La Bible enfin expliquée/Édition Garnier/Josué

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- Deutéronome La Bible enfin expliquée... - Juges



Œuvres complètes de VoltaireGarniertome 30 (p. 120-131).
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JOSUE


Et après la mort de Mosé serviteur de Dieu, il arriva que Dieu parla à Josué fils de Nun, et lui dit : mon serviteur Mosé est mort ; leve-toi, passe le Jourdain, toi et tout le peuple avec toi… tous les lieux où tu mettras les pieds, je te les donnerai, comme je l’ai promis à Mosé, depuis le désert et le Liban, jusqu’au grand fleuve de l’Euphrate ; nul ne pourra te résister tant que tu vivras [1] Josué, fils de Nun, envoya donc secrètement de Setim deux espions… Ils partirent, et entrèrent dans la ville de Jéricho, dans la maison d’une prostituée nommée Rahab, et y passèrent la nuit. Le roi de Jéricho en fut averti ; il envoya chez Rahab la prostituée, disant : Amène-nous les espions qui sont dans ta maison ; mais cette femme les cacha, et dit : Ils sont sortis pendant qu’on fermait les portes, et je ne sais où ils sont allés… [2].

Le peuple sortit donc de ses tentes pour passer le Jourdain, et les prêtres qui portaient l’arche du pacte marchaient devant lui ; et quand ils furent entrés dans le Jourdain, et que leurs pieds furent mouillés d’eau au temps de la moisson, le Jourdain étant à pleins bords, [3] les eaux descendantes s’arrêterent à un même lieu, s’élevant comme une montagne ; et les eaux d’en bas s’écoulerent dans la mer du désert, qui s’appelle aujourd’hui la mer Morte. Et le peuple s’avançait toujours contre Jérico, et tout le peuple passait par le lit du fleuve à sec.

Tous les rois des amorrhéens qui habitaient la rive occidentale du Jourdain, et tous les rois cananéens qui possédaient les rivages de la grande mer (Méditerranée), ayant appris que le seigneur avait séché le Jourdain, eurent le cœur dissout ; tant ils craignaient l’invasion des fils d’Israël…

Or le seigneur dit à Josué : fais-toi des couteaux de pierre, et circoncis encore les enfans d’Israël[4] Josué fit comme le seigneur lui commanda, et circoncit tous les enfans d’Israël sur la colline des prépuces… car le peuple né dans le désert, pendant quarante années de marche dans ces vastes solitudes, n’avait point été circoncis… et ils furent circoncis par Josué, parce qu’ils avaient encore leur prépuce ; et ils demeurerent au même lieu jusqu’à-ce qu’ils fussent guéris… alors le seigneur dit à Josué : aujourd’hui j’ai ôté l’opprobre de l’égypte de sur vous[5]. Et ils firent la pâque le quatorzieme jour du mois dans la plaine de Jérico… et après qu’ils eurent mangé des fruits de la terre, la manne cessa.[6] Or Josué, étant dans un champ de Jérico, vit un homme debout devant lui tenant à la main une épée nue. Il lui dit : es-tu des nôtres, ou un ennemi ? Lequel répondit : non ; mais je suis le prince de l’armée du seigneur, et j’arrive. Et Josué tomba prosterné en terre, et l’adorant il dit : que veut mon seigneur de son serviteur ? ôtes tes souliers de tes pieds, dit-il, parce que le lieu où tu es est saint ; et Josué ôta ses souliers[7].

Le seigneur dit à Josué : je t’ai donné Jérico et son roi, et tous les hommes forts. Que toute l’armée hébraïque fasse le tour de la ville pendant six jours. Qu’au septieme jour les prêtres prennent sept cornets ; qu’ils marchent devant l’arche du pacte sept fois autour de la ville, et que les prêtres sonnent du cornet. Et lorsque les cornets sonneront le son le plus long et le plus court, que tout le peuple jette un grand cri ; et alors les murs de la ville tomberont jusqu’aux fondements[8].

… Et pendant que les prêtres sonnaient du cornet au septieme jour, Josué dit à tout Israël : criez, car le seigneur vous a donné la ville. Que cette ville soit dévouée en anathême. Ne sauvez que la prostituée Rahab avec tous ceux qui seront dans sa maison ; que tout ce qui sera d’or, d’argent, d’airain et de fer, soit consacré au seigneur, et mis dans ses trésors… ils prirent ainsi la ville, et ils tuerent tout ce qui était en Jérico, hommes, femmes, enfans, vieillards, bœufs, brebis et ânes ; ils les frapperent par la bouche du glaive… après cela ils brulerent la ville et tout ce qui était dedans… or Josué sauva Rahab la prostituée, et la maison de son pere avec tout ce qu’il avait ; et ils ont habité au milieu d’Israël jusqu’à aujourd’hui[9].

