humains !
Tu brises tous ces cieux de métal ou de verre :
Copernic a fixé les destins de la terre.
Qu’immobile à présent et remis dans ses droits
Le soleil nous dispense et ses feux et ses lois ;
Que les globes errants, que la terre elle-même,
Composent un cortège au monarque suprême,
Et, n’assignant qu’un centre à leurs orbes divers,
Qu’une loi générale explique l’univers.
Puissante vérité, tu vas enfin nous luire !
Ardent à te chercher, mais lent à te produire,
Le sage dont la main a fait briller tes traits,
Feint de douter encor et voile tes attraits.

La presse te révèle à la terre étonnée.
Ô néant ! Copernic ! dans la même journée,
Il s’est éteint ! la mort l’enlève aux nations,
À la gloire, et peut-être aux persécutions(11).
Le fanatisme ardent, l’ignorance profonde
Auraient-ils épargné l’architecte du monde,
Lorsque son successeur, digne d’être après lui
L’héritier de sa gloire et son plus ferme appui,
Autour du globe obscur que son erreur protège
Lance encor le soleil et son brillant cortège ?
Ô faiblesse ! et pourtant sur ces astres divers
Ticho dès son enfance avait les yeux ouverts.
Espoir de la science, honneur de la Scanie,
Sa main dédie un temple au culte d’Uranie ;
D’instruments qu’il invente il aime à le parer,
Et des rois courtisans l’y viennent honorer.
Heureux le citoyen digne d’un tel hommage !
Et plus heureux les rois qui cultivent le sage !
Ce titre vénéré Ticho l’eût mérité,
S’il eût pour elle-même aimé la vérité.


Mais de son précurseur la gloire créatrice
L’importune ; il promet d’en saper l’édifice :
Et ce grand monument, au lieu de s’écrouler,
Repoussera la main qui le veut ébranler.
Pour sonder l’univers d’un œil sûr et rapide,
C’est peu d’être savant dans les règles d’Euclide ;
Le ciel reste muet aux esprits assiégés
De superstitions et de vains préjugés.
L’observer est un art, y lire est le génie :
Ticho n’atteignit point cette gloire infinie.
Épris de l’art qui cherche aux lambris étoiles
Les arrêts du destin à tous les yeux voilés,
Philosophe timide et savant véritable,
Il prodigue à l’erreur un zèle infatigable.
Daignez lui pardonner, chastes filles du ciel !
Des abeilles du Pinde il savoura le miel ;
Amant de la science et de la solitude,
Il confia trente ans son bonheur à l’étude :
Il aima l’art des vers. Persécuté, banni,
En fuyant sa retraite il fut assez puni.

À contempler des cieux les savantes merveilles,
Nul n’a depuis Hipparque employé tant de veilles.
Accordez-lui de voir l’auguste vérité ;
Qu’il soumette au compas le rayon réfracté ;
Que sa main par-delà les orbes des planètes
Aux profondeurs des cieux repousse les comètes.
Vous l’exaucez : déjà semble naître pour lui
Un astre qui jamais aux humains n’avait lui ;
Leurs yeux depuis mille ans ont compté les étoiles,
C’est en vain : de la nuit perçant les sombres voiles,
Celle-ci tout-à-coup prend son rang dans les cieux,
Et de l’heureux Ticho vient étonner les yeux.
Blanche comme Vénus, à Jupiter égale,
De l’ardent Procyon éclatante rivale,
Elle brille à la place où vers l’astre du nord
Le père d’Andromède étend son sceptre d’or.
Ô bonheur ! ô du ciel faveur inattendue !
A l’Hipparque nouveau cette étoile était due.
Sans doute l’un à l’autre attachés désormais,
Et son astre et son nom vont briller à jamais.

Fragile espoir ! à peine au terme de l’année
Où l’astre s’est levé sur la terre étonnée,
Il fuit, décroît, pâlit, s’éteint pour tous les yeux,
Et sans changer de place il se perd dans les cieux.
Console-toi, Ticho ! protégeant ta mémoire,
Tes disciples savants suffisent à ta gloire ;
Ton étoile n’est plus, mais un astre plus cher,
Nous guide dans les cieux, et cet astre est Kepler(12).
Disciple indépendant, vaste et puissant génie,
Kepler a pénétré les secrets d’Uranie.
Philosophe hardi, mais sage observateur,
Son esprit entrevoit le principe moteur
Qui semble animer tout, traverse les espaces,
Et des mondes divers précipite les masses.
Moins du centre commun chacun s’est écarté,
Plus il franchit les cieux d’un vol précipité ;
Et si l’éloignement règle leur course immense,
Leur vitesse à son tour vous dira leur distance.
Les corps dont le soleil est le centre et l’appui,
Dans un orbe allongé, roulent autour de lui ;

