La Chanson des gueux/À RAOUL PONCHON

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche


À RAOUL PONCHON



Les gens soubmis à Sol, comme buveurs, enlumineurs de museaulx, ventres à poulaine, gueux de l’hostière, gagnedeniers, dégraisseurs de bonnets, embourreurs de bas, loqueteurs, claquedents, croquelardons, généralement tous portant la chemise nouée sur le dos, seront sains et allègres, et n’auront la goutte ès dents quand ils seront de nopces.
(Rabelais — Pantagruéline pronostication certaine, véritable et infaillible, pour l’an perpétuel, nouvellement composée au profict et advisement des gens étourdis et musarts par nature.)


Tu sens le vin, ô pâte exquise sans levain.
Salut, Ponchon ! Salut, trogue, crinière, ventre !
Ta bouche, dans le foin de ta barbe, est un antre
Où gloussent les chansons de la bière et du vin.

Aux roses de ton nez jamais l’hiver ne vint.
Tu bouffes comme un ogre et pintes comme un chantre.
Tous les péchés gourmands ont ton nombril pour centre.
Dans Paris, ce grand bois, tu vis tel qu’un sylvain,


Sachant tous les sentiers, mais fuyant les fontaines,
Flairant les carrefours, les ruelles lointaines,
Où les bons mastroquets versent le bleu pivois.

Et j’aime ton plastron d’habit bardé de taches,
Ton pif rond, tes petits yeux fins, ta chaude voix,
Et l’odeur de boisson qui fume à tes moustaches.