Alors Josué dit : maudit soit devant le seigneur celui qui relevera et rebâtira Jérico.[10]

… or les enfans d’Israël prévariquerent contre l’anathême, et ils prirent du réservé par l’anathême ; car Acan fils de Charmi déroba quelque chose de l’anathême ; et Dieu fut en colere contre les enfans d’Israël. Et comme Josué envoya de Jérico contre Haï près de Bethel, il dit : il suffit qu’on envoie deux ou trois mille hommes contre Haï. Trois mille guerriers allerent donc ; mais ils s’enfuirent et ils furent poursuivis par les hommes de Haï, qui les tuerent comme ils fuyaient ; et les juifs furent saisis de crainte, et leur cœur se fondit comme de l’eau. Et Dieu dit à Josué : Israël a péché, il a prévariqué contre mon pacte, ils ont dérobé de l’anathême, ils ont volé, et ils ont menti ; vous ne pouvez tenir contre vos ennemis jusqu’à-ce que celui qui s’est souillé de ce crime soit exterminé.

Josué se levant donc de grand matin, fit venir toutes les tribus d’Israël ; et le sort tomba sur la tribu de Juda, puis sur la famille de Zaré… puis sur Acan fils de Charmi, fils de Zabdi, fils de Zaré… et Acan répondit : il est vrai, j’ai péché contre le dieu d’Israël ; et ayant vu parmi les dépouilles un manteau d’écarlate fort bon, deux cents sicles d’argent, et une regle d’or de cinquante sicles, je les pris, et je les cachai dans ma tente… et Josué lui dit : puisque tu nous a troublés, que Dieu te trouble en ce jour. Et tout Israël le lapida ; et tout ce qu’il possedait fut brûlé par le feu[11].

Josué se leva donc, et toute l’armée avec lui, pour marcher contre Haï ; et on choisit trente mille hommes des plus vaillants… Josué brûla la ville, et y fit pendre à une potence le roi qui avait été tué. Puis on jeta son corps à l’entrée de la ville ; et on mit dessus un grand tas de pierres, qui y est encore aujourd’hui [12] Adonisédec roi de Jérusalem ayant appris ce que Josué avait fait dans Haï et dans Jérico, envoya vers les rois d’Hebron, de Pharan, de Jérimoth, etc… [13].

Josué tomba donc tout d’un coup sur eux tous ; et le seigneur les épouvanta, et il en fit un grand carnage près de Gabaon. Josué les poursuivit par la voie de Bethoron, et les ailla tous en piece. Et lorsque les fuyards furent dans la descente de Bethoron, le seigneur fit pleuvoir du haut du ciel sur eux de grosses pierres, et en tua beaucoup plus que le glaive d’Israël n’en avait mis à mort… [14]. Alors Josué parla au seigneur le jour auquel il avait livré les amorrhéens entre ses mains, en présence des enfans d’Israël, et il dit en leur présence : soleil, arrête-toi vis-à-vis de Gabaon, lune n’avance pas contre la vallée d’Ayalon. Et le soleil et la lune s’arrêterent jusqu’à-ce que le peuple se fût vengé de ses ennemis… cela n’est-il pas écrit dans le livre des justes ? Le soleil s’arrêta donc au milieu du ciel, et ne se coucha point l’espace d’un jour[15].

Jamais jour, ni devant ni après, ne fut si long que celui-là… les cinq rois s’étant sauvés dans une caverne de la ville de Macéda… Josué les fit amener en sa présence, et dit aux principaux officiers de son armée : mettez le pied dessus le cou de ces rois. Et tandis qu’ils leur mettaient le pied sur la gorge, Josué leur dit : n’ayez point peur, confortez-vous, soyez robustes ; car c’est ainsi que Dieu traitera ceux qui combattront contre nous. Après cela Josué frappa ces rois et les tua, et les fit ensuite attacher à cinq potences[16].


Josué ravagea donc tout le pays des montagnes et du midi, toute la plaine, et il tua tous les rois et les fit tous pendre. Il tua tout ce qui avait vie, comme le seigneur Dieu le lui avait commandé.

Il poursuivit tous les rois qui restaient, et il tua tout sans en rien laisser échapper. Et il coupa les jarrets à leurs chevaux ; il brûla leurs chariots ; et il prit Azor et en tua le roi, et il égorgea tous les habitans d’Azor, et toutes les bêtes, et réduisit le tout en cendre…

et il marcha contre les géants des montagnes, et les tua, et il ne laissa aucun de la race des géants, excepté dans Gaza, Geth et Azoth[17].

et il fit pendre en tout trente et un rois[18].