Il tourne sur lui-même, et ces sphères énormes,
Les révolutions que trahissent leurs formes,
Leur vitesse, leur cours circulaire autrefois,
Kepler, l’heureux Kepler en a dicté les lois.
Heureux ! ah ! qu’ai-je dit ? Souffrant, dans la misère,
Ses enfants déploraient les travaux de leur père :
Son siècle fut ingrat ; mais dans la pauvreté
Il parvint à la gloire, et vit la vérité (13).
Cette ardeur inquiète et jamais assouvie,
Besoin de notre esprit, élément de la vie,
Par qui l’homme a connu ce monde fait pour lui,
Est un jour bienfaisant qui du ciel nous a lui.
Source de tous les biens, charme de l’existence,
C’est notre activité qui fait notre puissance.
Qui sait l’encourager en bénit les effets,
Et les nouveaux besoins sont déjà des bienfaits.
Par eux sont rapprochés l’un et l’autre hémisphère ;
Même en se combattant le genre humain s’éclaire.
Dans sa course égaré, quelquefois sur ses pas,
L’homme rencontre un bien qu’il ne soupçonnait pas.

Des voyageurs campaient aux plaines d’Idumée,
De leur foyer s’écoule une lave enflammée :
La fougère, le nitre et le sable fondus
Avaient produit le verre à leurs yeux confondus.
Sidon bientôt reçoit leur brillante conquête ;
Rome de ses palais en décore le faîte.
Le cristal protecteur, dans nos âpres climats,
Sans repousser le jour écarte les frimas ;
Ou, d’un métal opaque opposant la barrière,
Sa surface polie arrête la lumière,
Et, renvoyant à l’œil de fidèles reflets,
Dans ces tableaux vivants nous peint tous les objets,
Venise produira ces merveilles fragiles
Ornement des palais, et luxe de nos villes.
Un art plus secourable à Florence inventé
Dans nos yeux presque éteints ramène la clarté.
Enfin chez le Batave un jouet de l’enfance
Des cristaux combinés révèle la puissance ;
Et Galilée, armé du tube audacieux,
Livre à l’homme étonné la conquête des cieux.

Phénomènes nouveaux, secrets de la nature,
Des mondes mal connus dites-lui la structure ;
Présentez-vous en foule à ses yeux plus parfaits ;
Que son bonheur, sa gloire, égalent ses bienfaits.
Déjà depuis long-temps par lui fut mesurée
Des corps abandonnés la chute accélérée.
Des lampes qui veillaient sous le dôme pieux
Les longs balancements ont attiré ses yeux.
Il les voit, décrivant une courbe inégale,
Revenir constamment dans le même intervalle :
Le pendule est trouvé pour compter les instants,
Et pour servir de guide à l’aiguille du temps.
Le sage, de Phœbé parcourant les campagnes,
Y découvre des mers, des vallons, des montagnes ;
De la blanche Vénus le disque éblouissant
A des phases soumis se recourbe en croissant ;
Dans les feux du soleil des gouffres véritables,
De sa rotation témoins irrécusables,
Pour la première fois étonnent ses regards.
Des astres inconnus brillent de toutes parts.

Ô prodige ! entouré d’un diadème énorme,
Saturne est apparu sous une triple forme ;
Et quatre astres légers, aux plaines de l’éther,
Dans sa marche rapide escortent Jupiter.
Mais quoi ! si Jupiter, Mars, Saturne et Mercure,
Au dieu qui leur départ sa lumière si pure,
Rendant comme Vénus un hommage éclatant,
Tournent autour de lui dans un ordre constant,
Aux loix de l’univers notre globe indocile
Seul, doit-il s’arrêter sur son axe immobile ?
Non, à la vérité ne fermons point les yeux :
Copernic nous la montre écrite dans les cieux.
Ainsi pour son malheur a parlé Galilée.
La superstition à sa voix s’est troublée.
Qu’il périsse l’impie ! En vain soixante hivers
Ont respecté sa tête, il recevra des fers.
Sous une voûte antique, où des flambeaux funèbres
Dispersent leurs rayons dans l’horreur des ténèbres,
Parmi les fouets, la roue et les pointes d’acier,
La tenaille mordante et les feux du brasier,

Sur l’autel qu’entourait l’appareil des tortures,
Un livre était ouvert, formidable aux parjures.
C’est là dans ce tombeau que, nouveaux Anytus,
Sept prêtres à l’œil sombre et de pourpre vêtus,
En présence du Dieu dont ce monde est l’ouvrage,
De leurs propres erreurs viennent punir un sage.
Ils attestent ce Dieu prêt à les démentir ;
Leur voix au philosophe ordonne de mentir.
Le front dans la poussière, il reçoit sa sentence.
Le cilice, les fers, l’austère pénitence,
Les larmes et le sang laveront-ils jamais
De sa témérité les coupables succès ?
Plus d’espoir, à genoux sur la pierre sanglante,
Qu’il expire à l’instant, si sa main défaillante,
Déchirant ses écrits sur cet autel sacré,
Ne désarme ce ciel dont il fut inspiré.
La torture, à ce prix, lui laisse quelque trêve.
Le vieillard se soumet ; il signe, se relève,
Frappe du pied la terre, et, les glaçant d’effroi :
« Non, dit-il, elle tourne, et vous tous avec moi(14) ! »

Après six ans comptés dans une nuit profonde,
L’exil accueillera le bienfaiteur du monde.
Quel exil ! les humains sont ingrats, mais ce ciel,
Objet de tout son culte, est-il donc plus cruel ?
A ses yeux si perçants la lumière est ravie.
Tel autrefois, dit-on, le savant Tirésie,
Pour avoir osé lire aux mystères des dieux,
Vieillit errant, privé de la clarté des cieux,
Tandis que les mortels, frappés de ses miracles,
À son urne, après lui, demandaient des oracles.
Tel et plus grand encor Galilée au tombeau
Du siècle qui l’opprime est le vivant flambeau,
Vainqueur des préjugés que Rome déifie.
Paraissez, défenseurs de la philosophie,
Descartes, Gassendi ; venez, qu’à votre voix(15)
La raison s’affranchisse et reprenne ses droits.
Simple, austère et nourri des leçons d’Épicure,
L’un d’un œil pénétrant contemple la nature ;
L’autre, non moins savant, mais plus audacieux,
Reconstruit l’univers, agite tous les cieux,

Imagine en poète, et sait douter en sage :
Heureux si son génie eût douté davantage !
Il entraîne son siècle. Étrangers ses rivaux,
D’un pas mieux assuré poursuivez ses travaux.
Huygens, donne au long tube une force nouvelle(16),
Suspends le balancier à l’horloge fidèle ;
Pour prix de tes travaux, que Saturne à tes yeux
Se montre couronné du bandeau radieux.
Et toi, l’illustre auteur d’une race savante(7),
Cassini, vers Saturne à la marche si lente
Découvre à nos regards cinq astres inconnus ;
Vois les taches de Mars et celles de Vénus :
Dis-nous comment, soumis à des ordres suprêmes,
En des temps mesurés ils roulent sur eux-mêmes ;
Sur son pôle aplati fais tourner Jupiter ;
Suis ses gardes errants ; cependant que Rœmer(18)
Conquête, comme toi, de l’heureuse Lutèce,
Des flèches du soleil mesure la vitesse,
Et que vers l’équateur Halley sous d’autres cieux(19)
Cherche l’île d’Hélène et son port odieux.

Ah ! que sur ce rocher la terre soit stérile.
Vous que la mort menace, évitez cet asile.
Voyageur malheureux, fuyez, éloignez-vous,
Les flots seront plus sûrs, les orages plus doux ;
Que la noire tempête, assiégeant ce rivage,
Sappe les fondements de cette île sauvage.
Sur ce roc abhorré des hommes et des dieux
Qu’aucun astre jamais ne console les yeux.
Halley, tu l’éprouvas : plus d’une année entière
Tu cherchas dans le ciel une faible lumière.
Enfin, sous le Centaure et non loin du Vaisseau,
Tes yeux se sont fixés sur un groupe nouveau.
Dans les flancs caverneux un chêne séculaire
A de son roi proscrit accueilli la misère :
Qu’il brille dans le ciel, cet astre généreux,
Asile hospitalier des princes malheureux.
Du ciel depuis trente ans observant l’harmonie,
Au silence Newton condamnait son génie ;
Halley, de son ami, seul, obtint qu’Albion(20)
Apprît enfin sa gloire, et l’univers son nom.

Des rayons lumineux Newton dit le mystère,
Et quel pouvoir occulte anime la matière.
Des cristaux assemblés par un heureux concours,
Galilée à nos sens apportant le secours,
Avait grossi les corps, rapproché les distances :
Newton, pour embrasser des quantités immenses,
Pour se faire un compas digne du firmament,
Donne aux yeux de l’esprit un nouvel instrument.
Leur puissance par lui croît et se développe ;
Le calcul qu’il invente est un vrai télescope :
Il atteint l’infini. De cette force armé,
L’homme a sondé l’abîme, et l’abîme enflammé
Avoue enfin la loi constante, universelle,
Que Kepler entrevit et que Newton révèle.
Pourquoi ces mouvements et ces orbes divers,
Que six mondes errants tracent dans l’univers ?
Quel pouvoir auprès d’eux retient leurs satellites ?
Où l’ardente comète a-t-elle ses limites ?
Pourquoi l’astre du jour, sur son axe agité,
Vers le centre commun semble-t-il arrêté ?

Pourquoi le firmament s’ébranle-t-il lui-même ?
Tout fut lancé des mains du créateur suprême :
Tout pèse, attire, fuit, par un destin pareil ;
Le moindre grain de sable attire le soleil.
Soumis aux mêmes lois, doués d’une puissance
Qui s’accroît par leur masse et perd par la distance,
Les astres voyageurs dans les plaines du ciel
Exercent l’un sur l’autre un effort mutuel.
Le pouvoir balancé de leurs forces rivales
De ces corps inégaux fixe les intervalles :
C’est là que, produisant l’équilibre commun,
Pesant de tous côtés ils ne tombent d’aucun.
Mais ces globes, enfin, comment à leur surface
Retiennent-ils des corps renversés dans l’espace ?
Quelle loi leur défend de s’y précipiter ?
L’universelle loi qui fait tout graviter.
L’espace sur les corps n’exerce aucun empire :
Tomber, c’est s’approcher du point qui nous attire.
Chaque astre nous dira, fidèle aux mêmes lois,
Sa vitesse, son cours, sa distance et son poids ;

Le soleil, au milieu des globes qu’il rassemble,
Pèse seul huit cents fois tous ces mondes ensemble.
La main qui mesura le soleil étonné
Décompose un rayon de son disque émané,
Ramène la comète, enfle les mers profondes,
Et sur leurs fondements assied enfin les mondes.