… Josué bénit Caleb et lui donna Hébron en possession ; et depuis ce temps Hébron a été à Caleb fils de Géphoné. Or l’ancien nom d’Hébron était Cariath-Arbé. Et Adam, le plus grand des géants de la race des géants, est enterré dans Hébron[19]. Caleb extermina dans la ville de Cariath-Arbé trois fils de géants. Et de ce lieu il monta à Dabir, qui s’appellait auparavant Cariath-Sepher, c’est-à-dire, la ville des lettres, la ville des archives…[20] ; et Caleb dit : je donnerai ma fille Axa en mariage à quiconque prendra la ville des lettres. Et Othoniel, jeune frere de Caleb, la prit ; et il lui donna sa fille Axa pour femme…

Mais les enfans de Juda ne purent exterminer les jébuséens habitans de Jérusalem ; ils resterent à Jérusalem, et ils y sont encore aujourd’hui avec les enfans de Juda[21]

Et Josué parla au peuple assemblé dans Sichem, et lui dit… maintenant, s’il vous semble mal de servir le seigneur notre dieu, le choix vous est laissé. Vous pouvez prendre le parti qu’il vous plaira, et voir si vous aimez mieux servir les dieux qui furent les dieux de vos peres dans la Mésopotamie, ou les dieux des amorrhéens dont vous habitez aujourd’hui la terre. Pour moi et ma maison nous servirons notre dieu… le peuple répondit à Josué : nous servirons notre dieu, et nous obéirons à ses préceptes[22]. Josué mourut agé de cent dix ans[23].