NOTES

DU QUATRIÈME CHANT.




(1). PAGE 142, VERS 5.


Almanzor, Aaron..... Almamon.

« Vers l’an 800, au commencement du 9 e siècle, sous les règnes d’Almanzor, d’Haroun al Raschid et d’Almamon, Bagdad devint le centre des connaissances humaines, comme Alexandrie l’avait été sous Ptolémée. »

Au sortir d’une guerre heureuse, en accordant la paix à Michel III, empereur de Constantinople, Almamon y mit pour condition la liberté de recueillir tous les livres de philosophie, pour les faire traduire en arabe par les savants qu’il avait rassemblés à Bagdad. Il présidait à leur travail, les éclairait lui-même et prenait part à leurs disputes. L’Almageste, dont sans doute on avait tiré le texte d’Alexandrie, fut le premier livre traduit.

(Bailly, hist. de l'astr. mod., 1. 6 , § 7 et 8.)

(2). PAGE 142, VERS 12.


Et les tables d’Alphonse illustrent à la fois Abensid leur auteur, la Castille et ses rois.

Alphonse X, roi de Castille, surnommé le Sage. Les tables appelées de son nom Alphonsines parurent le jour même qu’il monta sur le trône. Ces tables sont fondées sur les mêmes hypothèses que celles de Ptolémée. C’est le même système du monde. Il y a seulement quelque différence dans le moyen mouvement des planètes. Le juif B. Isaac Abenside, dit Hazan, fut le principal auteur de ces tables.

(Bailly, Hist. de l’astr. mod., 1. 8, § 7 et 8.)

(3). PAGE 144, VERS 9.


Les cieux sont obscurcis, l’aiguille est infidèle.

Le premier peut-être, Colomb s’aperçut de la déclinaison de l’aiguille aimantée, dans son premier voyage, en 1492 ; ce phénomène si important pour la navigation devait sauter aux yeux du premier qui se serait aventuré dans l’immensité de l’Océan, en suivant une ligne parallèle à l’équateur.

(Histoire de Christophe Colomb, par le chevalier Bassi.)

(4). PAGE 144, VERS 19.


Et, surpris l’un de l’autre, ils se sont rencontrés…

« Les Portugais et les Espagnols, sortis de leurs ports en suivant des routes contraires, étaient surpris de se rencontrer à la même extrémité de l’Asie. »

( M. Fourier. Préface historique de la description de l’Égypte.)

(5). PAGE 145, VERS 7.


S’élève un autre pôle, où le………

… Poisson ailé.                 Le poisson volant.
Le vaisseau d’Argus.        Le navire, dont Canopus est l’étoile brillante.
L’oiseau cher à Junon.      Le Paon.
Deux nuages légers.         Le grand et le petit nuage.
Et l’hydre a déroulé.          L’hydre mâle.
Ce mont vit la tempête.     La montagne de la Table
(6). PAGE 146, VERS 3.


Vainqueurs de l’Océan, Diaz, Vasco, Nugnez,
Andrada, Magellan, intrépide Perez…
Et vous, Cortez, Pizarre, etc…..

Diaz découvre le cap de Bonne-Espérance en 1486. — Vasco de Gama fait le tour de l’Afrique et parvient aux Indes en 1498. — Nugnez Balboa entre le premier dans la mer du Sud en 1513. — Fernand Andrada découvre la Chine en 1517. — Magellan découvre la Terre-de-Feu en 1520 et les îles Philippines en 1521. — Perez de la Rua découvre le Pérou en 1515. — Fernand Cortez, conquérant du Mexique en 1519. — Pizarre, conquérant du Pérou en 1524.


(7). PAGE 147, VERS 4.


L’Asie eût retrouvé dans cet autre univers Ses emblêmes, ses arts, ses préjugés divers.

« Les Péruviens et les Mexicains observaient avec soin les solstices et les équinoxes au moyen de colonnes érigées devant le temple du soleil, au pied desquelles on avait tracé un cercle. On reconnaît la méthode que les Indiens employent pour orienter leurs pagodes. Ils avaient douze tours pour marquer les mois, comme les Chinois ont douze palais pour les lunes de l’année. Aussi superstitieux que les Orientaux, les Péruviens croyaient le soleil irrité contre eux lorsqu’il leur dérobait sa lumière ; la lune malade lorsqu’elle commençait à s’éclipser, morte ou mourante, lorsque l’éclipse était totale. Comme les anciens Perses avaient annoncé la fin du monde, au moment qu’un esprit tomberait sur la terre, on craignait au Pérou que la lune en tombant n’écrasât les hommes par sa chute… Leurs mois étaient lunaires, divisés en quatre parties qu’ils distinguaient par des noms et par des fêtes. Voilà l’usage de la semaine bien établi en Amérique. Leur année, de 365 jours, était partagée en 12 mois de 30 jours, avec cinq jours épagommes. »

(Bailly, Hist. de l’astr. mod., 1. 7, § 19.)