  1. le seigneur promet plusieurs fois avec serment de donner le fleuve de l’Euphrate au peuple juif ; cependant il n’eut jamais que le fleuve du Jourdain. S’il avait possédé toutes les terres depuis la Méditerranée jusqu’à l’Euphrate, il aurait été le maître d’un empire plus grand que celui d’Assyrie. C’est ce que n’a pas compris Warburton, quand il dit que les juifs ne devaient haïr que les peuples du Canaan. Il est certain qu’ils devaient haïr tous les peuples idolâtres du Nil et de l’Euphrate. Si on demande pourquoi Josué fils de Nun ne ravagea pas, et ne conquit pas toute l’égypte, toute la Syrie et le reste du monde pour y faire régner la vraie religion, et pourquoi il ne porta le fer et la flamme que dans cinq ou six lieues de pays tout au plus, et encore dans un très mauvais pays en comparaison des campagnes immenses arrosées du Nil et de l’Euphrate ? Ce n’est pas à nous à sonder les décrets de Dieu. Il nous suffit de savoir que depuis Mosé et Josué les juifs n’approcherent jamais du Nil et de l’Euphrate que pour y être vendus comme esclaves ; tant les jugements de Dieu sont impénétrables. Dieu ne cesse jamais de parler à Mosé et à Josué ; Dieu conduit tout ; Dieu fait tout ; il dit plusieurs fois à Josué : sois robuste, ne crains rien, car ton dieu est avec toi. Josué ne fait rien que par l’ordre exprès de Dieu. C’est ce que nous allons voir dans la suite de cette histoire.
  2. Les critiques demandent pourquoi. Dieu ayant juré à Josué, fils de Nun, qu’il serait toujours avec lui, Josué prend cependant la précaution d’envoyer des espions chez une meretrix. Quel besoin avait-il de cette misérable, quand Dieu lui avait promis son secours de sa propre bouche ; quand il était sûr que Dieu combattait pour lui, et qu’il était à la tête d’une armée de six cent mille hommes, dont il détacha, selon le texte, quarante mille pour aller prendre le village de Jéricho, qui ne fut jamais fortifié, les peuples de ce pays-là ne connaissant pas encore les places de guerre, et Jéricho étant dans une vallée où il est impossible de faire une place tenable ? M. Fréret traite Calmet d’imbécile, et se moque de lui de ce qu’il perd son temps à examiner si le mot zonah signifie toujours une femme débauchée, une prostituée, une gueuse, et si Rahab ne pourrait pas être regardée seulement comme une cabaretière. Dom Calmet examine aussi avec beaucoup d’attention si cette cabaretière ne fut pas coupable d’un petit mensonge en disant que les espions juifs étaient partis, loi’squ’ils étaient chez ellej il prétend qu’elle fit une très-bonne action. « Étant informée, dit-il, du dessein de Dieu, qui voulait détruire les Chananéens et livrer leur pays aux Hébreux, elle n’y pouvait résister sans tomber dans le même crime de rébellion à l’égard de Dieu qu’elle aurait voulu éviter envers sa patrie ; de plus, elle était persuadée des justes prétentions de Dieu, et de l’injustice des Chananéens : ainsi elle ne pouvait prendre un parti ni plus équitable, ni plus conforme aux lois de la sagesse. » M. Fréret répond que si cela est, Ilahab était donc inspirée de Dieu même, aussi bien que Josué ; et que le crime abominable de trahir sa patrie pour des espions d’un peuple barbare dont elle ne pouvait entendre la langue ne peut être excusé que par un ordre exprès de Dieu, maître de la vie et de la mort. Rahab, dit-il, était une infâme qui méritait le dernier supplice. Nous savons que le Nouveau Testament compte cette Rahab au nombre des aïeules de Jésus-Christ ; mais il descend aussi de Bethsabée et de Thamar, qui n’étaient pas moins criminelles. Il a voulu nous faire connaître que sa naissance effaçait tous les crimes. Mais l’action de la prostituée Rahab n’en est pas moins punissable selon le monde. Colins soutient que Josué sembla se défier de Dieu en envoyant des espions chez cette femme, et que puisqu’il avait avec lui Dieu et quarante mille hommes pour se saisir d’un petit bourg dans une vallée, et que la palissade qui enfermait ce petit bourg tomba au son des trompettes, on n’avait pas besoin d’envoyer chez une gueuse deux espions qui risquaient d’être pendus. Nous citons à regret ces discours des incrédules. Mais il faut faire voir jusqu’où va la témérité de l’esprit humain.
  3. les incrédules disent qu’il ne faut pas multiplier les miracles sans nécessité ; que le prodige du passage du Jourdain est superflu après le passage de la mer Rouge. Ils remarquent que l’auteur fait passer le Jourdain dans notre mois d’avril au temps de la moisson, mais que la moisson ne se fait dans ce pays-là qu’au mois de juin, ils assûrent que jamais au mois d’avril le Jourdain n’est à pleins bords ; que ce petit fleuve ne s’enfle que dans les grandes chaleurs par la fonte des neiges du mont Liban ; qu’il n’a dans aucun endroit plus de quarante-cinq pieds de large, excepté à son embouchure dans la mer Morte ; et qu’on peut le passer à gué dans plusieurs endroits. Ils prouvent qu’il y a plusieurs gués, par l’aventure funeste de la tribu d’éphraïm, qui combattit depuis contre Jephté capitaine des galaadites. Ceux de Galaad se saisirent, dit le texte sacré, des gués du Jourdain par lesquels les éphraïmites devaient repasser ; et quand quelque éphraïmite échappé de la bataille venait aux gués et disait à ceux de Galaad, je vous conjure de me laisser passer, ceux de Galaad disaient à l’éphraïmite, n’es-tu pas d’éphraïm ? Non, disait l’éphraïmite ; eh bien, disaient les galaadites, prononce schiboleth ; et l’éphraïmite, qui grassaiait, prononçait siboleth ; et aussitôt on le tuait ; et on tua ainsi ce jour-là quarante-deux mille éphraïmites. Ce passage, disent les critiques fait voir qu’il y avait plusieurs gués pour traverser aisément ce petit fleuve. Ils s’étonnent ensuite que le roi prétendu de Jérico, et tous les autres cananéens que l’auteur sacré a dépeints comme une race de géants terribles, et auprès de qui les juifs ne paraissaient que des sauterelles, ne vinrent pas exterminer ces sauterelles qui venaient ravager leur pays. Il est vrai, disent-ils, que l’auteur sacré nous assure que le roi Og était le dernier des géants ; mais il nous assure aussi qu’il en restait beaucoup au-delà du Jourdain dans le pays de Canaan ; et géants ou non, ils devaient disputer le passage de la riviere. On répond à celà que l’arche passait la premiere ; que la gloire du seigneur était visiblement sur l’arche ; que Dieu marchait avec Josué et quarante mille hommes choisis ; et que les habitants durent être consternés d’un miracle dont ils n’avaient point d’idée.
  4. puisque Dieu fit circoncire tout son peuple après avoir passé le Jourdain, il y eut donc six cents un mille combattans circoncis ces jours-là ; et si chacun eut deux enfans, cela fit dix-huit cents trois mille prépuces coupés, qui furent mis dans un tas dans la colline appellée des prépuces. Mais comment tous les géants de Canaan, et tous les peuples de Biblos, de Bérite, de Sidon, de Tyr, ne profiterent-ils pas de ce moment favorable pour égorger tous ces agresseurs affaiblis par cette plaie, comme les patriarches Siméon et Lévi avaient seuls égorgé tous les sichémites, après les avoir engagés à se circoncire ? Comment Josué fut-il assez imprudent pour exposer son armée, incapable d’agir, à la vengeance de tous ces géants et de tous ces rois ? C’est une réflexion du comte de Boulainvilliers. C’était, dit-il, une très grande imprudence ; il fallait attendre qu’on eût pris Jérico. Que dirait-on aujourd’hui d’un général d’armée, qui ferait prendre médecine à tous ses soldats devant l’ennemi ? Nous lui disons que Josué ne fesait pas la guerre selon les regles de la prudence humaine, mais selon les ordres de Dieu. Et d’ailleurs tous les géants et tous les rois pouvaient très bien ignorer ce qu’on fesait dans le camp des israëlites.
  5. Quelque peine que les commentateurs aient prise, pour expliquer comment les prépuces entiers des hébreux en Palestine étaient l’opprobre de l’égypte , nous avouons qu’ils n’ont pas réussi. Les égyptiens, n’étaient pas tous circoncis ; il n’y avait que les prêtres et les initiés aux mysteres qui eussent cette marque sacrée, pour les distinguer des autres hommes : mais Dieu voulut que tout son peuple eût cette même marque, parce que tout son peuple était saint, et que le moindre juif était plus sacré que le grand-prêtre de l’égypte.
  6. quelques commentateurs recherchent comment le petit pays de Jérico, qui ne produit que quelques plantes odoriférantes, et qui alors n’avait qu’un petit nombre de palmiers et d’oliviers, put suffire à nourrir une multitude affamée qui n’avait mangé que de la manne pendant si longtemps. On fait monter cette multitude à plus de quatre millions de personnes, si l’on compte vieillards, enfans et femmes. Mais il n’était pas plus difficile à Dieu de nourrir son peuple avec quelques dattes, qu’avec de la manne.
  7. les critiques demandent, pourquoi ce prince de la milice céleste ? à quoi bon cette apparition, lorsque Dieu était continuellement avec Josué comme avec Mosé ? Cette apparition leur paraît inutile. Mais apparemment ce prince de la milice céleste était Dieu-même, qui voulait donner des marques évidentes de sa protection sous une autre forme. L’ordre d’ôter ses souliers est conforme à l’ordre de Dieu quand il apparut à Mosé dans le buisson ardent. Ce fut toujours une grande irrévérence de paraître devant Dieu avec des souliers.
  8. plus d’un savant persiste à croire qu’il n’y avait aucune ville fermée de murailles dans ces quartiers. Ils se fondent sur ce que Jérusalem elle-même, qui devint dans la suite la capitale des juifs, n’était pas une ville. Ils prétendent que les villes étaient vers la mer, comme Tyr, Sidon, Berite, Biblos, villes très-anciennes. Calmet compte pour des villes les deux méchants villages de Bethoron, parce que st Jérome en parle. Calmet ne songe pas qu’un village pouvait être devenu une ville au bout de deux mille ans. Il n’y avait pas une seule ville murée du temps de Charlemagne au-delà du Rhin. Jérico pouvait n’être qu’un bourg entouré de palissades ; et cela suffit pour le miracle. Il est raconté dans une chronique samaritaine, que Josué étant attaqué par quarante-cinq rois d’orient, et se trouvant enfermé entre sept murailles de fer par une magicienne mere d’un de ces rois, il fut délivré par Phinée fils d’Aaron, qui sonna sept fois de son cornet. On a fort agité la question si le récit de Josué était antérieur au récit samaritain. L’un et l’autre sont merveilleux ; mais il faut donner la préférence au livre de Josué.