« Les Méxicains avaient, au lieu de la semaine, une période de cinq jours. Leurs mois étaient de 20 jours, et 18 de ces mois formaient l’année, qui commençait au solstice d’hiver, et à laquelle ils ajoutaient cinq jours. Il y a lieu de penser qu’ils composaient, de la réunion de 104 ans, un grand cycle, dans lequel ils intercalaient 25 jours. Cela suppose une durée de l’année tropique plus exacte que celle d’Hipparque, et, ce qui est remarquable, elle est la même, à très-peu-près, que l’année des astronomes d’Almamon… Quand on considère la difficulté de parvenir à une détermination aussi exacte de la longueur de l’année, on est porté à croire qu’elle n’est pas leur ouvrage et qu’elle leur est venue de l’ancien continent. Mais de quel peuple et par quel moyen l’ont-ils reçue ? Pourquoi, si elle leur a été transmise par le nord de l’Asie, ont-ils une division du temps si différente de celles qui ont été en usage dans cette partie du monde ? Ce sont des questions qu’il paraît impossible de résoudre. »

(Exposition du système du monde, l.5, ch.3.)

(8). PAGE 147, VERS 8.


Oh, quel étonnement ! il vit l’homme nouveau Nommer en es montrant et l’Ourse et le Taureau.

C’est une chose bien digne de remarque que le nom d'Ourse donné à deux constellations composées de sept étoiles, dont quatre forment un carré long et trois une espèce de queue. Les ours n’ont point de queue ; et cependant ces constellations ont été désignées par ce nom, dès la plus haute antiquité, chez des peuples de la haute Asie, chez les Phéniciens, les Arabes et les Grecs, et même en Amérique. Bailly nous apprend que les Iroquois, qui n’ont guères eu de communication avec ces différents peuples, nommaient Okouari, c’est-à-dire l’Ourse, les sept étoiles de la grande Ourse, et que les nations des bords du fleuve des Amazones donnaient aux Hyades, qui sont sur la tête du Taureau, un nom qui dans leur langue signifie mâchoire de bœuf ; et le P. Laffitteau assure que ces deux noms sont antérieurs à l’arrivée des Européens en Amérique.

Les Arabes ne nomment pas Andromède, ils disent la femme enchaînée.
Dans la sphère persienne, Cassiopée est l’homme sur une chaise ; Hercule, l’homme à genoux.
Le peuple chez nous nomme les Pléiades, la Poussinière, et les Indiens les nomment les Petits et la Poule.
Persée était, dit-on, pour les Indiens et pour les Persans, l’homme qui porte une tête.
Enfin les Brames divisent le zodiaque en vingt-sept constellations et en douze signes, parmi lesquels on trouve :
Le chien maron qui répond au Bélier, le bœuf au Taureau, la fille à la Vierge, la balance, la flèche ou le Sagittaire, la cruche ou le Verseau, etc.
La voie lactée des Grecs est pour les Chinois le fleuve céleste, pour les Coptes et les Arabes le chemin de chaume, pour les sauvages de l’Amérique septentrionale le chemin des ames, et pour nos paysans le chemin de Saint-Jacques.
Il n’est pas possible d’attribuer ces conformités si singulières au hasard ni à aucun rapport entre la disposition des groupes d’étoiles et les figures des êtres dont on leur a donné le nom. Avant de chercher à les expliquer, il serait sage d’attendre que les faits fussent mieux constatés.
(Voyez à ce sujet Bailly, Ast. anc., I. 9, § 1. Idem, Ast. mod., t. 3. Dis. 5 ; Ast. ind., dis. prélim. et chap. 8. La Condamine, Mém. de l’acad. des sci. 1745, pag. 447. Pluche, Spect. de la nat., t. 4, 2e part. 1er entretien.)
(9). PAGE 147, VERS 14.


Est-elle le bienfait d’un peuple qu’on ignore ?

C’est là, comme on sait, le système de Bailly, qui tendait à établir que les Égyptiens, les Babyloniens, les Brames, avaient reçu les sciences d’un peuple plus ancien qui habitait la haute Asie, et qui nous a tout appris, disait d’Alembert, excepté son nom et son existence.


(10). PAGE 148, VERS 10.


...........Déjà plus d’une voix
Avait marqué sa place au centre de la sphère.

« Hicetas Syracosius, ut ait Theophrastus, cœlum, solem, lunam, stellas, supera denique omnia stare censet, neque præter terram, rem ullam in mundo moveri ; quæ cum circum axem se summâ celeritate convertat et torqueat, eadem effici omnia quæ si, stante terrâ, cœlum moveretur : atque hoc etiam Platonem in Timaeo dicere quidam arbitrantur, sed paulo obscurius. »

(Cicéron, Questions académiques, I. 4, § 39.)