  9. c’est avec douleur que nous rapportons sur cet événement les réflexions du Lord Bolingbroke, lesquelles Mr Mallet fit imprimer après la mort de ce lord. " est-il possible que Dieu, le pere de tous les hommes, ait conduit lui-même un barbare à qui le cannibale le plus féroce ne voudrait pas ressembler ! Grand dieu ! Venir d’un désert inconnu pour massacrer toute une ville inconnue ! égorger les femmes et les enfans contre toutes les loix de la nature ! égorger tous les animaux ! Brûler les maisons et les meubles contre toutes les loix du bon sens, dans le temps qu’on n’a ni maisons ni meubles ! Ne pardonner qu’à une vile putain digne du dernier supplice ! Si ce conte n’était pas le plus absurde de tous, il serait le plus abominable. Il n’y a qu’un voleur ivre qui puisse l’avoir écrit, et un imbécille ivre qui puisse le croire. C’est offenser Dieu et les hommes, que de réfuter sérieusement ce misérable tissu de fables, dans lesquelles il n’y a pas un mot qui ne soit ou le comble du ridicule, ou celui de l’horreur. " mylord était bien échauffé quand il écrivit ce morceau violent. On doit plus de respect à un livre sacré. Il ajoute que ces mots, jusqu’aujourd’hui, montrent que ce livre n’est pas de Josué. Mais quel que soit son auteur, il est dans le canon des juifs ; il est adopté par toutes les églises chrétiennes. Nous savons bien que les rigueurs de Josué révoltent la faiblesse humaine ; qu’il serait affreux de les imiter, soit que les habitations qu’il détruisit, et qui nagerent dans le sang, fussent des villes ou des villages. Nous ne nions pas que si un peuple étranger venait nous traiter ainsi, cela ne parût exécrable à toute l’Europe. Mais n’est-ce pas précisément la maniere dont on en usa envers les américains au commencement de notre seizieme siecle ? Josué fut-il plus cruel que les dévastateurs du Mexique et du Pérou ? Et si l’histoire des barbaries européanes est vraie, pourquoi celle des cruautés de Josué ne le serait-elle pas ? Tout ce qu’on peut dire, c’est que Dieu commanda et opéra lui-même la ruine du Canaan ; et qu’il n’ordonna pas la ruine de l’Amérique.
  10. la sentence contre Jérico ne fut pas exécutée. Jérico existait sous David et du temps des romains, et existe encore tel qu’il fut toujours, c’est-à-dire, un petit hameau à six lieues de Jérusalem.
  11. Mr Boulanger s’exprime encore plus violemment, s’il est possible, que le Lord Bolingbroke sur ces morceaux de l’histoire de Josué. " non seulement on nous représente Josué comme un capitaine de voleurs arabes, qui vient tout ravager et tout mettre à sang dans un pays qu’il ne connaît pas ; mais ayant, dit-on, six cents mille hommes de troupes réglées, il trouve le secret d’être battu par deux ou trois cents paysans à l’attaque d’un village. Et pour achever de peindre ce général d’armée, on en fait un sorcier qui devine qu’on a été battu parce qu’un de ses soldats a pris pour lui précédemment une part du butin, et s’est approprié un bon manteau rouge et un bijou d’or. On se sert, pour découvrir le coupable, d’un sortilege dont les petits enfans se moqueraient aujourd’hui : c’est de tirer la vérité aux dés, ou à la courte paille, ou à quelque autre jeu semblable. Acan n’est pas heureux à ce jeu. On le brûle vif, lui, ses fils, ses filles, ses bœufs, ses ânes, ses brebis ; et on brûle encore le manteau d’écarlate, et le bijou d’or que l’on cherchait. Si Cartouche (continue M Boulanger) avait fait un pareil tour, Madame Oudot l’aurait imprimé dans la bibliotheque bleue. Nos histoires de voleurs et de sorciers n’ont rien de semblable. " ce discours blasphématoire, ces dérisions de M Boulanger, pourraient faire quelque impression s’il s’agissait d’une histoire ordinaire arrivée et écrite de nos jours ; mais ne peuvent rien contre un livre sacré miraculeusement écrit, et miraculeusement conservé pendant tant de siecles. Dieu était le maître d’exterminer les cananéens, qui étaient de grands pécheurs. Il n’appartenait qu’à lui de choisir la maniere du châtiment. Il voulut que tout le butin fût également partagé entre les enfans d’Israël exécuteurs de ses vengeances. Il se servit toujours de la voie du sort dans l’ancien et le nouveau testament, parce qu’il est le maître du sort. La place de Judas même, de ce Judas qui fut cause de la mort de notre seigneur, a été tirée au sort. Voilà pourquoi st Augustin a toujours distingué la cité de Dieu de la cité mondaine. Dans la cité mondaine tout est conforme à notre faible raison, à nos faux préjugés. Dans la cité de Dieu tout est contraire à nos préjugés et à notre raison.
  12. ces mots, ce grand tas de pierres qui y est encore aujourd’hui, semblent indiquer que le livre de Josué n’est pas écrit par les contemporains. Mais en quelque temps qu’il ait été fait, il est sûr qu’il a été inspiré. Jamais un homme abandonné à lui-même n’aurait osé écrire de pareilles choses.
  13. les critiques disent qu’il n’y avait point de roi de Jérusalem alors. Ils prétendent même que le mot de Jérusalem était inconnu. C’était un village des jébuséens, qui touche au grand désert de l’Arabie pétrée, un lieu fort propre à bâtir une forteresse sur le passage des arabes. Ce sont trois montagnes dans un pays aride. Nous disons avec les commentateurs les plus approuvés, que Josué n’écrivit point cette histoire. Les samaritains ont un livre de Josué très différent de celui-ci. Il y en a un exemplaire dans la bibliotheque de Leide ; mais nous ne reconnaissons que celui qui est admis dans le canon. C’est indubitablement le seul sacré et le seul inspiré.