« Illo quoque pertinebit hoc excussisse, ut sciamus, utrum mundus, terrà stante, circumeat, an, mundo stante, terra vertatur. Fuerunt enim qui dicerent nos esse, quos rerum natura nescientes ferat, nec cœli motu fieri ortus et occasus, sed ipsos oriri et occidere. »

(Sénèque, Questions naturelles, I. 7, ch. 4)

(11). PAGE 152, VERS 4.


A sa gloire (de Copernic) et peut-être aux persécutions.

« Copernic ( né à Thorn le 19 février 1473, mort le 11 juin 1543) se fit d’abord le disciple du fameux Müller, professeur de mathématiques à Vienne, puis entreprit le voyage d’Italie, pour entendre à Bologne Dominique Maria, célèbre astronome, auprès duquel il s’arrêta long-temps.

Indifférent à la gloire, enflammé du seul amour de l’étude, ce grand homme sembla craindre les persécutions qui s’élèvent contre les vérités nouvelles ; il se cacha pendant qu’il a vécu… Aussi rien n’a paru de lui avant son immortel ouvrage, qui, commencé, dit-on, en 1507, fut imprimé pour la première fois en 1543, à Nuremberg. Il était âgé de 70 ans et mourant lorsqu’il reçut le premier exemplaire… Il mourut au moment même où l’enfant de ses veilles, ce système qu’il avait médité, et porté pour ainsi dire dans son sein pendant 36 ans, voyait enfin le jour… Sa gloire n’a commencé qu’à sa mort… Dans son livre, qu’il dédia à Paul III, pontife savant et éclairé, il ne présente ses idées que comme des hypothèses, et ne touche point aux difficultés des passages de l’Écriture. »
(Extrait de l’Hist. de l’astr. mod. de Bailly, 1. 9, § 19 et 20.)

(12). PAGE 155, VERS 8.


(Un astre) nous guide dans les cieux, et cet astre est Kepler.

« TichoBrahé (né à Knudstrup, en Scanie, le 19 décembre 1546, mort le 24 octobre 1601) n’avait pas 15 ans lorsqu’une éclipse de soleil, en 1560, frappa son attention et décida sa vocation.

Ticho a la gloire d’être le premier qui a déterminé l’effet de la réfraction et le premier qui l’a employée pour corriger les observations.

Il détruisit pour jamais les sphères de cristal…, et s’occupa, ce semble, le premier, de fixer le sens de la route des comètes à l’égard de l’écliptique… Mais Ticho, plus astronome que philosophe, en amassant un trésor d’ observations, s’éleva contre la vérité. Il en retarda les progrès : dans le moment où la nature venait d’être dévoilée, il osa produire un système encore plus défectueux que celui de Ptolémée.

Le 11 novembre 1572, il aperçut dans la constellation de Cassiopée un astre nouveau et très-brillant… Il marqua avec soin tout ce qui concernait sa position, sa forme, sa couleur, etc. Cette étoile dura toute l’année suivante et jusqu’au commencement du printemps de 1574, sans changer de place ni de forme… Ceux qui avaient bonne vue, la voyaient en plein jour au méridien… Elle fut toujours scintillante, mais sa couleur varia très-sensiblement… Il semble qu’il s’y soit opéré des changements assez grands pour être sensibles à l’énorme distance où nous sommes. Mais ce qu’il y eut de plus étonnant, cette étoile, qui perdit sa lumière et s’éteignit par degrés, l’avait acquise tout-à-coup… Ce phénomène si rare de l’apparition subite d’une nouvelle étoile, n’avait encore eu que deux témoins, Hipparque et Ticho, et occupa tous les savants de ce siècle. »

(BAILLY, Hist. de l’astr. mod., discours préliminaire, I.10, § 3, 4, 19, 22, 23 et 32.)

(13). PAGE 156, VERS 8.


Il (Kepler) parvint à la gloire et vit la vérité.

Kepler (né à Wiel dans le Würtemberg, le 27 décembre 1571, mort le 15 novembre 1630.) « Sa réputation le fit appeler pour enseigner à Gratz en Styrie : son ouvrage des proportions des orbes célestes lui valut le suffrage de Ticho qui… sentit que Kepler serait son successeur, et l’ayant attiré près de lui à Prague, lui fit donner le titre de mathématicien de l’empereur, avec des pensions… Kepler paraît s’être plaint des réserves qu’avait pour lui Ticho, qui tenait fermé le trésor de ses observations… Enfin, à la mort de Ticho, Kepler se vit en possession de son héritage astronomique. Chargé par l’empereur de continuer les tables astronomiques de Ticho, qui devaient être nommées Rodolphines, il y travailla avec zèle pendant 20 années. »

(Bailly, Hist. de l’astr. mod., t. 2, I. 1, § 8.)

Kepler mourut dans la misère, mais il disait qu’il n’aurait pas cédé ses ouvrages pour le duché de Saxe. Pour juger de son enthousiasme et du bonheur qu’il trouvait dans ses découvertes, il ne faut que l’entendre : « Le sort en est jeté, j’écris mon livre. Il sera lu par l’âge présent, ou par la postérité, peu m’importe, il pourra attendre son lecteur : Dieu n’a-t-il pas attendu six mille ans un contemplateur de ses œuvres. »

« Kepler, dit Bailly, développa l’idée de la gravité que les anciens ont eue, et qui lui avait été transmise par Copernic… Mais combien cette idée s’était aggrandie en passant par sa tête… Avec quel plaisir nous nous arrêtons sur les idées philosophiques de Kepler, et sur les endroits où il semble deviner les pensées des grands hommes qui l’ont suivi… Combien Kepler est alors proche de Newton ? »

(Ibid., § 30.)

« Toutes les planètes, à la voix de Kepler, marchèrent dans des ellipses ; ces ellipses ne diffèrent que par des excentricités plus ou moins grandes, mais le soleil occupe le foyer commun.

« Kepler a été le législateur de la science en posant les trois lois fondamentales du mouvement des planètes. Il leur a tracé leur route dans une ellipse : c’est la première loi ; il a déterminé leurs inégalités par la seconde loi des aires proportionnelles au temps ; et il a enchaîné tous ces mouvements par la troisième, par le rapport des révolutions avec les diamètres des orbites. »

(Ibid., §48 et 31.)

Les lois de Kepler, sont :

1° Les aires décrites par les rayons vecteurs des planètes dans leur mouvement autour du soleil, sont proportionnelles aux temps.

2° Les orbes des planètes et des comètes sont des sections coniques, dont le soleil occupe un des foyers.

3° Les carrés des temps des révolutions des planètes sont proportionnels aux cubes des grands axes de leurs orbites.

Ces trois lois mathématiques ont été réduites par Newton à une seule qui les comprend toutes, et qui en est en quelque sorte l’expression simple ; je veux parler de cette attraction universelle qui s’exerce entre tous les éléments de la matière, et à laquelle on a donné le nom de gravité. Tôt ou tard les théories se ramènent toujours ainsi, par le progrès des sciences, à une règle unique, simple, et par cela même en harmonie avec les actions de la nature. Mais souvent les lois que l’on avait crues les plus générales sont subordonnées à d’autres lois plus générales encore, que le perfectionnement nécessaire des esprits et des moyens matériels vous amène à découvrir. Qui pourrait dire que la gravité est le principe de tous ces mouvements qui se passent au-delà de notre système et qu’il ne nous sera probablement jamais donné de connaître ?


(14). PAGE 160, VERS 20.


Non, dit-il, (Galilée) elle tourne, et vous tous avec moi.


Galilée, né à Pise le 15 février 1564, mort à Florence le 8 janvier 1641.

On a rappelé dans les vingt vers précédents les découvertes que Galilée a faites, et ce qui est plus encore, les vérités qu’il a démontrées et expliquées dans un intervalle de 25 ans, savoir :

Les lois de la chute accélérée des corps graves. « Ce travail de Galilée, dit Bailly, influera sur tous les travaux futurs. »

Le phénomène du pendule. Quant à son application aux horloges, faite 16 ans plus tard par Huygens, qui a bien pu l’avoir imaginée lui-même, on sait que Galilée en avait conçu le projet, en 1641, et que sa cécité et sa mort l’empêchèrent de l’exécuter. (Voy. la lettre de son disciple Viviani au prince Léopold de Médicis, en date du 20 août 1659.)

Les inégalités de la surface de la lune.

Les phases de Vénus, les étoiles de 6e et 7e grandeurs, notamment celles de la voie lactée, et l’anneau de Saturne.

Les taches dans le soleil, et enfin les satellites de Jupiter.

Il est vrai qu’on lui a disputé la priorité de ces deux dernières ; mais quand il aurait été devancé par d’autres astronomes, on n’en serait pas moins redevable de ces découvertes au télescope, et du télescope à Galilée. Le P. Scheiner, jésuite, prétendait avoir vu le premier des taches dans le soleil ; mais il fut gagné de vitesse, disait-il, parce qu’il ne pouvait publier sa découverte sans la permission de ses supérieurs : or, il se trouva que le père provincial était un zélé Péripatéticien qui lui répondit : « Mon cher fils, j’ai lu plusieurs fois mon Aristote, et je puis vous assurer qu’il ne contient rien de semblable. Allez, demeurez en paix, et tenez pour certain que les taches que vous croyez avoir vues sont dans vos verres ou dans vos yeux. » Les Péripatéticiens allaient encore plus loin : ils soutenaient, d’après leur maître, que le soleil était nécessairement immaculé. Les jésuites, grands défenseurs de la doctrine d’Aristote, s’étaient trouvés en opposition sur ce sujet avec Galilée, dans l’université de Padoue ; de sorte qu’à la honte de la faible humanité, il ne serait pas impossible que l’esprit de secte philosophique eût contribué autant que l’intolérance religieuse aux persécutions que le philosophe éprouva de leur part.