  14. toute l’antiquité a parlé de pluie de pierres. La premiere est celle que Jupiter envoya au secours d’Hercule contre les fils de Neptune. Don Calmet assure, que c’est un fait constant qu’on a vu autrefois de fort grosses pierres s’enflammer en l’air et retomber sur la terre, et qu’on ne peut raisonnablement révoquer en doute le prodige raconté par Josué . On remarque seulement ici que ces pierres, étant fort grosses, durent écraser tous les amorrhéens qui étaient poursuivis par l’armée de Josué, et qu’il est difficile qu’il en soit resté un seul en vie. C’est ce qui fait que plusieurs savants sont étonnés que Josué ait encore eu recours au grand miracle d’arrêter le soleil et la lune.
  15. Grotius prétend que le texte ne signifie pas que le soleil et la lune s’arrêterent, mais que Dieu donna le temps à Josué de tuer tout ce qui pouvait rester d’ennemis avant que le soleil et la lune se couchassent. Le Clerc décide nettement que le soleil ne s’arrêta pas, mais parut s’arrêter. Mais tous les autres commentateurs, parmi lesquels nous ne comptons point Spinosa, qui ne doit pas être compté, conviennent tous que le soleil et la lune s’arrêterent en plein midi. On aurait eu le temps de tuer tous les fuyards depuis midi jusqu’au soir, supposé que la pluie de pierres en eût épargné quelques-uns ; mais il se peut aussi qu’il y en eut qui coururent si vite qu’il fallut huit à neuf heures pour les attraper et les tuer tous. Les profanes remarquent que Bacchus avait déjà fait arrêter le soleil et la lune, et que le soleil recula d’horreur à la vue du festin d’Atrée et de Thyeste. Surquoi Mr Boulanger ose dire " que si le miracle de Josué était vrai, c’est que le soleil se serait arrêté d’horreur en voyant un brigand si barbare qui égorgeait les femmes, les enfans et les rois, et les bœufs, et les moutons, et les ânes, et qui ne vouloit pas qu’un seul animal vivant, soit roi, soit brebis, échappât à son inconcevable cruauté. " les physiciens ont quelque peine à expliquer comment le soleil, qui ne marche pas, arrêta sa course, et comment cette journée, qui fut le double des autres journées, put s’accorder avec le mouvement des planetes et la régularité des éclipses. Le révérend pere Don Calmet dit, qu’il ne falloit que faire aller d’une vitesse égale, par-dessus et par-dessous la terre, la matiere céleste, qui la fritte par-là, en l’avançant d’un côté et le retardant de l’autre, le tournoiement de la terre sur son centre ne venant que de l’inégalité de ce frottement. Cette réponse ingénieuse, savante et nette, ne résout pas entiérement la question. Nous sera-t-il permis, à propos de ce grand miracle, de raconter ce qui arriva à un disciple de Galilée traduit devant l’inquisition pour avoir soutenu le mouvement de la terre autour du soleil ? On lui lisait sa sentence ; elle disait qu’il avait blasphêmé, attendu que Josué avait arrêté le soleil dans sa course. Eh, messeigneurs, leur dit-il, c’est aussi depuis ce temps-là que le soleil ne marche plus. À l’égard du livre des justes, qui est cité comme garant de la vérité de cette histoire, le Lord Bolingbroke, insiste beaucoup sur ce livre, qui dans les bibles protestantes est appellé le livre du droiturier. Cela démontre, dit-il, que c’est du livre du droiturier que l’histoire de Josué est prise. Mais ce même livre du droiturier est cité dans le second livre des chroniques des rois. Or comment le même livre peut-il avoir été écrit du temps des rois et avant Josué ? Cette difficulté est grande. Don Calmet y répond en disant, que ce livre est entiérement perdu.
  16. Le Clerc et quelques théologiens d’Hollande n’ont pas ici tout-à-fait le même emportement que Bolingbroke et Boulanger à propos de ces cinq rois, sur le cou desquels les princes de l’armée juive mettent le pied jusqu’à-ce que Josué vienne les tuer de sang-froid. Nous avouerons toujours, que tout cela n’est pas dans nos mœurs ; que nous fesons aujourd’hui la guerre plus généreusement. Mais aussi nous ne la fesons pas par ordre exprès du seigneur ; et il ne nous a pas commandé expressément, comme à Josué, de tuer tous les rois que sa providence voulait punir. On ne fait plus pendre tous les rois qui ont été pris à la guerre, parce qu’il n’y en a plus qui prévariquent contre le seigneur comme les rois du Canaa n avoient prévariqué. L’objection des savants, qui prouvent qu’il n’y avait aucun roi dans ce pays, composé seulement de quelques villages, où un peuple innocent cultivait une terre seche et ingrate, portant très peu de bled et hérissée de montagnes, cette objection, dis-je, est peu de chose ; car soit qu’on appellât les principaux de ces villages rois, ou maires, ou syndics, cela revient au même ; on leur mit à tous le pied sur le cou, parce qu’ils avaient tous prévariqué.
  17. voici encore une légere difficulté. Le peuple de Dieu marche contre les géants, après que le texte a dit qu’il n’y avait plus de géants, et lorsque Caleb, le moment d’après, au chap 14, va, selon le texte, conquérir des villes grandes et fortes remplies de géants au pays d’Hébron. On peut répondre que le pays d’Hébron n’était qu’à quelques lieues de Gaza et d’Azoth.
  18. trente et un rois de pendus, c’est beaucoup dans un aussi petit pays. Mais remarquons toujours, qu’on ne les mit en croix qu’après les avoir tués. On leur mettait d’abord le pied sur le cou. Et nous avons déjà observé, que le supplice d’attacher à la potence, ou à la croix, des hommes en vie, ne fut jamais connu des juifs en aucun temps.