Voici les termes de la sentence ; elle est du 2 juin 1633.
(Almageste de Riccioli, t. 2, p. 496.)

« Soutenir que le soleil, immobile et sans mouvement local, occupe le centre du monde, est une proposition absurde, fausse en philosophie et hérétique, puisqu’elle est contraire au témoignage des Écritures. Il est également absurde et faux en philosophie de dire que la terre n’est point immobile au centre du monde ; et cette proposition, considérée théologiquement, est au moins erronée dans la foi. »

Voici la formule d’abjuration qui fut dictée à Galilée :

« Moi Galilée, à la soixante-dixième année de mon âge, et ayant devant les yeux les saints Évangiles que je touche de mes propres mains, j’abjure d’un cœur contrit, et d’une foi sincère je maudis et je déteste les absurdités, erreurs, hérésies, etc. »

Depuis un an, l’auteur avait lu et analysé par de nombreux extraits tous les ouvrages relatifs à Galilée et à sa condamnation. Dans ce mémorable procès dont il recueillait les pièces, peut-être vit-il le sujet intéressant d’une nouvelle composition historique. On ne peut du moins douter que le poète n’eût déjà l’intention d’adoucir dans le tableau des rigueurs exercées contre Galilée, tous les traits dont l’historien impartial aurait reconnu l’exagération.

(Note de l’éditeur.)

(15). PAGE 161, VERS 15.


Descartes, Gassendi ; venez, qu’à votre voix…

« À quoi bon essayer aujourd’hui de faire comprendre les tourbillons, la matière cannelée, le mouvement sans vide ? Mais on ne doit pas oublier que Descartes fut le restaurateur de la philosophie. C’est par-là qu’il a été utile à l’astronomie et non par ses systèmes. »

(Bailly, Hist. de l’astr. mod., l. 4, § 2 et 20.)

« Gassendi, fils d’un paysan des environs de Digne, astronome et surtout philosophe, se rendit le défenseur d’Épicure. Il combattit Descartes, et il partage avec ce grand homme la gloire d’avoir fondé la philosophie en France. »

(Ibid., l. 3, § 22.)
(16). PAGE 162, VERS 5.


Huygens, donne au long tube une force nouvelle…

Huygens, né en Hollande en 1629, a perfectionné les télescopes, appliqué le pendule aux horloges, et découvert l’anneau de Saturne, aperçu confusément par Galilée.


(17). PAGE 162, VERS 9.


Et toi, l’illustre auteur d’une race savante…

Jean Dominique Cassini, né près de Nice en 1625, découvrit la rotation de Jupiter, de Mars et de Vénus, par le moyen des taches qu’il observa sur ces planètes, calcula la durée de la révolution qu’elles faisaient sur elles-mêmes, détermina l’aplatissement du globe de Jupiter, et aperçut quatre des satellites de Saturne. Le mérite étant héréditaire dans cette famille, MM. de Cassini ont été obligés de se distinguer par des numéros comme les rois. L’Académie des sciences en est déjà à la cinquième génération.


(18). PAGE 162, VERS 16.


.............Cependant que Rœmer…

C’est au danois Rœmer, appelé en France comme Cassini par Louis XIV, que l’on doit la détermination de la vitesse de la lumière par l’observation des éclipses des satellites de Jupiter. Cette découverte consiste à avoir observé l’immersion d’un des satellites dans l’ombre de la planète, lorsque la terre se trouvait entre le soleil et Jupiter, et à avoir répète l’observation du même satellite au moment où la terre, ayant parcouru la moitié de son orbite, se trouvait à 70 millions de lieues plus loin de Jupiter. La lumière, dans la seconde expérience, mettant 16 minutes de plus à parvenir à l’observateur, il était évident que ce retard était employé à parcourir le diamètre de l’orbe terrestre.


(19). PAGE 162, VERS 19.


Et que vers l’équateur Halley sous d’autres cieux…

Halley, né à Londres en 1556, alla à Sainte-Hélène pour observer l’hémisphère austral, mais il ne put faire, sous ce ciel brumeux, d’aussi utiles observations qu’il se l’était promis. « On lui avait fort vanté le climat ; il fut bien trompé dans son attente. Des pluies fréquentes, un ciel constamment nébuleux, lui permirent à peine deux observations dans les mois d’août et de septembre : les éclaircies duraient une heure au plus, et quoiqu’il n’eût manqué aucune occasion, dans une année entière à peine observa-t-il 360 étoiles, quoique jamais il ne se soit occupé des planètes. »

(Delambre, Astronomie du 18e siècle, I. 2.)

C’est lui qui a donné à un groupe d’étoiles, voisin de la constellation du Navire, le nom de Chêne de Charles, pour conserver la mémoire du chêne qui servit d’asile au roi Charles II.


(20). PAGE 163, VERS 19.


Obtint qu’Albion, etc.

« Ce ne fut qu’en 1687 que, vaincu par les sollicitations de Halley, Newton consentit à se dévoiler et à faire au monde savant le beau présent des Principes mathématiques de la philosophie naturelle. »

(Bailly, Hist. de l’astr. mod., t. 2, I. 12, § 47.)