  19. plusieurs savants hommes ont douté qu’Adam fût enterré dans la ville du géant Arbé, appellée Cariath-Arbé. Les moines portugais qui accompagnerent les Albuquerques après la découverte des grandes Indes, et qui entrerent dans l’île de Ceylan, nommerent la plus grande montagne de cette île le pic d’Adam. Ensuite ils trouverent l’empreinte de son pied, et jugerent par-là de sa taille, qui devait être d’une centaine de coudées. Le pic d’Adam est encore marqué sur nos cartes ; et les savants moines portugais ont cru qu’Adam y était enterré. Les hollandois, qui dominent dans le Ceylan, et qui recueillent toute la canelle, doutent qu’Adam repose dans cette île. Les habitans même ne savent pas que nous donnons le nom de pic d’Adam à leur montagne, et ont le malheur d’ignorer qu’il y ait jamais eu un adam. La genese ne dit point qu’Adam ait été un géant, ni qu’il soit enterré à Hébron.
  20. les phéniciens avaient en effet quelques villes où l’on gardait les archives et les comptes des marchands. On sait qu’ils avaient inventé l’alphabeth, et que dans leurs voyages sur mer ils communiquerent cet alphabeth aux grecs. Cariath-Sepher est entre Hébron et la mer Méditerranée ; c’est le commencement de la Phénicie. L’historien Joseph avoue que les juifs ne possederent jamais rien sur cette côte. Les phéniciens en furent toujours les maîtres. Sanchoniathon le phénicien, né à Beryte, avait déjà écrit une cosmogonie long-temps avant les époques de Mosé et de Josué. Car Eusebe, qui rapporte un grand nombre de passages de cette cosmogonie, n’en cite aucun concernant les hébreux ; et s’il y en avait eu, il est clair qu’Eusebe en aurait fait mention comme d’un témoignage rendu par le plus ancien de nos auteurs à la vérité des livres juifs. Il est donc certain que Sanchoniathon écrivit, et qu’il ne connut point ces hébreux, qui ne vinrent que depuis lui s’établir auprès de son pays. Nous pourrions tirer delà une conséquence, que si les phéniciens avaient depuis si long-temps des villes où l’on cultivait quelques sciences, les cananéens, qui demeuraient entre la mer et le Jourdain, pouvaient avoir aussi quelques villes dont la horde des hébreux s’empara, et où elle commit plusieurs cruautés.
  21. cette déclaration, que Josué ne s’empara jamais du village de Jérusalem, est expresse. Et l’aveu, que les jébuséens, à qui ce village appartenait, y habitent encore aujourd’hui avec les enfans de Juda, démontre que ce livre ne put être écrit qu’après que David eut commencé à faire une ville de Jérusalem, et que les anciens habitans se joignirent aux nouveaux pour peupler la ville. Les critiques concluent de tous ces aveux semés dans plusieurs endroits, que les hébreux étaient une horde d’arabes bédouins, qui errerent longtemps entre les rochers du mont Liban et les déserts, qui tantôt subsisterent de leur brigandage, et tantôt furent esclaves, et qui enfin, ayant eu des rois, conquirent un petit pays dont ils furent chassés. Voilà leur histoire selon le monde. Celle selon Dieu est différente. Et si Dieu la dicta, il faut adorer malgré toutes les répugnances de la raison.
  22. cette proposition de Josué, de choisir entre le seigneur Adonaï et les autres dieux que leurs peres adorerent en Mésopotamie, ferait croire qu’Abraham, Isaac et Jacob leurs peres, avaient commencé par avoir un autre culte. Et en effet, Tharé pere d’Abraham était potier d’idoles. Et Jacob épousa deux filles idolâtres, quoiqu’il soit dit souvent que le même dieu était reconnu vers l’Euphrate et chez les enfans de Jacob. Mais ici, comment Josué peut-il laisser le choix au peuple après tant de miracles ? Il y aurait donc eu beaucoup d’hébreux qui n’auraient rien vu de ces miracles, ou qui n’y auraient ajouté aucune foi. Il se peut que ce texte signifie : vous voyez ce que Dieu a fait pour vous, et combien il serait dangereux d’en adorer un autre.
  23. Toland fait le railleur sur Mosé et sur Josué. Il dit que jamais il n’y eut de vieillards de plus mauvaise humeur. L’un fait tuer vingt-quatre mille des siens sans forme de procès pour avoir aimé des filles madianites, compatriotes de sa femme ; l’autre fait pendre trente et un rois, avec lesquels il n’avait rien à démêler. Les commentateurs recherchent avec beaucoup de soin dans quel pays se réfugierent les sujets de ces prétendus rois. Un nommé Serrarius les transporte en Germanie, où ils apporterent la langue allemande. Un nommé Hornius ne doute pas qu’ils ne se soient réfugiés en Capadoce. Grotius trouve très vraisemblable qu’ils allerent d’abord dans les îles Canaries, et delà en Amérique. Chacun donne de profondes raisons de son systême. Le révérend pere Don Calmet avoue, que l’opinion qui a le plus d’apparence et de partisans, est celle qui place les cananéens en Afrique . Il cite Procope, qui a vu dans l’ancienne ville de Tangis deux grandes colonnes de pierre blanche avec une inscription en caracteres phéniciens, que personne ne put jamais entendre, portant ces propres mots. nous sommes ceux qui nous sommes enfuis devant le voleur Josué fils de Nun. Si nous nous en tenons au texte, il est difficile que Josué ait laissé à ces peuples le temps et la facilité de s’enfuir, puisqu’il tuait tout sans miséricorde, selon que le Seigneur l’avait ordonne positivement. Mais ce qui étonne bien davantage, c’est qu’après la mort de Josué on retrouve ces mêmes Chananéens exterminés plus puissants que jamais, et tenant les Juifs dans le plus rude esclavage pendant plus de cent années, jusqu’au temps de Saûl et de David. (M.)